jeudi 7 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2304037 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | CARLINI ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée 29 octobre 2023, complétée par un mémoire enregistré le 23 novembre 2023, Mme B A, représentée par Me Lê, demande au tribunal, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :
1°) de condamner le centre hospitalier intercommunal d'Aix-Pertuis à lui payer une provision de 15 000 euros à valoir sur l'indemnité à laquelle elle peut prétendre au titre des conséquences dommageables de la décision de suspension de fonctions et de rémunération pour non-respect de l'obligation vaccinale prise le 15 septembre 2021 par le directeur de cet établissement ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier intercommunal d'Aix-Pertuis une somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.
Elle soutient que :
- elle a fait l'objet d'une mesure de suspension de fonctions et de rémunération par une décision du 15 septembre 2021 prenant illégalement effet alors qu'elle était en congé de maladie depuis le 31 août 2021 prolongé jusqu'au 14 novembre 2021, dont l'exécution a été suspendue par une décision du Conseil d'Etat du 23 septembre 2022 n°458693 ;
- elle a été destinataire d'un avis de sommes à payer du 30 novembre 2021 portant rappel de rémunération d'un montant de 1 018,57 euros puis de poursuites fiscales et courriers d'huissier et enfin d'une saisie à tiers détenteur le 10 mai 2022 jusqu'à ce qu'il soit mis fin, le 3 mai 2022, à la suspension de fonctions et de rémunération et que lui soient reversés ses traitements ;
- elle a en conséquence subi un préjudice matériel résultant de la privation de rémunération et du coût de multiples démarches amiables et contentieuses, ces dernières n'étant pas intégralement couverts par la somme allouée par le Conseil d'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2023, le centre hospitalier intercommunal d'Aix-Pertuis, représenté par Me Vicente, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que la créance n'est pas non sérieusement contestable dès lors qu'il a, dès le 25 octobre 2021, annulé la décision de suspension du 15 septembre 2021, que des divergence de jurisprudence rendaient malaisée l'identification du régime et de l'entrée en vigueur de la suspension des agents en arrêts maladie, qu'il n'est pas responsable des actes d'exécution pris par le comptable public, que la requérante a été rétablie dans ses droits dès le mois de novembre 2021, qu'elle n'établit pas les préjudices allégués, que les frais de justice sont réputés réparés par la somme allouée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;
- le décret n° 2021-1059 du 7 août 2021 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 15 septembre 2021 entrant en vigueur le jour même, le directeur du centre hospitalier intercommunal d'Aix-Pertuis a suspendu Mme A, aide-soignante en fonction au sein de cet établissement de santé, jusqu'à ce qu'elle satisfasse à l'obligation de vaccination contre la covid-19 prévue par l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire. Mme A sollicite une provision de 15 000 euros à valoir sur la réparation du préjudice matériel résultant de l'illégalité de cette décision.
Sur la provision :
2. Aux termes, d'une part, de l'article R. 541-1 du code justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude.
En ce qui concerne l'obligation du centre hospitalier
3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière applicable au litige et désormais repris aux articles L. 822-1 et suivants du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire en activité à droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 42 ".
4. D'autre part, aux termes du I de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique () " et aux termes du III de l'article 14 de la même loi : " Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit () ".
5. Il résulte de ces dispositions que si le directeur d'un établissement de santé public peut légalement prendre une mesure de suspension à l'égard d'un agent qui ne satisfait pas à l'obligation vaccinale contre la covid-19 alors que cet agent est déjà en congé de maladie, cette mesure et la suspension de traitement qui lui est associée ne peuvent toutefois entrer en vigueur qu'à compter de la date à laquelle prend fin le congé de maladie de l'agent en question.
6. Il s'ensuit que Mme A est fondée à soutenir qu'en tant qu'elle a pris effet à compter du 15 septembre 2021, alors qu'elle était en congé de maladie depuis le 31 août précédent, la décision du 15 septembre 2021 est entachée d'une illégalité à l'origine d'une obligation non sérieusement contestable de son employeur.
En ce qui concerne le montant de la provision :
7. En premier lieu, en ce qui concerne la perte de rémunération, Mme A soutient qu'elle a été destinataire d'un avis de sommes à payer du 30 novembre 2021 portant rappel de rémunération d'un montant de 1 018,57 euros au titre de la paie d'octobre 2021 puis de poursuites fiscales et courriers d'huissier jusqu'à ce qu'il soit mis fin, le 3 mai 2022, à la suspension de fonctions et de rémunération et que lui soient reversés ses traitements. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 25 octobre 2021, le directeur du centre hospitalier a annulé la décision de suspension du 15 septembre 2021 et qu'un rappel de rémunération a été versé à Mme A avec le traitement de novembre 2021, d'un montant net de 2 877,77 euros. Mme A indique en outre, dans un document intitulé " courrier de doléances " avoir été remboursée de la somme de 1 018,57 euros prélevée sur son compte bancaire au terme d'une saisie administrative à tiers détenteur. Il s'ensuit que l'existence d'une perte de rémunération en lien avec la décision de suspension du 15 septembre 2021 n'est pas établie.
8. En second lieu, les frais de justice exposés devant le juge administratif en conséquence directe d'une faute de l'administration sont susceptibles d'être pris en compte dans le préjudice résultant de la faute imputable à celle-ci. Toutefois, lorsque l'intéressé avait qualité de partie à l'instance, la part de son préjudice correspondant à des frais non compris dans les dépens est réputée intégralement réparée par la décision que prend le juge dans l'instance en cause.
9. D'une part, s'agissant des instances introduites par Mme A devant le tribunal administratif de Nîmes tendant à la suspension et l'annulation de la décision du 15 septembre 2021, à son indemnisation définitive et à l'allocation d'une provision, l'intéressée a pu ou pourra légalement bénéficier des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative frais de justice. Il s'ensuit que la part de son préjudice correspondant aux frais de justice afférents à ces instances est réputée intégralement réparée par la décision qu'a prise ou que prendra le juge dans les instances en cause.
10. D'autre part, Mme A justifie également de frais d'avocat d'un montant de 800 euros engagés en vue d'obtenir l'annulation du titre de perception émis le 30 novembre 2021 par le centre hospitalier au titre de la régularisation d'un trop perçu de traitement pour le mois d'octobre 2021. De tels frais étant en lien direct avec l'illégalité fautive entachant la décision du 15 septembre 2021, Mme A est fondée à obtenir une provision de 800 euros à ce titre.
11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est seulement fondée à demander la condamnation du centre hospitalier intercommunal d'Aix-Pertuis à lui payer la somme provisionnelle de 800 euros à valoir sur la réparation des préjudices matériels résultant de l'illégalité fautive entachant la décision du 15 septembre 2021.
Sur les frais du litige :
12. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier intercommunal d'Aix-Pertuis la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.
13. Ces dispositions font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par cet établissement à l'encontre de Mme A, qui n'est pas la parte perdante dans la présente instance.
O R D O N N E :
Article 1er : Le centre hospitalier intercommunal d'Aix-Pertuis est condamné à payer à Mme A une indemnité provisionnelle de 800 euros.
Article 2 : Le centre hospitalier intercommunal d'Aix-Pertuis versera à Mme A une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au centre hospitalier intercommunal d'Aix-Pertuis.
Fait à Nîmes, le 7 décembre 2023.
La juge des référés,
C. CHAMOT
La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
N°2304037
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026