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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2304063

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2304063

vendredi 26 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2304063
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPôle contentieux sociaux
Avocat requérantDEBUREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 octobre 2023 et le 26 janvier 2024, M. B C, représenté par Me Debureau, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 31 août 2023 par laquelle la présidente du conseil départemental du Gard a refusé de lui accorder une remise gracieuse de sa dette de 8 091,42 euros résultant d'un trop-perçu de revenu de solidarité active (INK 001) au titre de la période du 1er janvier 2022 au 30 avril 2023 ;

2°) de le décharger de l'obligation de payer l'indu litigieux ;

3°) de mettre à la charge du département du Gard une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ignorait que ses droits au revenu de solidarité active étaient conditionnés à l'interdiction de quitter le territoire français pendant une durée supérieure à 92 jours ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il n'a jamais bénéficié de l'allocation garantie jeune, contrairement à ce que soutient le conseil départemental du Gard ;

- l'indu litigieux est fondé sur un mauvais calcul ;

- il est de bonne foi et sa situation financière précaire ne lui permet pas de rembourser sa dette ;

- il réunit toutes les conditions permettant de bénéficier du droit à l'erreur dès lors que c'est la première fois qu'il commet une erreur.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 27 décembre 2023 et le 12 février 2024, le département du Gard conclut au rejet de la requête de M. C.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, et le rapport de M. D a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 25 avril 2023, la caisse d'allocations familiales du Gard a mis à la charge de M. C un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 8 191,42 euros au titre de la période du 1er janvier 2022 au 30 avril 2023 et a mis fin à ses droits. Par un courrier du 14 juin 2023, M. C a sollicité la remise gracieuse de sa dette. Par une décision du 31 août 2023, dont M. C sollicite l'annulation, la présidente du conseil départemental du Gard a refusé de lui accorder une remise gracieuse de sa dette de 8 091,42 euros résultant d'un trop-perçu de revenu de solidarité active (INK 001) au titre de la période du 1er janvier 2022 au 30 avril 2023.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'Etat, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ". Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.

3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.

4. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.

5. Dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif statuant sur des recours dirigés contre des décisions rejetant une demande de remise gracieuse d'indu de revenu de solidarité active de se prononcer sur les éventuels vices propres de ces décisions et compte tenu de son office, rappelé au point précédent, les moyens relatifs à la régularité de la décision litigieuse et ceux critiquant le bien-fondé de l'indu mis à la charge du requérant ne peuvent qu'être écartés comme inopérants.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué. () ".

7. M. C fait valoir son " droit à l'erreur ", en application des dispositions citées au point précédent. Toutefois, une décision de récupération d'indu ne constitue pas une sanction pécuniaire. Dès lors, son édiction n'est pas soumise au respect des dispositions de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme inopérant.

8. En troisième lieu et d'une part, il résulte de l'instruction que l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de M. C, et dont il sollicite la remise gracieuse, résulte de la prise en compte de son séjour en dehors du territoire français pour une période supérieure à trois mois et de l'absence de déclaration par l'intéressé des ressources perçues dans le cadre de son parcours contractualisé d'accompagnement vers l'emploi et l'autonomie. Il résulte de l'instruction que M. C a conclu un contrat d'engagement réciproque en date du 25 novembre 2021, qu'il a omis de déclarer au sein de sa déclaration trimestrielle de ressources les indemnités perçues dans ce cadre et qu'il a séjourné au Maroc du 21 juin 2022 au 30 novembre 2022, soit pendant une durée supérieure à 92 jours, afin de rendre visite à sa mère et ses sœurs résidant sur le territoire. Si M. C se prévaut de la suspension des liaisons aériennes pendant la période du covid-19, ce qui l'avait empêché de rendre visite à sa famille, il n'établit pas avoir informé les services de la caisse d'allocations familiales ou du département du Gard, au plus tard dès son retour sur le territoire français, de cette situation.

9. D'autre part, si M. C soutient ne pas avoir " connaissance des règles en vigueur " et avoir procédé à la régularisation de sa situation de sa propre initiative auprès de la caisse d'allocations familiales du Gard, il résulte de l'instruction, notamment du mémoire produit en défense, que le séjour au Maroc de M. C n'a été révélé qu'à compter du 21 mars 2023, à l'occasion d'un contrôle de sa situation diligenté par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales du Gard. Il résulte également de l'instruction que M. C, bénéficiaire du revenu de solidarité active depuis le 14 janvier 2022, ne pouvait ignorer son obligation de déclarer toutes les ressources perçues dans sa déclaration trimestrielle de ressources ainsi que tout changement de situation auprès de la caisse d'allocations familiales et notamment tout séjour à l'étranger excédant trois mois. Dans ces conditions, le requérant doit être regardé comme ayant sciemment procédé à de fausses déclarations. Par suite, il ne satisfait pas à la condition de bonne foi, rappelée au point 3, à laquelle est subordonné le bénéfice d'une remise gracieuse. Dès lors que l'indu litigieux trouve sa cause dans de fausses déclarations de M. C, celui-ci ne saurait utilement faire valoir sa situation de précarité financière pour bénéficier d'une remise gracieuse de sa dette.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 31 août 2023 par laquelle la présidente du conseil départemental du Gard a refusé de lui accorder une remise gracieuse de sa dette. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin de décharge et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au département du Gard.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.

Le président,

C. D

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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