lundi 7 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2400670 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Pôle contentieux sociaux |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 février 2024, Mme E D, représentée par Me Anne-Sophie Turmel, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 3 juin 2023 par lesquelles la caisse d'allocations familiales du Gard a mis à sa charge des indus de prime exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 274,41 euros, au titre de l'année 2021, et d'un montant de 228,67 euros, au titre de l'année 2022 ;
2°) d'annuler les décisions du 20 octobre 2023 par lesquelles la caisse d'allocations familiales du Gard a confirmé la récupération d'un indu d'aide personnelle au logement (ING 003) d'un montant de 4 493 euros au titre de la période du 1er novembre 2021 au 31 mai 2023 et a implicitement refusé de lui accorder une remise gracieuse de sa dette ;
3°) d'annuler la décision implicite par laquelle la présidente du conseil départemental du Gard a, sur son recours administratif préalable, confirmé la décision du 1er juin 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales a mis à sa charge un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 1 734,78 euros au titre de la période du 1er octobre 2021 au 30 septembre 2022 et a refusé de lui accorder une remise gracieuse de sa dette ;
4°) de la décharger de l'obligation de payer les indus litigieux ;
5°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales du Gard de procéder au réexamen de sa situation ;
6°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Gard la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- les décisions du 1er juin 2023 et du 20 octobre 2023 ne font aucunement référence à l'erreur de calcul commise par le contrôleur de la caisse d'allocations familiales ;
- la caisse d'allocations familiales a appliqué un abattement erroné à ses ressources dès lors qu'elle n'a pas pris en compte la réalité de la nature de son activité enregistrée comme commerciale auprès des services de l'Urssaf ; elle a légalement bénéficié d'un abattement de 50 % sur ses revenus non-salariés ;
- elle n'a pas minimisé les revenus perçus par son fils s'agissant d'une indemnité versée par la sécurité sociale de 81,90 euros pendant la crise sanitaire et des indemnités d'apprentissage versée au mois de novembre et de décembre 2021 pour un montant de 471,51 euros et de 747,45 euros ;
- elle est de bonne foi et se trouve dans une situation financière précaire qui ne lui permet pas de rembourser sa dette.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 avril 2024, le département du Gard conclut au rejet de la requête de Mme D.
Il soutient que :
- la requête de Mme D est tardive ;
- elle est irrecevable dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'un recours administratif préalable obligatoire ;
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2024, la caisse d'allocations familiales du Gard conclut au rejet de la requête de Mme D.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code général des impôts ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code du tourisme ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2021-1657 du 15 décembre 2021 ;
- le décret n° 2022-1568 du 14 décembre 2022 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, et le rapport de M. C a été entendu.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 1er juin 2023, la caisse d'allocations familiales du Gard a mis à la charge de Mme D un indu de revenu de solidarité active (INK 005) d'un montant de 1 734,78 euros au titre de la période du 1er octobre 2021 au 30 septembre 2022 et un indu d'aide personnelle au logement (IN5 006) d'un montant de 4 493 euros au titre de la période du 1er novembre 2021 au 31 mai 2023. Par deux décisions du 3 juin 2023, la caisse d'allocations familiales du Gard a mis à la charge de Mme D un indu de prime exceptionnelle de fin d'année (ING 003) d'un montant de 274,41 euros au titre de l'année 2021 et un indu de prime exceptionnelle de fin d'année (ING 002) d'un montant de 228,67 euros au titre de l'année 2022. Par un courrier du 10 juillet 2023, Mme D a contesté le bien-fondé de ces indus et en a sollicité la remise gracieuse. Par trois décisions du 20 octobre 2023, la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Gard a confirmé la récupération de l'indu d'aide personnelle au logement d'un montant de 4 493 euros au titre de la période du 1er novembre 2021 au 31 mai 2023 et a implicitement rejeté la demande de remise gracieuse de ses dettes. Par une décision implicite, la présidente du conseil départemental du Gard a confirmé la récupération d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 1 734,78 euros au titre de la période du 1er octobre 2021 au 30 septembre 2022 et a refusé de lui accorder une remise gracieuse de sa dette. Par la présente requête, Mme D doit être regardée comme demandant au tribunal, premièrement, l'annulation des trois décisions du 20 octobre 2023, deuxièmement, l'annulation des décisions du 3 juin 2023 par lesquelles la caisse d'allocations familiales du Gard a mis à sa charge des indus de prime exceptionnelle de fin d'année et, enfin, l'annulation de la décision implicite par laquelle la présidente du conseil départemental du Gard a confirmé la récupération de l'indu de revenu de solidarité active et a refusé de lui accorder une remise gracieuse de sa dette.
Sur le moyen commun aux décisions attaquées :
2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 3° () imposent des sujétions () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'allocation de revenu de solidarité active, d'aide personnelle au logement ou de prime exceptionnelle de fin d'année est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.
4. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le moyen tiré du défaut de mention de la méthode de calcul dans les décisions attaquées doit être écarté comme inopérant.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de la présidente du conseil départemental du Gard :
5. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active ".
6. Lorsque le recours est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération de montants d'allocation de revenu de solidarité active que l'administration estime avoir été indûment versés, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
7. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre () ". L'article R. 262-6 du même code dispose que les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant dans ce chapitre du code, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. Enfin, le dernier alinéa de l'article L. 262-7 du même code renvoie à un décret en Conseil d'Etat la définition des règles de calcul du revenu de solidarité active applicables aux travailleurs relevant notamment du régime social des indépendants. Les modalités selon lesquelles les revenus professionnels non-salariés nécessaires au calcul du revenu de solidarité active sont arrêtées sont définies aux articles R. 262-18 et suivants du même code.
8. Aux termes de l'article R. 262-19 du code de l'action sociale et des familles : " Les bénéfices industriels et commerciaux et les bénéfices non commerciaux s'entendent des résultats ou bénéfices déterminés en fonction des régimes d'imposition applicables au titre de la pénultième année, ou ceux de la dernière année s'ils sont connus, pourvu qu'ils correspondent à une année complète d'activité. S'y ajoutent les amortissements et les plus-values professionnels. / Par dérogation à l'alinéa précédent, pour les travailleurs indépendants mentionnés à l'article L. 613-7 du code de la sécurité sociale et pour les travailleurs indépendants mentionnés à l'article L. 382-1 du même code bénéficiant du régime prévu à l'article 102 ter du code général des impôts, le calcul prévu à l'article R. 262-7 du présent code prend en compte le chiffre d'affaires réalisé au cours des trois mois précédant la demande d'allocation ou la révision en lui appliquant, selon les activités exercées, les taux d'abattement forfaitaires prévus aux articles 50-0 et 102 ter du code général des impôts. () ". Aux termes de l'article 34 du code général des impôts : " Sont considérés comme bénéfices industriels et commerciaux, pour l'application de l'impôt sur le revenu, les bénéfices réalisés par des personnes physiques et provenant de l'exercice d'une profession commerciale, industrielle ou artisanale ". Aux termes de l'article 35 de ce code : " I. - Présentent également le caractère de bénéfices industriels et commerciaux, pour l'application de l'impôt sur le revenu, les bénéfices réalisés par les personnes physiques désignées ci-après : () / 5° bis Personnes qui donnent en location directe ou indirecte des locaux d'habitation meublés () ". Aux termes de l'article L. 613-7 du code de la sécurité sociale : " () III.- Le présent article cesse de s'appliquer à la date à laquelle les travailleurs indépendants cessent de bénéficier des régimes définis aux articles 50-0 et 102 ter du code général des impôts. () ". L'article 50-0 du même code prévoit notamment que les entreprises individuelles exerçant à titre principal une activité autre que celle consistant à vendre des marchandises, objets, fournitures et denrées à emporter ou à consommer sur place et dont le chiffre d'affaires annuel hors taxe est inférieur à 72 600 euros bénéficient du régime dit de " la micro-entreprise " et que, dans ce cas, leur résultat imposable est en principe égal au montant du chiffre d'affaires hors taxes réalisé diminué d'un abattement de 50 %. L'article 50-0 du même code, dans sa version applicable à la date de la décision en litige, définit le régime des micro-entreprises au regard des bénéfices industriels et commerciaux en prévoyant un abattement de 71 % sur le chiffre d'affaires hors taxes provenant d'une activité de vente de marchandises, objets, fournitures et denrées et de 50 % sur le chiffre d'affaires annuel hors taxe inférieur à 72 600 euros, provenant d'une activité autre que la vente, la fourniture de logement ou la location de meublés de tourisme ayant fait l'objet d'un classement au sens de l'article L. 324-1-1 du code du tourisme.
9. Il résulte de ces dispositions que, pour arrêter les revenus professionnels non-salariés nécessaires au calcul du revenu de solidarité active, lorsqu'il s'agit de bénéfices industriels et commerciaux ou de bénéfices non commerciaux, le président du conseil départemental doit, en cas de déclaration ou d'imposition, se référer aux bénéfices déterminés en fonction des régimes d'imposition applicables au titre de la pénultième année, auxquels s'ajoutent les amortissements et les plus-values professionnels, et sans tenir compte des déficits catégoriels et des moins-values subis au cours de l'année de référence ainsi que des déficits constatés au cours des années antérieures. Il peut également tenir compte de tout autre élément relatif aux revenus professionnels de l'intéressé, dans le but notamment de mieux appréhender la grande variété des situations des travailleurs indépendants et de procéder à une meilleure approximation des revenus perçus par ceux-ci à la date à laquelle ils bénéficient du revenu de solidarité active.
10. D'une part, il résulte de l'instruction que l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de Mme D, au titre de la période comprise entre le 1er octobre 2021 et le 30 septembre 2022, a pour origine la prise en compte de la réalité de sa situation professionnelle et financière. Il résulte en effet de l'instruction que Mme D exerce une activité non salariée de location de logement relevant du régime social des indépendants et soumise au régime des micro-entreprises pour les bénéfices industriels et commerciaux. Si Mme D soutient à l'appui de sa requête que la caisse d'allocations familiales du Gard aurait appliqué un abattement erroné aux ressources tirées de son activité dès lors qu'elle n'a pas tenu compte de la modification de la nature commerciale de son activité auprès de l'Urssaf le 1er mars 2019, il résulte néanmoins de l'instruction, notamment de la déclaration d'imposition établie pour l'année 2023 sur les revenus de 2022 produit par l'intéressée, que Mme D perçoit un chiffre d'affaires annuel hors taxes d'un montant de 13 127 euros, soit un montant inférieur à 72 600 euros, impliquant sa soumission au régime des micro-entreprises prévu à l'article 50-0 du code général des impôts, ainsi que du rapport d'enquête établi le 20 mars 2023 par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que Mme D perçoit des revenus tirés de son activité non salariée de location d'une résidence meublée de tourisme non classée au sens de l'article L. 324-1-1 du code du tourisme. C'est, dès lors, à bon droit et par une exacte application de l'article 50-0 du code général des impôts que, pour le calcul du droit au revenu de solidarité active de Mme D, le département du Gard, qui avait initialement appliqué à tort sur les bénéfices industriels et commerciaux réalisés par la requérante l'abattement de 71% applicable uniquement aux activités de vente de marchandises, objets, fournitures et denrées, a calculé le bénéfice de l'intéressée par application au chiffre d'affaires déclaré d'un taux d'abattement forfaitaire de 50 % correspondant à son activité de loueur en meublé.
11. D'autre part, il résulte de l'instruction qu'au cours de la période litigieuse, Mme D n'a pas déclaré la totalité des ressources de son foyer. En effet, il résulte de l'instruction, notamment des déclarations trimestrielles de ressources de l'intéressée et du rapport d'enquête établi le 20 mars 2023 par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que Mme D a omis de déclarer dans ses déclarations trimestrielles de ressources pour les périodes du mois d'avril à juin 2022 et du mois de juillet à septembre 2022 les revenus perçus par son fils, M. B D, dans le cadre de son contrat d'apprentissage conclu du 15 novembre 2021 au 31 août 2022, a procédé à une déclaration erronée des ressources de son fils au titre du mois de décembre 2021 et de la période du mois de janvier à mars 2022 et a également omis de déclarer les indemnités journalières perçues par ce dernier au cours du mois de juillet 2022. Il résulte également de l'instruction que Mme D n'a pas déclaré la totalité du chiffre d'affaires tiré de son activité de location d'une résidence meublée de tourisme au cours de la période litigieuse et n'a pas déclaré les indemnités journalières perçues au cours du mois de juillet 2022. C'est, dès lors, à bon droit que, pour le calcul du droit au revenu de solidarité active de Mme D, le département du Gard a réintégré ces ressources, générant ainsi l'indu litigieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 3 juin 2023 de la caisse d'allocations familiales du Gard :
12. Il résulte des dispositions des décrets du 15 décembre 2021 et du 14 décembre 2022 portant attribution, respectivement au titre de l'année 2021 et de l'année 2022, d'une prime exceptionnelle de fin d'année à certains allocataires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite, que la prime exceptionnelle de fin d'année qu'ils instituent est attribuée par l'Etat aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit au versement de cette allocation au titre des mois de novembre, ou à défaut décembre, de chacune de ces deux années.
13. Mme D n'articule à l'encontre des décisions mettant à sa charge des indus de prime exceptionnelle de fin d'année au titre des années 2021 et 2022, pour un montant total de 476,08 euros, aucun moyen tendant à démontrer l'absence de bien-fondé de ces indus, autre que celui tiré de l'erreur de fait et de l'erreur de droit de l'administration à avoir appliqué un abattement forfaitaire qui ne correspondait pas à celui applicable à son activité commerciale. Ce moyen doit, dès lors, être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 10.
Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions du 20 octobre 2023 de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Gard :
14. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement () sont régies par le présent livre. / Les aides personnelles au logement comprennent / () 2° Les allocations de logement : / a) L'allocation de logement familiale / b) L'allocation de logement sociale ". Aux termes de l'article L. 823-9 de ce code : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés ". Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré () ". Aux termes de l'article L. 823-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. Ce barème est établi en prenant en considération : 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; 2° Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer, telles que définies aux articles L. 822-5 à L. 822-8 ; () ". Aux termes de l'article R. 822-2 du même code : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles perçues par le bénéficiaire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer () ".
15. Il résulte de ce qui a été dit aux points 10 et 11 que Mme D n'a pas régulièrement déclaré la totalité ainsi que la nature exacte des ressources tirées de son activité non salariée de location en meublé non professionnel, qu'elle n'a pas régulièrement déclaré les ressources perçues par son fils, M. B D, au cours de son contrat d'apprentissage et qu'elle n'a pas déclaré les indemnités journalières perçues par elle-même et son fils. C'est à bon droit, ainsi qu'il a été dit au point 10 que la caisse d'allocations familiales du Gard a appliqué l'abattement forfaitaire de 50 % sur le chiffre d'affaires déclaré par Mme D au titre de son activité et a pris en compte l'intégralité des ressources perçues par son foyer et procédé à un nouveau calcul de ses droits à l'aide personnelle au logement, générant ainsi l'indu litigieux.
Sur la remise gracieuse des indus en litige :
16. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'Etat, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ".
17. Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale, applicable au recouvrement d'indu d'aide personnelle au logement en vertu de l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation : " Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré () Toutefois, par dérogation aux dispositions des alinéas précédents, la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations () ".
18. Aux termes de l'article 6 du décret du 15 décembre 2021 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite : " I. - Tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci. La dette correspondante peut être remise ou réduite par cet organisme dans les conditions applicables au recouvrement des indus de l'allocation au titre de laquelle l'aide exceptionnelle a été perçue. (). ". Aux termes de l'article 6 du décret du 14 décembre 2022 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active, de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite : " I. - Tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci. La dette correspondante peut être remise ou réduite par cet organisme dans les conditions applicables au recouvrement des indus de l'allocation au titre de laquelle l'aide exceptionnelle a été perçue. () ".
19. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de prime exceptionnelle de fin d'année, d'aide personnelle au logement et de revenu de solidarité active il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.
20. Il résulte de l'instruction, et notamment de ce qui a été dit aux points 10 et 11, que les indus de revenu de solidarité active, d'aide personnelle au logement et de prime exceptionnelle de fin d'année mis à la charge de Mme D, et dont elle sollicite la remise gracieuse totale, résultent de la prise en compte de la réalité de la situation professionnelle et financière de son foyer au cours de la période litigieuse. Mme D, qui a omis de déclarer les indemnités journalières qu'elle-même et son fils ont perçues, les intérêts générés par ses produits d'épargne ainsi que certains salaires perçus par son fils dans le cadre de son contrat d'apprentissage, ne pouvait ignorer son obligation de déclarer toutes les ressources perçues par les membres de son foyer. Compte tenu de la présentation de la déclaration trimestrielle de ressources, qui invite explicitement l'allocataire à déclarer ses ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu, Mme D doit, eu égard à ces circonstances, être regardée comme ayant sciemment manqué à ses obligations déclaratives. Par suite, elle ne satisfait pas à la condition de bonne foi, rappelée au point précédent, à laquelle est subordonnée le bénéfice d'une remise gracieuse. Dès lors que les indus litigieux trouvent leur cause dans de fausses déclarations de Mme D, celle-ci ne saurait utilement faire valoir sa situation de précarité financière pour bénéficier d'une remise gracieuse de ses dettes.
21. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par le département du Gard, la requête de Mme D doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin de décharge, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D, à la caisse d'allocations familiales du Gard et au département du Gard.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.
Le président,
C. C
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026