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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2400065

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2400065

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2400065
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPôle contentieux sociaux

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes, saisi d’un recours de plein contentieux par Mme B C, a examiné sa demande d’annulation de la décision de la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées de Vaucluse refusant de lui reconnaître la qualité de travailleur handicapé. La maison départementale des personnes handicapées, n’ayant pas produit d’observations malgré une mise en demeure, est réputée avoir acquiescé aux faits, mais le tribunal doit vérifier leur bien-fondé en droit. Statuant au vu des articles L. 5213-1 et L. 5213-2 du code du travail, le tribunal rappelle que la qualité de travailleur handicapé s’apprécie en fonction de l’état de santé du demandeur et de ses perspectives d’emploi. En l’espèce, Mme C, professeure des écoles, n’apporte pas d’éléments suffisants pour établir que son état de santé réduit effectivement ses possibilités d’obtenir ou de conserver un emploi. Par conséquent, le tribunal rejette sa requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 janvier 2024, Mme B C doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 19 décembre 2023 par laquelle la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de Vaucluse a confirmé, sur son recours administratif préalable, sa décision du 31 octobre 2023 refusant de lui reconnaître la qualité de travailleur handicapé.

Elle soutient que son état de santé doit lui permettre de bénéficier de la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé.

La procédure a été communiquée à la maison départementale des personnes handicapées de Vaucluse qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, et le rapport de M. D a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 31 octobre 2023, la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de Vaucluse a rejeté la demande de Mme C tendant à se voir reconnaître la qualité de travailleur handicapé. Mme C a contesté cette décision. Par une décision du 19 décembre 2023, dont Mme C sollicite l'annulation, la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de Vaucluse a confirmé sa décision.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".

3. La maison départementale des personnes handicapées de Vaucluse, qui n'a pas produit d'observations en défense avant la clôture de l'instruction malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 25 avril 20234, doit être réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête en application de l'article R. 612-6 précité du code de justice administrative. Cette circonstance ne dispense toutefois pas le tribunal, d'une part, de vérifier que les faits allégués par la requérante ne sont pas contredits par les autres pièces versées au dossier, d'autre part, de se prononcer sur les moyens de droit que soulève l'examen de l'affaire.

Sur la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles : " Constitue un handicap () toute limitation d'activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d'une altération substantielle, durable ou définitive d'une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d'un polyhandicap ou d'un trouble de santé invalidant ". Aux termes de l'article L. 5213-1 du code du travail : " Est considérée comme travailleur handicapé toute personne dont les possibilités d'obtenir ou de conserver un emploi sont effectivement réduites par suite de l'altération d'une ou plusieurs fonctions physique, sensorielle, mentale ou psychique ". Aux termes de l'article L. 5213-2 du même code : " La qualité de travailleur handicapé est reconnue par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées mentionnée à l'article L. 241-5 du code de l'action sociale et des familles. Cette reconnaissance s'accompagne d'une orientation vers un établissement ou service d'aide par le travail, vers le marché du travail ou vers un centre de rééducation professionnelle () ". Il résulte de ces dispositions que la qualité de travailleur handicapé doit être appréciée en tenant compte, d'une part, de l'état de santé du demandeur et, d'autre part, de ses qualifications et de l'emploi qu'il occupe ou de celui qu'il aurait vocation à occuper.

5. D'autre part, aux termes du I de l'article L. 241-6 du code de l'action sociale et des familles : " La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées est compétente pour : () 4° Reconnaître, s'il y a lieu, la qualité de travailleur handicapé aux personnes répondant aux conditions définies par l'article L. 5213-1 du code du travail ; () ". En vertu de l'article L. 241-9 du même code, les décisions relevant du 4° du I de l'article L. 241-6 précité " peuvent faire l'objet d'un recours devant la juridiction administrative ". Les recours ainsi formés contre les décisions des commissions des droits et de l'autonomie des personnes handicapées statuant, en application de ces dispositions, sur la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé constituent des recours de plein contentieux. Eu égard à son office lorsqu'il est saisi d'un tel recours, il appartient au juge administratif de se prononcer non sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais seulement sur la qualité de travailleur handicapé de la personne intéressée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue, sauf à renvoyer à l'administration compétente, et sous son autorité, le règlement de tel aspect du litige dans des conditions précises qu'il lui appartient de fixer.

6. Mme C, professeure des écoles depuis le 1er septembre 2023, soutient qu'elle est en droit de bénéficier de la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé dès lors qu'elle est porteuse d'un facteur Leyden hétérozygote, souffre également de troubles lipidiques et présente des antécédents d'embolie pulmonaire, de phlébite et d'hypertriglycéridémie. Ces troubles de santé durable, ainsi qu'en témoigne la notification de prise en charge à 100 % pour affection de longue durée au titre de la période 2019-2029 adressée à la requérante par la mutuelle nationale des hospitaliers, présentent un caractère invalidant et réduit effectivement les possibilités de Mme C, dont la qualité de travailleur handicapé a d'ailleurs été précédemment reconnue entre 2018 et 2023, d'obtenir ou de conserver un emploi en tant que professeure des écoles dès lors qu'ils l'obligent à limiter ses trajets quotidiens en voiture à un maximum de deux heures par jour et de 100 km, ainsi que cela ressort du certificat médical rédigé par le docteur E F le 6 septembre 2023, joint à la demande de reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé adressée à la maison départementale des personnes handicapées. Eu égard à ces éléments médicaux circonstanciés qui ne sont pas contestés par la maison départementale des personnes handicapées de Vaucluse qui n'a pas produit de mémoire en défense, il y a lieu de reconnaître à Mme C la qualité de travailleur handicapé pour une durée qui doit être fixée, dans les circonstances de l'espèce, à cinq ans, et, en conséquence, d'annuler la décision du 19 décembre 2023 par laquelle la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de Vaucluse a rejeté sa demande. La présente décision implique la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé au profit de Mme C par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de Vaucluse, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 19 décembre 2023 par laquelle la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de Vaucluse a confirmé sa décision du 31 octobre 2023 refusant de reconnaître à Mme C la qualité de travailleur handicapé, est annulée.

Article 2 : Mme C a droit à la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé pour une durée de cinq ans. Cette reconnaissance lui sera attribuée par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de Vaucluse, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au département de Vaucluse et à la maison départementale des personnes handicapées de Vaucluse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

Le président,

C. D

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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