lundi 7 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2400055 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Pôle contentieux sociaux |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 janvier 2024, Mme F E doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision implicite, prise sur recours administratif préalable obligatoire, par laquelle la présidente du conseil départemental de Vaucluse a confirmé son refus d'accorder à M. B G le bénéfice de l'aide sociale à l'hébergement aux personnes âgées à compter du 1er juillet 2023.
Elle soutient que ses ressources ont diminuées dès lors qu'elle travaille à temps partiel depuis le 1er juin 2023, qu'elle doit supporter des charges fixes importantes et que la décision ne précise pas la répartition de la contribution alimentaire entre son frère et elle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 février 2024, la commune de Cadenet conclut à sa mise hors de cause.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mai 2024, le département de Vaucluse conclut au rejet de la requête de Mme E.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable pour défaut de qualité à agir de Mme E ;
- les conclusions de la requête de Mme E tendant à contester la répartition entre les obligés alimentaire du montant de la contribution due à leur père, M. G, au titre de l'article 205 du code civil, sont portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître ;
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, et le rapport de M. D a été entendu.
Considérant ce qui suit :
1. M. G a été admis au sein de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes " Les Valberes ", à Sorède (66) le 20 janvier 2022. En sa qualité de curatrice de l'intéressé, l'Union départementale des associations familiales des Pyrénées-Orientales a sollicité le bénéfice de l'aide sociale pour la prise en charge de ses frais d'hébergement dans cet établissement le 1er juillet 2023. Par une décision du 25 septembre 2023, confirmée sur recours préalable, la présidente du conseil départemental de Vaucluse a décidé de ne pas accorder à M. G la prise en charge de ses frais d'hébergement, compte tenu de ses ressources et de l'aide possible de ses obligés alimentaires. Par la présente requête, Mme E, fille de M. G, doit être regardée comme contestant cette décision.
2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration détermine les droits d'une personne à l'aide sociale, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette prestation d'aide sociale qu'à sa qualité de juge de plein contentieux d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.
3. Le premier alinéa de l'article L. 113-1 du code de l'action sociale et des familles prévoit que : " Toute personne âgée de soixante-cinq ans privée de ressources suffisantes peut bénéficier, soit d'une aide à domicile, soit d'un accueil chez des particuliers ou dans un établissement ". Le premier alinéa de l'article L. 231-4 de ce code dispose que : " Toute personne âgée qui ne peut être utilement aidée à domicile peut être accueillie, si elle y consent, dans des conditions précisées par décret, soit chez des particuliers, soit dans un établissement de santé ou une maison de retraite publics, soit dans un établissement privé. ". Aux termes de l'article L. 131-4 du même code : " Les décisions attribuant une aide sous la forme d'une prise en charge de frais d'hébergement peuvent prendre effet à compter de la date d'entrée dans l'établissement à condition que l'aide ait été demandée dans un délai fixé par voie réglementaire ". L'article R. 131-2 du même code précise que : " Sauf dispositions contraires, les demandes tendant à obtenir le bénéfice de l'aide sociale prévue aux titres III et IV du livre II prennent effet au premier jour de la quinzaine suivant la date à laquelle elles ont été présentées. / Toutefois, pour la prise en charge des frais d'hébergement des personnes accueillies dans un établissement social ou médico-social, habilité à recevoir des bénéficiaires de l'aide sociale ou dans un établissement de santé dispensant des soins de longue durée, la décision d'attribution de l'aide sociale peut prendre effet à compter du jour d'entrée dans l'établissement si la demande a été déposée dans les deux mois qui suivent ce jour. Ce délai peut être prolongé une fois, dans la limite de deux mois, par le président du conseil départemental ou le préfet. () ".
4. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 132-6 du code de l'action sociale et des familles : " Les personnes tenues à l'obligation alimentaire instituée par les articles 205 et suivants du code civil sont, à l'occasion de toute demande d'aide sociale, invitées à indiquer l'aide qu'elles peuvent allouer aux postulants et à apporter, le cas échéant, la preuve de leur impossibilité de couvrir la totalité des frais. / () La proportion de l'aide consentie par les collectivités publiques est fixée en tenant compte du montant de la participation éventuelle des personnes restant tenues à l'obligation alimentaire. La décision peut être révisée sur production par le bénéficiaire de l'aide sociale d'une décision judiciaire rejetant sa demande d'aliments ou limitant l'obligation alimentaire à une somme inférieure à celle qui avait été envisagée par l'organisme d'admission. La décision fait également l'objet d'une révision lorsque les débiteurs d'aliments ont été condamnés à verser des arrérages supérieurs à ceux qu'elle avait prévus. ".
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 132-7 du même code : " En cas de carence de l'intéressé, le représentant de l'Etat ou le président du conseil départemental peut demander en son lieu et place à l'autorité judiciaire la fixation de la dette alimentaire et le versement de son montant, selon le cas, à l'Etat ou au département qui le reverse au bénéficiaire, augmenté le cas échéant de la quote-part de l'aide sociale ". Cette action, exercée par le représentant de l'Etat ou le président du conseil départemental, au besoin à titre conservatoire, aux lieu et place du créancier en cas de carence de celui-ci vis-à-vis des personnes tenues à l'obligation alimentaire à son égard sur le fondement des articles 205 et suivants du code civil, emprunte tous ses caractères à l'action alimentaire. Enfin, sauf si le demandeur prouve son état de besoin et établit qu'il n'est pas resté inactif ou qu'il a été dans l'impossibilité d'agir, il résulte de l'article 208 du code civil en vertu duquel " les aliments ne sont accordés que dans la proportion de celui qui les réclame, et de la fortune de celui qui les doit " que le juge civil n'impose, le cas échéant, le versement d'une pension par le créancier d'aliments que pour la période postérieure à la demande en justice.
6. Il résulte de ces dispositions et des articles L. 134-1 et L. 134-3 du code de l'action sociale et des familles que le juge administratif, à qui il appartient de déterminer dans quelle mesure les frais d'hébergement dans un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes sont pris en charge par les collectivités publiques au titre de l'aide sociale, est compétent pour fixer, au préalable, le montant de la participation aux dépenses laissée à la charge du bénéficiaire de l'aide sociale et, le cas échéant, de ses débiteurs alimentaires. En revanche, il n'appartient qu'à l'autorité judiciaire d'assigner à chacune des personnes tenues à l'obligation alimentaire le montant et la date d'exigibilité de leur participation à ces dépenses ou, le cas échéant, de décharger le débiteur de tout ou partie de la dette alimentaire lorsque le créancier a manqué gravement à ses obligations envers celui-ci.
7. Il résulte de l'instruction que M. G, père de Mme E et de M. C G, hébergé dans un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes, n'a pas été admis, par décision du 25 septembre 2023, à l'aide sociale à l'hébergement par le conseil départemental de Vaucluse, au motif tiré de ce que ses ressources mobilisables, à hauteur de 1 505,66 euros, ajoutées à la capacité contributive de ses obligés alimentaires, estimée à la somme globale de 964 euros, lui permettaient de couvrir ses frais d'hébergement en EHPAD, d'un montant mensuel de 2 126,76 euros.
8. Pour contester le refus du département de Vaucluse d'allouer à son père une aide sociale à l'hébergement en vue de couvrir ses frais de séjour en EHPAD, Mme E soutient que sa situation financière ne lui permet pas de contribuer à l'obligation alimentaire fixée par la décision du conseil départemental de Vaucluse. Toutefois, il résulte de l'instruction, et notamment des pièces produites par la requérante, que l'intéressée perçoit un salaire mensuel de 1 350 euros environ et que le revenu fiscal de référence de son foyer, ainsi que cela ressort de son avis d'impôt établi en 2023, s'élève à 23 873 euros. Dans ces conditions, et alors que Mme E ne produit aucune pièce relative à ses charges fixes, qu'elle évalue à hauteur de 710 euros, la requérante ne remet pas utilement en cause le bien-fondé du motif de la décision de refus selon lequel les débiteurs alimentaires de M. G sont, pris dans leur ensemble, en situation de couvrir, par leur participation financière, le reste à charge à payer pour les frais d'hébergement en EHPAD, d'un montant mensuel d'environ 620 euros. En outre, si Mme E, qui indique ne plus communiquer avec son frère, souhaite contester le montant de son obligation alimentaire vis-à-vis de son père et la répartition de cette obligation entre les obligés, elle doit saisir le juge judiciaire conformément à l'article L. 134-3 du code de l'action sociale et des familles.
9. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision implicite, prise sur recours administratif préalable obligatoire, par laquelle la présidente du conseil départemental de Vaucluse a confirmé son refus d'accorder à M. B G le bénéfice de l'aide sociale à l'hébergement aux personnes âgées à compter du 1er juillet 2023.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F E, au département de Vaucluse et à la commune de Cadenet.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.
Le président,
C. D
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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