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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2400139

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2400139

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2400139
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPôle contentieux sociaux

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes, statuant en plein contentieux social, a rejeté la requête de M. et Mme B qui demandaient l'annulation du refus de la caisse d'allocations familiales de Vaucluse de leur accorder une remise gracieuse d'un indu de prime d'activité de 1 129,47 euros. Le tribunal a examiné si les conditions de bonne foi et de précarité, prévues à l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale, étaient réunies. Il a estimé que l'omission déclarative de la rente de maladie professionnelle de l'épouse ne pouvait être regardée comme de bonne foi, et que la situation financière des requérants, bien que modeste, ne présentait pas un caractère de précarité suffisant pour justifier une remise. En conséquence, la solution retenue est le rejet de la demande d'annulation et de la demande de remise gracieuse.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 janvier 2024 et régularisée le 2 février 2024, M. et Mme E et C B demandent au tribunal d'annuler la décision du 27 novembre 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales de Vaucluse a refusé d'accorder à M. B une remise gracieuse de sa dette de 1 129,47 euros résultant d'un trop-perçu de prime d'activité (IM3 002) pour la période du 1er janvier 2022 au 30 septembre 2023.

Ils soutiennent que :

- c'est en toute bonne foi que M. B n'a pas déclaré la rente de maladie professionnelle de son épouse en se basant sur la déclaration des revenus pour laquelle cette rente n'est pas prise en compte ;

- la prise en compte par la caisse d'allocations familiales d'un quotient familial de 1 420 euros est erronée, de même que la prise en compte de seulement deux parts pour le calcul de ce quotient ;

- leur situation financière est précaire en raison du faible montant de retraite de M. B.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2024, la caisse d'allocations familiales de Vaucluse conclut au rejet de la requête de M. et Mme B.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. et Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, et le rapport de M. D a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 9 octobre 2023, la caisse d'allocations familiales de Vaucluse a mis à la charge de M. B un indu de 1 129,47 euros de prime d'activé pour la période du 1er janvier 2022 au septembre 2023 (IM3 002). Par un courrier du 9 octobre 2023, M. B a sollicité la remise gracieuse de sa dette. Par une décision du 27 novembre 2023, dont M. et Mme B sollicitent l'annulation, la caisse d'allocations familiales de Vaucluse a refusé d'accorder à M. B une remise gracieuse de sa dette.

2. Aux termes de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service. () / () / La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire de la prime d'activité ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation que si, tout à la fois, d'une part, il est de bonne foi, l'indu ne devant pas trouver sa cause dans une manœuvre frauduleuse ou une fausse déclaration procédant d'une volonté de dissimulation de sa part, et, d'autre part, la précarité de sa situation, appréciée par l'administration à la date de sa décision, justifie l'octroi d'une remise.

4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu de prime d'activité, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande et en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé à l'allocation ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.

5. L'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale dispose que : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article L. 842-3 de ce code : " La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1° () ". Aux termes de l'article L. 842-4 de ce code : " Les ressources mentionnées à l'article L. 842-3 prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; / 2° Les revenus de remplacement des revenus professionnels ; () ". Aux termes de l'article R. 844-2 de ce code : " I. Ont le caractère de revenus de remplacement en application du 2° de l'article L. 842-4 () 7° Les rentes allouées aux victimes d'accidents du travail et de maladies professionnelles mentionnées au livre IV du présent code. ". Aux termes de l'article R. 842-3 du même code : " Le foyer mentionné au 1° de l'article L. 842-3 est composé : 1° Du bénéficiaire ; 2° De son conjoint, concubin, ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité ; () ". Aux termes de l'article R. 846-5 du même code : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

6. Il résulte de l'instruction que l'indu de prime d'activité mis à la charge de M. B et dont les requérants sollicitent la remise gracieuse résulte de l'absence de déclaration de l'intégralité des ressources du foyer. Il résulte en effet de l'instruction, notamment des déclarations de ressources trimestrielles de M. B que ce dernier n'a pas déclaré à la caisse d'allocations familiales de Vaucluse les montants de la rente de maladie professionnelle que son épouse perçoit mensuellement, à hauteur environ de 420 euros par mois, sur la période de référence du 1er octobre 2021 au 31 juin 2023. Dans les circonstances de l'espèce, compte tenu de la nature de la ressource dont la déclaration a été omise, qui ne constitue pas un revenu imposable, la bonne foi des requérants, qui n'est d'ailleurs pas remise en cause, peut être regardée comme établie. Si M. et Mme B se prévalent d'une situation financière précaire, les pièces produites ne permettent pas de caractériser une situation de précarité faisant obstacle à ce que puisse être remboursé le solde de leur dette. Leurs ressources s'élèvent à un montant justifié et non contesté de 2 392, 32 euros, pour des charges mensuelles fixes incluant le loyer, les frais d'eau d'électricité, les frais en téléphonie, une cotisation d'assurance, une complémentaire santé, un crédit pour leur véhicule, et des frais d'essence évalués de manière vraisemblable, s'élevant à un montant total de 1 319,78 euros. Si les requérants font valoir des dépenses liées à des réparations de leur véhicule, ils ne produisent qu'un devis du 25 janvier 2024 qui ne permet pas de justifier de la réalité de cette dépense, laquelle ne présente d'ailleurs qu'un caractère occasionnel. De même, ils ne justifient pas des frais médicaux divers non remboursés par l'assurance maladie. Par ailleurs, si M. et Mme B contestent le montant du quotient familial que la caisse d'allocations familiales de Vaucluse a fixé à 1 420 euros, il résulte de l'instruction, et notamment de l'attestation de paiement de la caisse d'allocations familiales de Vaucluse du 21 janvier 2024 produite par les intéressés que leur quotient familial s'élevait en décembre 2023 à 1 009 euros. Dans ces conditions, compte tenu des ressources dont dispose le foyer de M. et Mme B et des possibilités d'échelonnement du paiement de la dette, il ne résulte pas de l'instruction que la situation de précarité de M. et Mme B serait telle qu'il devrait être fait droit à leur demande de remise gracieuse.

7. Il résulte de tout ce qui précède de M. et Mme B ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision du 27 novembre 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales de Vaucluse a refusé d'accorder à M. B une remise gracieuse de sa dette de 1 129,47 euros résultant d'un trop-perçu de prime d'activité pour la période du 1er janvier 2022 au 30 septembre 2023.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme E et C B et à la caisse d'allocations familiales de Vaucluse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

Le président,

C. D

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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