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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2304730

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2304730

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2304730
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPôle contentieux sociaux

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes a examiné les demandes de M. B C contestant plusieurs indus (prime exceptionnelle de fin d'année, prime d'activité, aide personnelle au logement et revenu de solidarité active) mis à sa charge par la CAF de Vaucluse et le département de Vaucluse, ainsi que les refus de remise gracieuse. Le tribunal a rejeté l'ensemble des conclusions de M. C, jugeant notamment que sa contestation du bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active était irrecevable en raison de la tardiveté de son recours préalable, et que les autres moyens soulevés (défaut de motivation, irrégularité de procédure, erreur manifeste d'appréciation, situation financière précaire) n'étaient pas fondés. La solution retenue est le rejet de la requête, sans application des textes relatifs aux frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 décembre 2023, M. B C doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 juin 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales de Vaucluse a mis à sa charge un indu de prime exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 152,45 euros au titre de l'année 2022 ;

2°) d'annuler la décision du 25 janvier 2024 par laquelle la présidente du conseil départemental de Vaucluse a rejeté son recours administratif préalable obligatoire en date du 9 décembre 2023 ;

3°) d'annuler les décisions du 26 février 2024 par lesquelles la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de Vaucluse a confirmé la récupération d'un indu de prime d'activité d'un montant de 30,36 euros, au titre de la période du 1er avril 2023 au 30 juin 2023 et d'un indu d'aide personnelle au logement (IN4 001) d'un montant de 892 euros, au titre de la période du 1er novembre 2021 au 30 juin 2022 ;

4°) d'annuler la décision du 3 octobre 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales de Vaucluse a refusé de lui accorder une remise gracieuse de sa dette de 892 euros contractée au titre de l'aide personnelle au logement (IN4 001) pour la période du 1er novembre 2021 au 30 juin 2022 ;

5°) d'annuler la décision du 26 septembre 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales de Vaucluse a refusé de lui accorder une remise gracieuse de sa dette de 152,45 euros contractée au titre de l'aide exceptionnelle de fin d'année (ING 001) pour l'année 2022 ;

6°) d'annuler la décision du 25 octobre 2023 par laquelle la présidente du conseil départemental de Vaucluse ne lui a accordé qu'une remise gracieuse partielle, à hauteur de 601,17 euros, de sa dette de 2 180,41 euros contractée au titre du revenu de solidarité active pour la période du 1er septembre 2022 au 31 mars 2023 ;

7°) de le décharger de l'obligation de payer les indus litigieux ;

8°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de Vaucluse de procéder au remboursement des sommes retenues sur ses prestations au titre de la récupération des indus litigieux ;

9°) de mettre à la charge solidaire du département de Vaucluse et de la caisse d'allocations familiales de Vaucluse la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision du 23 juin 2023 est insuffisamment motivée et ne comporte pas la signature de son auteur ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision du 25 juin 2023 est entachée d'un défaut de motivation et n'a pas été signée par le directeur de la caisse d'allocation familiales ;

- les décisions implicites attaquées ont été prises au terme d'une procédure irrégulière dès lors que le principe du contradictoire n'a pas été pleinement respecté, qu'il n'a pas été informé de la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale et qu'elles n'ont pas été précédées d'une consultation de la commission de recours amiable en méconnaissance des dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit ;

- il est dans une situation financière précaire qui ne lui permet pas de rembourser sa dette.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2024, le département de Vaucluse conclut au rejet de la requête de M. C.

Il soutient que :

- les conclusions de M. C relatives à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont irrecevables ;

- M. C est irrecevable à contester le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge dès lors qu'il a formé tardivement son recours administratif préalable obligatoire et que la décision du 23 juin 2023 est par conséquent devenue définitive ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2024, la caisse d'allocations familiales de Vaucluse conclut au rejet de la requête de M. C.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le décret n° 2022-1568 du 14 décembre 2022 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, et le rapport de M. D a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 23 juin 2023, la caisse d'allocations familiales de Vaucluse a mis à la charge de M. C un indu de revenu de solidarité active (INK 001) d'un montant de 2 180,41 euros au titre de la période du 1er septembre 2022 au 31 mars 2023, un indu d'aide personnelle au logement (IN4 001) d'un montant de 892 euros au titre de la période du 1er novembre 2021 au 30 juin 2022 et un indu de prime d'activité d'un montant de 30,36 euros au titre de la période du 1er avril 2023 au 30 juin 2023. Par une décision du 25 juin 2023, la caisse d'allocations familiales de Vaucluse a mis à la charge de M. C un indu de prime exceptionnelle de fin d'année d'un montant total de 152,45 euros au titre de l'année 2022. Par un courrier du 29 juin 2023, M. C a sollicité une remise gracieuse de ses dettes. Par des décisions du 26 septembre 2023 et du 3 octobre 2023, la caisse d'allocations familiales de Vaucluse a refusé de lui accorder une remise gracieuse de sa dette résultant d'un trop-perçu d'aide personnelle au logement et de sa dette contractée au titre de l'aide exceptionnelle de fin d'année. Par une décision du 25 octobre 2023, la présidente du conseil départemental de Vaucluse lui a accordé une remise gracieuse partielle, à hauteur de 601,17 euros, de sa dette de 2 180,41 euros contractée au titre du revenu de solidarité active pour la période du 1er septembre 2022 au 31 mars 2023. Par des courriers du 9 et 13 décembre 2023, M. C a formé un recours administratif pour contester le bien-fondé de ces dettes. Par une décision du 25 janvier 2024, la présidente du conseil départemental de Vaucluse a rejeté son recours. Par des décisions du 26 février 2024, la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de Vaucluse a confirmé la récupération d'un indu de prime d'activité d'un montant de 30,36 euros, au titre de la période du 1er avril 2023 au 30 juin 2023 et d'un indu d'aide personnelle au logement (IN4 001) d'un montant de 892 euros, au titre de la période du 1er novembre 2021 au 30 juin 2022. Par la présente requête, M. C doit être regardé comme demandant l'annulation des décisions du 25 juin 2023, du 26 septembre 2023, du 3 octobre 2023, du 25 octobre 2023, du 25 janvier 2024 et du 26 février 2024. M. C demande également au tribunal de le décharger de l'obligation de payer les indus litigieux.

Sur le bien-fondé des indus en litige :

2. Lorsque le recours est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération de montants d'allocation de prestations sociales, que l'administration estime avoir été indûment versés, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". L'article L. 121-2 du même code précise que : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : () 4° Aux décisions prises par les organismes de sécurité sociale () sauf lorsqu'ils prennent des mesures à caractère de sanction () ".

4. Les dispositions du code des relations entre le public et l'administration citées au point précédent, qui fixent des règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code, ne sauraient utilement être invoquées à l'encontre d'une décision de répétition d'indu de prestations sociales, dès lors que l'allocataire peut faire valoir ses observations en exerçant devant la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales et devant la présidente du conseil départemental du Gard, le recours administratif préalable obligatoire, à caractère suspensif, mentionné aux articles L. 845-2 du code de la sécurité sociale et L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles. En outre, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose la communication de " l'ensemble des pièces " par la caisse d'allocations familiales à l'allocataire. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'il n'a pas bénéficié d'une procédure contradictoire.

5. En deuxième lieu, l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale prévoit que le droit de communication permet à certains agents des organismes de sécurité sociale d'obtenir, auprès de personnes publiques et privées que l'article L. 114-20 du même code désigne par renvoi au livre des procédures fiscales, sans que le secret professionnel ne s'y oppose, les documents et informations nécessaires à l'exercice des missions de contrôle ou de recouvrement de prestations indûment versées qu'il définit. L'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale dispose que l'organisme ayant usé de ce droit est tenu d'informer la personne à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement " de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision " et qu'il communique, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, une copie de ces documents à la personne qui en fait la demande. Les dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale instituent une garantie au profit de l'intéressé. Toutefois, leur méconnaissance par l'organisme demeure sans conséquence sur le bien-fondé de la décision prise s'il est établi qu'eu égard à la teneur du renseignement, nécessairement connu de l'allocataire, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, de cette garantie.

6. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'enquête établi le 21 juin 2023, que le contrôleur de la caisse d'allocations familiales de Vaucluse a pris attache auprès de neuf particuliers ou organismes. Les éléments obtenus, attestant de l'activité indépendante exercée en tant qu'auto-entrepreneur par M. C, étaient nécessairement connus de l'intéressé de sorte qu'une éventuelle absence d'information sur l'origine des renseignements obtenus n'est pas de nature à priver M. C d'une garantie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 114-19 et L. 114-21 du code de la sécurité sociale doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative à la prime d'activité prise par l'un des organismes mentionnés à l'article L. 843-1 fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours auprès de la commission de recours amiable, composée et constituée au sein du conseil d'administration de cet organisme et qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1. / Les recours contentieux relatifs aux décisions mentionnées au premier alinéa du présent article sont portés devant la juridiction administrative. () ". Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " () Les aides personnelles au logement comprennent : 1° L'aide personnalisée au logement ; 2° Les allocations de logement : a) L'allocation de logement familiale ; b) L'allocation de logement sociale. ". Aux termes de l'article L. 825-2 du même code : " Les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur, selon des modalités fixées par voie réglementaire. ". Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental () ". L'institution par ces dispositions d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours préalable est seule susceptible d'être déférée au juge en ce qu'elle se substitue à la décision initiale.

8. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de l'incompétence, de l'insuffisance de motivation et de l'absence de signature de la décision initiale du 23 juin 2023 de la caisse d'allocations familiales de Vaucluse, à laquelle se sont substituées les décisions du 25 janvier 2024 et du 26 février 2024 prises sur recours administratif préalable obligatoire, constituent des vices propres à cette décision et sont, dès lors, inopérants.

En ce qui concerne le revenu de solidarité active et la prime exceptionnelle de fin d'année :

9. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active ".

10. Aux termes de l'article 3 du décret du 14 décembre 2022 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active, de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2022 ou, à défaut, du mois de décembre 2022, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul. () ". Aux termes de l'article 6 de ce décret : " I. - Tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci. () ".

11. En premier lieu, aux termes du de l'article L. 262-25 du code de l'action sociale et des familles : " I. - Une convention est conclue entre le département et chacun des organismes mentionnés à l'article L. 262-16. / Cette convention précise en particulier : / 1° Les conditions dans lesquelles le revenu de solidarité active est servi et contrôlé ; () ". Le premier alinéa de l'article L. 262-47 du même code prévoit que : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale () ". Aux termes de l'article R. 262-60 de ce code : " La convention prévue à l'article L. 262-25 comporte des dispositions générales relatives à : / () 4° Les conditions et limites dans lesquelles la commission de recours amiable de ces organismes rend un avis sur les recours administratifs adressés au président du conseil départemental ; ces stipulations portent notamment sur l'objet et le montant des litiges dont la commission est saisie et les conditions financières de cette intervention ; () ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-89 de ce code : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L. 262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale. / Dans les cas prévus dans la convention mentionnée à l'article L. 262-25 dans lesquels la commission de recours amiable n'est pas saisie, le président du conseil départemental statue, dans un délai de deux mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. Cette décision est motivée. ". Il résulte de ces dispositions que la convention conclue entre le département et la caisse d'allocations familiales ne peut légalement prévoir qu'aucun recours administratif préalable dirigé contre une décision relative au revenu de solidarité active n'est soumis pour avis à la commission de recours amiable.

12. Il appartient au juge, pour apprécier le bien-fondé du moyen dont il est saisi, de s'assurer, le cas échéant d'office, du caractère obligatoire de la consultation de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales dans l'hypothèse en litige, en vertu de clauses réglementaires de la convention conclue entre le département et cet organisme. En revanche, la circonstance que le législateur ait entendu permettre à chaque département, agissant par voie de convention avec cet organisme, de déterminer les hypothèses dans lesquelles les réclamations dirigées contre des décisions relatives au revenu de solidarité active sont soumises pour avis à sa commission de recours amiable n'a pas pour effet de retirer à la consultation de cette commission, eu égard à sa nature et à sa composition, le caractère d'une garantie apportée, lorsqu'elle est prévue, au bénéficiaire du revenu de solidarité active.

13. Les dispositions de l'article 5.1, modifiées par un avenant en date du 15 décembre 2022, de la convention de gestion du revenu de solidarité active, conclue le 23 décembre 2020 entre le département de Vaucluse et la caisse d'allocations familiales de Vaucluse, applicable en l'espèce, réservent au président du conseil départemental la compétence pour statuer sur les contestations qui lui sont présentées en matière de revenu de solidarité active " sans qu'aucune commission de recours amiable ne soit mise en place en la matière ". Ces dispositions doivent nécessairement être regardées comme dispensant cette autorité de la consultation préalable de la commission de recours amiable. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'un vice de procédure en raison de l'absence de consultation préalable de cette commission doit être écarté.

14. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient M. C, la décision du 25 juin 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales de Vaucluse a mis à sa charge un indu de prime exceptionnelle de fin d'année au titre de l'année 2022 est signée par le directeur de la caisse d'allocations familiales de Vaucluse, M. E F. En outre, si M. C soutient que cette décision est insuffisamment motivée, il résulte toutefois de l'instruction que cette décision précise la nature de l'indu mis à la charge de l'intéressé, son montant, la période sur lequel il porte, son motif tiré de la circonstance que M. C n'était pas bénéficiaire du revenu de solidarité active au titre du mois de novembre ou décembre 2022 et comporte la mention du décret du 14 décembre 2022 dont elle fait application. Dans ces conditions, la décision est suffisamment motivée en droit et en fait. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que cette décision est entachée d'incompétence et qu'elle est n'est pas motivée en fait et en droit.

15. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. () ". Aux termes de l'article L. 262-3 de ce code : " Le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 est fixé par décret. Il est revalorisé le 1er avril de chaque année par application du coefficient mentionné à l'article L. 161-25 du code de la sécurité sociale. / L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : / 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-37 de ce code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ".

16. D'autre part, en vertu de l'article L. 262-21 du code de l'action sociale et des familles, il est procédé au réexamen du montant du revenu de solidarité active selon une périodicité définie par décret qui, en vertu de l'article R. 262-4 du même code, est trimestrielle. Aux termes de l'article R. 262-13 du code de l'action sociale et des familles : " Il n'est tenu compte ni des ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou en tenant lieu mentionnées à l'article R. 262-12, ni des allocations aux travailleurs privés d'emploi mentionnées par les articles L. 5422-1, L. 5423-1 et L. 5424-25 du code du travail, lorsqu'il est justifié que la perception de ces revenus est interrompue de manière certaine et que l'intéressé ne peut prétendre à un revenu de substitution. / Les autres ressources ne sont pas prises en compte, dans la limite mensuelle du montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 fixé pour un foyer composé d'une seule personne, lorsqu'il est justifié que leur perception est interrompue de manière certaine et que l'intéressé ne peut prétendre à un revenu de substitution. / Lorsque la perception des ressources mentionnées aux deux alinéas précédents est rétablie, celles-ci sont prises en compte pour le calcul du revenu de solidarité active à compter du réexamen périodique mentionné à l'article L. 262-21 suivant la reprise de perception desdites ressources. () ". Il résulte de ces dispositions, d'une part, que les revenus professionnels ne sont pas pris en compte dans le calcul du montant de l'allocation lorsqu'il est justifié que la perception de ces revenus est interrompue de manière certaine et que l'intéressé ne peut prétendre à un revenu de substitution et, d'autre part, qu'un changement de situation d'un allocataire au cours d'un trimestre de perception du revenu de solidarité active n'a d'incidence sur le montant de l'allocation qu'à compter du trimestre suivant.

17. Il résulte de l'instruction que M. C a transmis à la caisse d'allocations familiales de Vaucluse ses déclarations trimestrielles de ressources pour les mois de juillet 2022 à septembre 2022, d'octobre 2022 à décembre 2022, de janvier 2023 à mars 2023 et d'avril 2023 à juin 2023 faisant état de la perception de salaires, d'indemnités chômage, de revenus non salariés et de revenus de stage de formation professionnelle. Compte tenu de la situation professionnelle de M. C, la caisse d'allocations familiales de Vaucluse avait appliqué, au bénéfice de l'intéressé, la mesure de neutralisation, prévue par les prescriptions de l'article R. 262-13 du code de l'action sociale et des familles, sur les déclarations trimestrielles de ressources de septembre 2022 à novembre 2022, de décembre 2022 à février 2023 et de mars 2023 à juin 2023. Toutefois, à l'occasion d'un contrôle de la situation de M. C, il est apparu, a posteriori, que l'intéressé avait débuté une activité non salariée à compter du mois de juin 2020. Cette situation a conduit la caisse d'allocations familiales de Vaucluse à annuler la mesure de neutralisation qui avait été initialement appliquée et à recalculer les droits au revenu de solidarité active de M. C. Ce faisant, la caisse d'allocations familiales de Vaucluse a nécessairement considéré que la perception de revenus par M. C n'était pas interrompue de manière certaine et que l'intéressé pouvait, dès lors, prétendre à un revenu de substitution. Ce nouveau calcul a généré un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 2 180,41 euros au titre des mois de septembre 2022 à mars 2023 et un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 152,45 euros au titre de l'année 2022. A cet égard, M. C soutient qu'il n'a perçu aucun revenu de son activité non salariée avant le premier trimestre de l'année 2023. Dès lors que M. C s'en tient à des considérations générales, sans contester ni sérieusement ni utilement les éléments précis de calcul rappelés par le département de Vaucluse dans son mémoire en défense, le bien-fondé des indus de revenu de solidarité active et de prime d'activité doivent être regardés comme établis. En outre, dès lors que M. C, contrairement à ce qu'il affirme sans argumentation précise, n'avait en réalité pas droit au revenu de solidarité active au titre du mois de novembre 2022, ni, ce qui n'est pas contesté, au titre du mois de décembre 2022, il n'avait donc pas non plus droit à l'aide exceptionnelle de fin d'année qui lui avait été versée à hauteur d'un montant de 152,45 euros. Il s'ensuit que c'est sans erreur de droit que la caisse d'allocations familiales de Vaucluse et le département de Vaucluse ont procédé à la révision des droits de M. C au revenu de solidarité active au titre de la période litigieuse.

En ce qui concerne l'aide personnelle au logement :

18. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement () sont régies par le présent livre. / Les aides personnelles au logement comprennent / () 2° Les allocations de logement : / a) L'allocation de logement familiale / b) L'allocation de logement sociale ". Aux termes de l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés ". Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré () / Toutefois, par dérogation aux dispositions des alinéas précédents, la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations. () ".

19. Il résulte de l'instruction que l'indu d'aide personnelle au logement, dont M. C sollicite l'annulation, résulte de la prise en compte par les services de la caisse d'allocations familiales de son statut de travailleur auto-indépendant à compter du 1er juin 2020. Toutefois, M. C soutient ne pas avoir perçu de rémunération tirée de l'activité qu'il exerce en qualité d'auto-entrepreneur avant le premier trimestre de l'année 2023, ce qui n'est pas contesté par la caisse d'allocations familiales de Vaucluse et ce qui n'est pas contredit par l'instruction. En outre, M. C a déclaré des rémunérations de stage et des revenus fonciers au titre de la période litigieuse. Dès lors, en l'absence de précisions de la part de la caisse d'allocations familiales de Vaucluse, nonobstant l'invitation en ce sens adressée par le tribunal, quant aux motifs précis de l'indu d'aide personnelle au logement litigieux, M. C est fondé à soutenir que cette dernière à commis une erreur d'appréciation de sa situation professionnelle et de ses ressources au cours de la période litigieuse.

Sur la demande de remise gracieuse des indus :

20. Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré (). / Toutefois, par dérogation aux dispositions des alinéas précédents, la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations. () ".

21. Aux termes de l'article 6 du décret du 14 décembre 2022 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active, de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite : " () La dette correspondante peut être remise ou réduite par cet organisme dans les conditions applicables au recouvrement des indus de l'allocation au titre de laquelle l'aide exceptionnelle a été perçue. ".

22. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'Etat, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ". Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.

23. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision. S'agissant d'un indu constaté au titre de la prestation de compensation du handicap, il y a lieu de rechercher si la situation de précarité de l'intéressé et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction de dette.

24. Il résulte de l'instruction que les indus litigieux mis à la charge de M. C, et dont celui-ci sollicite la remise gracieuse totale, résultent de la neutralisation de ses ressources dont il a bénéficié à tort au cours de la période litigieuse. Il est constant que M. C a porté l'ensemble de ses ressources sur ses déclarations trimestrielles de ressources pour les périodes litigieuses. Dans ces conditions, M. C, qui n'a procédé à aucune fausse déclaration, doit être regardé comme étant de bonne foi. Il résulte toutefois de l'instruction que le requérant perçoit des ressources s'élevant, selon les éléments contenus dans le mémoire en défense de la caisse d'allocations familiales, à la somme de 1 736 euros en juillet 2023. M. C n'établit, ni même n'allègue que cette situation aurait changé et ne fournit aucune indication relative à ses charges fixes. Dans ces conditions, M. C n'établit pas que la précarité de sa situation, compte tenu de l'échelonnement possible des échéances de son remboursement, au regard de ses ressources, de ses charges fixes et de sa situation familiale, serait telle qu'il y aurait lieu de lui accorder une remise gracieuse totale ou partielle des indus litigieux restant à sa charge.

25. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par le département de Vaucluse, M. C est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 26 février 2024 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de Vaucluse a confirmé la récupération d'un indu d'aide personnelle au logement (IN4 001) d'un montant de 892 euros, au titre de la période du 1er novembre 2021 au 30 juin 2022.

26. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que l'administration procède au remboursement des sommes qui auraient déjà été recouvrées.

27. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par M. C, qui n'a d'ailleurs pas eu recours au ministère d'un avocat.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 26 février 2024 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de Vaucluse a confirmé la récupération d'un indu d'aide personnelle au logement (IN4 001) d'un montant de 892 euros, au titre de la période du 1er novembre 2021 au 30 juin 2022, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la caisse d'allocations familiales de Vaucluse de procéder au remboursement des sommes recouvrées au titre de l'indu d'aide personnelle au logement, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au département de Vaucluse et à la caisse d'allocations familiales de Vaucluse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

Le président,

C. D

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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