jeudi 27 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2500269 |
| Type | Décision |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | BACHTLI |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 24 janvier 2025, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Marseille a décidé, en application de l'article R. 922-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de transmettre au tribunal administratif de Nîmes le dossier de la requête de M. B A.
Par cette requête, initialement enregistrée le 2 octobre 2024 au greffe du tribunal administratif de Marseille, et un mémoire du 27 février 2025, M. A, représenté par
Me Bataille, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté n° 24132030M du 30 septembre 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai à destination de son pays d'origine et lui a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans et, à titre subsidiaire, d'annuler la décision portant interdiction de retour ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros au profit de Me Bachtli en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à M. A.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :
- la compétence du signataire de l'acte n'est pas établie ;
- l'arrêté est entaché d'une insuffisance de motivation révélant un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- la décision attaquée est intervenue au terme d'une procédure irrégulière dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;
- il ne pouvait légalement faire l'objet d'une mesure d'éloignement dès lors qu'il peut prétendre à la délivrance de plein droit d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations du 1), du 4) et du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien dans la mesure où il justifie vivre en concubinage avec une ressortissante française, être le père de deux enfants français et avoir ses liens personnels et familiaux en France ;
- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée, à cet égard, d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation quant à l'existence d'une menace à l'ordre public.
S'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation, en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du même code de droit dès lors qu'il justifie de garanties de représentation.
S'agissant de l'interdiction de retour :
- cette décision est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire ;
- la décision d'interdiction de retour est entachée d'erreur d'appréciation dès lors qu'il justifie de circonstances humanitaires au sens de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et elle présente un caractère disproportionné dans sa durée eu égard à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mars 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 novembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le
26 janvier 1990 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Cambrezy.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien, déclare être entré sur le territoire français à l'âge de six ans, vivre en concubinage avec une ressortissante française et être père d'un enfant né en 2021. M. A demande l'annulation de l'arrêté du 30 septembre 2024 par lequel le préfet Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai à destination de son pays d'origine et lui a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle le 22 novembre 2024. Par suite, ses conclusions tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Il n'y a donc pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé pour le préfet des Bouches-du-Rhône par M. C, sous-préfet, qui disposait, aux termes d'un arrêté n° 13-2024-03-22-00005 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture
n° 13-2024-075 du 22 mars 2024, d'une délégation à l'effet de signer en sa qualité d'adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile, les décisions contestées. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".
5. L'arrêté attaqué vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, les articles L. 611-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables en matière d'éloignement et les dispositions du code des relations entre le public et l'administration. Elle comporte également les éléments factuels propres à la situation du requérant s'agissant tant de ses conditions d'entrée et de séjour en France, de ses antécédents judiciaires, de l'absence de justificatif de lieu de résidence et de sa situation familiale. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constitue le support, y compris s'agissant de sa situation personnelle, et répond ainsi aux exigences de motivation énoncées par les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée, laquelle ne révèle aucun défaut d'examen réel et sérieux de la situation du requérant, ne peut, dès lors, être qu'écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 1° au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans () ; () / 4° au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France () ; / 5° au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de son refus () ". L'autorité administrative ne saurait légalement prendre une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Ainsi, lorsque la loi ou une convention internationale prévoit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'éloignement. Toutefois, ces stipulations ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.
7. M. A fait valoir qu'il vit en France depuis plus de dix ans, qu'il est le père de deux enfants français à l'égard desquels il est titulaire de l'autorité parentale et qu'il a fixé le centre de ses attaches familiales et privées en France tandis qu'il ne dispose plus d'aucun membre de sa famille sur le territoire algérien. Toutefois, le requérant n'établit pas être effectivement présent en France depuis l'âge allégué de six ans en l'absence de pièces produites en ce sens. La seule production d'une attestation de sa compagne, non datée, ne suffit pas à démontrer l'existence d'une relation stable et continue avec cette dernière et leurs enfants. En outre, s'il fait état de la présence, en France, de sa mère et de ses six frères et sœurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que sa présence au côté d'un de ses proches soit indispensable ni établit être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine. De plus, l'extrait du bulletin numéro 2 produit en défense mentionne l'existence de neuf condamnations prononcées à l'encontre du requérant entre le 31 octobre 2016 et le 24 novembre 2022 tandis que la fiche pénale produite mentionne une nouvelle condamnation le 8 juin 2023 pour des faits d'infraction à la législation sur les stupéfiants et participation à association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de dix ans d'emprisonnement. Eu égard à la répétition, la fréquence et la gravité des faits pour lesquels il a fait l'objet de multiples condamnations sur plusieurs années et pour lesquels il purgeait une peine de prison à la date de la décision attaquée, le comportement de M. A doit être regardé comme représentant une menace pour l'ordre public. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir qu'il remplissait les conditions pour se voir attribuer de plein droit un titre de séjour en application des stipulations de l'articles 6 de l'accord franco-algérien.
8. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
9. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ni entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative :1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L.426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ;2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12,L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L.426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ;3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 ;4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ".
11. Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Il résulte de ce qui a été dit au point 7 que M. A, n'étant pas au nombre des étrangers pouvant obtenir de plein droit un titre de séjour en application des stipulations précitées de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, l'autorité préfectorale n'était pas tenue de soumettre son cas à la commission du titre de séjour avant de prononcer la mesure d'éloignement.
12. En sixième et dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Son article 9 précise que, sauf exceptions ici non applicables : " Les Etats parties veillent à ce que l'enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré () ". Il résulte de ces stipulations que le préfet, comme le tribunal, doit, lorsqu'il est informé de ce qu'une personne est parent d'au moins un enfant vivant en France et qu'elle est susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ou d'une interdiction du territoire français, apprécier les conséquences de ces décisions au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant, en particulier lorsque sa décision implique nécessairement la séparation d'un enfant de l'un ou de l'autre de ses parents.
13. Ainsi qu'il a été dit au point 7, M. A ne démontre pas qu'il entretient des liens avec ses enfants. Par ailleurs, compte tenu de la menace à l'ordre public qu'il représente, il n'établit pas que le préfet n'aurait pas pris en considération l'intérêt supérieur de ses enfants. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées à fin d'annulation présentées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
15. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
16. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé d'accorder à M. A un délai de départ volontaire aux motifs que l'intéressé n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qu'il ne présentait pas de garanties de représentation suffisantes ni justifié de documents d'identité ou de voyages en cours de validité, d'une résidence permanente en l'absence de justificatif de l'adresse alléguée sur sa fiche pénale. Il est constant que M. A n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Si le requérant produit un justificatif de domicile établit par sa compagne, ce document, dont l'adresse diffère de celle figurant sur la fiche pénale établit le 27 septembre 2024, a été rédigé le 3 octobre 2024, postérieurement à la décision attaquée. Au regard de ces éléments, c'est sans méconnaître les dispositions précitées et par une décision motivée que le préfet des Bouches-du-Rhône a estimé qu'il existait un risque que le requérant se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, et lui a ainsi refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire pour s'y conformer. Le moyen soulevé à cet égard doit donc être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
17. En premier lieu, eu égard à tout ce qui a été dit précédemment, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse portant interdiction de retour sur le territoire français serait illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement prise à son encontre.
18. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. /
Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
19. Il résulte de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
20. Pour prendre à l'encontre de M. A une décision d'interdiction de retour et fixer sa durée à cinq ans, le préfet des Bouches-du-Rhône a pris en compte les circonstances que l'intéressé ne justifiait pas de conditions d'entrée régulière sur le territoire et qu'il ne satisfaisait pas aux conditions requises pour prétendre à la régularisation de sa situation administrative ou qu'il entrait dans l'une des catégories de plein droit définies aux articles 6 et 7 bis de l'accord franco-algérien susvisé. De plus, le préfet a tenu compte de ce que l'intéressé a été condamné à six reprises entre le 31 octobre 2016 et le 8 juin 2023 pour des faits d'infraction à la législation sur les stupéfiants, d'extorsion par violence, de rébellion et outrage à personne dépositaire de l'autorité publique. En relevant ces éléments, le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. A. Par ailleurs, eu égard à la répétition, la fréquence et la gravité des faits pour lesquels il a fait l'objet de multiples condamnations sur plusieurs années et pour lesquels il purgeait une peine de prison à la date de la décision attaquée, le comportement M. A doit être regardé comme représentant une menace pour l'ordre public. S'il se prévaut de la présence de sa cellule familiale sur le territoire national, cette circonstance, qui n'est pas établie, ne constitue pas une circonstance humanitaire justifiant que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Dans ces conditions, c'est par une exacte application des dispositions citées au point 18 que le préfet des Bouches-du-Rhône a pu, sans méconnaître les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ni celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sans erreur d'appréciation, prononcer à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.
21. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées à fin d'annulation présentées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
22. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacles à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er :Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à être admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 :Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Bataille et au préfet des Bouches-du Rhône
Délibéré après l'audience du 12 mars 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Chamot, présidente,
M. Cambrezy, conseiller,
Mme Sarac-Deleigne, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2025.
Le rapporteur,
G. CAMBREZY
La présidente,
C. CHAMOT
La greffière,
B. MAS-JAY
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE01300
31/03/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE01592
31/03/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE01849
31/03/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE01908
31/03/2026