lundi 7 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2304290 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Pôle contentieux sociaux |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 17 novembre 2023 sous le n° 2304289, Mme E B, représentée par Me Desfarges, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales du Gard a confirmé la récupération d'un indu d'aide au logement à caractère social d'un montant de 254 euros au titre de la période du 1er octobre au 31 octobre 2020 et a refusé de lui accorder une remise gracieuse de sa dette ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer l'indu litigieux ;
3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Gard la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait ;
- elle est entachée d'un vice de procédure pour n'avoir pas été précédée d'une consultation de la commission de recours amiable en méconnaissance des dispositions de l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale ;
- la procédure de contrôle est irrégulière dès lors qu'il n'est pas établi que l'agent ayant procédé au contrôlé justifiait d'une assermentation et qu'elle n'a pas été informée de la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale ;
- la caisse d'allocations familiales du Gard ne produit aucun décompte de l'indu litigieux ;
- les retenues opérées par la caisse d'allocations familiales du Gard, en méconnaissance de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale, lui ont causé un préjudice ;
- la caisse d'allocations familiales du Gard méconnaît les droits de la défense et l'article 6 de la convention européenne des droits de l'homme dès lors que Mme B n'a pas été mise en mesure de présenter utilement ses observations avant son édiction et n'a pas obtenu la communication des pièces sur lesquelles l'administration a fondé son allégation, notamment le rapport d'enquête établi par les services de la caisse d'allocations familiales ;
- l'indu, dont la récupération a été confirmée par la décision attaquée, est infondé ;
- elle est de bonne foi et se trouve dans une situation financière précaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2024, la caisse d'allocations familiales du Gard conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge de Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Par une décision du 26 septembre 2023, Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale.
II. Par une requête, enregistrée le 17 novembre 2023 sous le n° 23024290, Mme E B, représentée par Me Desfarges, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales du Gard a confirmé la récupération d'un indu d'aide au logement à caractère familial d'un montant de 516 euros au titre de la période du 1er avril 2020 au 30 septembre 2020 et a refusé de lui accorder une remise gracieuse de sa dette ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer l'indu litigieux ;
3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Gard la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait ;
- elle est entachée d'un vice de procédure pour n'avoir pas été précédée d'une consultation de la commission de recours amiable en méconnaissance des dispositions de l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale ;
- la procédure de contrôle est irrégulière dès lors qu'il n'est pas établi que l'agent ayant procédé au contrôlé justifiait d'une assermentation et qu'elle n'a pas été informée de la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale ;
- la caisse d'allocations familiales du Gard ne produit aucun décompte de l'indu litigieux ;
- les retenues opérées par la caisse d'allocations familiales du Gard, en méconnaissance de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale, lui ont porté préjudice ;
- elle méconnaît les droits de la défense et l'article 6 de la convention européenne des droits de l'homme dès lors que Mme B n'a pas été mise en mesure de présenter utilement ses observations avant son édiction et n'a pas obtenu la communication des pièces sur lesquelles l'administration a fondé son allégation, notamment le rapport d'enquête établi par les services de la caisse d'allocations familiales ;
- l'indu, dont la récupération a été confirmée par la décision attaquée, est infondé ;
- elle est de bonne foi et se trouve dans une situation financière précaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2024, la caisse d'allocations familiales du Gard conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge de Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Par une décision du 26 septembre 2023, Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, et le rapport de M. D a été entendu.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 21 mars 2023, la caisse d'allocations familiales du Gard a mis à la charge de Mme B un indu d'aide au logement à caractère social d'un montant de 254 euros, au titre de la période du 1er octobre au 31 octobre 2020, et un indu d'aide au logement à caractère familial d'un montant de 516 euros au titre de la période du 1er avril 2020 au 30 septembre 2020. Par un courrier du 7 avril 2023, Mme B a formé un recours administratif pour contester le bien-fondé de ses dettes et en a sollicité la remise gracieuse. Par les requêtes n°2304289 et n°2304290, Mme B demande au tribunal, d'une part, d'annuler la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales du Gard a confirmé la récupération d'un indu d'aide au logement à caractère social d'un montant de 254 euros au titre de la période du 1er octobre au 31 octobre 2020 et d'un indu d'aide au logement à caractère familial d'un montant de 516 euros au titre de la période du 1er avril 2020 au 30 septembre 2020 et a refusé de lui accorder une remise gracieuse de ses dettes et, d'autre part, de la décharger de l'obligation de payer les indus litigieux.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2304289 et n° 2304290 concernent la même requérante, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Dès lors, il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.
Sur le bien-fondé des indus d'aide personnelle au logement :
3. Lorsque le recours est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération de montants d'allocation d'aide personnelle au logement que l'administration estime avoir été indûment versés, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
4. En premier lieu, la décision par laquelle la caisse d'allocations familiales du Gard a rejeté la contestation formée par Mme B à l'encontre des indus d'aide personnelle au logement étant une décision implicite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire est inopérant et doit ainsi être écarté.
5. En deuxième lieu, si Mme B soutient que la décision implicite attaquée est insuffisamment motivée, un tel moyen ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que Mme B ait demandé, en application de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, la communication des motifs de la décision implicite résultant du silence gardé sur son recours.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 825-2 du code de la construction et de l'habitation : " Les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur, selon des modalités fixées par voie réglementaire. ". Aux termes de l'article R. 825-1 de ce code : " L'introduction d'un recours contentieux dirigé contre des décisions prises par un organisme payeur en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès de la commission de recours amiable prévue à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale constituée auprès du conseil d'administration de l'organisme auteur de la décision contestée. / Ce recours administratif est régi par les dispositions des chapitres Ier et II du titre Ier du livre IV du code des relations entre le public et l'administration. La procédure définie par les articles R. 142-1 et R. 142-6 du code de la sécurité sociale lui est applicable. ".
7. Il est constant que Mme B a formé un recours devant la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Gard et que la commission a implicitement rejeté ce recours. Par suite, le vice de procédure invoqué, tenant au défaut d'examen du recours de la requérante par la commission de recours amiable, doit être écarté.
8. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction, notamment de la carte d'identité professionnelle d'agent de contrôle de l'intéressé, que, contrairement à ce que soutient Mme B, l'agent de la caisse d'allocations familiales du Gard ayant procédé au contrôle de sa situation a été agréé en qualité d'agent de contrôle des prestations familiales, par une décision du directeur général de la caisse nationale des allocations familiales du 16 mai 2011. Par suite, le moyen doit être écarté.
9. En cinquième lieu, l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale prévoit que le droit de communication permet à certains agents des organismes de sécurité sociale d'obtenir, auprès de personnes publiques et privées que l'article L. 114-20 du même code désigne par renvoi au livre des procédures fiscales, sans que le secret professionnel ne s'y oppose, les documents et informations nécessaires à l'exercice des missions de contrôle ou de recouvrement de prestations indûment versées qu'il définit. L'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale dispose que l'organisme ayant usé de ce droit est tenu d'informer la personne à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement " de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision " et qu'il communique, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, une copie de ces documents à la personne qui en fait la demande. Les dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale instituent une garantie au profit de l'intéressé. Toutefois, leur méconnaissance par l'organisme demeure sans conséquence sur le bien-fondé de la décision prise s'il est établi qu'eu égard à la teneur du renseignement, nécessairement connu de l'allocataire, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, de cette garantie.
10. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'enquête établi le 31 mai 2022, que le contrôleur de la caisse d'allocations familiales du Gard a pris attache auprès de huit particuliers ou organismes. Il résulte également de l'instruction, notamment des termes de ce rapport d'enquête, dont les constatations et énonciations matérielles font foi jusqu'à preuve du contraire, que Mme B a été informée oralement de l'exercice par la caisse d'allocations familiales de son droit de communication auprès de tiers et de la possibilité qui lui était offerte d'obtenir communication des documents ainsi obtenus. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 114-19 et L. 114-21 du code de la sécurité sociale doit être écarté.
11. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " () les décisions individuelles qui doivent être motivées () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : () 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière () ". Aux termes de l'article R. 825-1 du code de la construction et de l'habitation : " L'introduction d'un recours contentieux dirigé contre des décisions prises par un organisme payeur en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès de la commission de recours amiable prévue à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale constituée auprès du conseil d'administration de l'organisme auteur de la décision contestée. / Ce recours administratif est régi par les dispositions des chapitres Ier et II du titre Ier du livre IV du code des relations entre le public et l'administration. La procédure définie par les articles R. 142-1 et R. 142-6 du code de la sécurité sociale lui est applicable. ".
12. Il résulte des dispositions du code de la construction et de l'habitation, et en particulier des articles R. 825-1 et suivants, que le législateur a entendu, par ces dispositions, déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions relatives à l'aide personnelle au logement. Mme B ne saurait, dès lors, utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense à l'encontre de la décision attaquée confirmant la récupération des indus d'aide personnelle au logement mis à sa charge dès lors qu'elle a pu faire valoir ses observations en exerçant devant la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Gard le recours administratif préalable obligatoire à caractère suspensif prévu à l'article R. 825-1 du code de la construction et de l'habitation.
13. En septième lieu, aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement () sont régies par le présent livre. / Les aides personnelles au logement comprennent : 1° L'aide personnalisée au logement ; 2° Les allocations de logement : a) L'allocation de logement familiale ; () ". Aux termes de l'article L. 823-9 de ce code : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés ".
14. Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré () ". Aux termes de l'article L. 823-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. Ce barème est établi en prenant en considération : 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; 2° Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer, telles que définies aux articles L. 822-5 à L. 822-8 ; () ".
15. Il résulte de l'instruction que les indus mis à la charge de Mme B ont pour origine la prise en compte de la réalité de la situation professionnelle et financière de son foyer au cours de la période litigieuse. Il résulte de l'instruction, et notamment des éléments figurant au rapport d'enquête établi le 31 mai 2022 par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales du Gard, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que Mme B, connue en tant qu'auto-entrepreneur depuis le 13 septembre 2018 et qui déclarait aux services de la caisse d'allocations familiales ne percevoir aucun revenu de cette activité non salariée, a, en réalité, perçu sur ses comptes bancaires, du 1er janvier 2019 au 30 avril 2022, la somme totale de 28 417 euros. A cet égard, les documents produits par la requérante, notamment ses avis d'impôt, ne sont pas de nature à remettre en cause les constatations contenues dans le rapport d'enquête, dès lors que Mme B a été radiée d'office des services de l'Union des recouvrements des cotisations sociales et d'allocations familiales (URSSAF) pour absence de déclaration de chiffres d'affaires pendant 24 mois. Si Mme B soutient qu'elle a déclaré son activité d'auto-entrepreneur aux services de la caisse d'allocations familiales, elle ne conteste toutefois pas avoir perçu des revenus au titre de cette activité, et la circonstance alléguée, s'agissant d'un éventuel problème informatique qui l'aurait empêché de s'inscrire sur le site dédié à la déclaration de ses revenus en tant qu'auto-entrepreneur, ne l'exonère pas, en tout état de cause, de son obligation de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation sociale toute information relative à ses activités et à ses ressources ainsi que cela résulte des dispositions de l'article L. 823-1 du code de du code de la construction et de l'habitation cité au point précédent. En outre, Mme B ne conteste pas que sa fille, C, fait partie de son foyer depuis le 27 mai 2021. Il lui appartenait, dès lors, et en application des dispositions de l'article L. 823-1 du code de la construction et de l'habitation cité au point précédent, de ne pas cesser de mentionner la pension alimentaire de 80 euros, perçue par sa fille, dans ses déclarations trimestrielles de ressources. Dans ces conditions, Mme B qui, a sciemment omis de déclarer l'intégralité de ses ressources, s'est rendue coupable de fausses déclarations. C'est, par suite, à bon droit que la caisse d'allocations familiales du Gard a procédé à la régularisation du dossier de Mme B en prenant en compte la réalité de la situation de son foyer et en réintégrant les ressources dont elle disposait réellement, générant ainsi les indus litigieux dont le bien-fondé est établi.
16. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale, applicable au recouvrement d'indus d'aide personnelle au logement en vertu de l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation : " Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré, sous réserve des dispositions des quatrième à neuvième alinéas de l'article L. 133-4-1, par retenues sur les prestations à venir ou par remboursement intégral de la dette en un seul versement si l'allocataire opte pour cette solution. () Dans des conditions définies par décret, les retenues mentionnées au premier alinéa, ainsi que celles mentionnées aux articles L. 821-5-1 et L. 845-3 du présent code, L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation et L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, sont déterminées en fonction de la composition de la famille, de ses ressources, des charges de logement, des prestations servies par les organismes débiteurs de prestations familiales, à l'exception de celles précisées par décret. () ".
17. Si Mme B soutient que la caisse d'allocations familiales du Gard aurait pratiqué des retenues mensuelles sur ses prestations en méconnaissance du caractère suspensif du recours, il résulte toutefois de l'instruction, et notamment des éléments contenus dans le mémoire en défense, qui ne sont pas contestés par la requérante, que la caisse d'allocations familiales du Gard n'a pas procédé au recouvrement des indus litigieux par retenues sur prestations. Par suite, le moyen ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.
Sur la demande de remise gracieuse :
18. Aux termes de l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés ". Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré (). / Toutefois, par dérogation aux dispositions des alinéas précédents, la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations. () ".
19. Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire de l'aide personnelle au logement ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation que si, tout à la fois, d'une part, il est de bonne foi, l'indu ne devant pas trouver sa cause dans une manœuvre frauduleuse ou une fausse déclaration procédant d'une volonté de dissimulation de sa part, et, d'autre part, la précarité de sa situation, appréciée par l'administration à la date de sa décision, justifie l'octroi d'une remise.
20. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'aide personnelle au logement, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande et en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé à l'allocation ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.
21. Il résulte de l'instruction, et notamment de ce qui a été dit au point 15, que les indus d'aide personnelle au logement mis à la charge de Mme B et dont elle sollicite la remise gracieuse totale, résultent de la prise en compte de la réalité de sa situation professionnelle et financière au cours de la période litigieuse. Mme B ne pouvait ignorer son obligation de déclarer tout changement de situation auprès de la caisse d'allocations familiales, compte tenu de la présentation de la déclaration trimestrielle de ressources, qui invite explicitement l'allocataire à déclarer ses ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu. Mme B doit, eu égard à ces circonstances, être regardée comme ayant sciemment manqué à ses obligations déclaratives avec une volonté manifeste de dissimulation. Par suite, elle ne satisfait pas à la condition de bonne foi, rappelée au point précédent, à laquelle est subordonnée le bénéfice d'une remise gracieuse. Dès lors que les indus litigieux trouvent leur cause dans de fausses déclarations de Mme B, celle-ci ne saurait utilement faire valoir sa situation de précarité financière pour bénéficier d'une remise gracieuse de ses dettes.
22. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes n° 2304289 et n° 2304290 de Mme B doivent être rejetées, y compris les conclusions à fin de décharge, ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
23. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par la caisse d'allocations familiales du Gard dans les instances n° 2304289 et n° 2304290, qui n'a d'ailleurs pas eu recours au ministère d'un avocat.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2304289 et n° 2304290 de Mme B sont rejetées.
Article 2 : Les conclusions de la caisse d'allocations familiales du Gard présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans les instances n° 2304289 et n° 2304290 sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B et à la caisse d'allocations familiales du Gard.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.
Le président,
C. D
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2304289, 2304290
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026