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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2302558

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2302558

mardi 2 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2302558
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPôle contentieux sociaux
Avocat requérantSCP VINSONNEAU-PALIES-NOY-GAUER ET ASSOCIES (VPNG)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 juillet 2023 et le 12 mars 2024, Mme A B, représentée par Me Moutoussamy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet par laquelle le département de l'Hérault a confirmé la récupération d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 612,46 euros, au titre de la période du 1er mai 2022 au 31 octobre 2022, d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 95,41 euros, au titre de la période du 1er octobre au 31 octobre 2022 et d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 242,88 euros, au titre de la période du 1er août au 30 septembre 2022 ;

2°) d'annuler le courrier du 1er février 2023 par lequel la caisse de mutualité sociale agricole du Languedoc l'informe que sa demande d'aide au logement va faire l'objet d'une régularisation et que les indus de revenu de solidarité active mis à sa charge vont être compensés par un rappel de prestations ;

3°) de prononcer la décharge des indus litigieux ;

4°) d'enjoindre à la caisse de mutualité sociale agricole du Languedoc de procéder à la restitution des sommes recouvrées, le cas échéant, en remboursement des indus ;

5°) de mettre à la charge solidaire du département et de la caisse d'allocations familiales la somme de 1 300 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- elle n'a pas été informée de la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale ;

- la procédure de contrôle est irrégulière dès lors qu'il n'est pas établi que l'agent ayant procédé au contrôlé justifiait d'un agrément et d'une assermentation ;

- les indus sont infondés dès lors que la caisse de mutualité sociale agricole n'expose pas les considérations de fait et de droit qui justifient les décisions attaquées ;

- la neutralisation de ses ressources était fondée à compter du mois d'octobre 2022 dès lors qu'elle ne percevait plus d'indemnité journalière de maladie.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 7 décembre 2023 et le 5 mars 2024, la caisse de mutualité sociale agricole du Languedoc doit être regardée comme concluant, à titre principal, au non-lieu à statuer sur la requête de Mme B et, à titre subsidiaire, à son rejet.

Elle soutient que :

- la requête est devenue sans objet dès lors que les créances litigieuses sont soldées ;

- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 janvier 2024, la caisse de mutualité sociale agricole de Midi-Pyrénées Sud doit être regardée comme concluant au rejet de la requête de Mme B.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mars 2024, le département de l'Hérault, représenté par la SELARL VPNG, conclut au rejet de la requête de Mme B.

Il soutient que :

- le tribunal administratif de Nîmes est territorialement incompétent pour connaître de la présente affaire ;

- les conclusions de la requête de Mme B tendant à l'annulation des indus de revenu de solidarité active mis à sa charge sont irrecevables dès lors qu'elles n'ont pas été précédées d'un recours administratif préalable obligatoire formé devant le président du conseil départemental de l'Hérault ;

- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, et le rapport de M. C a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 10 novembre 2022, la caisse de mutualité sociale agricole du Languedoc a mis à la charge de Mme B une dette de 612,46 euros résultant d'un trop-perçu de revenu de solidarité active au titre de la période du 1er mai 2022 au 31 octobre 2022. Par une décision du 29 novembre 2022, la caisse de mutualité sociale agricole du Languedoc a mis à la charge de la requérante une dette de 95,41 euros résultant d'un trop-perçu de revenu de solidarité active au titre de la période du 1er octobre au 31 octobre 2022. Par une troisième décision en date du 16 décembre 2022, la caisse de mutualité sociale agricole du Languedoc a mis à la charge de Mme B une dette de 242,88 euros résultant d'un trop-perçu de revenu de solidarité active au titre de la période du 1er août au 30 septembre 2022. Par des courriers du 18 novembre 2022 et du 22 décembre 2022, Mme B a formé un recours administratif pour contester le bien-fondé des dettes ainsi mises à sa charge. Par une décision implicite de rejet, dont Mme B sollicite l'annulation, le département de l'Hérault a confirmé la récupération des indus de revenu de solidarité active litigieux. Mme B demande également au tribunal d'annuler un courrier du 1er février 2023 par lequel la caisse de mutualité sociale agricole du Languedoc l'informe que sa demande d'aide au logement va faire l'objet d'une régularisation et que les indus de revenu de solidarité active mis à sa charge vont être compensés par un rappel de prestations.

Sur la compétence territoriale du tribunal administratif de Nîmes :

2. Aux termes de l'article R. 312-1 du code de justice administrative : " Lorsqu'il n'en est pas disposé autrement par les dispositions de la section 2 du présent chapitre ou par un texte spécial, le tribunal administratif territorialement compétent est celui dans le ressort duquel a légalement son siège l'autorité qui, soit en vertu de son pouvoir propre, soit par délégation, a pris la décision attaquée. () / Sous les mêmes réserves en cas de recours préalable à celui qui a été introduit devant le tribunal administratif, la décision à retenir pour déterminer la compétence territoriale est celle qui a fait l'objet du recours administratif ou du pourvoi devant une juridiction incompétente ". Aux termes de l'article R. 221-3 du code de justice administrative : " Le siège et le ressort des tribunaux administratifs sont fixés comme suit : () ; Nîmes : Gard, Lozère, Vaucluse ; () ".

3. En application des dispositions de l'article R. 312-1 du code de justice administrative citées au point précédent, la décision à retenir pour déterminer la compétence territoriale est, en l'espèce, celle ayant fait l'objet du recours administratif auprès du président du conseil départemental de l'Hérault. Cette décision émanant de la caisse de mutualité sociale agricole du Languedoc, qui a son siège à Mende (Lozère) dans le ressort du tribunal administratif de Nîmes, le présent litige relève de la compétence territoriale de ce tribunal.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite du département de l'Hérault :

4. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active ".

5. Lorsque le recours est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération de montants d'allocation de revenu de solidarité active que l'administration estime avoir été indûment versés, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

En ce qui concerne la régularité :

6. Aux termes de l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable au litige : " Le droit de communication permet d'obtenir, sans que s'y oppose le secret professionnel, les documents et informations nécessaires : / 1° Aux agents des organismes chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations servies par lesdits organismes () ".

7. Il ne résulte pas de l'instruction que les décisions litigieuses auraient été prises suite à l'exercice de son droit de communication par la caisse de mutualité sociale agricole du Languedoc. Par suite, dès lors que la caisse de mutualité sociale agricole du Languedoc n'a pas entendu se placer dans le cadre du droit de communication prévu par l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale cité au point précédent, Mme B ne peut utilement soulever, à l'encontre des décisions attaquées, le moyen tiré de la méconnaissance des garanties prévues par l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale. Elle ne peut, par conséquent, utilement soulever le moyen tiré du défaut d'agrément et d'assermentation de l'agent chargé du contrôle. Les moyens ne peuvent qu'être écartés comme étant inopérants.

En ce qui concerne le bien-fondé des indus de revenu de solidarité active :

S'agissant de l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 612,46 euros contracté au titre de la période du 1er mai 2022 au 31 octobre 2022 :

8. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 262-3 du même code : " L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article R. 262-6 de ce code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer () ". Aux termes de l'article R. 262-13 du code de l'action sociale et des familles : " Il n'est tenu compte ni des ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou en tenant lieu mentionnées à l'article R. 262-12, ni des allocations aux travailleurs privés d'emploi mentionnées par les articles L. 5422-1, L. 5423-1 et L. 5424-25 du code du travail, lorsqu'il est justifié que la perception de ces revenus est interrompue de manière certaine et que l'intéressé ne peut prétendre à un revenu de substitution. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-37 de ce code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. (). ".

9. Il résulte de l'instruction que Mme B a bénéficié du revenu de solidarité active au titre de la période du 1er mai 2022 au 31 octobre 2022 après application d'une neutralisation de ses ressources. Il résulte toutefois de l'instruction, et notamment des éléments contenus dans le mémoire en défense du département de l'Hérault, non contestés par la requérante, que l'intéressée a perçu 452,46 euros de salaire en février 2022 puis a bénéficié d'indemnités journalières de maladie à compter du mois de mai 2022 jusqu'au mois de septembre 2022. Mme B, qui a ainsi perçu des revenus au cours des périodes de référence de l'indu litigieux comprise entre le 1er février 2022 et le 30 avril 2022 et entre le 1er mai 2022 et le 30 juillet 2022, ne pouvait prétendre à une neutralisation de ses ressources sur le fondement de l'article R. 262-13 du code de l'action sociale et des familles cité au point précédent, en l'absence d'interruption de la perception de ces revenus. Par suite, Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision implicite du département de l'Hérault en tant qu'elle a confirmé la récupération d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 612,46 euros, au titre de la période du 1er mai 2022 au 31 octobre 2022.

S'agissant des indus de revenu de solidarité active d'un montant de 95,41 euros et de 242,88 euros contractés au titre de la période du 1er octobre 2022 au 31 octobre 2022 et du 1er août 2022 au 30 septembre 2022 :

10. Il résulte des dispositions des articles L. 262-37 et L. 262-38 du code de l'action sociale et des familles que le président du conseil départemental est en droit de suspendre le versement du revenu de solidarité active et de procéder à la radiation de l'intéressé de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active au terme de la durée de suspension qu'il a fixée lorsque le bénéficiaire, sans motif légitime, soit fait obstacle à l'établissement ou au renouvellement du contrat mentionné à l'article L. 262-36 du code de l'action sociale et des familles par son refus de s'engager à entreprendre les actions nécessaires à une meilleure insertion sociale, soit ne respecte pas le contrat conclu.

11. Il résulte de l'instruction que les indus litigieux de revenu de solidarité active, d'un montant respectif de 95,41 euros et de 242,88 euros, résultent de la prise en compte, par les services de la caisse de mutualité sociale agricole du Languedoc, de la mesure de suspension, pour une durée de deux mois, des droits au revenu de solidarité active de Mme B, prise par le président du conseil départemental de l'Hérault le 4 octobre 2022 sur le fondement des dispositions mentionnées au point précédent. En effet, il résulte de l'instruction, sans que cet élément soit contesté par Mme B, que la requérante n'a pas élaboré de contrat lié à son insertion. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision implicite du département de l'Hérault en tant qu'elle a confirmé la récupération d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 95,41 euros, au titre de la période du 1er octobre au 31 octobre 2022 et d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 242,88 euros, au titre de la période du 1er août au 30 septembre 2022, résultant de la mesure de suspension du versement du revenu de solidarité active légalement prise à son encontre.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 1er février 2023 de la caisse de mutualité sociale agricole du Languedoc :

12. Mme B n'articule aucun moyen à l'encontre du courrier du 1er février 2023 par lequel la caisse de mutualité sociale agricole du Languedoc l'a informé que sa demande d'aide au logement va faire l'objet d'une régularisation et que les indus de revenu de solidarité active mis à sa charge vont être compensés par un rappel de prestations. Les conclusions de la requête tendant à son annulation ne peuvent, dès lors, et en tout état de cause, qu'être rejetées.

13. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le département de l'Hérault, la requête de Mme B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction, ses conclusions à fin de décharge et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la caisse de mutualité sociale agricole du Languedoc, à la caisse de mutualité sociale de Midi-Pyrénées Sud et au département de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.

Le président,

C. C

La greffière,

I. MASSOT

La République mande et ordonne au préfet de la Lozère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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