mardi 9 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2401757 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | LAURENT-NEYRAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 5 mai et 11 juin 2024, M. B A, représenté par Me Laurent-Neyrat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 avril 2024 par lequel le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", subsidiairement de lui délivrer, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, une autorisation provisoire de séjour portant autorisation de travail en vue du réexamen de son dossier ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- le refus de séjour est entaché d'incompétence ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnaît les dispositions des articles L. 421-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par suite de l'illégalité l'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 mai 2024, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-mauricien du 23 septembre 2008 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique du 25 juin 2024 :
- le rapport de Mme Achour,
- les observations de Me Laurent-Neyrat, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant mauricien né le 3 décembre 1988, demande l'annulation de l'arrêté du 3 avril 2024 par lequel le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé, pour le préfet du Gard, par M. Frédéric Loiseau, secrétaire général de la préfecture, qui disposait, en vertu d'un arrêté du 6 novembre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer notamment tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département du Gard, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions contenues dans l'arrêté en litige. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision de refus de titre de séjour en litige doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an./ La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail () ". L'article L. 421-4 du même code dispose : " Conformément à l'article L. 414-13, lorsque la demande de l'étranger concerne un métier et une zone géographique caractérisés par des difficultés de recrutement, les cartes de séjour prévues aux articles L. 421-1 et L. 421-3 lui sont délivrées sans que lui soit opposable la situation de l'emploi./ () ". Enfin, aux termes de l'article 2.2.1 de l'accord franco-mauricien du 23 septembre 2008 : " Un visa de long séjour temporaire d'une durée maximale de validité de quinze mois, portant la mention " migration et développement ", peut être délivré à un ressortissant mauricien qui réside à Maurice, en vue de l'exercice sur l'ensemble du territoire métropolitain de la République française, de l'un des métiers énumérés en Annexe II au présent Accord, sur présentation d'un contrat de travail visé par l'autorité française compétente, sans que soit prise en considération la situation de l'emploi./Pendant la période de validité de ce visa, le titulaire est autorisé a séjourné en France et à y exercer l'activité professionnelle prévue par son contrat de travail. A l'issue de cette période, il peut obtenir une prolongation de son séjour pour une durée équivalente () ".
4. Pour prendre la décision en litige, le préfet du Gard a opposé à l'intéressé l'absence de visa de long séjour nécessaire à la délivrance du titre de séjour salarié sollicité à l'appui de l'autorisation de travail qui lui avait été délivrée, alors que les ressortissants mauriciens ne sont exemptés de visa que pour des séjours en France de quatre-vingt-dix jours par périodes de six mois. M. A n'établit ni même n'allègue qu'il remplissait cette condition. La circonstance qu'il ait bénéficié d'un titre pluriannuel de séjour comme travailleur saisonnier de janvier 2016 à janvier 2019 puis que ses demandes d'autorisation depuis l'Ile Maurice aient tardé à être traitées avant la délivrance d'une autorisation de travail pour un emploi de cuisinier en 2022 n'était pas de nature à l'exonérer de cette formalité. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 421-1 ".
6. En l'espèce, M. A se prévaut de la régularité de sa situation depuis le début de son activité comme travailleur saisonnier jusqu'à l'obtention de l'autorisation de travail pour l'emploi convoité en contrat à durée indéterminée le 12 mai 2022 et invoque la constance de son projet professionnel en justifiant de deux demandes d'autorisation de travail du même employeur demeurées sans suite, en 2020 et 2021 et produit un contrat du même employeur du 1er juillet 2021. Cependant, alors au demeurant que M. A n'apporte aucun élément probant pour justifier qu'il se trouvait alors à l'Ile Maurice, de telles circonstance ne peuvent être regardées comme caractérisant des motifs exceptionnels ou des considérations humanitaires au sens des dispositions citées au point 5. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut, dès lors, qu'être écarté.
7. En quatrième et dernier lieu, eu égard au caractère ponctuel de son séjour en France dans le cadre de ses contrats saisonniers et du caractère récent de sa dernière entrée en France, alors que M. A, célibataire sans enfant à charge, n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance du droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application et mentionne avec suffisamment de précision les faits sur lesquels il se fonde. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.
9. En second lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
10. En l'absence d'illégalité entachant la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de cette prétendue illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par
M. A doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
12. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions en injonction doivent par suite être rejetées.
Sur les frais liés au litige
13. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à l'avocate de M. A, qui ne justifie au demeurant pas avoir obtenu l'aide juridictionnelle, de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet du Gard et à Me Laurent-Neyrat.
Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chamot, présidente,
Mme Achour, première conseillère,
Mme Galtier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 9 juillet 2024.
La rapporteure,
P. ACHOUR
La présidente,
C. CHAMOTLa greffière,
B. MAS-JAY
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE01300
31/03/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE01592
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