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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2301860

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2301860

mardi 2 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2301860
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPôle contentieux sociaux
Avocat requérantMOUTOUSSAMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 mai 2023 et le 12 décembre 2023, Mme C D, représentée par Me Moutoussamy, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la mise en demeure émise le 30 août 2022 par la caisse d'allocations familiales du Gard de payer la somme de 2 697,04 euros au titre de la récupération de plusieurs indus de prestations ;

2°) d'annuler les indus litigieux ;

3°) de la décharger de l'obligation de payer les indus litigieux.

Elle soutient que :

- la procédure de contestation prévue par l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale a été méconnue dès lors que les voies et délais de recours concernant l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année n'ont pas été mentionnés dans la décision du 8 novembre 2017 contrairement à ce qui est prescrit par l'article L. 111-8 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la mise en demeure est irrégulière dès lors qu'elle méconnaît la procédure prévue par les dispositions de l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale et qu'elle a été adressée à M. B alors qu'ils sont séparés ; le montant sollicité excède ses ressources mensuelles et méconnaît l'article L. 162-2 du code des procédures civiles d'exécution ; la caisse d'allocations familiales n'a pas le droit d'adresser des mises en demeure ; l'indu d'allocation de logement familiale d'un montant de 149 euros est soldé ; la mise en demeure ne comporte pas le montant des sommes réclamées au titre de chaque indu ; la caisse d'allocations familiales n'établit pas que les sommes réclamées sont bien différentes de celles pour lesquelles le tribunal administratif a prononcé une annulation de 24 février 2020 ;

- le délai légal de trente jours pour exiger le règlement d'une somme d'argent n'a pas été respecté par la caisse d'allocations familiales ;

- les indus sont infondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2023, la caisse d'allocations familiales du Gard conclut au rejet de la requête de Mme D.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Par un courrier du 9 octobre 2023, le tribunal a informé les parties qu'il était susceptible de relever d'office, sur le fondement de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la mise en demeure du 30 août 2022, laquelle constitue un acte préparatoire, non susceptible de recours, à la contrainte susceptible d'être émise en vue du recouvrement des sommes litigieuses.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code civil ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, et le rapport de M. E a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. Le 30 août 2022, la caisse d'allocations familiales du Gard a mis en demeure Mme D de payer la somme de 2 697,04 euros au titre des différents indus de prestations mis à sa charge par la caisse d'allocations familiales du Gard par des courriers du 26 octobre 2017, du 9 novembre 2017, du 17 avril 2018 et du 27 avril 2018. Par un courrier du 19 septembre 2022, Mme D a contesté cette mise en demeure. Par le présent recours, Mme D demande au tribunal d'annuler la mise en demeure du 30 août 2022, ensemble les indus litigieux dont elle sollicite également la décharge.

Sur la contestation de la mise en demeure de 30 août 2022 :

2. Aux termes de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale : " Pour le recouvrement d'une prestation indûment versée (), le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère notamment le bénéfice de l'hypothèque judiciaire ". Selon le second alinéa de l'article R. 133-9-2 du même code, à l'expiration du délai de deux mois qui suit la décision de récupération ou notification de payer, ou après notification d'une décision de rejet du recours préalable obligatoire exercé par l'allocataire : " () le directeur de l'organisme créancier compétent, en cas de refus du débiteur de payer, lui adresse par tout moyen permettant de rapporter la preuve de sa date de réception une mise en demeure de payer dans le délai d'un mois qui comporte le motif, la nature et le montant des sommes demeurant réclamées, la date du ou des versements indus donnant lieu à recouvrement, les voies et délais de recours et le motif qui, le cas échéant, a conduit à rejeter totalement ou partiellement les observations présentées ". Enfin, aux termes de l'article R. 133-3 du même code : " Si la mise en demeure ou l'avertissement reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, les directeurs des organismes créanciers peuvent décerner, dans les domaines mentionnés aux articles L. 133-8-7, L. 161-1-5 ou L. 244-9, une contrainte comportant les effets mentionnés à ces articles. La contrainte est notifiée au débiteur par tout moyen permettant de rapporter la preuve de sa date de réception ou lui est signifiée par acte d'huissier de justice. La contrainte est signifiée au débiteur par acte d'huissier de justice ou par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. A peine de nullité, l'acte d'huissier ou la notification mentionne la référence de la contrainte et son montant, le délai dans lequel l'opposition doit être formée, l'adresse du tribunal compétent et les formes requises pour sa saisine. / () / Le débiteur peut former opposition par inscription au secrétariat du tribunal compétent dans le ressort duquel il est domicilié ou pour les débiteurs domiciliés à l'étranger, au secrétariat du tribunal compétent dans le ressort de l'organisme créancier par lettre recommandée avec demande d'avis de réception adressée au secrétariat dudit tribunal dans les quinze jours à compter de la notification ou de la signification. L'opposition doit être motivée ; une copie de la contrainte contestée doit lui être jointe. Le secrétariat du tribunal informe l'organisme créancier dans les huit jours de la réception de l'opposition. (). ".

3. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'il constate un indu de prime d'activité, d'aide exceptionnelle de fin d'année ou d'aide personnalisée au logement, l'organisme chargé du service de la prestation ou de l'aide doit prendre une décision de récupération d'indu, motivée et notifiée au bénéficiaire de l'allocation, qui lui réclame le remboursement de la somme due et, le cas échéant, l'informe des modalités selon lesquelles cet indu pourra être récupéré par retenues sur les prestations à venir. Cette décision, qui fait grief, peut être contestée devant le tribunal administratif après l'exercice, s'agissant de la prime d'activité et de l'aide personnalisée au logement, d'un recours administratif préalable obligatoire.

4. En l'absence de recours dans un délai de deux mois ou en cas de rejet de celui-ci, et sauf à ce que l'indu ait été remboursé, ait été récupéré par retenues sur les prestations à venir ou ait fait l'objet d'un titre exécutoire émis par l'ordonnateur de la personne publique pour le compte de laquelle la prestation est servie, l'organisme peut mettre l'allocataire en demeure de payer dans le délai d'un mois, puis, si cette mise en demeure reste sans effet dans ce délai, décerner une contrainte, laquelle est susceptible d'opposition devant le tribunal administratif dans le délai de quinze jours. Il suit de là qu'une telle mise en demeure, intervenant après la notification de la décision de récupération de l'indu, constitue un acte préparatoire à la contrainte qui pourra être émise si l'allocataire ne rembourse pas la somme due. Si l'allocataire peut utilement se prévaloir, à l'appui d'une opposition à contrainte, de l'irrégularité de la mise en demeure qui lui a été adressée, celle-ci ne présente pas, en revanche, le caractère d'une décision susceptible de recours. Il suit de là que les conclusions de Mme D tendant à l'annulation de la mise en demeure de la caisse d'allocations familiales du Gard du 30 août 2022, sont irrecevables et doivent par suite être rejetées.

Sur la contestation du bien-fondé des indus litigieux :

5. Il résulte de l'instruction que les indus litigieux de revenu de solidarité active, de prime d'activité, d'allocation de logement familiale et de prime exceptionnelle de fin d'année visés par la mise en demeure du 30 août 2022 résultent tous du changement de situation familiale et de la révision des droits de Mme D qui en a résulté, opéré par la caisse d'allocations familiales du Gard à la suite d'un rapport d'enquête effectué par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales en date du 22 août 2017 constatant que Mme D, qui avait déclaré vivre seule avec sa fille, et M. B n'avaient pas cessé leur vie maritale depuis le mois de décembre 2012. La caisse d'allocations familiales du Gard a ainsi considéré que Mme D menait une vie maritale avec M. B, qu'elle a ainsi pris en compte dans la composition du foyer de Mme D en intégrant les ressources de l'intéressé dans le calcul des droits aux aides sociales de Mme D. Par courrier du 3 octobre 2017, la Caf du Gard a informé Mme D que la prise en compte de sa vie maritale avec M. B était à l'origine d'un trop-perçu de revenu de solidarité active de 11 817,74 euros pour la période d'octobre 2015 à septembre 2017. La caisse d'allocations familiales du Gard a informé par courrier en date du 17 avril 2018 Mme D de la levée de la prescription biennale entraînant le calcul de son droit à revenu de solidarité active depuis octobre 2014, ce qui a généré un indu complémentaire de 6 582,93 euros pour la période d'octobre 2014 à septembre 2015. Mme D a contesté à trois reprises les indus de revenu de solidarité active mis à sa charge. Par trois jugements devenus définitifs, n° 1803643 du 24 janvier 2020, n°1901058 du 24 janvier 2020 et n° 2001059 du 18 juin 2021, le tribunal administratif de Nîmes a rejeté les requêtes de Mme D. Si Mme D soutient une nouvelle fois, pour contester le bien-fondé des indus figurant sur la mise en demeure du 30 août 2022, que c'est à tort que la caisse d'allocations familiales du Gard a pris en compte M. B dans la composition de son foyer, il résulte toutefois de l'instruction, ainsi que l'a d'ailleurs retenu le tribunal administratif de Nîmes dans les motifs venant au soutien du dispositif de son jugement n° 1803643 du 24 janvier 2020 , que la vie commune entre Mme D et M. B était bien caractérisée au cours de la période en litige. Dans ces conditions, Mme D n'est pas fondée à contester le bien-fondé des indus mis à sa charge figurant dans la mise en demeure du 30 août 2022 ni, par suite, à en demander l'annulation et la décharge.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, à la caisse d'allocations familiales du Gard et à la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 janvier 2024.

Le président,

C. ELa greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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