vendredi 17 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2304255 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | ESSAKHI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 novembre 2023, M. A D, représenté par Me Essakhi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;
En ce qui l'obligation de quitter le territoire sans délai :
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
- cette décision est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la durée de l'interdiction au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est disproportionnée.
Des pièces du préfet de l'Hérault ont été reçues et communiquées le 16 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a délégué à Mme Vosgien les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 novembre 2023, à 10h00 :
- le rapport de Mme Vosgien,
- et les observations de Me Essakhi, représentant M. D, en présence de ce dernier, qui conclut aux mêmes fins que dans ses écritures par les mêmes moyens et précise qu'il a été en couple avec une ressortissante française de 2019 à 2022, dont il est désormais séparé, il a également travaillé sans être déclaré dans des fast-food et souhaite partir s'installer en Espagne, l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne tient pas compte de l'ensemble de ces éléments évoqués lors de son audition.
- le préfet de l'Hérault n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant marocain né le 2 juillet 1998, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 14 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions contestées :
2. Par un arrêté n°2023-10-DRCL-484 du 9 octobre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n°163 de la préfecture, le préfet de l'Hérault a donné délégation à Mme C B, cheffe de la section éloignement, à l'effet de signer notamment tout arrêté ayant trait à une mesure d'éloignement concernant les étrangers séjournant irrégulièrement sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être rejeté.
En ce qui concerne l'obligation de territoire français sans délai :
3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine ; aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; " ; aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". L'article L. 612-3 de ce code précise enfin que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. D a déclaré lors de son audition par les services de police suite à son interpellation le 14 novembre 2023, avoir quitté le Maroc et être arrivé en France en 2016 via l'Espagne, en produisant son passeport, démuni de tout visa. L'intéressé ne justifie toujours pas dans le cadre de la présente instance de son entrée régulière sur le territoire, ni avoir sollicité un titre de séjour depuis son arrivée en France. Il a par ailleurs déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement du 13 août 2021, il ressort du fichier automatisé des empreintes digitales qu'il est connu sous trois autres identités tout en s'étant déclaré comme sans domicile fixe et ne présente donc pas de garantie de représentation suffisante. Si M. D soutient avoir été en concubinage avec une ressortissante française pendant trois ans, il confirme à l'audience qu'ils sont désormais séparés et qu'il souhaite repartir s'installer en Espagne. Il ne peut donc utilement reprocher à l'arrêté attaqué de ne pas avoir mentionné ces éléments en se bornant à constater qu'à la date de celui-ci, il est célibataire, sans enfant à charge. L'intéressé n'établit enfin pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, le requérant, n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Hérault aurait entaché sa décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
5. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. " ; aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".
6. Ainsi qu'il a été dit au point 4, M. D qui ne justifie pas de la date et de la durée de son séjour en France, a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Il est célibataire, sans enfant à charge. Il n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour d'une durée de deux ans serait entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code précité ni qu'elle serait disproportionnée.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. A D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D, au préfet de l'Hérault et à Me Essakhi.
Fait à Nîmes le 17 novembre 2023.
La magistrate désignée,
S. VOSGIEN
La greffière,
E. PAQUIERLa République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2304255
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606980
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme B..., ressortissante camerounaise, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire ordonnant son transfert vers la Norvège, responsable de sa demande d'asile en vertu du règlement (UE) n° 604/2013. Le tribunal a jugé que la décision de transfert était suffisamment motivée, le préfet ayant visé le règlement et indiqué que Mme B... détenait un visa norvégien périmé depuis moins de six mois. Il a également estimé que le préfet avait procédé à un examen particulier de sa situation, incluant sa vulnérabilité, et que les moyens tirés de la méconnaissance des articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation n'étaient pas fondés. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation et des conclusions accessoires.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606981
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. C..., un ressortissant libyen, qui contestait le refus de l'OFII de lui accorder les conditions matérielles d'accueil pour demandeur d'asile. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation, jugeant la décision suffisamment fondée en droit et en fait. Il a également estimé que l'OFII n'avait pas commis d'erreur de droit en refusant l'accueil au seul motif que M. C... avait présenté une demande de réexamen, et que le requérant n'avait pas démontré que sa vulnérabilité ou la dignité humaine avaient été méconnues. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 551-15, et la directive 2013/33/UE.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606983
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme A..., ressortissante burkinabée, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire ordonnant son transfert vers la Belgique pour l'examen de sa demande d'asile. Le tribunal a jugé que la décision de transfert était suffisamment motivée, en application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et a écarté les moyens tirés de la méconnaissance des articles 4, 5, 21 et 3 du règlement (UE) n°604/2013. La solution retenue confirme la légalité de la procédure de détermination de l'État responsable, fondée sur le visa délivré par les autorités belges.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606985
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. E..., ressortissant érythréen, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire ordonnant son transfert vers la Suisse, pays responsable de l'examen de sa demande d'asile en application du règlement (UE) n° 604/2013. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence du signataire, le défaut de motivation, la violation des droits à l'information et à l'entretien individuel, ainsi que l'existence de défaillances systémiques en Suisse. Il a jugé que la décision était suffisamment motivée et que la situation personnelle de l'intéressé ne justifiait pas l'application de la clause discrétionnaire de l'article 17 du règlement. En conséquence, la demande d'annulation et les conclusions accessoires ont été rejetées.
01/06/2026