vendredi 6 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2303892 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre magistrat statuant seul |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 octobre 2023 et le 21 mai 2024, la Société Eurl W.D Distribution, représentée par Me. Bonjean, demande au tribunal :
1°) de constater l'exploitation de deux établissements distincts au sens de l'article 310 HA de l'annexe II du code général des impôts, par l'Eurl W.D Distribution, et partant, constater l'imposition distincte à la CFE du supermarché et de la station-service ;
2°) de constater l'absence d'unité locale au sens de la TASCOM entre le supermarché et la station-service ;
3°) de prononcer la décharge de la somme de 41 217 euros au titre de la TASCOM des années 2019, 2020 et 2021, en droits et pénalités.
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sur le terrain de la loi fiscale, c'est à tort que la station-service et le supermarché ont été assujettis ensemble à la cotisation foncière des entreprises, dès lors que, ils sont situés sur deux parcelles cadastrales distinctes, sont séparés de plus de 550 mètres de distance, par plusieurs voies de circulation, et exploitent des activités distinctes, de sorte qu'ils ne font pas partie d'un même ensemble topographique et ne peuvent constituer une base unique pour l'évaluation de la cotisation foncière des entreprises (CFE) selon les conditions définies à l'article 324 A de l'annexe III du code général des impôts ; ils constituent des établissements distincts au sens de l'article 310 HA de l'annexe II du code général des impôts dès lors qu'y sont exercées des activités différentes et qu'ils peuvent faire, chacun, l'objet d'une exploitation autonome ;
- compte tenu de leur situation géographique, ces locaux ne sauraient être considérés comme attenants pour les besoins de la TASCOM et ne peuvent dès lors pas former une unité locale au sens des critères géographiques de la TASCOM ;
- les locaux ne sont pas aménagés pour que leurs clientèles respectives puissent librement circuler de l'un à l'autre sans emprunter la voie publique, les accès au supermarché et à la station-service sont indépendants ;
- la station-service ne constitue pas un pôle attractif ayant conduit à une augmentation conséquente du chiffre d'affaires réalisé par le supermarché, la comptabilité relative à la station-service et celle relative au supermarché sont parfaitement identifiables et séparables, de sorte que les deux activités sont parfaitement déconnectées l'une de l'autre sur un plan économique, et aucune synergie économique n'est constatée dans les faits ;
- sur le terrain de la doctrine administrative, elle se prévaut du BOI-TFP-TSC, pour définir la notion " d'établissement ".
Par des mémoires en défense, enregistrés le 18 mars 2024 et le 5 juin 2024, le directeur départemental des finances publiques du Gard conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de commerce ;
- la loi n°72-657 du 13 juillet 1972 ;
- le décret n°95-85 du 26 janvier 1995 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Peretti, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :
- les conclusions de M. Joël Baccati, rapporteur public,
- et les observations de Me. Bonjean, représentant la société Eurl W.D Distribution.
Considérant ce qui suit :
1. L'Eurl W.D Distribution exploite, en location-gérance, un fonds de commerce de supermarché et une station-service sous l'enseigne " Carrefour contact " à Aubignan (84810). Cette société a fait l'objet d'une vérification de comptabilité du 7 mars 2022 au 10 juin 2022, qui a donné suite à une proposition de rectification visant à des rehaussements en matière de taxe sur les surfaces commerciales (TASCOM) au titre des exercices 2019, 2020 et 2021. Suite au recouvrement des sommes litigieuses du 10 mars 2023, la requérante a adressé une réclamation en date du 22 juin 2023 qui a fait l'objet d'une décision de rejet en date du 30 août 2023. Par la présente requête l'Eurl W.D Distribution demande la décharge la somme de 41 217 euros au titre de la taxe sur les surfaces commerciales (TASCOM) au titre des années 2019,2020 et 2021 tant en droits qu'en pénalités.
2. Aux termes de l'article 3 de la loi du 13 juillet 1972, visée ci-dessus, dans sa version applicable au litige : " Il est institué une taxe sur les surfaces commerciales assise sur la surface de vente des magasins de commerce de détail, dès lors qu'elle dépasse 400 mètres carrés des établissements ouverts à partir du 1er janvier 1960 quelle que soit la forme juridique de l'entreprise qui les exploite () / Toutefois, le seuil de superficie de 400 mètres carrés ne s'applique pas aux établissements contrôlés directement ou indirectement par une même personne et exploités sous une même enseigne commerciale lorsque la surface de vente cumulée de l'ensemble de ces établissements excède 4 000 mètres carrés. / La surface de vente des magasins de commerce de détail, prise en compte pour le calcul de la taxe, et celle visée à l'article L. 720-5 du code de commerce, s'entendent des espaces affectés à la circulation de la clientèle pour effectuer ses achats, de ceux affectés à l'exposition des marchandises proposées à la vente, à leur paiement, et de ceux affectés à la circulation du personnel pour présenter les marchandises à la vente. / La surface de vente des magasins de commerce de détail prise en compte pour le calcul de la taxe ne comprend que la partie close et couverte de ces magasins. / () Si ces établissements () ont également une activité de vente au détail de carburants, l'assiette de la taxe comprend en outre une surface calculée forfaitairement en fonction du nombre de position de ravitaillement dans la limite de 70 mètres carrés par position de ravitaillement. Le décret prévu à l'article 20 fixe la surface forfaitaire par emplacement à un montant compris entre 35 et 70 mètres carrés. ".
3. L'article 1er du décret du 26 janvier 1995, visé ci-dessus, précise : " Pour l'application de la loi du 13 juillet 1972 susvisée, l'établissement s'entend de l'unité locale où s'exerce tout ou partie de l'activité d'une entreprise. Lorsque plusieurs locaux d'une même entreprise sont groupés en un même lieu comportant une adresse unique ou sont assujettis à une même taxe professionnelle, ils constituent un seul établissement () ".
4. Il résulte des dispositions de l'article 3 de la loi du 13 juillet 1972 et de l'article 1er du décret du 26 janvier 1995, citées ci-dessus, que constituent une unité locale, au sens de ces mêmes dispositions, les locaux d'une même entreprise formant un ensemble géographiquement cohérent pour l'exercice de tout ou partie de l'activité de cette entreprise, notamment ceux comportant une adresse unique ou assujettis à une même cotisation foncière des entreprises.
5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le supermarché et la station-service sont exploités par la société Eurl W.D Distribution et qu'ils sont assujettis à une seule cotisation foncière des entreprises. Ils constituent dès lors un seul établissement au sens et pour l'application des dispositions précitées de la loi du 13 juillet 1972 et du décret du 26 janvier 1995. Par suite, l'Eurl W.D Distribution n'est pas fondée à soutenir qu'ils constituent deux établissements distincts. A les supposer établies, les différentes circonstances invoquées, telles que la situation géographique distincte de la grande surface et de la station-service, leurs aménagements de circulation et leurs accès, ou encore leur absence d'attractivité, sont à cet égard sans incidence. Il en va de même de la circonstance qu'elles auraient dû être imposées distinctement à la cotisation foncière des entreprises.
6. En troisième lieu, la société se prévaut de l'interprétation de la loi fiscale figurant au BOI-TFP-TSC relatif à la taxe sur les surfaces commerciales. Toutefois, ce bulletin officiel ne comprend, en tout état de cause, aucune interprétation différente de la loi fiscale de celle figurant au point 2 de la présente décision.
7. Il résulte de ce qui précède que la demande de la société Eurl W.D Distribution doit être rejetée. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la Société Eurl W.D Distribution est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la Société Eurl W.D Distribution et au directeur départemental des finances publiques du Gard.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2024.
Le magistrat désigné,
P. PERETTILe greffier,
D.BERTHOD
La République mandate et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026