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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2402092

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2402092

mardi 17 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2402092
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation4ème chambre magistrat statuant seul

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes a été saisi par Voies navigables de France (VNF) d’une contravention de grande voirie pour stationnement sans autorisation d’un bateau sur le domaine public fluvial. Le tribunal a constaté que l’infraction était constituée, en application des articles L. 2122-1, L. 2132-9 et L. 2132-27 du code général de la propriété des personnes publiques. Il a condamné les propriétaires à une amende de 2 000 euros et a autorisé VNF à déplacer d’office le bateau aux frais des contrevenants s’ils ne libèrent pas le domaine dans un délai d’un mois. Les frais de procès-verbal et de notification, d’un montant de 538,20 euros, ont également été mis à leur charge.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 22 mai 2024 et le 30 juillet 2024, l'établissement Voies navigables de France (VNF), représenté par sa directrice générale, défère au tribunal, M. C A et M. B E comme prévenus d'une contravention de grande voirie au motif d'un stationnement sans autorisation sur le domaine public fluvial d'un bateau immatriculé n°436941 portant la devise " FLORY ANN II " dont ils sont co-propriétaires, en rive droite du canal du Rhône à Sète, au point kilométrique (PK) 2,455 sur le territoire de la commune d'Aigues-Mortes, ainsi que le procès-verbal afférent dressé le 20 mars 2024 et la notification des 15 et 18 avril 2024 de ce procès-verbal aux intéressés comportant invitation à produire une défense écrite.

L'établissement Voies navigables de France demande au tribunal :

1°) de constater que l'infraction commise par M. A et M. E constitue une contravention de grande voirie prévue et réprimée par les articles L. 2122-1, L. 2132-9 et L. 2132-27 du code général de la propriété des personnes publiques et de les condamner en conséquence au paiement d'une amende de 2000 euros ;

2°) d'autoriser Voies navigables de France à déplacer d'office le bateau en cause, aux seuls frais et risques des propriétaires, au besoin avec le concours de la force publique si M. A et M. E n'ont pas libéré le domaine public fluvial dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de M. A et M. E la somme de 538,20 euros au titre des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative, correspondant aux frais d'établissement du procès-verbal et de sa notification.

Il soutient que :

- M. A et M. E occupent sans autorisation le domaine public fluvial depuis le 31 août 2023 ;

- le stationnement sans droit ni titre en litige est constitutif d'une contravention de grande voirie prévue et réprimée aux articles L. 2122-1, L. 2132-9 et L. 2132-27 du code général de la propriété des personnes publiques ; en outre, cette occupation a présenté des circonstances aggravantes compte tenu du mauvais entretien du bateau, de son absence de surveillance, des risques qu'il représente pour l'environnement, et la sécurité de la navigation dans une zone de danger et de précaution, et une zone naturelle d'intérêt écologique faunistique et floristique (ZNIEFF).

Par des mémoires en défense, enregistrés le 28 juin 2024 et le 20 août 2024, M. C A conclut à la relaxe et d'enjoindre à l'établissement Voies navigables de France de lui délivrer une convention d'occupation temporaire afin qu'il puisse stationner son bateau.

Il fait valoir que :

- il est seul propriétaire du bateau, dès lors que sa belle-mère, ancienne co-propriétaire, lui a cédé la propriété ;

- il est de bonne foi, dès lors qu'il a déplacé son bateau sur demande, à l'emplacement litigieux, après avoir payé son stationnement pour une durée de 3 ans auprès de l'association locale ;

- il a été victime de vandalisme sur son bateau, ce qui l'empêche de le déplacer à nouveau.

La requête a été communiquée à M. E qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- le procès-verbal susvisé ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de procédure pénale ;

- le code des transports ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Chamot, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés par l'article L.774-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chamot, vice-présidente,

- les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique,

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 774-2 du code de justice administrative : " Dans les dix jours qui suivent la rédaction d'un procès-verbal de contravention, le préfet fait faire au contrevenant notification de la copie du procès-verbal. / Pour le domaine public défini à l'article L. 4314-1 du code des transports, l'autorité désignée à l'article L. 4313-3 du même code est substituée au représentant de l'Etat dans le département. () / La notification est faite dans la forme administrative, mais elle peut également être effectuée par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. / La notification indique à la personne poursuivie qu'elle est tenue, si elle veut fournir des défenses écrites, de les déposer dans le délai de quinzaine à partir de la notification qui lui est faite. / Il est dressé acte de la notification ; cet acte doit être adressé au tribunal administratif et y être enregistré comme les requêtes introductives d'instance ".

2. Aux termes de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous ". Aux termes des articles L. 2122-2 et L. 2122-3 du même code : " L'occupation ou l'utilisation du domaine public ne peut être que temporaire " et " L'autorisation mentionnée à l'article L. 2122-1 présente un caractère précaire et révocable ". Aux termes de l'article L. 2132-2 de ce code : " Les contraventions de grande voirie sont instituées par la loi ou par décret, selon le montant de l'amende encourue, en vue de la répression des manquements aux textes qui ont pour objet, pour les dépendances du domaine public n'appartenant pas à la voirie routière, la protection soit de l'intégrité ou de l'utilisation de ce domaine public, soit d'une servitude administrative mentionnée à l'article L. 2131-1. Elles sont constatées, poursuivies et réprimées par voie administrative ". Aux termes de l'article L. 2132-9 du même code : " Les riverains, les mariniers et autres personnes sont tenus de faire enlever les pierres, terres, bois, pieux, débris de bateaux et autres empêchements qui, de leur fait ou du fait de personnes ou de choses à leur charge, se trouveraient sur le domaine public fluvial. Le contrevenant est passible d'une amende de 150 à 12 000 euros, de la confiscation de l'objet constituant l'obstacle et du remboursement des frais d'enlèvement d'office par l'autorité administrative compétente ". Cet article L. 2132-9 du code général de la propriété des personnes publiques s'applique aux empêchements de toute nature qui se trouvent sur le domaine public.

3. Il résulte de ces dispositions que le juge de la contravention de grande voirie, dès lors qu'il est saisi par une autorité compétente, doit se prononcer tant sur l'action publique, pour laquelle il est tenu d'infliger une amende au contrevenant, que sur l'action domaniale, que lui soient ou non présentées des conclusions en ce sens. Eu égard au principe d'individualisation des peines, il lui appartient cependant de fixer, dans les limites prévues par les textes applicables, le montant des amendes dues compte tenu de la gravité de la faute commise, qu'il apprécie au regard de la nature du manquement et de ses conséquences.

Sur l'action publique :

4. D'une part, la personne qui peut être poursuivie pour contravention de grande voirie est soit celle qui a commis ou pour le compte de laquelle a été commise l'action qui est à l'origine de l'infraction, soit celle sous la garde de laquelle se trouvait l'objet qui a été la cause de la contravention.

5. Il résulte de l'instruction que M. A et Mme E sont co-propriétaires du bateau immatriculé n° 436941 portant la devise " FLORY ANN II " depuis le 18 février 2023, date de l'acte de vente du bateau entre M. A, Mme E, acheteurs, et M. D et M. F, vendeurs. M. E n'ayant pas la qualité de propriétaire doit par suite être relaxé des poursuites engagées à son encontre.

6. D'autre part, il résulte de l'instruction, et plus précisément du procès-verbal dressé le 20 mars 2024 que l'établissement Voies navigables de France a transmis au tribunal, que le bateau portant la devise " FLORY ANN II " stationne sans autorisation en rive droite du canal du Rhône à Sète, au point kilométrique 2,455 sur le territoire de la commune d'Aigues-Mortes depuis le 31 août 2023. Par lettre du 15 septembre 2023, M. A a été mis en demeure de libérer le domaine public fluvial sous 48 heures. Toutefois, M. A n'a pas mis fin ou régularisé sa situation irrégulière auprès de l'établissement Voies navigables de France. Ces faits, qui sont constitutifs d'une contravention de grande voirie réprimée par les dispositions de l'article L. 2132-9 du code général de la propriété des personnes publiques rappelée au point précédent, sont de nature à justifier la condamnation de M. A en sa qualité de propriétaire et gardien du bateau, à une amende de 500 euros.

Sur l'action domaniale :

7. Au titre de l'action domaniale, il y a lieu de condamner M. A à la libération sans délai du domaine fluvial.

8. En cas d'inexécution, l'établissement Voies navigables de France pourra procéder d'office au déplacement du bateau, aux frais du propriétaire, au besoin avec le concours de la force publique.

Sur les frais d'établissement du procès-verbal :

9. Si l'établissement Voies navigables de France demande également à être remboursé des frais d'établissement du procès-verbal d'infraction, certains des postes invoqués dans le détail des frais exposés versé au dossier ne peuvent se rattacher aux frais d'établissement d'un procès-verbal strictement entendu. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de ramener les frais exposés pour l'établissement du procès-verbal à 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : M. B E est relaxé des fins des poursuites.

Article 2 : M. C A est condamné à payer une amende de 500 euros.

Article 3 : M. C A est condamné à payer à l'établissement Voies navigables de France la somme de 200 euros au titre des frais d'établissement du procès-verbal.

Article 4 : M. C A est condamné à libérer sans délai le domaine public fluvial. En cas de refus d'obtempérer de l'intéressé, l'établissement Voies navigables de France est autorisé à y procéder d'office aux frais et risques du propriétaire, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 5 : Le présent jugement sera adressé à l'établissement Voies navigables de France pour notification et à M. C A et M. B E dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2024.

La magistrate désignée,

C. CHAMOT

La greffière,

B. MAS-JAY

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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