Le Tribunal Administratif de Nîmes, statuant en plein contentieux social, a rejeté la requête de la SCI Le Clos du Rieu. Celle-ci demandait l’annulation de la décision de la CAF du Gard refusant de rétablir le versement de l’aide au logement pour sa locataire, au motif que la dette locative était apurée. Le tribunal a considéré que la décision de suspension était fondée sur la non-décence du logement, et non sur les impayés, et que la SCI ne justifiait pas du respect des conditions de décence permettant la reprise du versement. La solution retenue s’appuie sur les articles L. 821-1, L. 842-1, L. 824-1, R. 824-4 et R. 824-7 du code de la construction et de l’habitation.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 mars 2025, la SCI Le clos du Rieu, représentée par Me Chamski, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 17 décembre 2024 par laquelle le directeur de la caisse d’allocations familiales du Gard a confirmé la décision du 11 juillet 2024 par laquelle cet organisme a indiqué ne plus être en mesure de suivre la procédure d’impayés de loyer de sa locataire qu’elle a initiée le 29 août 2018 et a refusé de rétablir le versement de l’aide au logement ;
2°) d’enjoindre à la caisse d’allocations familiales du Gard de lui verser les aides au logement pour le compte de sa locataire du 1er mars 2019 au 31 juillet 2024 ;
3°) de mettre à la charge de la caisse d’allocations familiales du Gard la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision de suspension de l’aide personnelle au logement a été prise en raison de la non-décence du logement et non, comme l’affirme la caisse d’allocations familiales du Gard, en raison des impayés de loyer de Mme B... ;
- la décision attaquée est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation pour avoir limité sa motivation à la présence de sa locataire en France, élément qui n’est pas débattu ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation pour n’avoir pas tenu compte de ce que la dette locative était apurée de sorte que la caisse d’allocations familiales du Gard pouvait reprendre le versement de l’aide personnelle au logement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2025, la caisse d’allocations familiales du Gard conclut au rejet de la requête de la SCI Le Clos du Rieu.
Elle soutient que les moyens soulevés par la SCI Le Clos du Rieu sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience :
- le rapport de M. C... ;
- et les observations de Me Chamski, avocat de la SCI Le clos du Rieu.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 11 juillet 2024, la caisse d’allocations familiales de Vaucluse a indiqué ne plus être en mesure de suivre la procédure d’impayés de loyer de la locataire de la SCI Le clos du Rieu. Par un courrier du 10 septembre 2024, la SCI Le clos du Rieu a contesté le bien-fondé de cette décision. Par une décision du 17 décembre 20204, dont la SCI Le clos du Rieu sollicite l’annulation, le directeur de la caisse d’allocations familiales du Gard a rejeté son recours et a refusé de rétablir le versement de l’aide au logement au titre de la période du 1er mars 2019 au 31 juillet 2024.
Sur l’étendue du litige :
2. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision. En l’espèce, la caisse d’allocations familiales du Gard ayant retiré sa décision du 17 décembre 2024, il y a lieu de regarder les conclusions de la requête de la SCI Le Clos du Rieu comme dirigées contre la décision du 1er avril 2025 du directeur de la caisse d’allocations familiales du Gard ayant la même portée que la décision du 17 décembre 2024.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
3. Aux termes de l’article L. 821-1 du code de la construction et de l’habitation : « (…) Les aides personnelles au logement comprennent : 1° L'aide personnalisée au logement ; 2° Les allocations de logement : a) L'allocation de logement familiale ; b) L'allocation de logement sociale. ». Aux termes de l’article L. 842-1 de ce code : « L'allocation de logement est versée, sur leur demande, au prêteur ou au bailleur. Le prêteur ou le bailleur déduit l'allocation du montant du loyer et des dépenses accessoires de logement ou de celui des charges de remboursement. Il porte cette déduction à la connaissance de l'allocataire. Il verse, le cas échéant, à l'allocataire la part de l'allocation de logement qui excède le montant du loyer et des charges récupérables (…). ».
4. Aux termes de l’article L. 824-1 du code de la construction et de l’habitation : « Si le bénéficiaire d'une aide personnelle au logement ne règle pas la part de la dépense de logement restant à sa charge, le bailleur ou le prêteur auprès duquel l'aide personnelle est versée signale la défaillance du bénéficiaire à l'organisme payeur, dans des conditions définies par voie réglementaire. » Aux termes de l’article R. 824-4 du même code : « Lorsque le bénéficiaire de l'aide personnelle au logement ne règle pas la part de dépense de logement restant à sa charge, sa situation est soumise à l'organisme payeur par le bailleur percevant l'aide personnelle au logement pour son compte, dans un délai de deux mois après la constitution de l'impayé défini à l'article R. 824-1, sauf si la somme due a été, entre-temps, réglée en totalité. Le bailleur doit justifier qu'il poursuit par tous les moyens possibles le recouvrement de sa créance. ». Aux termes de l’article R. 824-7 de ce code : « Lorsque le bénéficiaire de l'aide est en situation d'impayé de dépense de logement, l'organisme payeur informe la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives et met en œuvre les mesures prévues au présent article. / Pour se prononcer sur le maintien de l'aide, l'organisme payeur choisit, en fonction de la situation du bénéficiaire, de recourir à l'une ou à l'autre des procédures définies au 1° et au 2°. / 1° L'organisme payeur peut choisir de renvoyer le dossier au bailleur afin que ce dernier établisse, dans un délai de six mois au plus, un plan d'apurement de la dette. Sous réserve de la reprise du paiement de la dépense courante de logement, du respect du plan d'apurement et de son approbation par l'organisme payeur, ce dernier maintient le versement de l'aide personnelle au logement. / A défaut de réception du plan d'apurement dans le délai mentionné au 1° et après mise en demeure du bailleur, l'organisme payeur saisit le fonds départemental de solidarité pour le logement mentionné à l'article 6 de loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, qui dispose d'un délai de trois mois pour établir un dispositif d'apurement. L'organisme payeur tient la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives informée de l'évolution de la situation du bénéficiaire. / En cas de mauvaise exécution du plan ou du dispositif d'apurement ou de non-reprise du paiement de la dépense courante de logement, l'organisme payeur suspend le versement de l'aide personnelle au logement, sous réserve des dispositions de l'article R. 824-28. / 2° L'organisme payeur peut choisir de saisir directement le fonds départemental de solidarité pour le logement ou tout autre organisme à vocation analogue, en lui demandant de faire connaître son dispositif d'apurement dans un délai de six mois. L'organisme payeur informe la commission de coordination de la situation du bénéficiaire de l'aide. Le bailleur, informé de cette saisine par l'organisme payeur, peut faire part de ses propositions au fonds départemental ou à l'organisme à vocation analogue. / Après réception du dispositif d'apurement, l'organisme payeur poursuit le versement de l'aide personnelle au logement sous réserve, de la reprise du paiement de la dépense courante de logement. / En cas de mauvaise exécution du plan ou du dispositif d'apurement ou de non-reprise du paiement de la dépense courante de logement, l'organisme payeur suspend le versement de l'aide personnelle au logement, sous réserve des dispositions de l'article R. 824-28. »
5. Il résulte de ces dispositions qu’afin de bénéficier du droit à l’allocation de logement sociale, l’allocataire doit effectivement payer un loyer. En cas d’impayé, un plan d’apurement doit être mis en place. Si ce dernier n’est pas respecté ou si le paiement de la dépense courante de logement n’est pas réalisé, la caisse d’allocations familiales est fondée à suspendre le versement de l’aide.
6. Il résulte de l’instruction que la SCI Le clos du Rieu percevait en sa qualité de bailleur, l’allocation de logement sociale dont Mme B... était bénéficiaire pour un appartement qu’elle occupait en qualité de locataire depuis le 1er mai 2015. Il résulte également de l’instruction que le 7 août 2018, la SCI Le clos du Rieu a informé la caisse d’allocations familiales que Mme B... était en situation d’impayés de loyer depuis le mois de février 2018. Par un courrier du 7 septembre 2018, la caisse d’allocations familiales du Gard a informé la SCI Le clos du Rieu et Mme B... de ce qu’elle saisissait le dispositif d’aide aux impayés, tout en laissant au bailleur et à sa locataire la possibilité d’établir un plan d’apurement de la dette. En l’absence d’un tel plan ou de la mise en place d’un accord du fond de solidarité logement, le versement de l’allocation de logement sociale a été suspendu à compter du 1er mai 2019. Aucun règlement total de la dette ou plan d’apurement n’étant intervenu jusqu’au déménagement de Mme B... le 4 juillet 2024, le versement de l’allocation de logement sociale n’a pu reprendre. Pour soutenir que ce versement devait être rétabli pour la période du 1er mai 2019 au 31 juillet 2024, la SCL Le clos du Rieu indique que la suspension du versement de l’aide au logement est en réalité due à une procédure de non-décence du logement initiée le 27 mars 2019. Il résulte toutefois de l’instruction, et notamment des mentions non contredites du mémoire en défense de la caisse d’allocations familiales du Gard, que si cette procédure a été concomitante à celle des impayés de loyer, elle a été clôturée le 21 mai 2019. Dès lors que la suspension du versement de l’allocation de logement sociale s’est poursuivie après cette date, la procédure de non-décence du logement ne pouvait être l’origine de la décision de suspension du versement de l’aide au logement. La SCI Le clos du Rieu soutient également que la dette locative de sa locataire étant apurée en totalité, la caisse d’allocations familiales du Gard doit lui verser rétroactivement l’allocation de logement sociale pour la période du 1er mai 2019 au 31 juillet 2024. Il résulte toutefois de l’instruction, et notamment du décompte des loyers réglés par Mme B... produit par la SCI Le clos du Rieu et du jugement du 13 mai 2024 du tribunal judiciaire d’Alès, que Mme B... n’a pas remboursé la totalité de sa dette locative. Dans ces conditions, la SCI Le clos du Rieu n’est pas fondée à soutenir que la caisse d’allocations familiales du Gard aurait dû lui verser rétroactivement l’aide au logement sociale du 1er mai 2019 au 31 juillet 2024.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SCI Le clos du Rieu doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d’injonction et celles présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SCI Le clos du Rieu.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Le Clos du Rieu et à la caisse d’allocations familiales du Gard.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2025.
Le président,
C. C...
La greffière,
M. A...
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.