lundi 28 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2401807 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Pôle contentieux sociaux |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 mai 2024, Mme C E, représentée par Me Bapceres, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'avis des sommes à payer émis le 6 décembre 2023 par la paierie départementale du Gard pour le recouvrement de la somme de 5 856,60 euros correspondant au solde de l'indu de revenu de solidarité active " socle " mis à sa charge ;
2°) d'annuler l'avis des sommes à payer émis le 6 décembre 2023 par la paierie départementale du Gard pour le recouvrement de la somme de 11 899,62 euros correspondant au solde de l'indu de revenu de solidarité active " socle " mis à sa charge ;
3°) d'enjoindre au département du Gard de procéder à la restitution des sommes recouvrées, le cas échéant, en remboursement des indus litigieux ;
4°) de mettre à la charge du département du Gard la somme de 1 200 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- il n'est pas démontré que les bordereaux des titres de recettes aient été signés par leur auteur conformément aux dispositions des articles L. 1617-5 et D. 1617-23 du code général des collectivités territoriales ;
- les avis des sommes à payer ne mentionnent pas les bases de liquidation en méconnaissance de l'article 24 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique dès lors que n'y figurent ni les modalités de liquidation, ni les périodes de répétition des indus, ni les décisions de notification de ces indus.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mai 2024, le département du Gard conclut au rejet de la requête de Mme E.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.
Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, et le rapport de M. D a été entendu.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 1er décembre 2021, la caisse d'allocations familiales du Gard a mis à la charge de Mme E un indu de revenu de solidarité active (INK 001) d'un montant 11 899,62 au titre de la période du 1er décembre 2019 au 30 novembre 2021. Par un courrier du 28 décembre 2021 et un recours gracieux du 13 mai 2022 rédigé par son conseil, Mme E a sollicité la remise gracieuse de cette dette. Par une décision du 2 février 2022, la présidente du conseil départemental du Gard a refusé de lui accorder la remise gracieuse de sa dette. Par une décision du 10 février 2022, la caisse d'allocations familiales du Gard a mis à la charge de Mme E un indu complémentaire de revenu de solidarité active (INK 002) d'un montant de 5 856,60 euros au titre de la période du 1er décembre 2018 au 31 décembre 2019 et un indu de prime exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 152,45 euros au titre de l'année 2019. Par un courrier du 26 février 2022, Mme E a sollicité la remise gracieuse de l'ensemble de ses dettes. Par une décision du 9 septembre 2022, la présidente du conseil départemental du Gard a refusé de lui accorder la remise gracieuse de ses dettes contractées au titre du revenu de solidarité active. La paierie départementale du Gard a émis, le 18 août 2022, deux avis des sommes à payer pour le recouvrement de la somme de 11 899,62 euros correspondant au solde de l'indu de revenu de solidarité active " socle " mis à la charge de Mme E au titre de la période du 1er décembre 2019 au 30 novembre 2021 (INK 001) et de la somme de 5 856,60 euros correspondant au solde de l'indu de revenu de solidarité active " socle " mis à la charge de l'intéressée au titre de la période du 1er décembre 2018 au 31 décembre 2019 (INK 002). Par un jugement n° 2203795 du 28 avril 2023, le tribunal administratif de Nîmes a annulé ces deux avis de sommes à payer au motif tiré de leur irrégularité en la forme dès lors que le signataire des bordereaux des titres de recettes originaux n'était pas la personne mentionnée par les titres de recettes individuels. La paierie départementale du Gard a alors émis, le 6 décembre 2023, deux avis des sommes à payer pour le recouvrement de la somme de 11 899,62 euros correspondant au solde de l'indu de revenu de solidarité active " socle " mis à la charge de Mme E au titre de la période du 1er décembre 2019 au 30 novembre 2021 (INK 001) et de la somme de 5 856,60 euros correspondant au solde de l'indu de revenu de solidarité active " socle " mis à la charge de l'intéressée au titre de la période du 1er décembre 2018 au 31 décembre 2019 (INK 002). Mme E demande au tribunal d'annuler les avis des sommes à payer émis le 6 décembre 2023 par la paierie départementale du Gard pour le recouvrement des indus litigieux.
2. Aux termes du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. L'envoi sous pli simple ou par voie électronique au redevable de cette ampliation à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître à la collectivité territoriale, à l'établissement public local ou au comptable public vaut notification de ladite ampliation. / En application des articles L. 111-2 et L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par l'une des autorités administratives mentionnées à l'article 1er comporte, outre la signature de son auteur, la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Il résulte de ces dispositions, d'une part, que l'ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif adressée au redevable doit mentionner les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis et, d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de l'émetteur. Lorsque le bordereau est signé non par l'ordonnateur lui-même mais par une personne ayant reçu de lui une délégation de compétence ou de signature, ce sont, dès lors, les noms, prénoms et qualité de cette personne qui doivent être mentionnés sur le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.
3. Les avis des sommes à payer émis le 6 décembre 2023 à l'encontre de Mme E mentionnent qu'ils ont été émis par Mme B A, directrice d'appui DGADS, conformément aux dispositions précitées du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales. En outre, le bordereau des titres de recettes, produit en réponse à la contestation de Mme E, justifie de sa signature électronique par Mme B A. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité des titres de recettes litigieux doit être écarté.
4. Aux termes de l'article 24 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. En cas d'erreur de liquidation, l'ordonnateur émet un ordre de recouvrer afin, selon les cas, d'augmenter ou de réduire le montant de la créance liquidée. Il indique les bases de la nouvelle liquidation. Pour les créances faisant l'objet d'une déclaration, une déclaration rectificative, indiquant les bases de la nouvelle liquidation, est souscrite. ". En application de ce principe tout titre de recettes doit indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par une référence précise à un document joint à ce titre ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels il s'est fondé pour déterminer le montant de la créance.
5. Le titre exécutoire n° 2023-7071-1 émis le 6 décembre 2023 pour recouvrer la somme de 5 856,60 euros comporte en objet la mention " RSA socle indus 2022 CAF n° 1318284-29/11/2023 " et le titre exécutoire n° 2023-7072-1 émis le 6 décembre 2023 pour recouvrer la somme de 11 899,62 euros comporte en objet " RSA socle indus 2022 CAF n° 1315284- 29/11/2023 ". Si ces titres ne mentionnent pas les bases et éléments de calcul des dettes dont le remboursement était demandé à Mme E au titre d'un trop-perçu de revenu de solidarité active, ils indiquent toutefois le numéro d'allocataire de Mme E, qui figurait dans la décision du 1er octobre 2021 lui notifiant un indu de 11 899,62 euros et dans celle du 10 février 2022 lui notifiant un indu supplémentaire de 5 856,60 euros, dont il résulte de l'instruction que la requérante en a été préalablement rendue destinataire. Mme E a en outre elle-même indiqué ce numéro d'allocataire dans ses demandes de remise de gracieuse du 26 février 2022 et du 11 août 2022 concernant ces deux dettes. Dans ces conditions, les titres exécutoires litigieux doivent être regardés comme faisant implicitement mais nécessairement référence aux décisions de notification des indus litigieux, lesquelles précisaient, notamment, les périodes en litige et contenaient des éléments suffisants pour permettre à la requérante d'être informées des bases de la liquidation et de pouvoir en contester le fondement. Par suite, Mme E n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'aurait pas été régulièrement informée des bases et éléments de calcul des dettes dont il lui était demandé règlement.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme E à fin d'annulation des avis des sommes à payer émis le 6 décembre 2023 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions de l'intéressée aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E et au département du Gard.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2024.
Le président,
C. D
La greffière,
I. MASSOT
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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