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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2303012

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2303012

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2303012
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPôle contentieux sociaux

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes a examiné les requêtes de Mme H contestant la récupération d’indu de revenu de solidarité active (RSA) et le refus de remise gracieuse. La requérante soutenait que l’administration n’avait pas démontré l’existence d’une vie de couple avec son époux, M. C, ni qu’elle avait quitté le territoire plus de 92 jours. Le tribunal a rejeté les demandes d’annulation, estimant que les moyens soulevés n’étaient pas fondés, et a confirmé le bien-fondé des indus réclamés. La décision s’appuie sur les dispositions du code de l’action sociale et des familles relatives au RSA.

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 8 août 2023 sous le n° 2303012, Mme F H, représentée par la SCP Lobier et Associés, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 juin 2023, par laquelle la présidente du conseil départemental de Vaucluse a confirmé la récupération d'un indu de revenu de solidarité active (INK 001) d'un montant de 7 221,84 euros, au titre de la période du 1er avril 2022 au 28 février 2023, a implicitement confirmé la récupération d'un indu de revenu de solidarité active (INL 001) d'un montant de 1 477,88 euros, au titre de la période du 1er février 2022 au 31 mars 2022, d'un indu de revenu de solidarité active (INK 001) d'un montant de 889,65 euros au titre de la période du 1er mars 2021 au 31 janvier 2023, d'un indu de revenu de solidarité active (INK 002) d'un montant de 8 439,42 euros au titre de la période du 1er janvier 2021 au 28 février 2023;

2°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de Vaucluse une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il n'est pas démontré qu'il existe une vie de couple et une communauté d'intérêts entre elle et M. C ni qu'elle aurait quitté le territoire plus de 92 jours ;

- la charge de la preuve incombe à la caisse d'allocations familiales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2024, le département de Vaucluse conclut au rejet de la requête de Mme H.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée le 9 août 2023 sous le n° 2303017, Mme F H, représentée par la SCP Lobier et Associés, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 juin 2023, par laquelle la présidente du conseil départemental de Vaucluse a confirmé la récupération d'un indu de revenu de solidarité active (INK 001) d'un montant de 7 221,84 euros, au titre de la période du 1er avril 2022 au 28 février 2023, a implicitement confirmé la récupération d'un indu de revenu de solidarité active (INL 001) d'un montant de 1 477,88 euros, au titre de la période du 1er février 2022 au 31 mars 2022 et a refusé de lui accorder une remise gracieuse de sa dette ;

2°) de mettre à la charge du département de Vaucluse une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il n'est pas démontré qu'il existe une vie de couple et une communauté d'intérêts entre elle et M. C.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2024, le département de Vaucluse conclut au rejet de la requête de Mme H.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, et le rapport de M. G a été entendu

Considérant ce qui suit :

1. Mme H est bénéficiaire du revenu de solidarité active depuis le 13 février 2022 tandis que son époux, M. I C, en est bénéficiaire depuis le 1er décembre 2020. Par une décision du 15 mars 2023, la caisse d'allocations familiales de Vaucluse a mis à la charge de Mme H un indu résultant d'un trop-perçu de revenu de solidarité active (INK 001) d'un montant de 7 221,81 euros au titre de la période du 1er avril 2022 au 28 février 2023 et un indu résultant d'un trop-perçu de revenu de solidarité active (INL 001) d'un montant de 1 477,88 euros au titre de la période du 1er février 2022 au 31 mars 2022. Par une décision du 17 mars 2023, la caisse d'allocations familiales de Vaucluse a mis à la charge de Mme H et de M. C un indu résultant d'un trop-perçu de revenu de solidarité active (INK 001) d'un montant de 889,65 euros au titre de la période du 1er mars 2021 au 31 janvier 2023 et un indu résultant d'un trop-perçu de revenu de solidarité active (INK 002) d'un montant de 8 439,42 euros au titre de la période du 1er janvier 2021 au 28 février 2023. Par deux courriers du 20 mars 2023 et du 17 avril 2023, Mme H doit être regardée comme ayant contesté le bien-fondé des indus mis à sa charge. Par une décision du 9 juin 2023, dont Mme H demande l'annulation par les requêtes n° 2303012 et n° 2303017, la présidente du conseil départemental de Vaucluse a confirmé la récupération d'un indu de revenu de solidarité active (INK 001) d'un montant de 7 221,84 euros, au titre de la période du 1er avril 2022 au 28 février 2023, a implicitement confirmé la récupération d'un indu de revenu de solidarité active (INL 001) d'un montant de 1 477,88 euros, au titre de la période du 1er février 2022 au 31 mars 2022, d'un indu de revenu de solidarité active (INK 001) d'un montant de 889,65 euros au titre de la période du 1er mars 2021 au 31 janvier 2023, d'un indu de revenu de solidarité active (INK 002) d'un montant de 8 439,42 euros au titre de la période du 1er janvier 2021 au 28 février 2023.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2303012 et n° 2303017 concernent la même requérante, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Dès lors, il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 9 juin 2023 de la présidente du conseil départemental de Vaucluse :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active ".

4. Lorsque le recours est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération de montants d'allocation de revenu de solidarité active que l'administration estime avoir été indûment versés, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

5. Il résulte de l'instruction que Mme D E, chef du service gestion de l'allocation et contrôle des droits au revenu de solidarité active, bénéficiait d'une délégation de la présidente du conseil départemental de Vaucluse, par arrêté du 19 décembre 2022 régulièrement publié le même jour, l'habilitant à signer tous les actes, conventions, décisions et correspondances relatifs au droit au revenu de solidarité active et au contrôle de l'allocation. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée du 9 juin 2023 ne peut qu'être écarté.

6. D'une part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 262-3 du même code : " L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article R. 262-6 de ce code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, () ". Aux termes du troisième aliéna de l'article L. 262-9 du même code : " () Est considérée comme isolée, une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui notamment ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire de pacte civil et de solidarité ses ressources et ses charges ". Aux termes de l'article R. 262-37 de ce code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. () ". D'autre part, D'autre part, aux termes de l'article 515-1 du code civil : " un pacte civil de solidarité est un contrat conclu par deux personnes physiques majeures () pour organiser leur vie commune ". Il résulte par ailleurs de l'article 515-4 du même code que : " Les partenaires liés par un pacte civil de solidarité s'engagent à une vie commune, ainsi qu'à une aide matérielle et une assistance réciproques () ".

7. Lorsque des époux, des concubins ou des partenaires liés par un pacte civil de solidarité sont séparés de fait, ils ne constituent plus un foyer au sens de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles et de l'article L. 262-3 du même code. En conséquence, dès lors que la séparation de fait est effective, les revenus du conjoint, du concubin ou du partenaire lié par un pacte civil de solidarité n'ont pas à être pris en compte dans le calcul des ressources du bénéficiaire. Pour l'application des dispositions mentionnées au point 6, l'existence d'une séparation est établie par un faisceau d'indices concordants, permettant d'établir la cessation d'une vie commune, tant matérielle qu'affective.

8. Il résulte de l'instruction que les indus de revenu de solidarité active mis à la charge de Mme H ont pour origine l'absence de déclaration par l'intéressée de la réalité de sa situation de vie maritale et de la composition des membres de son foyer. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'enquête établi le 2 janvier 2023 par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales de Vaucluse, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que Mme H et son époux M. I C, contrairement à la déclaration auprès des services de la caisse d'allocations familiales de Vaucluse de leur séparation de fait depuis le 18 octobre 2020, entretenaient au cours de la période litigieuse une communauté de vie et d'adresse. En effet, si Mme H soutient qu'une instance en divorce est en cours avec M. C et qu'à cette fin elle a obtenu, par deux décisions du 11 mars 2021 et du 21 décembre 2022 l'aide juridictionnelle totale, que M. C ne réside plus à son domicile depuis le 19 octobre 2020, date à laquelle il aurait quitté le territoire français, que seule sa fille réside à son domicile dès lors qu'elle est prise en compte dans ses déclarations d'impôt et que seul le nom de Mme H figure sur les documents administratifs, en particulier sur les quittances de loyer et l'assurance habitation, il ressort toutefois du rapport d'enquête mentionné ci-dessus que M. C est connu de diverses administrations telles que Pôle emploi, l'URSSAF, mais également de sa banque et de son employeur comme étant domicilié chez Mme H, que l'intéressée reçoit sur son compte bancaire des virements de la part de M. C comportant la mention " loyer " et qu'aucune instance en divorce n'a été introduite. Compte tenu de ces éléments concordants établissant l'existence d'une vie de couple entre les époux, l'existence d'une séparation de fait de Mme H et de M. C ne peut être regardée comme établie. C'est, dès lors, à bon droit et sans erreur de fait que le département de Vaucluse a pris en compte la réalité de la composition et des ressources du foyer de Mme H pour mettre à sa charge les indus litigieux. Il résulte également de l'instruction que Mme H a omis de déclarer aux services de la caisse d'allocations familiales l'absence sur le territoire français de M. C du 8 mai 2021 au 7 novembre 2021, ainsi que le départ de sa fille, Mme B C, du territoire français depuis le 7 juin 2022. Dans ces conditions, au regard de la nature des éléments non déclarés et de la réitération des omissions déclaratives, Mme H doit être regardée comme ayant omis délibérément de déclarer la communauté de vie avec M. C.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme H n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 9 juin 2023 par laquelle la présidente du conseil départemental de Vaucluse a confirmé la récupération de l'indu de revenu de solidarité active et a refusé de lui accorder une remise gracieuse de sa dette. Les requêtes n° 2303012 et n° 2303017 de Mme H doivent, dès lors, être rejetées, y compris les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2303012 et 2303017 de Mme H sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F H et au département de Vaucluse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

Le président,

C. G

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision., 2303017

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