lundi 2 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2401473 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Pôle contentieux sociaux |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 avril 2024, Mme B C doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 19 février 2024 par laquelle la présidente du conseil départemental de Vaucluse a refusé de lui accorder une remise gracieuse de sa dette de 5 113,80 euros résultant d'un trop-perçu de revenu de solidarité active majoré (INL 001) au titre de la période du 1er août 2021 au 30 avril 2022 ;
2°) d'annuler la décision implicite née du silence gardé par la caisse d'allocations familiales de Vaucluse sur sa demande de remise gracieuse de sa dette de 2 052,89 euros résultant d'un trop-perçu de revenu de solidarité active (INK 001) au titre de la période du 1er mai 2022 au 31 août 2022.
Elle soutient que :
- par un jugement du 17 octobre 2023, le tribunal administratif de Nîmes a jugé qu'elle avait déclaré de bonne foi ses ressources trimestrielles ;
- la caisse d'allocations familiales de Vaucluse s'est déclarée incompétente pour modifier le montant mensuel de 200 euros de retenue sur ses prestations sociales pour recouvrer la dette de 2 052,89 euros résultant d'un trop-perçu de revenu de solidarité active ;
- elle est dans une situation financière précaire qui ne lui permet pas de rembourser sa dette.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 novembre 2024, le département de Vaucluse conclut au non-lieu à statuer sur la requête de Mme C.
Il soutient que :
- le non-lieu doit être prononcé en ce qui concerne la dette de 2 052,89 euros résultant d'un trop-perçu de revenu de solidarité active (INK 001) qui a été entièrement soldée ;
- il est incompétent en matière des modalités de calcul du montant des retenues effectuées pour le remboursement de l'indu de revenu de solidarité active (INK 001) qui relèvent de la caisse d'allocations familiales de Vaucluse ;
- les conclusions à fin d'annulation de la décision du 19 février 2024 sont devenues sans objet dès lors que la décision du 2 août 2024 de la présidente du conseil départemental de Vaucluse lui accordant une remise gracieuse partielle à hauteur de 1 534,14 euros s'est substituée à cette décision ;
- en tout état de cause, Mme C n'établit pas qu'elle serait dans l'incapacité de rembourser le solde de sa dette à la suite de la remise gracieuse partielle qui lui a été octroyée.
L'ensemble de la procédure a été communiqué à la caisse d'allocations familiales de Vaucluse qui n'a pas produit d'observations en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- et les observations de Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. La caisse d'allocations familiales de Vaucluse a mis à la charge de Mme C une dette de 5 113,80 euros résultant d'un trop-perçu de revenu de solidarité active majoré (INL 001) au titre de la période du 1er août 2021 au 30 avril 2022 et une dette de 2 052,89 euros résultant d'un trop-perçu de revenu de solidarité active (INK 001) au titre de la période du 1er mai 2022 au 31 août 2022. Par une décision du 9 janvier 2023, la présidente du conseil départemental de Vaucluse a implicitement refusé à Mme C de lui accorder une remise gracieuse de ses dettes. A la suite du recours contentieux intenté par Mme C à l'encontre de cette décision, le tribunal administratif de Nîmes, par un jugement n° 2300519 du 17 octobre 2023, a considéré que la bonne foi de Mme C concernant l'absence de déclaration dans ses ressources trimestrielles de ses revenus locatifs perçus au cours de la période du mois d'août 2021 au mois de juillet 2022 était établie. En l'absence d'éléments relatifs à la précarité de sa situation financière, le tribunal administratif a rejeté les conclusions de l'intéressée aux fins d'annulation de la décision du 9 janvier 2023 de la présidente du conseil départemental de Vaucluse. Par un courrier du 29 novembre 2023, Mme C a de nouveau sollicité une remise gracieuse de ses dettes. Par une décision du 19 février 2024, la présidente du conseil départemental de Vaucluse a rejeté la demande de remise gracieuse de la dette de 5 113,80 euros résultant du trop-perçu de revenu de solidarité active majoré (INL 001) au titre de la période du 1er août 2021 au 30 avril 2022 et a transmis le même jour à la caisse d'allocations familiales de Vaucluse la demande de remise gracieuse de la dette résultant du trop-perçu de solidarité active (INK 001) au titre de la période du 1er mai 2022 au 31 août 2022. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par la caisse d'allocations familiales de Vaucluse sur cette dernière demande. Par une décision du 2 août 2024, la présidente du conseil départemental de Vaucluse a, d'une part, informé Mme C que la dette contractée au titre du revenu de solidarité active (INK 001) était entièrement soldée et, d'autre part, accordé à Mme C une remise gracieuse partielle, à hauteur de 1 534,14 euros, de sa dette d'un montant de 5 113,80 euros contractée au titre du revenu de solidarité active majoré (INL 001), laissant ainsi à sa charge la somme de 3 410,83 euros. Cette décision s'est substituée à la décision initiale du 19 février 2024 de la présidente du conseil départemental de Vaucluse rejetant totalement la demande de remise gracieuse de cette dette présentée par Mme C. La requête de Mme C doit, dès lors, être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 2 août 2024 par laquelle la présidente du conseil départemental de Vaucluse ne lui a accordé qu'une remise gracieuse partielle, à hauteur de 1 534,14 euros, de sa dette d'un montant de 5 113,80 euros résultant du trop-perçu de solidarité active majoré (INL 001) et la décision implicite du 19 avril 2024 par laquelle la caisse d'allocations familiales de Vaucluse a refusé de lui accorder une remise gracieuse de sa dette d'un montant de 2 052,89 euros contractée au titre du revenu de solidarité active (INK 001).
Sur la décision implicite de rejet de la caisse d'allocations familiales de Vaucluse :
2. Il résulte de l'instruction, et notamment des relevés de prestations versées à Mme C par la caisse d'allocations familiales de Vaucluse du mois de janvier 2024 au mois de juillet 2024 produite par le département de Vaucluse, dont les éléments ne sont pas contestés par la requérante, que postérieurement à l'introduction de sa requête, la dette de 2 052,89 euros de revenu de solidarité active (INK 001) mise à la charge de Mme C a été entièrement soldée à la suite des retenues mensuelles effectuées jusqu'au mois d'avril 2024 par la caisse d'allocations familiales de Vaucluse sur les prestations sociales de la requérante. Par suite, les conclusions de Mme C tendant à la remise gracieuse de l'indu de revenu de solidarité active de 2 052,89 euros (INK 001) mis à sa charge est devenue sans objet. Il n'y a, dès lors, pas lieu d'y statuer.
Sur la décision du 2 août 2024 de la présidente du conseil départemental de Vaucluse :
4. Il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit au point 1, que postérieurement à l'introduction de la requête de Mme C, la présidente du conseil départemental de Vaucluse, par une décision du 2 août 2024, a accordé une remise gracieuse partielle, à hauteur de 1 534,14 euros, de sa dette de 5 113,80 euros résultant d'un trop-perçu de revenu de solidarité active (INL 001).
5. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'Etat, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ". Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.
6. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre () ". Aux termes de l'article R. 262-6 de ce code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. () ".
7. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.
8. Il résulte de l'instruction que l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de Mme C, et dont elle sollicite la remise gracieuse, résulte de la prise en compte par le département de Vaucluse de l'intégralité des ressources de la requérante. Il résulte en effet de l'instruction que Mme C, qui avait déclaré ne percevoir aucune ressource du 1er août 2021 au 31 juillet 2022, a perçu au cours de cette période un montant mensuel de 600 euros correspondant à des revenus locatifs. La bonne foi de Mme C, qui n'est pas remise en cause par l'administration, peut être regardée comme établie. Par ailleurs, il résulte également de l'instruction que les ressources mensuelles totales du foyer de Mme C, séparée avec trois enfants à charge, s'élèvent en moyenne à 2 039 euros alors que les charges fixes dont elle justifie, incluant un prêt immobilier, les charges de copropriété, les factures d'eau, d'électricité et de téléphone, ainsi que les charges d'assurances, s'élèvent à 996 euros environ. Dans ces conditions, compte tenu du montant du " reste à vivre " de son foyer, Mme C établit la situation de précarité dans laquelle elle se trouve. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, de lui accorder la remise gracieuse partielle supplémentaire, à hauteur de 30 % de son montant, du solde de sa dette contractée titre du revenu de solidarité active majoré (INL 001) au titre de la période du 1er août 2021 au 30 avril 2022, s'élevant en dernier lieu à 3 410,83 euros, et d'annuler, dans cette mesure, la décision du 2 août 2024 de la présidente du conseil départemental de Vaucluse.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme C tendant à l'annulation de la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales de Vaucluse a rejeté sa demande de remise gracieuse de sa dette de 2 052,89 euros résultant d'un trop-perçu de revenu de solidarité active (INK 001) au titre de la période du 1er mai 2022 au 31 août 2022.
Article 2 : Il est fait remise gracieuse à Mme C, à hauteur de 30 %, du solde de la dette contractée par Mme C au titre du revenu de solidarité active majoré (INL 001) au titre de la période du 1er août 2021 au 30 avril 2022, s'élevant à 3 410,83 euros.
Article 3 : La décision du 2 août 2024 de la présidente du conseil départemental de Vaucluse accordant à Mme C une remise gracieuse partielle de sa dette est annulée en ce qu'elle a de contraire à l'article 2 du présent jugement.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au département de Vaucluse et à la caisse d'allocations familiales de Vaucluse.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2024.
Le président,
C. D
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026