vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2303016 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Pôle contentieux sociaux |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 août 2023, Mme C E, représentée par la SCP Lobier et Associés, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 août 2023 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de Vaucluse a confirmé, sur ses recours administratifs du 20 mars 2023 et du 20 avril 2023, la décision du 20 mars 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales a mis à sa charge un indu d'aide personnelle au logement, d'allocation de soutien familial et de prime exceptionnelle de fin d'année au titre de la période du 1er janvier 2021 au 31 mars 2023 et a implicitement confirmé la décision du 17 mars 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales de Vaucluse a mis à sa charge un indu de prime d'activité et de prime exceptionnelle de fin d'année au titre de la période du 1er janvier 2021 au 28 février 2023 ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer les indus litigieux ;
3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de Vaucluse une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- les décisions du 17 mars et du 20 mars 2023 sont illégales dès lors qu'elles ont été prises par une autorité incompétente ;
- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il n'est pas démontré qu'il existe une vie de couple et une communauté d'intérêts entre elle et M. B et que sa fille n'a pas quitté le domicile le 7 juin 2022 contrairement à ce qui est allégué par la caisse d'allocations familiales ;
- la charge de la preuve incombe à la caisse d'allocations familiales ;
- la fraude alléguée par la caisse d'allocations familiales n'est pas prouvée dès lors qu'elle a procédé de manière régulière à la déclaration de sa situation financière et personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2024, la caisse d'allocations familiales de Vaucluse conclut au rejet de la requête de Mme E.
Elle soutient que :
- les conclusions de la requête de Mme E relatives aux prestations familiales sont portées devant une juridiction incompétente pour en connaître ;
- les moyens de la requête de Mme E ne sont pas fondés.
Par une lettre du 25 mars 2024 les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions à fin d'annulation de l'indu d'allocation de soutien familial dont le contentieux relève, en application des dispositions de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale, de la compétence du juge judiciaire.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code civil ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de l'organisation judiciaire ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le décret n° 2021-1657 du 15 décembre 2021 ;
- le décret n° 2022-1568 du 14 décembre 2022 ;
- loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, et le rapport de M. D a été entendu
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 17 mars 2023, la caisse d'allocations familiales de Vaucluse a mis à la charge de Mme E, un indu résultant d'un trop-perçu de revenu de solidarité active d'un montant de 9 329,07 euros et de prime d'activité d'un montant de 686,21 euros au titre de la période du 1er janvier 2021 au 28 février 2023, ainsi qu'un indu de prime exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 304,91 au titre du mois de décembre 2021 et de décembre 2022. Par une décision du 20 mars 2023, la caisse d'allocations familiales de Vaucluse a mis à la charge de Mme E un indu résultant d'un trop-perçu de revenu de solidarité active d'un montant de 8 699,72 euros au titre de la période du 1er février 2022 au 28 février 2023, d'aide personnelle au logement d'un montant de 8 083,68 euros au titre de la période du 1er mars 2021 au 31 mars 2023, d'allocation de soutien familial d'un montant de 2 464,68 euros au titre de la période du 1er janvier 2021 au 30 septembre 2022, et de prime exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 228,67 euros au titre de la période de décembre 2022. Par deux courriers du 20 mars 2023 et du 20 avril 2023, Mme E doit être regardée comme ayant contesté le bien-fondé des indus mis à sa charge. Par une décision du 22 août 2023, édictée postérieurement à l'introduction de l'instance, dont Mme E doit être regardée comme sollicitant l'annulation, la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de Vaucluse a rejeté les recours administratifs préalables de l'intéressée et a confirmé les décisions du 17 mars 2023 et du 20 mars 2023.
Sur la compétence de la juridiction administrative en matière d'allocation de soutien familial :
2. Aux termes de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale : " Le contentieux de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : / 1° A l'application des législations et règlementations de sécurité sociale () ". Aux termes de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire : " Les tribunaux judiciaires spécialement désignés connaissent des litiges relevant du contentieux général de la sécurité sociale ". Aux termes de l'article L. 511-1 de ce code : " Les prestations familiales comprennent : 1°) la prestation d'accueil du jeune enfant ; 2°) les allocations familiales ; 3°) le complément familial ; 4°) L'allocation de logement régie par les dispositions du livre VIII du code de la construction et de l'habitation ; 5°) l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé ; 6°) l'allocation de soutien familial ; 7°) l'allocation de rentrée scolaire ; 8°) L'allocation forfaitaire versée en cas de décès d'un enfant ; 9°) l'allocation journalière de présence parentale ". Les litiges relatifs aux prestations familiales, qui sont au nombre des litiges relatifs à l'application des législations et réglementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole mentionnés à l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale relèvent du contentieux général de la sécurité sociale. Ce contentieux relève du tribunal judiciaire en vertu de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire.
3. Il résulte de ces dispositions que les litiges relatifs à l'allocation de soutien familial relèvent de la compétence du juge judiciaire. Par suite, les conclusions de la requête de Mme E, dirigées contre la décision du 22 août 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales de Vaucluse a confirmé la récupération d'un indu d'allocation de soutien familial d'un montant de 2 464,68 euros au titre de la période du 1er janvier 2021 au 30 septembre 2022, doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 22 août 2023 de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de Vaucluse :
En ce qui concerne le bien-fondé de l'indu de prime d'activité et d'aide personnelle au logement :
4. Aux termes de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service () ".
5. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement () sont régies par le présent livre. / Les aides personnelles au logement comprennent / () 2° Les allocations de logement : / a) L'allocation de logement familiale / b) L'allocation de logement sociale ". Aux termes de l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés ". Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré () / Toutefois, par dérogation aux dispositions des alinéas précédents, la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations. () ".
6. Lorsque le recours est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération de montants de prime d'activité, d'aide personnalisée au logement et de prime exceptionnelle de fin d'année que l'administration estime avoir été indûment versés, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
7. Aux termes de l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative à la prime d'activité prise par l'un des organismes mentionnés à l'article L. 843-1 fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours auprès de la commission de recours amiable, composée et constituée au sein du conseil d'administration de cet organisme et qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1. () ". Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement () sont régies par le présent livre. / Les aides personnelles au logement comprennent : 1° L'aide personnalisée au logement ; 2° Les allocations de logement : a) L'allocation de logement familiale ; () ". En vertu de l'article L. 825-2 du même code, les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement par les organismes payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur. L'institution par ces dispositions d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours préalable est seule susceptible d'être déférée au juge administratif en ce qu'elle se substitue à la décision initiale.
8. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de l'incompétence du signataire des décisions de la caisse d'allocations familiales de Vaucluse du 17 mars 2023 et du 20 mars 2023 doivent être écartés comme inopérants, dès lors que la décision du 22 août 2023 de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de Vaucluse, prise sur le recours administratif préalable obligatoire de Mme E, s'est substituée à ces décisions initiales.
9. Aux termes de l'article L. 823-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. / Ce barème est établi en prenant en considération : / 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; / 2° Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer, telles que définies aux articles L. 822-5 à L. 822-8 () ". Aux termes de l'article L. 823-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. Ce barème est établi en prenant en considération : 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; 2° Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer, telles que définies aux articles L. 822-5 à L. 822-8 ; () ". Aux termes de l'article L. 842-3 du code de la sécurité sociale : " La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1° () ". Aux termes de l'article R. 842-3 de ce code : " Le foyer mentionné au 1° de l'article L. 842-3 est composé : / 1° Du bénéficiaire ; / 2° De son conjoint, concubin, ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité ; () ". Aux termes de l'article R. 846-5 du même code : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".
10. Il résulte de l'instruction que les indus mis à la charge de Mme E ont pour origine l'absence de déclaration par l'intéressée de la réalité de sa situation de vie maritale et de la composition des membres de son foyer. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'enquête établi le 2 janvier 2023 par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales de Vaucluse, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que Mme E et son époux M. F B, contrairement à la déclaration auprès des services de la caisse d'allocations familiales de Vaucluse de leur séparation de fait depuis le 18 octobre 2020, entretenaient au cours de la période litigieuse une communauté de vie et d'adresse. En effet, si Mme E soutient qu'une instance en divorce est en cours avec M. B et qu'à cette fin elle a obtenu, par deux décisions du 11 mars 2021 et du 21 décembre 2022 l'aide juridictionnelle totale, que M. B ne réside plus à son domicile depuis le 19 octobre 2020, date à laquelle il aurait quitté le territoire français, que seule sa fille réside à son domicile dès lors qu'elle est prise en compte dans ses déclarations d'impositions et que seul le nom de Mme E figure sur les documents administratifs, en particulier sur les quittances de loyer et l'assurance habitation, il résulte toutefois du rapport d'enquête que M. B est connu des diverses administrations et de son employeur comme étant domicilié chez Mme E, que l'intéressée reçoit sur son compte bancaire des virements de la part de M. B comportant la mention " loyer ", qu'aucune instance en divorce n'a été introduite, que Mme E a omis de déclarer aux services de la caisse d'allocations familiales l'absence sur le territoire français de M. B du 8 mai 2021 au 7 novembre 2021, ainsi que le départ de sa fille, Mme A B, du territoire français depuis le 7 juin 2022. Dans ces conditions, au regard de la nature des éléments non déclarés et de la réitération des omissions déclaratives, Mme E doit être regardée comme ayant omis délibérément de déclarer la communauté de vie avec M. B. Mme E n'est, par suite, pas fondée à soutenir que les décisions en litige sont entachées d'erreur de fait et d'une inexacte application des dispositions citées ci-dessus du code de la construction et de l'habitation et du code de l'action sociale et des familles.
En ce qui concerne le bien-fondé de l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année :
11. Il résulte des dispositions des décrets du 15 décembre 2021 et du 14 décembre 2022 portant attribution, respectivement au titre de l'année 2021 et de l'année 2022, d'une aide exceptionnelle de fin d'année à certains allocataires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite, que la prime exceptionnelle de fin d'année qu'ils instituent est attribuée par l'Etat aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit au versement de cette allocation au titre des mois de novembre, ou à défaut décembre, de chacune de ces deux années.
12. Mme E n'articule à l'encontre des décisions mettant à sa charge des indus de prime exceptionnelle de fin d'année au titre des années 2021 et 2022, pour un montant total de 304,90 euros, aucun moyen tendant à démontrer l'absence de bien-fondé de ces indus, autre que celui tiré de l'erreur de fait de l'administration à avoir considéré qu'elle formait un foyer avec M. B au titre de la période litigieuse. Ce moyen doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 10.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme E doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin de décharge et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête de Mme E relatives à l'indu mis à sa charge au titre de l'allocation de soutien familial sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme E est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E et à la caisse d'allocations familiales de Vaucluse.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.
Le président,
C. D
La greffière,
I. MASSOT
La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2303016
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026