lundi 7 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2304291 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Pôle contentieux sociaux |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 novembre 2023, Mme D B, représentée par Me Desfarges, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 21 mars 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Gard a mis à sa charge un indu d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant de 150 euros au titre de l'année 2020 ;
2°) d'annuler la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales du Gard a refusé de lui accorder une remise gracieuse de sa dette ;
3°) de la décharger de l'obligation de payer l'indu litigieux ;
4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Gard la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision attaquée méconnaît l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- l'indu, dont la récupération a été confirmée par la décision attaquée, est infondé ;
- la caisse d'allocations familiales du Gard méconnaît l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles ;
- elle est de bonne foi et se trouve dans une situation financière précaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2024, la caisse d'allocations familiales du Gard conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge de Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Par une décision du 26 septembre 2023, Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1453 du 27 novembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, et le rapport de M. C a été entendu.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 21 mars 2023, la caisse d'allocations familiales du Gard a mis à la charge de Mme B un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 3 057,50 euros au titre de la période du 1er mars 2020 au 31 octobre 2020. Par une autre décision du 21 mars 2023, la caisse d'allocations familiales du Gard a mis à la charge de Mme B un indu d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant de 150 euros au titre de l'année 2020. Par un courrier du 7 avril 2023, Mme B a sollicité la remise gracieuse de sa dette. Par la présente requête, Mme B doit être regardée comme demandant au tribunal, d'une part, d'annuler la décision du 21 mars 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Gard a mis à sa charge un indu d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant de 150 euros au titre de l'année 2020 et, d'autre part, d'annuler la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales du Gard a refusé de lui accorder une remise gracieuse de sa dette. Mme B demande également au tribunal de la décharger de l'obligation de payer l'indu litigieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 21 mars 2023 :
2. Lorsque le juge administratif est saisi d'un recours dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'aide exceptionnelle de solidarité, il entre dans son office d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " () les décisions individuelles qui doivent être motivées () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : () / 4° Aux décisions prises par les organismes de sécurité sociale (), sauf lorsqu'ils prennent des mesures à caractère de sanction () ". En outre, aux termes de l'article R. 111-1 du code de la sécurité sociale : " I. L'organisation de la sécurité sociale comprend les organismes de sécurité sociale suivants : / 1° En ce qui concerne le régime général : () / b) La Caisse nationale des allocations familiales et des caisses d'allocations familiales () ".
4. Il résulte des dispositions citées au point précédent que la décision du 21 mars 2023 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales du Gard a notifié un indu d'aide exceptionnelle de solidarité au titre de l'année 2020 à Mme B, qui ne constitue pas une sanction, n'avait pas à être précédée d'une procédure contradictoire, conformément aux dispositions du du 4° de l'article L. 121-2 du même code. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté comme inopérant.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 27 novembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité liée à la crise sanitaire aux ménages et aux jeunes de moins de vingt-cinq ans les plus précaires : " I.-Une aide exceptionnelle de solidarité est attribuée, dans les conditions fixées à l'article 2 du présent décret, aux bénéficiaires d'au moins une des allocations suivantes au titre des mois de septembre ou d'octobre 2020 : / 1° Le revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ; () ". Aux termes de l'article 2 de ce décret : " I. - Les bénéficiaires du revenu de solidarité active mentionné au 1° de l'article 1er ont droit, au titre de l'aide exceptionnelle de solidarité, à un versement de 150 euros sous réserve que le montant de leur allocation dû au titre du mois de septembre ou d'octobre ne soit pas nul. () ". Aux termes de l'article 4 du même décret : " I. - Tout paiement indu de l'aide exceptionnelle de solidarité attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci. () ".
6. Il résulte de l'instruction qu'un indu de revenu de solidarité activé a été mis à la charge de Mme B par une décision du 21 mars 2023 de la caisse d'allocations familiales du Gard pour un montant de 3 057,50 euros au titre de la période du 1er mars 2020 au 31 octobre 2020. Cet indu a pour origine la prise en compte de la réalité de la situation professionnelle et financière du foyer de Mme B au cours de la période litigieuse. Il résulte de l'instruction, et notamment des éléments figurant au rapport d'enquête établi le 31 mai 2022 par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales du Gard, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que Mme B, connue en tant qu'auto-entrepreneur depuis le 13 septembre 2018 et qui déclarait aux services de la caisse d'allocations familiales ne percevoir aucun revenu de cette activité non salariée, a, en réalité, perçu sur ses comptes bancaires, du 1er janvier 2019 au 30 avril 2022, la somme totale de 28 417 euros. A cet égard, les documents produits par la requérante, notamment ses avis d'impôt, ne sont pas de nature à remettre en cause les constatations contenues dans le rapport d'enquête, dès lors que Mme B a été radiée d'office des services de l'Union des recouvrements des cotisations sociales et d'allocations familiales (URSSAF) pour absence de déclaration de chiffres d'affaires pendant 24 mois. Si Mme B soutient qu'elle a déclaré son activité d'auto-entrepreneur aux services de la caisse d'allocations familiales, elle ne conteste toutefois pas avoir perçu des revenus au titre de cette activité, et la circonstance alléguée, s'agissant d'un éventuel problème informatique l'empêchant de s'inscrire sur le site dédié à la déclaration de ses revenus en tant qu'autoentrepreneur, ne l'exonère pas, en tout état de cause, de son obligation de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toute information relative à ses activités et à ses ressources. C'est, par suite, à bon droit que le département du Gard a décidé de récupérer l'indu litigieux.
7. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que Mme B, compte tenu des ressources réelles de son foyer, ne remplissait plus les conditions pour bénéficier du droit au revenu de solidarité active au titre des mois de septembre et d'octobre 2020. Par conséquent, elle ne remplissait pas les conditions posées par les dispositions citées au point 5 pour pouvoir bénéficier de l'aide exceptionnelle de solidarité. Par suite, le moyen tiré du caractère infondé de l'indu ne peut qu'être écarté.
8. En troisième lieu, si Mme B soutient que la caisse d'allocations familiales du Gard aurait pratiqué des retenues mensuelles sur ses prestations en méconnaissance du caractère suspensif du recours, il résulte toutefois de l'instruction, et notamment des éléments contenus dans le mémoire en défense, qui ne sont pas contestés par la requérante, que la caisse d'allocations familiales du Gard n'a pas procédé au recouvrement par retenues sur prestations. Par suite, le moyen ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales du Gard a refusé de lui accorder une remise gracieuse :
9. Aux termes de l'article 4 du décret du 27 novembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité liée à la crise sanitaire aux ménages et aux jeunes de moins de vingt-cinq ans les plus précaires : " () La dette correspondante peut être remise ou réduite par cet organisme dans les conditions applicables au recouvrement des indus de l'allocation au titre de laquelle le versement de l'aide exceptionnelle a été perçu. ".
10. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu d'aide exceptionnelle de solidarité, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.
11. Il résulte de l'instruction que l'indu d'aide exceptionnelle de solidarité mis à la charge de Mme B et dont elle sollicite la remise gracieuse totale, résulte de la prise en compte de la réalité de sa situation professionnelle et financière au cours de la période litigieuse. Mme B ne pouvait ignorer son obligation de déclarer tout changement de situation auprès de la caisse d'allocations familiales, compte tenu de la présentation de la déclaration trimestrielle de ressources, qui invite explicitement l'allocataire à déclarer ses ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu. Mme B doit, eu égard à ces circonstances, être regardée comme ayant sciemment manqué à ses obligations déclaratives avec une volonté manifeste de dissimulation. Par suite, elle ne satisfait pas à la condition de bonne foi, rappelée au point précédent, à laquelle est subordonnée le bénéfice d'une remise gracieuse. Dès lors que l'indu litigieux trouve sa cause dans de fausses déclarations de Mme B, celle-ci ne saurait utilement faire valoir sa situation de précarité financière pour bénéficier d'une remise gracieuse de sa dette.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin de décharge, ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par la caisse d'allocations familiales du Gard, qui n'a d'ailleurs pas eu recours au ministère d'un avocat.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la caisse d'allocations familiales du Gard présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et à la caisse d'allocations familiales du Gard.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.
Le président,
C. C
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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