lundi 28 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2400994 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Pôle contentieux sociaux |
| Avocat requérant | SELARL DNL AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 mars 2024, M. C A, représenté par la SELARL DNL Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 8 décembre 2023 par laquelle le directeur de l'agence Pôle emploi de Pertuis ne l'a admis au bénéfice de l'allocation de solidarité spécifique qu'à compter du 1er octobre 2023 ;
2°) d'enjoindre à France Travail de lui verser l'allocation de solidarité spécifique pour les mois de janvier à septembre 2023, dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de France Travail la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en ce que France Travail ne l'a pas mis à même de présenter des observations ;
- il avait droit au versement de l'allocation de solidarité spécifique à compter du 1er janvier 2023, date à laquelle il a été inscrit à nouveau sur la liste des demandeurs d'emploi.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2024, la direction régionale de France Travail Provence-Alpes-Côte d'Azur, représentée par Me Andreani, conclut au rejet de la requête de M. A.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B ;
- les observations de Me Di Nicola, avocate de M. A, et celles de Me Sauret, représentant France Travail.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un courrier du 2 mai 2022 du directeur de l'agence Pôle emploi de Pertuis, M. A a été informé de la fin de ses droits à l'allocation d'aide au retour à l'emploi. Par une décision du 31 octobre 2023, le directeur de l'agence Pôle emploi de Pertuis a fixé l'ouverture des droits de M. A à l'allocation de solidarité spécifique au 6 avril 2022 pour une période de 182 jours. Par une décision du 8 décembre 2023, le directeur de l'agence Pôle emploi de Pertuis a indiqué à M. A une reprise de ses droits à l'allocation de solidarité spécifique à compter du 1er octobre 2023 pour une période de 157 jours. Par un courrier du 11 décembre 2023, M. A doit être regardé comme ayant formé un recours administratif préalable contre cette décision afin d'obtenir l'ouverture rétroactive de ses droits à cette allocation à compter de la date du dépôt de sa demande en janvier 2023. Par un courrier du 3 janvier 2024, M. A a saisi le médiateur de Pôle emploi d'une demande de médiatisation préalable obligatoire dont la mission a pris fin le 17 janvier 2024. M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 8 décembre 2023 par laquelle France Travail ne l'a admis au bénéfice de l'allocation de solidarité spécifique qu'à compter du 1er octobre 2023 et non à compter du 1er janvier 2023, mois du dépôt de sa demande pour bénéficier de cette allocation. M. A demande également au tribunal d'enjoindre à France Travail de lui verser les sommes dues au titre de l'allocation de solidarité spécifique pour la période du 1er janvier 2023 au 30 septembre 2023.
2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement. Dans le cas d'un contentieux portant sur les droits au revenu de remplacement des travailleurs privés d'emploi, c'est au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant au cours de la période en litige que le juge doit statuer.
3. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que M. A ne peut utilement invoquer les vices propres dont serait entachée la décision attaquée du 8 décembre 2023. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du vice de procédure dont serait entachée cette décision doivent être écartés comme inopérants.
4. Aux termes de l'article L. 5423-1 du code du travail : " Ont droit à une allocation de solidarité spécifique les travailleurs privés d'emploi qui ont épuisé leurs droits à l'allocation d'assurance, qui ne satisfont pas aux conditions pour bénéficier de l'allocation des travailleurs indépendants prévue à l'article L. 5424-25 et qui satisfont à des conditions d'activité antérieure et de ressources. ". Aux termes de l'article R. 5423-1 du code du travail : " Pour bénéficier de l'allocation de solidarité spécifique, les personnes mentionnées à l'article L. 5423-1 : 1° Justifient de cinq ans d'activité salariée dans les dix ans précédant la fin du contrat de travail à partir de laquelle ont été ouverts leurs droits aux allocations d'assurance. En ce qui concerne les personnes ayant interrompu leur activité salariée pour élever un enfant, cette durée est réduite, dans la limite de trois ans, d'un an par enfant à charge ou élevé dans les conditions fixées à l'article R. 342-2 du code de la sécurité sociale ; 2° Sont effectivement à la recherche d'un emploi au sens de l'article L. 5421-3, sous réserve des dispositions de l'article R. 5421-1 ; 3° Justifient, à la date de la demande, de ressources mensuelles inférieures à un plafond correspondant à 70 fois le montant journalier de l'allocation pour une personne seule et 110 fois le même montant pour un couple. ". Aux termes de l'article R. 5423-9 du code du travail, le renouvellement de l'allocation de solidarité spécifique est subordonné " aux mêmes conditions que son attribution initiale ". Enfin, selon l'article R. 5423-12 de ce code : " Le délai dans lequel doit être présentée la demande de paiement de l'allocation solidarité spécifique, est fixé à deux ans à compter du jour où les personnes intéressées remplissent l'ensemble des conditions exigées pour pouvoir prétendre au bénéfice de cette allocation. ".
5. M. A, qui a été inscrit à plusieurs reprises comme demandeur d'emploi, a été informé par un courrier du 2 mai 2022 du refus de rechargement de ses droits à l'allocation d'aide au retour à l'emploi. Après avoir cessé d'être inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi à compter du 2 mai 2022 pour défaut d'actualisation de sa situation, M. A s'est réinscrit à Pôle emploi le 20 janvier 2023 et a sollicité le bénéfice de l'allocation de solidarité spécifique le 30 janvier 2023. Par un courrier du 30 janvier 2023, Pôle emploi a demandé à M. A de produire son avis d'imposition ou de situation déclarative le plus récent afin que sa demande puisse être examinée. M. A n'a transmis son avis d'imposition à Pôle emploi que le 19 octobre 2023. Par une décision du 31 octobre 2023, Pôle emploi a alors accordé à l'intéressé le bénéfice de l'allocation de solidarité spécifique pour une durée de six mois à compter du 6 avril 2022, et le premier versement correspondant au mois d'avril 2022 a été effectué le 3 novembre 2023. Par la décision attaquée du 8 décembre 2023, Pôle emploi a toutefois procédé à la reprise des droits de M. A au bénéfice de l'allocation de solidarité spécifique, en mentionnant que son droit à indemnisation, pour le reste de la période de six mois d'ouverture de ses droits, outre le versement correspondant au mois d'avril 2022 déjà effectué, était en réalité ouvert à compter du 1er octobre 2023.
6. Si M. A soutient que ses droits à indemnisation devaient lui être ouverts à compter du 1er janvier 2023, mois à compter duquel il a été à nouveau inscrit en qualité de demandeur d'emploi, sa demande tendant au bénéfice de l'allocation de solidarité spécifique ayant été effectuée le 30 janvier 2023, il est constant que l'intéressé n'a pas présenté de dossier complet avant le 19 octobre 2023, date à laquelle il a fourni l'avis d'imposition permettant de justifier du montant de ses ressources mensuelles, conformément au 3° de l'article R. 5423-1 du code du travail cité au point. Par suite, c'est seulement à compter du mois d'octobre 2023 que M. A pouvait être regardé comme remplissant les conditions pour bénéficier de l'allocation de solidarité spécifique. C'est par conséquent sans erreur de droit que Pôle emploi a repris ses droits à l'allocation de solidarité spécifique à compter du 1er octobre 2023. Si M. A soutient qu'il n'a pas pu produire l'avis d'imposition sur les revenus qui lui était demandé dès lors que l'administration fiscale ne lui a fourni cet avis que tardivement, cette circonstance, dont la matérialité n'est pas établie, n'est pas de nature à justifier une inscription rétroactive aux droits à l'allocation de solidarité spécifique. Par ailleurs et en tout état de cause, il ne résulte pas de l'instruction que M. A remplissait l'ensemble des conditions prévues par l'article R. 5423-1 du code du travail auxquelles est subordonné l'octroi de l'allocation de solidarité spécifique à compter du mois de janvier 2023.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 8 décembre 2023 par laquelle Pôle emploi a repris les droits de M. A au bénéfice de l'allocation de solidarité spécifique à compter du 1er octobre 2023 doivent être rejetées. Doivent également être rejetées, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction de la requête de M. A et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à France Travail.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2024.
Le président,
C. B
La greffière,
I. MASSOT
La République mande et ordonne à la ministre du travail et du l'emploi, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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