Le Tribunal Administratif de Nîmes (3ème chambre) était saisi par M. A... d’une requête en plein contentieux visant à obtenir la décharge de cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu et de contributions sociales pour les années 2017 à 2019, ainsi que des pénalités, et à demander réparation d’un préjudice. Le litige portait principalement sur la remise en cause du quotient familial du requérant, l’administration ayant initialement réduit le nombre de parts fiscales après sa séparation. Le tribunal a constaté que les dégrèvements successifs opérés par l’administration avaient fait droit aux demandes de M. A... concernant le quotient familial, rendant sans objet les conclusions à fin de décharge des impositions et pénalités. En revanche, les conclusions indemnitaires ont été rejetées comme irrecevables, faute pour le requérant d’avoir préalablement lié le contentieux par une réclamation préalable auprès de l’administration.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 10 juillet et 7 décembre 2023 et le 15 avril 2025, M. C... A..., représenté par Me Bonnaire, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer la décharge et la réduction des cotisations supplémentaires d’impôts sur le revenu et de contributions sociales et des pénalités correspondantes au titre des années 2017 à 2019 ;
2°) de condamner l’Etat à l’indemniser à hauteur de 10 000 euros en réparation du préjudice patrimonial et moral subi ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 15 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
il a droit, au regard de la doctrine fiscale, à la totalité des parts liés à ses 3 enfants, en sa qualité de contributeur exclusif aux charges d’entretien et d’éducation ;
les cotisations mises à sa charge sont entachées d’erreur de droit au regard des articles 194 et 196 du code général des impôts ;
les majorations sont insuffisamment motivées
la majoration pour manquement délibéré est illégale en l’absence d’intention d’échapper à l’impôt ;
l’administration fiscale n’a pas informé le Trésor public et a causé le nantissement du contrat d’assurance de vie ;
l’administration fiscale a commis une faute de service lui causant un préjudice ;
son préjudice patrimonial né de l’immobilisation injustifiée de son contrat d’assurance-vie depuis le 11 mai 2023 et son préjudice moral sont estimée à la somme globale de 10 000 euros
Par un mémoire en défense enregistré le 15 novembre 2023 et le 6 mai 2025, la direction de contrôle fiscal Occitanie, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
les conclusions à fin de décharge sont devenues sans objet ;
la demande indemnitaire est irrecevable en l’absence de liaison du contentieux ;
la demande restante est irrecevable dès lors qu’elle constitue une demande nouvelle en cours d’instance relevant d’un type de contentieux distinct de la requête initiale en vue de la décharge d’impositions supplémentaires mises à sa charge.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme Portal,
les conclusions de M. B....
Considérant ce qui suit :
M. A... a fait l’objet d’un contrôle de l’imposition sur les revenus au titre des années 2017 à 2019. A la suite de ce contrôle, l’administration fiscale a remis en cause son quotient familial du foyer fiscal avec trois enfants de quatre parts et l’a ramené à deux parts après avoir pris en compte l’information de la séparation de M. A... et de sa conjointe et procédé à une imposition distincte des époux. Les impositions supplémentaires au titre de l’impôts sur les revenus au titre des années 2017 à 2019 porte sur un total de 45 608 euros, pénalités comprises, après un dégrèvement partiel du 11 mai 2023 sur les trois années considérées. M. A... demande au tribunal la décharge des impositions supplémentaires de 17 293 euros mise à sa charge ainsi que des pénalités afférentes du fait de l’erreur de quotient familial et demande en outre la condamnation de l’Etat à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation des préjudices qu’il estime avoir subis du fait de l’illégalité fautive de l’administration fiscale.
Sur l’étendue du litige relatif aux impositions supplémentaires au titre des années 2017, 2018 et 2019 :
En ce qui concerne l’exception de non-lieu à statuer :
A la suite des dégrèvements successifs des 11 mai 2023 et 6 mai 2025, l’administration fiscale a respectivement procédé à un dégrèvement de 13 263 euros (9 290 au titre des impôts et 3973 au titre des pénalités) puis de 8 326 euros (5 822 au titre des impositions et 2 504 euros au titre des pénalités) au titre de l’impôt sur les revenus des années 2017, 2018 et 2019.
S’agissant des impositions en litige :
Il résulte de l’instruction que l’administration fiscale, a, par les dégrèvements précités, modifié le quotient familial du requérant. Au lieu de prendre en compte au titre de la proposition de rectifications du 23 mars 2021, un foyer fiscal de 2 parts, constitué de M. A..., divorcé et de ses trois enfants en garde alternée, l’administration fiscale lui a attribué les parts fiscales correspondant à ses trois enfants pour considérer que son foyer fiscal était composé de trois parts fiscales. En outre, elle a également pris en compte son statut de parent isolé en lui attribuant une demi-part fiscale supplémentaire. Ainsi, comme le fait valoir la direction du contrôle fiscal de l’Occitanie, elle a, compte tenu des justificatifs produits par M. A..., rectifié le quotient familial et par suite, le calcul des impositions supplémentaires mises à sa charge. Ainsi, celle-ci est fondée à soutenir que les conclusions relatives à la décharge des impositions supplémentaires mises à sa charge au titre des années 2017 à 2019 du fait d’une erreur de calcul du quotient familial sont devenues sans objet.
S’agissant des pénalités correspondantes aux impositions :
Il résulte également de l’instruction que par les dégrèvements cités au point 2, l’administration fiscale a procédé aux dégrèvements des pénalités correspondantes aux dégrèvement des impositions supplémentaires mises à sa charge au titre de l’impôt sur les revenus de 2017 à 2019. Par suite, la direction du contrôle fiscal de l’Occitanie est également fondée à soutenir que le litige relatif aux pénalités en lien avec les impositions supplémentaires du fait d’une erreur de quotient familial est devenu sans objet.
Sur les conclusions indemnitaires :
Aux termes de l’article R. 421-1 du code de justice administrative : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ».
En l’espèce, les conclusions indemnitaires présentées par M. A... en cours d’instance tendant à rechercher la responsabilité de l’Etat et la condamnation de celui-ci à réparer les préjudices subis notamment au titre du préjudice moral n’ont pas été précédées d’une demande indemnitaire préalable. Ainsi, la direction de contrôle fiscal Occitanie est fondé à opposer l’irrecevabilité de telles conclusions en l’absence de liaison du contentieux.
Sur les frais de justice :
Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros à verser à M. A... au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er :
Il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin de décharge et réduction des impositions supplémentaires d’impôts sur le revenu au titre des années 2017, 2018 et 2019.
Article 2 :
Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 :
L’Etat versera à M. A... une somme de 1 200 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 4 :
Le présent jugement sera notifié à M. C... A... et à la direction de contrôle fiscal Occitanie.
Délibéré après l’audience du 7 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Mouret, premier conseiller
Mme Portal, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2025.
La rapporteure,
N. PORTAL
Le président,
P. PERETTI
Le greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.