lundi 28 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2400681 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Pôle contentieux sociaux |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 février 2024, M. D A, représenté par Me Alexandre Bellotti, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la présidente du conseil départemental du Gard a refusé de lui accorder une remise gracieuse de sa dette de sa dette de 7 525,19 euros résultant d'un trop-perçu de revenu de solidarité active (INK 001) pour la période du 1er août 2021 au 31 octobre 2022 ;
2°) d'annuler la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales du Gard a refusé de lui accorder une remise gracieuse de sa dette de 152,45 euros résultant d'un trop-perçu de prime exceptionnelle de fin d'année au titre de l'année 2021 ;
3°) d'enjoindre au département du Gard et à la caisse d'allocations familiales du Gard de procéder au remboursement des sommes prélevées sur ses prestations en vue du recouvrement des indus litigieux ;
4°) de mettre à la charge du département du Gard et de la caisse d'allocations familiales du Gard la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient qu'il est de bonne foi et qu'il est dans une situation financière précaire qui ne lui permet pas de rembourser les dettes mises à sa charge.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2024, le département du Gard conclut au rejet de la requête de M. A.
Il soutient que :
- le requête de M. A est tardive ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
La procédure a été communiquée à la caisse d'allocations familiales du Gard qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le décret n° 2021-1657 du 15 décembre 2021 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, et le rapport de M. C a été entendu.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 20 avril 2023, la caisse d'allocations familiales du Gard a mis à la charge de M. A un indu de 7 525 euros de revenu de solidarité active (INK 001) pour la période du 1er août 2021 au 31 octobre 2022. Par une décision du 22 avril 2023, la caisse d'allocations familiales du Gard a mis à la charge de M. A un indu de 152,45 euros de prime exceptionnelle de fin d'année au titre de l'année 2021. Par des courriers du 26 octobre 2023 et du 20 novembre 2023, M. A doit être regardé comme ayant sollicité la remise gracieuse de ses dettes. Par des décisions implicites, dont M. A sollicite l'annulation, la présidente du conseil départemental du Gard et la caisse d'allocations familiales du Gard ont respectivement refusé de lui accorder une remise gracieuse de ses dettes.
2. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'Etat, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ". Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.
3. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre (). ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire. ". Aux termes de l'article R. 262-37 de ce code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ".
4. Il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit remplir la condition de ressources qu'elle mentionne et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.
5. Aux termes de l'article 3 du décret du 15 décembre 2021 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2021 ou, à défaut, du mois de décembre 2021, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul. () ". Aux termes de l'article 6 de ce décret : " I. - Tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci. La dette correspondante peut être remise ou réduite par cet organisme dans les conditions applicables au recouvrement des indus de l'allocation au titre de laquelle l'aide exceptionnelle a été perçue. () ".
6. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active ou de prime exceptionnelle de fin d'année, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.
7. Il résulte de l'instruction que les indus litigieux mis à la charge de M. A et dont il sollicite la remise gracieuse totale, résultent de la prise en compte de ses séjours en dehors du territoire français pour une période supérieure à trois mois. Il résulte en effet de l'instruction, et notamment de l'attestation sur l'honneur rédigé par M. A le 26 novembre 2022, que le requérant a séjourné au Gabon du 14 décembre 2019 au 27 décembre 2022, du 8 décembre 2020 au 15 décembre 2020 et à compter du 11 avril 2021 sans mentionner de date de retour sur le territoire français. Si M. A se prévaut de sa bonne foi, dès lors qu'il aurait fourni, sans délai, l'ensemble des documents demandés et qu'il ignorait les obligations qui lui incombaient, il n'établit pas avoir informé les services de la caisse d'allocations familiales ou du département du Gard, au plus tard dès son retour sur le territoire français, de cette situation, alors même qu'il a soutenu, à l'appui de sa demande de revenu de solidarité active le 18 mars 2020, faite depuis l'étranger, résider chez M. B A à Nîmes. Par ailleurs, le département du Gard soutient sans être contredit que M. A a déjà fait l'objet d'une radiation du dispositif du revenu de solidarité active en décembre 2017 pour le même motif. M. A, bénéficiaire du revenu de solidarité active depuis le mois de janvier 2014, ne pouvait ignorer son obligation de déclarer tout changement de situation auprès de la caisse d'allocations familiales et notamment tout séjour à l'étranger excédant trois mois. M. A doit, eu égard à ces circonstances, être regardé comme ayant sciemment procédé à une fausse déclaration de sa situation. Par suite, il ne satisfait pas à la condition de bonne foi, rappelée au point précédent, à laquelle est subordonnée le bénéfice d'une remise gracieuse. Dès lors que les indus litigieux trouvent leur cause dans de fausses déclarations de M. A, celui-ci ne saurait utilement faire valoir sa situation de précarité financière pour bénéficier d'une remise gracieuse de ses dettes.
8. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, au département du Gard et à la caisse d'allocations familiales du Gard.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2024.
Le président,
C. CLa greffière,
I. MASSOT
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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