vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2400547 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Pôle contentieux sociaux |
| Avocat requérant | EKAIZER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 février 2024 et le 6 mai 2024, M. D B A, représenté par Me Ekaizer, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 23 novembre 2023 par laquelle la présidente du conseil départemental du Gard a confirmé la décision du 12 octobre 2023 par laquelle la caisse de mutualité sociale agricole du Languedoc a refusé de lui accorder le bénéfice du revenu de solidarité active à compter du mois d'août 2023 ;
2°) d'enjoindre au département du Gard de procéder au versement des sommes qui lui sont dues au titre du revenu de solidarité active depuis le 8 août 2023 ;
3°) de mettre à la charge du département du Gard la somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- sa requête, qui satisfait aux conditions posées à l'article R. 411-1 du code de justice administrative, est recevable ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle méconnaît les conditions posées à
- l'octroi du revenu de solidarité active par les articles L. 262-2 et suivants du code de l'action sociale et des familles ;
- le département a commis une erreur d'appréciation et entaché sa décision de restrictions discriminatoires dans son droit au séjour et aux prestations, en considérant qu'il ne remplissait pas les conditions pour bénéficier du revenu de solidarité active alors qu'il bénéficie de la qualité de travailleur européen et qu'il a acquis un droit au séjour permanent.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 9 avril 2024 et le 17 mai 2024, le département du Gard conclut au rejet de la requête de M. B A.
Il soutient que :
- la requête de M. B A est irrecevable, car insuffisamment motivée au regard des exigences posées par les dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ;
- les conclusions nouvelle présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, postérieurement à l'expiration du délai de recours contentieux, sont irrecevables ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. B A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le traité sur l'Union européenne ;
- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C ;
- et les observations de Me Ekaizer, avocate de M. B A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant espagnol, déclare être entré en France en 2019. Il a sollicité le bénéfice du revenu de solidarité active le 8 août 2023. Par une décision du 12 octobre 2023, la caisse de mutualité sociale agricole du Languedoc a rejeté sa demande de revenu de solidarité active. M. B A a formé le 25 octobre 2023 un recours administratif préalable à l'encontre de cette décision. Par une décision du 23 novembre 2023, dont M. B A demande l'annulation, la présidente du conseil départemental du Gard a confirmé le refus de lui octroyer le revenu de solidarité active.
2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement.
3. D'une part, aux termes de l'article 20 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne : " 1. () Est citoyen de l'Union toute personne ayant la nationalité d'un État membre. La citoyenneté de l'Union s'ajoute à la citoyenneté nationale et ne la remplace pas. 2. Les citoyens de l'Union jouissent des droits et sont soumis aux devoirs prévus par les traités. Ils ont, entre autres : a) le droit de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres ; / () ".
4. D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-6 du code de l'action sociale et des familles, pour pouvoir bénéficier du revenu de solidarité active, " le ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse doit remplir les conditions exigées pour bénéficier d'un droit de séjour et avoir résidé en France durant les trois mois précédant la demande. / () Le ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse, entré en France pour y chercher un emploi et qui s'y maintient à ce titre, n'a pas droit au revenu de solidarité active. () ". Aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie () ". L'article R. 233-7 de ce code dispose que " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés au 1° de l'article L. 233-1 () conservent leur droit au séjour en qualité de travailleur salarié ou de non-salarié dans les situations suivantes : 1° Ils ont été frappés d'une incapacité de travail temporaire résultant d'une maladie ou d'un accident ; () ". Aux termes de l'article L. 234-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français. () ". Enfin, aux termes de l'article L. 234-2 de ce code : " Une absence du territoire français pendant une période de plus de deux années consécutives fait perdre à son titulaire le bénéfice du droit au séjour permanent ".
5. Il résulte de ces dispositions que, pour pouvoir bénéficier du revenu de solidarité active, les ressortissants des Etats membres de l'Union européenne, des autres Etats parties à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse doivent remplir les conditions exigées pour bénéficier d'un droit au séjour. Au-delà de trois mois, un tel droit au séjour est notamment ouvert au ressortissant qui exerce une activité professionnelle en France et, au-delà de cinq ans de résidence légale et ininterrompue, il est acquis à titre permanent. Enfin, le droit au séjour supérieur à trois mois au titre de l'exercice d'une activité professionnelle est maintenu, pendant six mois, au ressortissant qui se trouve en chômage involontaire dûment constaté à la fin d'un contrat de travail à durée déterminée inférieure à un an et, sans limitation de durée, au ressortissant qui se trouve dans une telle situation après avoir été employé pendant plus d'un an et s'est fait enregistrer en qualité de demandeur d'emploi auprès du service de l'emploi compétent ou qui est frappé d'incapacité de travail temporaire résultant d'une maladie ou d'un accident.
6. Il résulte de l'instruction que pour refuser d'accorder à M. B A le bénéfice du revenu de solidarité active, la présidente du conseil départemental du Gard a estimé que l'intéressé ne remplissait pas les conditions relatives au droit au séjour des ressortissants des Etats membres de l'Union européenne.
7. D'une part, il résulte de l'instruction que M. B A, ressortissant espagnol, déclare résider sur le territoire français depuis 2019, exercer une activité salariée à durée déterminée en qualité d'ouvrier agricole à compter du 20 novembre 2019 et avoir été victime d'un accident de travail le 12 décembre 2019, au titre duquel il a bénéficié d'indemnités journalières versées par la caisse de mutualité sociale agricole Provence-Azur. Si M. B A soutient bénéficier d'un droit au séjour au sens du 1° de l'article R. 233-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le 8 août 2023, date à laquelle l'intéressé a sollicité le bénéfice du revenu de solidarité active, il se trouvait dans l'incapacité temporaire de reprendre son travail, il résulte néanmoins de l'instruction que, par un courrier du 30 juin 2022 la caisse de mutualité sociale agricole a notifié à M. B A la consolidation de son état de santé au 15 juillet 2022. Par ailleurs, si M. B A produit à l'appui de sa requête deux arrêts de travail au titre de la période du 5 septembre 2023 au 4 décembre 2023 et au titre de la période du 8 janvier 2024 au 19 février 2024, ces éléments ne sont pas de nature à prolonger le droit au séjour de M. B A en qualité de travailleur salarié dès lors qu'il ne justifie pas d'une inaptitude à reprendre son travail.
8. D'autre part, si M. B A soutient qu'il réside sur le territoire français depuis cinq ans, il résulte de ce qui a été dit au point précédent et de l'instruction, notamment des quelques pièces éparses produites par l'intéressé, que M. B A a bénéficié, au mieux, d'un droit au séjour entre le 20 novembre 2019 et le 15 juillet 2022. En effet, il est constant que M. B A ne justifie pas d'une nouvelle activité professionnelle postérieurement à la date de consolidation de son état de santé au 15 juillet 2022 notifié par la caisse de mutualité sociale agricole Provence-Azur par un courrier du 30 juin 2022, ni de ressources suffisantes à compter de cette date. De la même manière, s'il résulte de l'instruction que M. B A s'est vu reconnaître un taux d'incapacité partiel à hauteur de 15% pour la période du 15 juillet 2022 au 15 juillet 2023, il n'est pas établi que cette incapacité de travail, qui n'est que partielle, l'a rendu inapte à toute activité professionnelle. Par suite, M. B A ne peut se prévaloir d'un droit au séjour permanent au sens de l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cité au point 4. C'est, par suite à bon droit, et sans entacher sa décision de discrimination, que la présidente du conseil départemental du Gard a confirmé le refus de lui octroyer le revenu de solidarité active.
9. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, la requête de M. B A doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B A et au département du Gard.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.
Le président,
C. C
La greffière,
I. MASSOT
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026