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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-1805115

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-1805115

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-1805115
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP ALBAREDE ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 30 octobre 2018, le 3 décembre 2018 et le 27 mai 2020, Mme C B, représentée par Me Laurent, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, d'ordonner une expertise avant dire-droit avec pour mission de connaître l'étendue de ses préjudices, ainsi que leur cause ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner le centre hospitalier de Cahors à lui verser la somme de 21 247 euros en réparation des préjudices qu'elle impute à une infection contractée dans cet établissement ;

3°) en tout état de cause, de mettre à la charge du centre hospitalier de Cahors la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'expert désigné en référé a déposé son rapport le lendemain même de la réunion d'expertise, privant ainsi les parties d'adresser leurs observations, alors même que cet expert a remis en cause la survenue d'une infection nosocomiale qui avait été relevée précédemment par un autre expert mandaté par l'assureur du centre hospitalier, ce que n'avait pas remis en cause le médecin désigné par le centre hospitalier de Cahors ;

- elle a été victime d'une infection nosocomiale lors d'une hospitalisation au centre hospitalier de Cahors ;

- le préjudice qu'elle a subi à raison du déficit fonctionnel temporaire total qu'elle a supporté pendant 59 jours doit être évalué à la somme de 1 416 euros ;

- le préjudice qu'elle a subi à raison du déficit fonctionnel temporaire partiel au taux de 25 % qu'elle a supporté pendant 139 jours doit être évalué à la somme de 834 euros ;

- le préjudice qu'elle a subi à raison du déficit fonctionnel temporaire partiel au taux de 10 % qu'elle a supporté pendant 393 jours doit être évalué à la somme de 943,20 euros ;

- le préjudice qu'elle subit à raison du déficit fonctionnel permanent au taux de 5 % qu'elle supporte doit être évalué à la somme de 6 350 euros ;

- les souffrances qu'elle a endurées, d'un niveau de 3,5/7, doivent être réparées par l'allocation de la somme de 8 000 euros ;

- son état de santé a justifié qu'une aide par une tierce personne lui soit apportée pendant 4 heures par jour durant 56 semaines, ce qui conduira à lui allouer la somme de 3 584 euro.

Par des mémoires enregistrés le 28 janvier 2019 et le 3 juin 2022, la Mutualité Sociale Agricole Midi-Pyrénées Nord demande au tribunal de réserver ses droits.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2019, le centre hospitalier de Cahors, représenté par Me Tamburini-Bonnefoy, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de la requérante la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est tardive car un refus explicite d'indemnisation a été réceptionné par la requérante le 17 septembre 2018 de sorte que la forclusion est intervenue le 18 novembre 2018 ; si la requérante a déposé une requête le 30 octobre 2018, il s'agissait d'une requête au fond sollicitant une contre-expertise et non pas d'une requête indemnitaire ;

- il n'a commis aucune faute en lien avec les préjudices dont la requérante demande indemnisation ;

- l'infection contractée par la requérante n'a pas de caractère nosocomial ;

- une nouvelle expertise est inutile ;

- subsidiairement, l'état de santé de la requérante antérieur à son hospitalisation justifie que la condamnation éventuellement prononcée contre le centre hospitalier soit réduite de 20 % ; en outre, les demandes indemnitaires de la requérante sont surestimées et devront être ramenées à de plus justes proportions ;

Par ordonnance du 20 mai 2020, la clôture d'instruction a été fixée au 10 juin 2020.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance du 12 juillet 2017 par laquelle le président du tribunal a taxé les frais de l'expertise ordonnée le 22 février 2017.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Chalbos, rapporteure publique,

- et les observations de Me Durand, représentant le centre hospitalier de Cahors.

Considérant ce qui suit :

1. Le 17 janvier 2013, Mme B, qui était alors âgée de 50 ans, a subi une intervention chirurgicale au centre hospitalier de Cahors, destinée à la mise en place d'une prothèse de hanche droite, en raison d'une ostéonécrose de la tête fémorale droite. Après avoir regagné son domicile, le 25 janvier 2013, Mme B a continué à ressentir des douleurs et une gêne fonctionnelle, en dépit de séances de rééducation fonctionnelle. Le 1er juillet 2014, une ponction articulaire pratiquée au niveau de la hanche prothétique a permis d'identifier la présence d'un germe dénommé proprio acnes, ce qui a justifié un changement de prothèse effectué le 21 août 2014 à la clinique Joseph Ducuing. Par sa requête, Mme B demande, à titre principal, que soit ordonnée une expertise avant dire-droit aux fins de déterminer l'étendue de ses préjudices ainsi que leur cause et, à titre subsidiaire, la condamnation du centre hospitalier de Cahors à lui verser la somme de 21 247 euros en réparation des préjudices qu'elle impute à une infection nosocomiale contractée lors de son hospitalisation dans cet établissement de santé.

Sur la recevabilité de la requête :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".

3. Il résulte de l'instruction que par courrier du 3 septembre 2018, reçu par Mme B le 17 septembre 2018, le centre hospitalier de Cahors a rejeté la réclamation indemnitaire préalable présentée par la requérante. La circonstance que Mme B n'a initialement présenté au tribunal administratif que des conclusions tendant au prononcé d'une mesure d'expertise avant-dire droit et qu'elle n'a complété ses écritures par une demande indemnitaire chiffrée que par mémoire complémentaire enregistré le 3 décembre 2018, n'a pas pour effet de rendre sa requête irrecevable, dès lors que la requête introductive d'instance a été enregistrée au greffe du tribunal le 30 octobre 2018, soit dans le délai de recours contentieux de deux mois suivant la date du 17 septembre 2018. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le centre hospitalier de Cahors ne peut être accueillie.

Sur la responsabilité :

4. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. () Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère () ". Ces dispositions font peser sur l'établissement de santé la responsabilité des infections nosocomiales, qu'elles soient exogènes ou endogènes, à moins que la preuve d'une cause étrangère soit rapportée. En outre, doit être regardée, au sens de ces dispositions, comme présentant un caractère nosocomial une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci.

5. Il résulte de l'instruction, notamment des éléments d'information concordants figurant dans le rapport de l'expertise ordonnée en référé le 22 février 2017 et dans le rapport de l'expertise amiable réalisée le 11 janvier 2016 et diligentée par l'assureur du centre hospitalier de Cahors, éléments qui ont tous été soumis au débat contradictoire dans le cadre de la présente instance, que le germe commensal à l'origine de l'infection contractée par Mme B, qui a conduit au changement de sa prothèse de hanche, est un germe à croissance lente dont l'introduction au niveau de la prothèse a été permise par l'intervention chirurgicale du 17 janvier 2013, en raison de la rupture de la continuité de la surface cutanée formée par la plaie opératoire qui a constitué la porte d'entrée. L'infection présente ainsi un caractère nosocomial au sens des dispositions précitées, alors même que le germe incriminé était endogène et que le diagnostic de l'infection a été effectivement posé plus de 12 mois après l'intervention. En outre, contrairement à ce que soutient le centre hospitalier de Cahors, la circonstance que l'infection a été favorisée par le tabagisme de Mme B et par la longue corticothérapie qu'elle suivait ne saurait être regardée ni comme une cause étrangère à l'origine de l'infection, ni comme une cause exonératoire partielle de responsabilité. Dans ces conditions, en application des dispositions du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, l'entière responsabilité du centre hospitalier de Cahors se trouve engagée à l'égard de Mme B.

Sur les préjudices :

6. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'infection nosocomiale dont Mme B a été victime a rendu nécessaire un changement de prothèse avec pour conséquence une hospitalisation et une période post-opératoire comprenant notamment une période de rééducation fonctionnelle que Mme B n'aurait pas connu en l'absence d'infection. En outre, il résulte de l'instruction, notamment des éléments d'information complets et circonstanciés du rapport de l'expertise diligentée par l'assureur du centre hospitalier, qui ont été soumis au débat contradictoire à tout le moins dans le cadre de la présente instance, que Mme B reste atteinte d'un déficit fonctionnel permanent directement en lien avec les conséquences de l'infection qu'elle a contractée, qui peut être évalué à 5%. Compte tenu de l'âge de la victime au moment des faits, il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence subis à raison de ces périodes d'incapacité supportées par Mme B et de son déficit fonctionnel permanent en lui allouant la somme de 7 000 euros.

7. En deuxième lieu, si le rapport d'expertise rédigé à la suite de l'ordonnance du 22 février 2017 relève que Mme B n'a eu aucun besoin d'assistance par une tierce personne au motif qu'elle était dans un centre de rééducation jusqu'au 17 octobre 2014, il résulte de l'instruction, notamment des éléments d'information complets et circonstanciés du rapport de l'expertise diligentée par l'assureur du centre hospitalier, qui ont été soumis au débat contradictoire à tout le moins dans le cadre de la présente instance, que l'état de santé de Mme B après l'opération relative au changement de sa prothèse de hanche a nécessité qu'une tierce personne lui porte assistance à raison de 4 heures par semaine, du 18 octobre 2014 au 14 janvier 2015. Il sera fait une juste appréciation du préjudice subi à ce titre par Mme B en lui allouant la somme de 700 euros.

8. En troisième lieu et enfin, il résulte de l'instruction que Mme B a supporté des souffrances physiques et morales dont l'importance peut être évaluée à un niveau compris entre 3 et 3,5 sur une échelle de 7 et dont il sera fait une juste appréciation en allouant à la requérante la somme de 4 500 euros.

9. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier de Cahors doit être condamné à verser la somme de 12 200 euros à Mme B, sans qu'il soit besoin d'ordonner une nouvelle expertise.

Sur les frais liés au litige :

10. Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 2 547,16 euros doivent être mis à la charge définitive du centre hospitalier de Cahors.

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Cahors la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, les dispositions du même article font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie condamnée aux dépens de l'instance, la somme demandée par le centre hospitalier de Cahors.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier de Cahors est condamné à verser la somme de 12 200 euros à Mme B en réparation de ses préjudices.

Article 2 : Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 2 547,16 euros sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Cahors.

Article 3 : Le centre hospitalier de Cahors versera la somme de 1 500 euros à Mme B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B, au centre hospitalier de Cahors et à la Mutualité Sociale Agricole Midi-Pyrénées Nord.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

Mme Benéteau, première conseillère,

M. Leymarie, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

L'assesseure la plus ancienne,

A. BENETEAU

Le président-rapporteur,

D. ALa greffière,

C. CASTRILLO

La République mande et ordonne au préfet du Lot, en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef ;

N°1805115

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