jeudi 23 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2304512 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Pôle contentieux sociaux |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 décembre 2023 et le 13 février 2024, M. F C, représenté par Me Mourier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 23 mai 2023 par laquelle la présidente du conseil départemental du Gard a confirmé, sur son recours administratif préalable, sa décision refusant de lui délivrer une carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " ;
2°) d'enjoindre au département du Gard de lui délivrer la carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " ;
3°) de mettre à la charge du département du Gard la somme de 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que son état de santé requiert le bénéfice d'une carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ".
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2024, le département du Gard conclut au rejet de la requête de M. C.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, et le rapport de M. E a été entendu.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 7 mars 2023, la présidente du conseil départemental du Gard a rejeté la demande de M. C tendant à obtenir une carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ". Par un courrier du 13 avril 2023, M. C a contesté cette décision. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler la décision du 23 mai 2023 par laquelle la présidente du conseil départemental du Gard a confirmé, sur son recours administratif préalable, sa décision refusant de lui délivrer une carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ".
2. Le I de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles prévoit que : " La carte " mobilité inclusion " destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l'appréciation, sur le fondement du 3° du I de l'article L. 241-6, de la commission mentionnée à l'article L. 146-9 [c'est-à-dire de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de la maison départementale des personnes handicapées]. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. () / 3° La mention " stationnement pour personnes handicapées " est attribuée à toute personne atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements. () ". Aux termes du IV de l'article R. 241-12-1 du même code : " Pour l'attribution de la mention "stationnement pour personnes handicapées" un arrêté des ministres chargés des personnes handicapées, des personnes âgées et des anciens combattants définit les modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l'extérieur ". L'annexe de l'arrêté du 3 janvier 2017, visé ci-dessus, relative aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans un déplacement, prévoit que le critère relatif à la " réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied " est rempli soit lorsque la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres, soit lorsqu'elle a systématiquement recours à une aide humaine, à une prothèse de membre inférieur, à une canne ou à tout autre appareillage manipulé à l'aide d'un ou des deux membres supérieurs, par exemple à un déambulateur, à un véhicule pour personnes handicapées, notamment un fauteuil roulant, soit enfin lorsqu'elle a recours, lors de tous ses déplacements extérieurs, à une oxygénothérapie.
3. Il résulte de ces dispositions que l'arrêté du 3 janvier 2017 définit, en application du IV de l'article R. 241-12-1 du code de l'action sociale et des familles, les modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, de sorte que seule peut être regardée comme ayant droit à l'attribution de la carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " une personne qui satisfait aux critères fixés par cet arrêté, c'est-à-dire, s'agissant du critère de réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied, qui se trouve dans l'une des trois situations qu'il prévoit.
4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement. Dans le cas d'un contentieux portant sur une demande de carte de stationnement pour personnes handicapées ou de carte " mobilité inclusion " mention " stationnement pour personnes handicapées ", c'est au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant à la date à laquelle il rend sa propre décision que le juge doit statuer.
5. M. C, bénéficiaire d'une pension d'invalidité de catégorie 2, soutient qu'il est en droit de bénéficier d'une carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " dès lors qu'il souffre d'une cardiopathie congénitale (tétralogie de Fallot) et de malaises récidivants avec et sans perte de connaissance ayant nécessité l'implantation d'un défibrillateur sous-cutané le 19 avril 2019. A l'appui de cette allégation, M. C produit trois comptes-rendus d'hospitalisation au service des urgences, datés du 20 avril 2019, du 24 novembre 2019 et du 14 juin 2020 attestant de la prise en charge de l'intéressé suite à des épisodes de malaises, de troubles visuels et de palpitations récidivantes, deux certificats médicaux du docteur D B, cardiologue, du 10 octobre 2022 et du 24 juillet 2023, faisant état du suivi de M. C par son service de cardiologie en raison du port d'un défibrillateur sous-cutané, et deux certificats médicaux du docteur G H, médecin traitant, du 28 mars 2023 et du 6 février 2024, attestant que M. C présente des " malaises avec syncopes, dyspnée et fatigabilité importante " et que son état de santé " nécessite systématiquement une aide humaine pour tout déplacement compte tenu des risques permanents de malaise ". S'il est constant que le périmètre de marche de M. C n'est pas limité à 200 mètres, il résulte toutefois de l'instruction et notamment du certificat médical établi le 6 février 2024 par le docteur H, que M. C est sujet à des risques permanents de malaise et qu'il ne peut de ce fait se déplacer tout seul sans être supervisé par un accompagnant. Au regard de l'ensemble de ces éléments, établissant que M. C est atteint d'une pathologie cardiaque réduisant de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied au sens des dispositions citées au point 2, dès lors notamment qu'il risque d'être en danger et a besoin d'une surveillance régulière à l'occasion de ses déplacements, il y a lieu de reconnaître le droit de M. C à la carte " mobilité inclusion " mention " stationnement pour personnes handicapées " pour une durée qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à la pathologie de l'intéressé, de fixer à un an et, en conséquence, d'annuler la décision du 23 mai 2023 par laquelle la présidente du conseil départemental du Gard a confirmé sa décision rejetant la demande de M. C tendant à obtenir une carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ".
6. Le présent jugement implique la délivrance de cette carte par la présidente du conseil départemental du Gard dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision.
7. D'une part, M. C pour le compte de qui les conclusions de la requête relatives à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être réputées présentées, n'allègue pas avoir exposé de frais autres que ceux pris en charge par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle totale qui lui a été allouée. D'autre part, l'avocat de M. C n'a pas demandé que lui soit versée par le département du Gard la somme correspondant aux frais exposés qu'il aurait réclamée à sa cliente si cette dernière n'avait bénéficié d'une aide juridictionnelle totale. Dans ces conditions, les conclusions de la requête tendant à ce qu'il soit mis à la charge du département du Gard une somme de 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 23 mai 2023 de la présidente du conseil départemental du Gard refusant à M. C la carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " est annulée.
Article 2 : M. C a droit à la carte " mobilité inclusion " mention " stationnement pour personnes handicapées " pour une durée d'un an. Cette carte lui sera délivrée par la présidente du conseil départemental du Gard dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F C et au département du Gard.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.
Le président,
C. E
La greffière,
M. ALa République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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