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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2400238

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2400238

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2400238
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre magistrat statuant seul
Avocat requérantSELARL CABINET D'AVOCATS DUFOUR & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

M. B C, représenté par Me Dufour, a demandé au tribunal administratif de Nîmes d'annuler la décision de suspension de son permis de conduire prise par le ministre de l'intérieur et des outre-mer le 23 mars 2021, ainsi que les huit décisions de retrait de point prises par le ministre de l'intérieur et des outre-mer au titre des infractions commises entre le 7 novembre 2018 et le 11 avril 2020.

Par un jugement n° 2102762 du 23 septembre 2022, le tribunal administratif de Nîmes a rejeté cette requête.

Par une décision n° 469100 du 19 janvier 2024, le Conseil d'Etat statuant au contentieux, saisi d'un pourvoi présenté par M. C, a annulé le jugement du tribunal administratif de Nîmes en tant qu'il a rejeté les conclusions présentées par M. C contre les décisions de retrait de points liées aux infractions commises par l'intéressé les 7 novembre 2018 et 31 mars 2019, ainsi que la décision 48 SI du 23 mars 2021 constatant le solde de points nul de son permis de conduire.

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 août 2021 et 27 juin 2022, M. B C, représenté par Me Dufour, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48SI " du 23 mars 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux présenté le 14 juin 2021 ;

2°) d'annuler les huit décisions de retrait de point prises par le ministre de l'intérieur et des outre-mer au titre des infractions commises entre le 7 novembre 2018 et le 11 avril 2020 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui restituer, dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir, les points dont le retrait est contesté ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'a pas bénéficié des informations prévues par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la réalité des infractions à l'origine des retraits de point n'est pas établie et, en tout état de cause, ont fait l'objet d'une contestation auprès de l'officier du ministère public.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 novembre 2021 et 12 mars 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Le 23 mars 2021, M. C a fait l'objet d'une décision référencée " 48SI " par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer lui a notifié le retrait d'un point à la suite d'une infraction en date du 11 avril 2021, a rappelé les retraits de point antérieurs, a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul et l'a informé de son obligation de restituer son permis de conduire dans le délai de dix jours. L'intéressé a présenté le 14 juin 2021 un recours gracieux auprès du ministre de l'intérieur et des outre-mer à l'encontre de huit décisions de retrait de point. M. C a demandé au tribunal d'annuler la décision précitée du 23 mars 2021, les décisions portant retrait d'un point au titre des infractions commises respectivement le 7 novembre 2018, les 31 mars et 20 avril 2019 et les 3 janvier, 13 janvier, 1er mars, 16 mars et 11 avril 2020 et la décision portant rejet de son recours gracieux. Par un jugement n° 2102762 du 23 septembre 2022, le tribunal administratif de Nîmes a rejeté cette requête. Par une décision n° 469100 du 19 janvier 2024, le Conseil d'Etat statuant au contentieux, a annulé le jugement du tribunal administratif de Nîmes, en tant qu'il a rejeté les conclusions présentées par M. C contre les décisions de retrait de points liées aux infractions commises par l'intéressé les 7 novembre 2018 et 31 mars 2019, ainsi que la décision 48 SI du 23 mars 2021 constatant le solde de points nul de son permis de conduire et a renvoyé, dans cette mesure, l'affaire au tribunal administratif de Nîmes.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'absence de réalité des infractions commises les 20 avril 2019, 3 janvier, 13 janvier, 1er mars, 16 mars, et 11 avril 2020 :

2. Il résulte des dispositions de l'article 530 du code de procédure pénale qu'une réclamation contre le titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée, lorsqu'elle est formée dans les délais et dans les formes prévus par cet article et par l'article 529-10 du même code, entraîne l'annulation du titre exécutoire et de l'article R. 49-8 du même code que l'officier du ministère public saisi d'une réclamation recevable porte sans délai cette annulation à la connaissance du comptable de la direction générale des finances publiques. Il appartient ensuite à l'officier du ministère public soit de diligenter des poursuites devant la juridiction pénale au titre de l'infraction contestée, soit de classer l'affaire sans suite. Eu égard aux dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, l'annulation du titre exécutoire a pour conséquence que la réalité de l'infraction ne peut plus être regardée comme établie. L'autorité administrative doit, par suite, rétablir sur le permis de conduire les points qui avaient pu être retirés, sans préjudice d'un nouveau retrait si le juge pénal est saisi et prononce une condamnation. Par ailleurs, il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la recevabilité d'une réclamation contre le titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée, laquelle est appréciée par l'officier du ministère public sous le contrôle de la juridiction pénale devant laquelle l'auteur de la réclamation dispose d'un recours. Si le titulaire du permis de conduire peut utilement faire valoir devant le tribunal administratif, à l'appui d'une contestation relative au retrait de points, que la réalité de l'infraction n'est pas établie compte tenu de l'annulation du titre exécutoire du fait d'une réclamation, il ne saurait se borner à justifier de la présentation de cette réclamation, mais doit établir qu'elle a été regardée comme recevable et a par suite entraîné l'annulation du titre.

3. Il résulte de ce qui précède que, si M. C soutient avoir formé, le 8 juin 2021, une réclamation devant l'officier du ministère public contre les titres exécutoires d'amendes forfaitaires majorées correspondant aux infractions qu'il a commises les 20 avril 2019, 3 janvier, 13 janvier, 1er mars, 16 mars, et 11 avril 2020, il ne produit toutefois aucune pièce permettant d'établir la réalité de l'envoi de cette réclamation, qui est contesté en défense, ni, en tout état de cause, aucun document permettant d'établir que cette réclamation aurait été regardée comme recevable et aurait, par suite, entraîné l'annulation du titre exécutoire. Il en résulte que le moyen tiré de l'absence de réalité des infractions susmentionnées ne peut qu'être rejeté.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :

4. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / () / Quand il est effectif, le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple ou, sur sa demande, par voie électronique. () ". Selon l'article R. 223-3 du même code : " I.- Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II.- Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. () / III.- Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. / Si le retrait de points lié à cette infraction n'aboutit pas à un nombre nul de points affectés au permis de conduire de l'auteur de l'infraction, celui-ci est informé par le ministre de l'intérieur par lettre simple du nombre de points retirés. () ".

S'agissant de l'infraction du 11 avril 2020 :

5. Il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. C que l'infraction en date du 11 avril 2020 a été relevée au moyen d'un radar automatique, ainsi qu'en témoigne la mention "tribunal d'instance ou de police de CNT-CSA", et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Le ministre de l'intérieur et des outre-mer produit à l'instance l'avis d'amende forfaitaire majorée en date du 20 novembre 2020, qui comporte les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route et qui a été adressé à M. C par lettre recommandée. Dans ces conditions, et alors que ce pli a été retourné à l'autorité administrative avec la mention " pli avisé non réclamé ", l'administration doit être regardée comme apportant la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information préalable prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

S'agissant des infractions commises les 20 avril 2019, 3 janvier 2020, 13 janvier 2020, 1er mars 2020 et 16 mars 2020 :

6. Il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. C que ces infractions ont été relevées au moyen d'un radar automatique, ainsi qu'en témoigne la mention "tribunal d'instance ou de police de CNT-CSA", et ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Si le ministre de l'intérieur et des outre-mer ne justifie pas que les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223 3 du code de la route ont été délivrées à l'intéressé, il est établi par les mentions du relevé d'information intégral du requérant, et alors que ce dernier ne produit pas le document qui lui a été remis afin de démontrer qu'il ne comporterait pas l'ensemble des information exigées par les L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, qu'il avait, au titre de l'infraction antérieure du 26 septembre 2018 relevée par un radar automatique, été déjà été destinataire, au plus tard le 10 octobre 2018, de l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dès lors, le défaut éventuel d'information préalable au titre des infractions en date des 20 avril 2019, 3 janvier 2020, 13 janvier 2020, 1er mars 2020 et 16 mars 2020 n'a pu avoir pour effet, dans les circonstances de l'espèce, de priver M. C d'une garantie. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information au titre des articles L. 223-3 et R. 223 3 du code de la route doit être écarté.

S'agissant des infractions commises les 7 novembre 2018 et 31 mars 2019 :

7. La délivrance, préalablement au règlement de l'amende, de l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une condition de la légalité des décisions de retrait de points. Le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée prévue par le second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale implique nécessairement qu'il a préalablement reçu l'avis d'amende forfaitaire majorée. En vertu de l'article A. 37-28 du code de procédure pénale, le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration est revêtu des mentions qui permettent au contrevenant de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende, il sera procédé au retrait de points et qui portent à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, le paiement de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information, à moins soit que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre que cet avis était inexact ou incomplet, soit qu'il démontre que le paiement est intervenu par la voie du recouvrement forcé, auquel cas la réception d'un avis d'amende forfaitaire majorée ne peut être regardée comme établie.

8. Il ressort des pièces du dossier que, aux termes du bordereau de situation des amendes et condamnations pécuniaires établi par la trésorerie du contrôle automatisé et produit par M. C, si les amendes forfaitaires majorées correspondant aux infractions des 7 novembre 2018 et 31 mars 2019 ont été payées, la mention " VIR OA TIERS " figurant sur le bordereau établit que ce règlement est intervenu à la suite d'une saisie administrative à tiers détenteur à la date du 11 août 2020, qui correspond au demeurant à la date de l'encaissement des amendes correspondantes attestée par le comptable public de la trésorerie du contrôle automatisé, selon des attestations produites par l'administration. Il suit de là que, ainsi que le soutient M. C, le paiement de ces deux amendes forfaitaires majorées est intervenu par la voie du recouvrement forcé et n'est, par suite, pas de nature à apporter la preuve de la réception des avis de paiement correspondants par l'intéressé. Il s'ensuit que les décisions du ministre de l'intérieur et des outre-mer retirant les points du capital de points du permis de conduire de M. C, à la suite des infractions commises les 7 novembre 2018 et 31 mars 2019, doivent être regardées comme étant intervenues à l'issue d'une procédure irrégulière. Par suite, lesdites décisions doivent être annulées.

9. En vertu de l'article L. 223-1 du code de la route, le permis de conduire ne perd sa validité qu'en cas de solde de points nul. Or, il résulte de tout ce qui précède que la décision du ministre de l'intérieur et des outre-mer constatant la perte de validité du permis de conduire de M. C fait état de décisions de retrait de points prises à l'issue d'une procédure irrégulière. Le solde de points du permis de M. C n'est donc pas nul. Par suite, la décision ministérielle du 23 mars 2021 portant invalidation du permis litigieux doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que le ministre de l'intérieur et des outre-mer réaffecte au capital de points affecté au permis de conduire de M. C les points retirés à la suite des infractions des 7 novembre 2018 et 31 mars 2019. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de rétablir ces points dans la limite maximum du capital de points affecté au permis de conduire de M. C, de déterminer en conséquence le nombre de points attaché à son permis, compte tenu d'éventuelles infractions ultérieures, et de restituer ledit permis si son solde n'est pas nul.

Sur les frais d'instance :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à M. C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur et des outre-mer a retiré deux points au permis de conduire de M. C, à la suite des infractions commises les 7 novembre 2018 et 31 mars 2019, sont annulées.

Article 2 : La décision du 23 mars 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prononcé l'invalidation du permis de conduire de M. C est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de restituer deux points au capital du permis de conduire de M. C, sous réserve de la commission de nouvelles infractions ayant entrainé des retraits de points, en en tirant les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé.

Article 4 : L'Etat versera à M. C une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.

Le magistrat désigné,

P. ALe greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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