lundi 28 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2401677 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Pôle contentieux sociaux |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 29 avril 2024, le 1er août 2024 et le 7 septembre 2024, Mme A C, représentée par Me Debuiche, demande au tribunal :
- à titre principal :
1°) d'annuler la décision du 28 février 2024 par laquelle la présidente du conseil départemental du Gard a refusé de lui accorder une remise gracieuse, d'une part, de sa dette d'un montant de 4 739,85 euros résultant d'un trop-perçu de revenu de solidarité active (INK 002) au titre de la période du 1er novembre 2020 au 31 janvier 2022, d'autre part, de sa dette d'un montant de 5 793,56 euros résultant d'un trop-perçu de revenu de solidarité active (INK 003) au titre de la période du 1er février 2022 au 31 mai 2023 et enfin, de sa dette d'un montant de 2 920,83 euros résultant d'un trop-perçu de revenu de solidarité active (INK 004) au titre de la période du 1er août 2020 au 31 juillet 2021 ;
2°) d'annuler la décision du 19 mars 2024 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Gard a refusé de lui accorder une remise gracieuse de sa dette d'un montant de 527,70 euros résultant d'un trop-perçu de prime d'activité au titre de la période du 1er novembre 2020 au 31 janvier 2022, de sa dette d'un montant de 2 213,94 euros résultant d'un trop-perçu de prime d'activité (IM3 003) au titre de la période du 1er août 2021 au 31 janvier 2023, et de sa dette d'un montant de 590,07 euros résultant d'un trop-perçu de prime d'activité (IM3 004) au titre de la période du 1er août 2020 au 31 juillet 2021 ;
3°) de lui accorder la remise totale de ses dettes ;
4°) de la décharger de l'obligation de payer ses dettes à hauteur de 13 454,24 euros et de 3 371,71 euros ;
- à titre subsidiaire :
5°) de lui accorder la remise partielle de ses dettes ;
- en tout état de cause :
6°) d'enjoindre au département du Gard de procéder au remboursement des sommes déjà retenues à hauteur de 2 011,64 euros, somme à parfaire ;
7°) de mettre à la charge du département du Gard la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions sont entachées d'incompétence de leur auteur ;
- la décision du 19 mars 2024 ne comporte aucune signature ;
- les décisions sont insuffisamment motivées en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- le caractère frauduleux de ses omissions dans ses déclarations de ressources n'est pas établi ;
- elle est dans une situation financière précaire qui ne lui permet pas de rembourser sa dette ;
- elle sollicite la preuve de l'assermentation et de l'agrément de l'agent de la caisse d'allocations familiales du Gard ayant effectué le contrôle de sa situation.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 25 juin 2024 et le 13 août 2024, le département du Gard conclut au rejet de la requête de Mme C.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2024, la caisse d'allocations familiales du Gard conclut au rejet de la requête de Mme C.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les observations de Me Debuiche, avocate de Mme C.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. La caisse d'allocations familiales du Gard a mis à la charge de Mme C des indus résultant d'un trop-perçu de revenu de solidarité active d'un montant de 4 739,85 euros (INK 002) au titre de la période du 1er novembre 2020 au 31 janvier 2022, d'un montant de 5 793,56 euros (INK 003) au titre de la période du 1er février 2022 au 31 mai 2023 et d'un montant de 2 920,83 euros (INK 004) au titre de la période du 1er août 2020 au 31 juillet 2021. Par une décision du 22 août 2023, la commission des fraudes de la caisse d'allocations familiales du Gard a appliqué à Mmes C une pénalité administrative de 1 940 euros. Par un courrier du 20 décembre 2023, Mme C a sollicité la remise gracieuse de ses dettes. Par une décision du 28 février 2024, la présidente du conseil départemental du Gard a refusé de lui octroyer une remise gracieuse de ses dettes contractées au titre du revenu de solidarité active pour un montant total de 13 454,24 euros. La caisse d'allocations familiales du Gard a également mis à la charge de Mme C des indus résultant d'un trop-perçu de prime d'activité d'un montant de 527,70 euros au titre de la période du 1er novembre 2020 au 31 janvier 2022, d'un montant de 2 213,94 euros (IM3 003) au titre de la période du 1er août 2021 au 31 janvier 2023, et d'un montant de 590,07 euros (IM3 004) au titre de la période du 1er août 2020 au 31 juillet 2021. Par un courrier du 2 janvier 2024, Mme C a sollicité la remise gracieuse de ses dettes. Par une décision du 19 mars 2024, la caisse d'allocations familiales du Gard a refusé de lui accorder une remise gracieuse de ses dettes contractées au titre de la prime d'activité pour un montant total de 3 331,71 euros. Mme C demande l'annulation de la décision du 28 février 2024 de la présidente du conseil départemental du Gard et de la décision du 19 mars 2024 de la caisse d'allocations familiales du Gard.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 28 février 2024 de la présidente du conseil départemental du Gard :
2. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'Etat, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ". Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.
3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.
4. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que les moyens tirés des vices propres de la décision attaquée refusant d'accorder une remise gracieuse à Mme C sont inopérants. Les moyens tirés de ce que la décision du 28 février 2024 de la présidente du conseil départemental du Gard aurait été prise par une autorité incompétente, de ce que cette décision serait insuffisamment motivée, de ce qu'elle serait entachée de vices de procédure en ce que le rapport d'enquête n'aurait pas été communiqué à Mme C et en ce qu'il n'est pas établi que l'agent de la caisse d'allocations familiales du Gard qui a procédé au contrôle disposait d'un agrément ou d'une assermentation, ne peuvent, dès lors, qu'être écartés.
5. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que les indus de revenu de solidarité active mis à la charge de Mme C, et dont elle sollicite la remise gracieuse, résultent de la prise en compte par la caisse d'allocations familiales du Gard de l'intégralité des ressources de l'intéressée. Il résulte en effet de l'instruction, et notamment du rapport d'enquête établi le 11 avril 2023 par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales du Gard, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que Mme C n'a pas déclaré certains des salaires qu'elle a perçus du 1er novembre 2020 au 30 avril 2022 et qu'elle a déclaré, au titre de son activité de vente de glaces, les chiffres d'affaires réalisés après déduction de l'abattement de 71%, et non, comme elle le devait, les chiffres d'affaires brut. En outre, Mme C n'a pas déclaré les dépôts en espèces qui ont été effectués sur son compte bancaire personnel et qui correspondent à des revenus provenant de son activité professionnelle non salariée. Par ailleurs, Mme C n'a pas déclaré les versements effectués par ses parents sur son compte bancaire personnel qui s'élèvent à un montant de 66 750 euros du mois de décembre 2021 au mois de janvier 2023. Enfin, Mme C, qui détient 45% de la SCI Val de Cèze immobilier, n'a ni déclaré les loyers qui ont été perçus par cette SCI jusqu'au mois de juillet 2020, ni déclaré ses revenus fonciers lorsque le bien immobilier n'était pas loué, et elle n'a pas déclaré les intérêts de son livret A qui lui ont rapporté 99 euros au mois de novembre 2023.
En ce qui concerne l'absence de déclaration par Mme C de ses revenus salariés :
6. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre () ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " Le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 est fixé par décret. Il est revalorisé le 1er avril de chaque année par application du coefficient mentionné à l'article L. 161-25 du code de la sécurité sociale. / L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : / 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu () ". Aux termes de l'article R. 262-6 de ce code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. ". Aux termes de l'article R. 262-7 du code de l'action sociale et des familles : " I.- Le montant dû au foyer bénéficiaire du revenu de solidarité active est égal à la moyenne des montants intermédiaires calculés pour chacun des trois mois précédant l'examen ou le réexamen périodique du droit. II.- Pour le calcul de l'allocation, les ressources du trimestre de référence prises en compte sont les suivantes : / 1° La moyenne mensuelle des ressources perçues au cours des trois mois précédant la demande ou la révision, à l'exception de celles prévues aux 2° et 3° ; () ". Aux termes de l'article R. 262-12 de ce code : " I.- Ont le caractère de revenus professionnels ou en tiennent lieu en application du 1° de l'article L. 262-3 :1° L'ensemble des revenus tirés d'une activité salariée ou non salariée ; () ". Aux termes de l'article R. 262-23 du code de l'action sociale et des familles : " Selon les modalités prévues aux articles R. 262-18 à R. 262-22, le président du conseil départemental arrête l'évaluation des revenus professionnels non-salariés nécessaires au calcul du revenu de solidarité active. A cet effet, il tient compte, soit à son initiative, soit à la demande de l'intéressé, des éléments de toute nature relatifs aux revenus professionnels de l'intéressé. ". Selon l'article R. 262-37 de ce code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments () ".
7. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'enquête précité établi le 11 avril 2023, que Mme C n'a pas déclaré les salaires correspondant à certains contrats à durée déterminée conclus avec l'association " Rester au village " au titre de la période du 1er novembre 2020 au 31 janvier 2021 pour un montant de 472 euros, au titre de la période du 1er février 2021 au 30 avril 2021 pour un montant de 1 077 euros, au titre de la période du 1er mai 2021 au 31 juillet 2021 pour un montant de 342 euros, et au titre de la période du 1er février 2022 au 30 avril 2022 pour un montant de 877 euros. Si Mme C soutient qu'elle a déclaré ces salaires à l'administration fiscale pour l'établissement de son impôt sur le revenu, cette circonstance est insuffisante pour établir sa bonne foi quant à son omission de les mentionner dans ses déclarations trimestrielles de ressources, qui résulterait selon elle d'un simple oubli, alors que figure dans la déclaration trimestrielle de ressources une rubrique spécifique portant la mention " salaires " et qu'elle a déclaré lors de l'entretien avec l'agent assermenté de la caisse d'allocations familiales du Gard portant sur le contrôle de sa situation que le fait de devoir déclarer ses revenus salariés était moins avantageux que de ne pas travailler. Par suite, compte tenu de la nature des informations omises, du caractère réitéré de ces omissions, et eu égard aux possibilités qui étaient offertes trimestriellement à Mme C pour déclarer les salaires qu'elle a perçus, Mme C doit être regardée comme ayant sciemment procédé à de fausses déclarations. Par suite, elle ne satisfait pas à la condition de bonne foi rappelée au point 3, à laquelle est subordonnée le bénéfice d'une remise gracieuse. Dès lors que l'indu litigieux trouve sa cause dans de fausses déclarations de Mme C, celle-ci ne saurait utilement faire valoir sa situation de précarité financière pour bénéficier d'une remise gracieuse de sa dette.
En ce qui concerne les revenus issus de l'activité de Mme C relevant du régime de la " micro-entreprise " :
8. Aux termes de l'article R. 262-19 du code de l'action sociale et des familles : " Les bénéfices industriels et commerciaux et les bénéfices non commerciaux s'entendent des résultats ou bénéfices déterminés en fonction des régimes d'imposition applicables au titre de la pénultième année, ou ceux de la dernière année s'ils sont connus, pourvu qu'ils correspondent à une année complète d'activité. S'y ajoutent les amortissements et les plus-values professionnels. / Par dérogation à l'alinéa précédent, pour les travailleurs indépendants mentionnés à l'article L. 613-7 du code de la sécurité sociale et pour les travailleurs indépendants mentionnés à l'article L. 382-1 du même code bénéficiant du régime prévu à l'article 102 ter du code général des impôts, le calcul prévu à l'article R. 262-7 du présent code prend en compte le chiffre d'affaires réalisé au cours des trois mois précédant la demande d'allocation ou la révision en lui appliquant, selon les activités exercées, les taux d'abattement forfaitaires prévus aux articles 50-0 et 102 ter du code général des impôts. () ". Aux termes de l'article 102 ter du code général des impôts : " 1. Le bénéfice imposable des contribuables qui perçoivent des revenus non commerciaux dont le montant hors taxes de l'année civile précédente ou de la pénultième année, ajusté s'il y a lieu au prorata du temps d'activité au cours de l'année de référence, n'excède pas 77 700 € est égal au montant brut des recettes annuelles diminué d'un abattement forfaitaire de 34 %. Cet abattement ne peut être inférieur à 305 € () ". L'article 50-0 du même code définit le régime des micro-entreprises au regard des bénéfices industriels et commerciaux en prévoyant un abattement de 71 % sur le chiffre d'affaires hors taxes provenant d'une activité de vente de marchandises, objets, fournitures et denrées et de 50 % sur le chiffre d'affaires provenant d'une activité autre que la vente, la fourniture de logement ou la location de meublés de tourisme.
9. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'enquête précité établi le 11 avril 2023 et des déclarations trimestrielles de l'intéressée, que Mme C, qui a une activité relevant du régime de la " micro-entreprise " et qui consistait, jusqu'au 2 mai 2022, en l'achat et la revente de glaces sur place ou à emporter en saisonnier, puis, à compter de cette date, en commerce d'artisanat en alimentation générale, épicerie fine, vente de vins et spiritueux, a déclaré au titre des années 2020 à 2022 ses chiffres d'affaires après déduction de l'abattement de 71% prévu par l'article 50-0 du code général des impôts, et non les chiffres d'affaires brut. Il résulte également de l'instruction que Mme C, qui a régulièrement effectué des dépôts d'espèces sur son compte bancaire personnel, n'a pas déclaré l'intégralité de ses chiffres d'affaires au titre des années 2020 à 2022. Elle a ainsi omis de déclarer un montant de 2 672 euros au titre de l'année 2020, un montant de 1 708 euros au titre de l'année 2021, et un montant de 9 664 euros au titre de l'année 2022. Mme C soutient, d'une part, qu'elle a suivi les instructions qui lui avaient été données par la caisse d'allocations familiales du Gard ainsi que celles issues de la " note d'information d'auto-entrepreneur " qu'elle a versé au dossier selon lesquelles le revenu mensuel à déclarer est le chiffre d'affaires mensuel après déduction de l'abattement légal de 71 %. Si les modalités de déclaration des ressources ont pu évoluer depuis que Mme C a commencé à percevoir le revenu de solidarité active en 2013, ses déclarations de ressources trimestrielles comportent toutefois la mention explicite " (chiffre d'affaires brut) " dans la rubrique " revenus non salariés ", et ce dès la déclaration trimestrielle de ressources à effectuer au titre de la période du 1er novembre 2019 au 31 janvier 2020. Mme C soutient, d'autre part, que les espèces déposées sur son compte bancaire personnel correspondent aux revenus professionnels qu'elle avait déclarés à la caisse d'allocations familiales du Gard, sans que cette circonstance ne puisse utilement remettre en cause les mentions du rapport d'enquête indiquant que, compte tenu de l'absence de retrait d'espèces sur le compte bancaire professionnel de Mme C, le montant cumulé de ses revenus professionnels déposés sur ce compte et des espèces déposées sur son compte bancaire personnel était supérieur aux chiffres d'affaires déclarés par Mme C à la caisse d'allocations familiales du Gard, à l'administration fiscale et à l'URSSAF. Dans ces conditions, au regard de la nature des ressources omises, de la réitération des omissions déclaratives de Mme C ainsi que du montant des sommes en cause, la requérante doit être regardée comme ayant sciemment procédé à de fausses déclarations. Par suite, elle ne satisfait pas à la condition de bonne foi, rappelée au point 3, à laquelle est subordonnée le bénéfice d'une remise gracieuse. Dès lors que l'indu litigieux trouve sa cause dans de fausses déclarations de Mme C, celle-ci ne saurait utilement faire valoir sa situation de précarité financière pour bénéficier d'une remise gracieuse de sa dette.
En ce qui concerne le dépôt d'une somme de 66 750 euros sur le compte bancaire personnel de Mme C :
10. D'une part, l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles dispose que : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : () 4° Les prestations et aides sociales qui ne sont pas incluses dans le calcul des ressources à raison de leur finalité sociale particulière ". L'article R. 262-6 du même code prévoit que : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer () ". Aux termes de l'article R. 262-11 du même code : " Pour l'application de l'article R. 262-6, il n'est pas tenu compte : () 14° Des aides et secours financiers dont le montant ou la périodicité n'ont pas de caractère régulier ainsi que des aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation ". Les aides et secours mentionnés au 14° de l'article R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles visent, en application de l'article L. 262-3 du même code, les aides et secours financiers ayant pour finalité sociale particulière de répondre à un besoin ponctuel du bénéficiaire du revenu de solidarité active et non des aides apportées par des parents ou amis, lesquelles doivent être prises en compte dans le calcul des ressources même en l'absence de décision de justice et quel que soit l'usage qui en est fait. Enfin, l'article R. 262-14 du code de l'action sociale et des familles prévoit que : " Sur décision individuelle du président du conseil général au vu de la situation exceptionnelle du demandeur au regard de son insertion sociale et professionnelle, il n'est pas tenu compte des libéralités consenties aux membres du foyer ".
11. D'autre part, aux termes de l'article 242 ter du code général des impôts : " () 3. Les personnes qui interviennent à un titre quelconque, dans la conclusion des contrats de prêts ou dans la rédaction des actes qui les constatent sont tenues de déclarer à l'administration la date, le montant et les conditions du prêt ainsi que les noms et adresses du prêteur et de l'emprunteur. () ". Aux termes de l'article 49 B de l'annexe III au code général des impôts : " 1. Les personnes physiques ou morales qui interviennent, à titre de partie ou d'intermédiaire, dans la conclusion des contrats de prêts ou dans la rédaction des actes qui les constatent sont tenues de déclarer les noms et adresses du prêteur et de l'emprunteur, la date, le montant et les conditions du prêt, notamment sa durée, le taux et la périodicité des intérêts ainsi que les modalités de remboursement du principal. / 2. Ces dispositions ne sont pas applicables : / a. Aux contrats de prêts qui sont définis par un arrêté du ministre de l'économie et des finances ; / b. Aux contrats de prêts dont le principal n'excède pas un montant fixé par ce même arrêté. () /3. Lorsque le débiteur ou le créancier est tenu de souscrire la déclaration en application des dispositions du premier alinéa, celle-ci est adressée au service des impôts dont il dépend en même temps que la déclaration de ses revenus ou que la déclaration de ses résultats. Aux termes de l'article 23 L de l'annexe IV au code général des impôts : " Sont dispensés de la déclaration prévue à l'article 49 B de l'annexe III au code général des impôts :1° Les contrats de prêts dont le montant en principal n'excède pas 5 000 €, sous réserve de l'application des dispositions du b du 2 de l'article 49 B susvisé ; () ".
12. Il est constant que Mme C a encaissé une somme totale de 66 750 euros entre le mois de décembre 2021 et le mois de janvier 2023 provenant de ses parents. Mme C a ainsi perçu les sommes de 33 000 euros le 29 décembre 2021, 3 000 euros le 17 mars 2022, 10 000 euros le 17 mars 2022, 10 000 euros le 30 mars 2022, 400 euros le 13 avril 2022, 4 000 euros le 21 avril 2022, 7 000 euros le 18 mai 2022, 2 000 euros le 16 juin 2022 et 350 euros le 24 janvier 2023 dont elle n'a pas fait mention dans ses déclarations de ressources trimestrielles. Mme C soutient que les sommes versées par ses parents correspondent à un prêt familial remboursable afin d'acquérir un fonds de commerce en mai 2022 et produit à ce titre une reconnaissance de dette établie le 26 décembre 2021 co-signée avec ses parents pour une somme totale de 66 000 euros perçue par l'intéressée, la copie d'un contrat de crédit entre l'intéressée et la caisse de crédit mutuel de Bagnols sur Cèze portant sur un fonds de commerce d'alimentation générale, épicerie fine vente de glaces et boissons pour un crédit d'un montant de 50 000 euros dont la date prévisionnelle de la première échéance de remboursement a été fixée au 15 juin 2022, ainsi qu'une facture d'achat de gros matériel du 8 juin 2022 pour un montant de 34 050,97 euros. Toutefois, en l'absence d'enregistrement d'une déclaration de prêt auprès des services fiscaux conformément aux dispositions précitées au point 11, la seule reconnaissance de dette, qui n'a par ailleurs pas été produite à l'agent assermenté ayant effectué le contrôle de la situation de Mme C, est dépourvu de date certaine. En outre, les modalités de remboursement fixées par la reconnaissance de dette, qui prévoient des mensualités égales à compter du 26 décembre 2026, ne permettent pas d'établir que ce prêt aurait effectivement fait l'objet d'un remboursement. Ainsi, Mme C ne peut être regardée comme établissant en l'état de l'instruction que les versements effectués par ses parents, qui n'avaient au demeurant aucun caractère ponctuel, et réintégrés dans ses ressources par la caisse d'allocations familiales du Gard constituaient un prêt familial et non une aide constitutive de ressources au sens des dispositions de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles. Si Mme C soutient n'avoir eu aucune intention frauduleuse en ne procédant pas à la déclaration des virements bancaires effectués par ses parents, il résulte toutefois de l'instruction que, eu égard à la nature des ressources omises, au montant des sommes en cause, à la présentation des formulaires de déclaration trimestrielle des ressources qui prévoient expressément la rubrique " autres ressources ", Mme C ne pouvait ignorer qu'elle était tenue de déclarer les virements bancaires effectués par ses parents. Par suite, elle ne satisfait pas à la condition de bonne foi, rappelée au point 3, à laquelle est subordonnée le bénéfice d'une remise gracieuse. Dès lors que l'indu litigieux trouve sa cause dans de fausses déclarations de Mme C, celle-ci ne saurait utilement faire valoir sa situation de précarité financière pour bénéficier d'une remise gracieuse de sa dette.
En ce qui concerne les revenus locatifs, les revenus fonciers et les capitaux placés :
13. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'enquête précité établi le 11 avril 2023, que Mme C détient 45 % des parts de la SCI Val de Cèze Immobilier, laquelle est propriétaire d'un immeuble situé 1 quai de la Fontaine à Goudargues (30 630) et qui a été loué jusqu'au 30 juillet 2020 pour un loyer de 464 euros par mois. Mme C n'a déclaré ni les revenus tirés de la location de ce bien immobilier qui s'élèvent à la somme de 2 288 euros au titre de la période du 1er février 2020 au 31 juillet 2020 ni ses revenus fonciers qui représentent une somme trimestrielle de 135 euros à compter la période du 1er août 2020 au 31 octobre 2020, jusqu'à la période du 1er novembre 2022 au 31 janvier 2023, soit un montant total de 1 215 euros. Si Mme C soutient qu'elle avait déclaré à l'administration fiscale les revenus liés à la location du bien immobilier et les revenus fonciers qu'elle a perçus, cette circonstance est insuffisante pour établir sa bonne foi quant à son omission de mentionner ces revenus dans ses déclarations trimestrielles de ressources alors que figurent dans ces dernières les rubriques " autres ressources " et " local non loué ". Il en va de même s'agissant de l'omission de déclaration des intérêts provenant de son livret A d'un montant de 99 euros que Mme C a perçus au mois de décembre 2022 que l'intéressée n'a pas mentionné dans sa déclaration de ressources trimestrielles alors que figure dans celle-ci la rubrique " argent placé ". Dans ces conditions, Mme C ne pouvait ignorer qu'elle était tenue de déclarer les revenus locatifs, les revenus fonciers et le montant de son argent placé. Par suite, elle ne satisfait pas à la condition de bonne foi, rappelée au point 3, à laquelle est subordonnée le bénéfice d'une remise gracieuse. Dès lors que l'indu litigieux trouve sa cause dans de fausses déclarations de Mme C, celle-ci ne saurait utilement faire valoir sa situation de précarité financière pour bénéficier d'une remise gracieuse de sa dette.
14. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 28 février 2024 par laquelle la présidente du conseil départemental du Gard a refusé de lui accorder une remise gracieuse, d'une part, de sa dette d'un montant de 4 739,85 euros résultant d'un trop-perçu de revenu de solidarité active (INK 002) au titre de la période du 1er novembre 2020 au 31 janvier 2022, d'autre part, de sa dette d'un montant de 5 793,56 euros résultant d'un trop-perçu de revenu de solidarité active (INK 003) au titre de la période du 1er février 2022 au 31 mai 2023 et enfin, de sa dette d'un montant de 2 920,83 euros résultant d'un trop-perçu de revenu de solidarité active (INK 004) au titre de la période du 1er août 2020 au 31 juillet 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 19 mars 2024 de la caisse d'allocations familiales du Gard :
15. Aux termes de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service. / () / La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".
16. Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire de la prime d'activité ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation que si, tout à la fois, d'une part, il est de bonne foi, l'indu ne devant pas trouver sa cause dans une manœuvre frauduleuse ou une fausse déclaration procédant d'une volonté de dissimulation de sa part, et, d'autre part, la précarité de sa situation, appréciée par l'administration à la date de sa décision, justifie l'octroi d'une remise.
17. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu de prime d'activité, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande et en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé à l'allocation ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.
18. Il résulte de ce qui a été dit au point 17 que les moyens tirés des vices propres de la décision attaquée refusant d'accorder une remise gracieuse sont inopérants. Les moyens tirés de ce que la décision du 19 mars 2024 de la caisse d'allocations familiales du Gard aurait été prise par une autorité incompétente, de ce qu'elle serait entachée d'un défaut de signature de son auteur, de ce qu'elle serait insuffisamment motivée, de ce qu'elle serait entachée de vices de procédure en ce que le rapport d'enquête n'aurait pas été communiqué à Mme C et en ce qu'il n'est pas établi que l'agent de la caisse d'allocations familiales du Gard qui a procédé au contrôle disposait d'un agrément ou d'une assermentation, ne peuvent, dès lors, qu'être écartés.
19. Ainsi qu'il a été dit précédemment aux points 6 à 14, il résulte de l'instruction que la bonne foi de Mme C ne peut être regardée comme établie concernant l'omission de déclaration de l'ensemble de ses ressources à la caisse d'allocations familiales du Gard. Dès lors que les indus litigieux trouvent leur cause dans de fausses déclarations de Mme C, celle-ci ne saurait utilement faire valoir sa situation de précarité financière pour bénéficier d'une remise gracieuse de ses dettes contractées au titre de la prime d'activité.
20. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 19 mars 2024 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Gard a refusé de lui accorder une remise gracieuse de sa dette d'un montant de 527,70 euros résultant d'un trop-perçu de prime d'activité au titre de la période du 1er novembre 2020 au 31 janvier 2022, de sa dette d'un montant de 2 213,94 euros résultant d'un trop-perçu de prime d'activité (IM3 003) au titre de la période du 1er août 2021 au 31 janvier 2023, et de sa dette d'un montant de 590,07 euros résultant d'un trop-perçu de prime d'activité (IM3 004) au titre de la période du 1er août 2020 au 31 juillet 2021.
21. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander la remise, même partielle, des indus de revenu de solidarité active et de prime d'activité mis à sa charge. Sa requête doit, dès lors, être rejetée, y compris ses conclusions à fin de décharge et d'injonction, et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au département du Gard et à la caisse d'allocations familiales du Gard.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2024.
Le président,
C. B
La greffière,
I. MASSOT
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026