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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2403007

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2403007

vendredi 28 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2403007
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation4ème chambre magistrat statuant seul
Avocat requérantROCHE BOUSQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 juillet 2024, le préfet du Gard défère au tribunal la société à responsabilité limitée (SARL) Domaine du Boucanet et son représentant légal M. B A comme prévenus d'une contravention de grande voirie en raison de l'implantation de ganivelles dans le sable sur le domaine public maritime, ainsi que le procès-verbal afférent du 31 mai 2023 et la notification de ce procès-verbal le 9 juin 2023 à la SARL et le 10 juin 2023 à M.A comportant une invitation à produire une défense écrite.

Le préfet du Gard demande au tribunal :

1°) de dire que l'infraction commise constitue une contravention de grande voirie prévue aux articles L. 2122-1, L. 2132-2 et L. 2132-3 du code général de la propriété des personnes publiques, réprimée par l'article L. 2132-26 du même code ;

2°) de condamner D, au paiement d'une amende de 2 500 euros en application des textes précités, pour cette infraction ;

3°) de condamner M. A, représentant légal de D, au paiement d'une amende de 1 500 euros en application des textes précités, pour cette infraction ;

4°) condamner solidairement D et M. A au paiement de la somme de 362 euros et 66 centimes au titre des frais engagés pour l'établissement, la transmission et le traitement du procès-verbal de grande voirie.

Il soutient que :

- l'implantation d'éléments de clôture sur le domaine public maritime naturel en limite du camping du Boucanet sans autorisation ni titre, constatée lors de l'inspection du 23 mars 2023 est matérialisée par la présence de ganivelles, en linéaire continu comme en témoignent les photos jointes au procès-verbal ;

- des courriers d'avertissements pour des faits identiques ont déjà été adressés au directeur du camping du Boucanet, le 27 octobre 2020 et le 23 novembre 2022.

Par des mémoires en défense enregistrés les 24 octobre 2024 et 31 janvier 2025, D et M. A, représentés par Me Bousquet, concluent, à titre principal, à la constatation de la prescription de l'action publique, à la relaxe et au rejet de la requête, à titre subsidiaire à la réduction de l'amende dans de notables proportions et en tout état de cause à la mise à la charge de l'Etat de la somme de 1 000 euros chacun au titre des frais d'instance.

Ils font valoir que :

- les faits remontent au 27 octobre 2020 et sont donc prescrits ; en tout état de cause la notification du procès-verbal est intervenue les 9 et 10 juin 2023 soit plus d'un an avant la saisine du tribunal par le préfet le 30 juillet 2024 ;

- les ganivelles installées en remplacement d'autres, installées entre 2010 et 2013 suite à la tempête de 2019, ne sont pas implantées sur le domaine public maritime dès lors qu'hors phénomène météorologique exceptionnel les plus hautes eaux ne les atteignent pas ; les anciennes ganivelles n'ont jamais fait l'objet d'avertissements ou de procès-verbal d'infractions ;

- le quantum de l'amende prononcée est supérieur à celui qui est prévu par le code pénal dès lors qu'ils ne sont pas en situation de récidive.

Vu :

- le procès-verbal susvisé ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code pénal ;

- le code de procédure pénale ;

- l'arrêté n°30-2018-1107003 du 7 novembre 2018 portant concession des plages naturelles du Grau-du-Roi ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Chamot, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés par l'article L.774-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chamot, vice-présidente,

- les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique,

- les observations de D et de son représentant légal M. A, représentés par Me Bousquet,

- les observations du préfet du Gard, représenté par Mme C.

D et M. A, représentés par Me Bousquet, ont produit le 13 février 2025 une note en délibéré qui n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet du Gard défère au tribunal comme prévenus d'une contravention de grande voirie, D et son représentant légal, M. A, auxquels il est reproché, aux termes du procès-verbal de contravention de grande voirie dressé le 31 mai 2023, l'occupation sans titre du domaine public maritime, en raison de l'implantation de ganivelles dans le sable de la plage du Boucanet, au sens des dispositions des articles L. 2122-1, L. 2132-2 et L. 2132-3 du code général de la propriété des personnes publiques.

Sur la détermination du domaine public maritime naturel :

2. Aux termes de l'article L. 2111-4 du code général de la propriété des personnes publiques : " Le domaine public maritime naturel de L'Etat comprend : 1° Le sol et le sous-sol de la mer entre la limite extérieure de la mer territoriale et, côté terre, le rivage de la mer. Le rivage de la mer est constitué par tout ce qu'elle couvre et découvre jusqu'où les plus hautes mers peuvent s'étendre en l'absence de perturbations météorologiques exceptionnelles ; 2° Le sol et le sous-sol des étangs salés en communication directe, naturelle et permanente avec la mer ; 3° Les lais et relais de la mer : a) Qui faisaient partie du domaine privé de l'Etat à la date du 1er décembre 1963, sous réserve des droits des tiers ; b) Constitués à compter du 1er décembre 1963 () ". Pour l'application de cette législation, les lais de mer doivent être regardés comme des alluvions déposées par la mer et les relais comme des terrains que la mer découvre en se retirant et que ne submergent plus les plus hautes eaux.

3. D'une part, il résulte de ces dispositions que les lais et relais de la mer font partie du domaine public maritime naturel de l'Etat et ne peuvent faire l'objet d'une propriété privée. Ainsi, des ouvrages ne peuvent y être édifiés et des aménagements réalisés sans l'autorisation de l'autorité compétente de l'Etat, sous peine de poursuites pour contravention de grande voirie.

4. D'autre part, pour constater que l'infraction, à caractère matériel, d'occupation irrégulière du domaine public, est constituée, le juge de la contravention de grande voirie doit déterminer, au vu des éléments de fait et de droit pertinents, si la dépendance concernée relève du domaine public. S'agissant du domaine public maritime, le juge doit appliquer les critères fixés par l'article L. 2111-4 précité du code général de la propriété des personnes publiques et n'est pas lié par les termes d'un arrêté, à caractère déclaratif, de délimitation du domaine public maritime. L'appartenance d'une dépendance au domaine public ne peut résulter de l'application d'un tel arrêté, dont les constatations ne représentent que l'un des éléments d'appréciation soumis au juge.

5. Il résulte de l'instruction que, par arrêté du 9 avril 1979, le préfet du Gard a incorporé au domaine public maritime les lais et relais de la mer de l'ensemble de la commune du Grau-du-Roi tels qu'ils figurent sur le plan annexé à cet acte, soit la totalité de la plage naturelle du Boucanet. Il résulte également des énonciations du procès-verbal du 23 mars 2023, qui font foi jusqu'à preuve du contraire, que des ganivelles sont implantées en limite de la propriété du camping du Boucanet, soit, selon les photos annexées à ce document, dans le sable de la plage en contrebas des enrochements. Si les défendeurs font valoir que ces ganivelles ont été installées en remplacement de précédentes qui n'ont été atteintes par les flots que lors d'un phénomène météorologique exceptionnel en 2019, ils n'apportent aucun élément de nature à établir la réalité de leur allégation. Par ailleurs, ils ne contestent pas sérieusement les limites du domaine public maritime en se bornant à contester les échelles de mesure utilisées pour le report du plan annexé à l'arrêté du 9 avril 1979 sur celui annexé à la convention de concession des plages naturelles de la commune du Grau-du-Roi.

Sur l'action publique :

En ce qui concerne l'occupation sans titre et l'atteinte à l'intégrité du domaine public :

6. Aux termes de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous ".

7. Eu égard à la consistance du domaine public maritime, il appartient à l'Etat en charge dans l'intérêt général de la protection de l'intégrité du domaine et de son utilisation conforme à l'intérêt public, de poursuivre les contrevenants et de faire cesser toute infraction commise au détriment des parcelles relevant de la domanialité publique. A cet effet l'article L. 2132-2 du code général de la propriété des personnes publiques dispose : " Les contraventions de grande voirie sont instituées par la loi ou par décret, selon le montant de l'amende encourue, en vue de la répression des manquements aux textes qui ont pour objet, pour les dépendances du domaine public n'appartenant pas à la voirie routière, la protection soit de l'intégrité ou de l'utilisation de ce domaine public, soit d'une servitude administrative mentionnée à l'article L. 2131-1. Elles sont constatées, poursuivies et réprimées par voie administrative ". Enfin l'article L. 2132-3 du code précité prévoit que : " Nul ne peut bâtir sur le domaine public maritime ou y réaliser quelque aménagement ou quelque ouvrage que ce soit sous peine de leur démolition, de confiscation des matériaux et d'amende. Nul ne peut en outre, sur ce domaine, procéder à des dépôts ou à des extractions, ni se livrer à des dégradations ".

8. Il est constant que les ganivelles en litige occupent sans droit ni titre le domaine public maritime. Ces faits matériellement établis constituent une contravention de grande voirie. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que les ganivelles ainsi implantées, sans autorisation, sont de nature à porter atteinte à l'intégrité du domaine public naturel maritime. Ces faits constituent une seule et même seconde infraction.

En ce qui concerne l'exception de prescription :

9. En vertu de l'article 9 du code de procédure pénale, l'action publique tendant à la répression des contraventions se prescrit par une année révolue à compter du jour où l'infraction a été commise. La prescription d'infractions continues ne court qu'à partir du jour où elles ont pris fin. En vertu de l'article 7 de ce code puis, à compter de l'entrée en vigueur de l'article 1er de la loi du 27 février 2017 portant réforme de la prescription en matière pénale, de l'article 9-2 du même code, peuvent seules être regardées comme des actes d'instruction ou de poursuite de nature à interrompre la prescription en matière de contraventions de grande voirie, outre les jugements rendus par les juridictions et les mesures d'instruction prises par ces dernières, les mesures qui ont pour objet soit de constater régulièrement l'infraction, d'en connaître ou d'en découvrir les auteurs, soit de contribuer à la saisine du tribunal administratif ou à l'exercice par le ministre de sa faculté de faire appel ou de se pourvoir en cassation. Ces actes d'instruction ou de poursuites interrompent la prescription à l'égard de tous les auteurs, y compris ceux qu'ils ne visent pas.

10. Il résulte de l'instruction que l'agent assermenté signataire du procès-verbal de grande voirie du 31 mai 2023 a constaté, à la date du 23 mars 2023, une contravention de grande voirie au motif de l'implantation de ganivelles dans le sable de la plage du Boucanet, dépendance du domaine public maritime de la commune. Toutefois aucun acte d'instruction ou de poursuite n'est intervenu pendant plus d'une année, soit entre les 9 et 10 juin 2023, dates de notification du procès-verbal aux intéressés, et le 30 juillet 2024, date à laquelle la requête a été introduite par le préfet du Gard. Il s'ensuit que l'action publique est prescrite et qu'il n'y a plus lieu d'y statuer. Ainsi, D et M. A ne sauraient être condamnés ni à l'amende demandée par le préfet du Gard, ni aux frais de procès-verbal qui ne concerne que les infractions précitées.

11. En revanche, le principe de l'imprescriptibilité du domaine public rappelé par les dispositions de l'article L. 3111-1 du code général de la propriété des personnes publiques aux termes desquelles : " Les biens des personnes publiques mentionnées à l'article L. 1, qui relèvent du domaine public, sont inaliénables et imprescriptibles" fait obstacle à ce que la prescription de l'action publique en matière de contravention de grande voirie s'applique à libération du domaine public et à l'enlèvement de constructions créées de manière illicite, qui s'opposent à l'exercice, par le public, de son droit à l'usage du domaine public.

Sur l'action domaniale :

12. Aux termes de l'article L. 2111-4 du code général de la propriété des personnes publiques : " Le domaine public maritime naturel de L'Etat comprend : 1° Le sol et le sous-sol de la mer entre la limite extérieure de la mer territoriale et, côté terre, le rivage de la mer. Le rivage de la mer est constitué par tout ce qu'elle couvre et découvre jusqu'où les plus hautes mers peuvent s'étendre en l'absence de perturbations météorologiques exceptionnelles ; 2° Le sol et le sous-sol des étangs salés en communication directe, naturelle et permanente avec la mer ; 3 ° Les lais et relais de la mer. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 2132-3 du même code : " Nul ne peut bâtir sur le domaine public maritime ou y réaliser quelque aménagement ou quelque ouvrage que ce soit sous peine de leur démolition, de confiscation des matériaux et d'amende ".

13. Il appartient au juge administratif, saisi par l'autorité gestionnaire du domaine public d'un procès-verbal accompagné ou non de conclusions de la personne publique tendant à l'évacuation de cette dépendance, d'ordonner les mesures nécessaires à la conservation et au maintien de l'intégrité de ce domaine. Les dispositions citées au point précédent tendent à assurer, au moyen de l'action domaniale qu'elles instituent, la remise du domaine public maritime naturel dans un état conforme à son affectation publique, en permettant aux autorités chargées de sa protection d'ordonner au propriétaire d'un bien irrégulièrement construit, qu'il l'ait ou non édifié lui-même, sa démolition, ou de confisquer des matériaux.

14. Il y a lieu d'enjoindre à D et à M. A de procéder, s'ils ne l'ont pas déjà fait, à l'enlèvement des ganivelles installées en contrebas des enrochements, au plus tard dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte. En outre, à l'expiration de ce délai, le préfet du Gard sera autorisé à procéder d'office à ces opérations aux frais et risques des contrevenants.

Sur les frais liés au litige :

15. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante pour l'essentiel, la somme demandée par D et M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur l'action publique.

Article 2 : Il est enjoint à D et à M. A de procéder, si ils ne l'ont pas déjà fait, à l'enlèvement des ganivelles installées en contrebas des enrochements, au plus tard dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. A défaut, le préfet du Gard est autorisé à y procéder d'office aux frais des intéressés.

Article 3: Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié au préfet du Gard pour notification à D et à M. B A dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2025.

La magistrate désignée,

C. CHAMOTLa greffière,

B. MAS-JAY

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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