lundi 7 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2400113 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Pôle contentieux sociaux |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 janvier 2024 et régularisée le 6 février 2024, M. C B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 19 décembre 2023 par laquelle la présidente du conseil départemental de Vaucluse ne lui a accordé qu'une remise gracieuse partielle, à hauteur de 30 %, de sa dette de 2 093,01 euros contractée au titre du revenu de solidarité active pour la période du 1er septembre 2021 au 31 mai 2022, laissant ainsi à sa charge la somme de 1 465,11 euros.
Il soutient que :
- il n'a perçu aucune somme d'argent au titre de la pension alimentaire déclarée par ses parents dès lors que cette pension correspondait à son hébergement et à la prise en charge de sa nourriture ;
- il est de bonne foi dès lors qu'il ne pensait pas que la déclaration de la pension alimentaire reçue en 2021 d'un montant de 3 592 euros constituait un avantage en nature qu'il aurait dû déclarer à la caisse d'allocations familiales de Vaucluse ;
- il est étudiant et se trouve dans une situation financière précaire qui ne lui permet pas de rembourser le solde de sa dette.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2024, le département de Vaucluse conclut au rejet de la requête de M. B.
Il soutient que :
- à titre principal, les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 30 janvier 2024 par laquelle la présidente du conseil département de Vaucluse a confirmé la récupération de l'indu de solidarité active sont irrecevables en raison de la tardiveté du recours administratif préalable effectué le 10 janvier 2024, alors que la décision de notification de dette date du 15 juin 2023 ;
- à titre subsidiaire, l'indu de 2 093,01 euros mis à la charge de M. B est bien fondé ;
- M. B ne justifie pas d'une situation financière précaire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, et le rapport de M. D a été entendu.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 15 juin 2023, la caisse d'allocations familiales de Vaucluse a mis à la charge de M. B un indu d'un montant de 2 093,01 euros contracté au titre du revenu de solidarité active pour la période du 1er septembre 2021 au 31 mai 2022. Par un courriel du 16 août 2023 adressé à la caisse d'allocations familiales du Gard, M. B doit être regardé comme ayant sollicité la remise gracieuse de sa dette. Par une décision du 19 décembre 2023, la présidente du conseil départemental de Vaucluse ne lui a accordé qu'une remise gracieuse partielle, à hauteur de 30%, de sa dette de 2 093,91 euros contractée au titre du revenu de solidarité active pour la période du 1er septembre 2021 au 31 mai 2022, laissant ainsi à sa charge la somme de 1 465,11 euros. M. B doit être regardé comme demandant l'annulation de cette décision du 19 décembre 2023 de la présidente du conseil département de Vaucluse
2. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'Etat, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ". Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.
3. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre () ". Aux termes de l'article R. 262-6 de ce code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. () ". Aux termes de l'article R. 262-9 de ce code dans sa rédaction applicable : " Les avantages en nature procurés par un logement occupé soit par son propriétaire ne bénéficiant pas d'aide personnelle au logement, soit, à titre gratuit, par les membres du foyer, sont évalués mensuellement et de manière forfaitaire :1° A 12 % du montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 applicable à un foyer composé d'une seule personne ; 2° A 16 % du montant forfaitaire calculé pour deux personnes lorsque le foyer se compose de deux personnes ; 3° A 16,5 % du montant forfaitaire calculé pour trois personnes lorsque le foyer se compose de trois personnes ou plus. / Les avantages en nature procurés par un jardin exploité à usage privatif ne sont pas pris en compte. ". Il résulte de ces dispositions que les avantages en nature que reçoivent les bénéficiaires du revenu de solidarité active doivent être intégrés dans les ressources prises en compte pour la détermination du montant de l'allocation à laquelle ils peuvent prétendre, à l'exclusion de l'usage privatif d'un jardin. Si la fourniture d'un logement à titre gratuit doit être évaluée sur la base forfaitaire prévue par l'article R. 262-9 du code de l'action sociale et des familles, les autres avantages en nature doivent, en l'absence de dispositions réglementaires prévoyant un mode d'évaluation forfaitaire, être évalués sur la base de leur valeur réelle.
4. Enfin, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.
5. Il résulte de l'instruction que l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de M. B, et dont il sollicite la remise gracieuse, résulte de la prise en compte par la caisse d'allocations familiales de Vaucluse de l'intégralité des ressources de l'intéressé. Il résulte en effet de l'instruction, et notamment de la déclaration trimestrielle de ressources de M. B pour la période allant du 1er septembre 2021 au 31 mai 2022, que l'intéressé a déclaré ne percevoir aucune ressource sur l'ensemble de cette période alors que la note interne du 15 juin 2023 produite par la caisse d'allocations familiales du Gard mentionne qu'il a perçu au titre de l'année 2021 une pension alimentaire forfaitaire dont le montant de 3 592 euros correspond à l'évaluation des avantages liés à la fourniture d'un logement à titre gratuit par ses parents qui l'hébergeaient et lui donnaient également le couvert. Si M. B soutient que cette pension alimentaire n'a pas pris la forme d'un versement numéraire mais celle d'un hébergement à titre gratuit et de la prise en charge des frais de nourriture par ses parents, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que de tels avantages en nature doivent être réintégrés dans les ressources de M. B prises en compte pour le calcul de ses droits au revenu de solidarité active. La bonne foi de M. B n'a pas été remise en cause par l'administration qui en a contraire tenu compte dès lors que la caisse d'allocations familiales de Vaucluse lui a notifié un courrier de droit à l'erreur le 28 juillet 2023 et que la présidente du conseil départemental de Vaucluse lui a octroyé une remise gracieuse partielle d'un montant de 627,90 euros. M. B soutient que sa situation financière ne lui permet pas de rembourser le solde de l'indu de revenu de solidarité active restant à sa charge d'un montant de 1 465,11 euros. Si M. B se prévaut des frais résultant de son prêt étudiant dont le capital restant dû s'élevait à 5 090,71 euros à la date du 11 janvier 2024, et des frais d'assurance à son nom s'élevant à la somme de 757,90 euros pour l'année 2024, supportés par ses parents, il ne résulte toutefois pas de l'instruction que sa situation financière, alors qu'il ne mentionne pas les échéances mensuelles de son prêt, travaille en alternance pour un salaire de 1 282,44 euros et vit chez ses parents, serait telle, au regard de ses ressources, et de sa situation familiale, étant célibataire et sans enfant à charge, qu'il y aurait lieu de lui accorder une remise gracieuse supplémentaire, totale ou partielle, de sa dette qui s'élève en dernier lieu à 1 465,11 euros.
6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le département de Vaucluse, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 19 décembre 2023 par laquelle la présidente du conseil départemental de Vaucluse ne lui a accordé qu'une remise gracieuse partielle, à hauteur de 30%, de sa dette de 2 093,01 euros contractée au titre du revenu de solidarité active pour la période du 1er septembre 2021 au 31 mai 2022, laissant ainsi à sa charge la somme de 1 465,11 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au département de Vaucluse.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.
Le président,
C. D
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
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