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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-1901354

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-1901354

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-1901354
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBABY PRADON-BABY CHATRY-LAFFORGUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 12 mars 2019, le 19 janvier 2021, le 28 avril 2021 et le 31 mai 2022, Mme B A, représentée par Me Chatry-Lafforgue, demande au tribunal :

1°) de condamner la communauté de communes Couserans Pyrénées se substituant au syndicat des eaux du Couserans à lui verser la somme de 21 112,50 euros en réparation du préjudice subi du fait du défaut d'entretien de l'ouvrage de l'avenue Renée Plaisant à Saint-Girons dans le département de l'Ariège ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes Couserans Pyrénées se substituant au syndicat des eaux du Couserans la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens en ce compris les frais de déplacement pour se rendre à la mesure d'expertise d'un montant de 51,90 euros.

Elle soutient que :

- la responsabilité du conseil départemental de la communauté de communes Couserans Pyrénées se substituant au syndicat des eaux du Couserans est engagée du fait de son défaut d'entretien de l'ouvrage de l'avenue Renée Plaisant en ce que les travaux n'étaient pas correctement signalés et qu'il n'était pas possible de traverser la voie sans enjamber les travaux ; la jurisprudence assimile au défaut d'entretien normal les défauts de signalisation ; il appartient au syndicat des eaux du Couserans de justifier de l'absence de défaut d'entretien ;

- le préjudice résultant de la chute causée par le défaut d'entretien est évalué par l'expertise judiciaire à 24 202,50 euros ;

- sa requête est recevable dès lors qu'elle a lié le contentieux à l'égard de la communauté de communes Couserans Pyrénées.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 26 mars 2021, le 23 novembre 2021 et le 16 mai 2022, la communauté de communes Couserans Pyrénées conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la caisse primaire d'assurance maladie du Tarn une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que la requête se borne à faire valoir ses préjudices sans contester, en méconnaissance de l'article R. 421-1 du code de justice administrative le refus implicite de sa demande préalable par l'administration ; elle est également irrecevable dès lors qu'elle a été dirigée contre une personne publique inexistante ;

- à titre subsidiaire, l'absence de défaut d'entretien normal est constatable dès lors que le chantier était parfaitement visible et que des agents étaient présents pour inciter les usagers à contourner le chantier par le trottoir situé du côté gauche ; de plus, la requérante a été avertie par les agents du syndicat de ne pas traverser le chantier ; en dépit de ces avertissements, elle est passée sous les bandes rouges et blanches qui interdisaient pourtant de pénétrer sur le chantier, ce qui démontre que son éventuel préjudice résulte exclusivement de son initiative fautive ; l'imprudence de la requérante est de nature à exonérer le syndicat de sa responsabilité ;

- si la communauté de communes Couserans Pyrénées venait à être considérée comme responsable des préjudices allégués, le montant du préjudice devrait être diminué dès lors que la requérante souffrait déjà des affections dont elle se prévaut et qu'elle ne produit pas les pièces permettant de contester l'expertise concernant les lipofillings.

Par des mémoires, enregistrés le 9 février 2021, le 26 mai 2021 et le 8 juin 2022, la caisse primaire d'assurance maladie du Tarn conclut à la condamnation syndicat des eaux du Couserans à lui payer la somme de 43 941,10 euros au titre des débours, de 13 867,12 euros de frais médicaux après consolidation assortie des intérêts de retard, la somme de 1 195,53 euros au titre des frais médicaux à compter du 25 mai 2021, la somme de 1 098 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion et la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que ses débours, correspondant aux prestations servies pour le compte de son assurée, s'élèvent aux sommes dont elle réclame le paiement.

Par une ordonnance du 14 décembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 décembre 2021.

Vu :

- l'ordonnance du juge des référés liquidant et taxant à la somme de 950 euros les frais de l'expertise ordonnée le 20 septembre 2019 ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Katz, rapporteur,

- et les conclusions de M. Coutier, rapporteur public,

- les observations de Me Brouquières, représentant la communauté de communes Couserans Pyrénées.

Considérant ce qui suit :

1. Le 11 mars 2015, Mme A, alors qu'elle circulait à pied sur l'avenue Renée Plaisant pour se rendre au centre-ville de Saint-Girons (Ariège), a été victime d'une chute en traversant un chantier de travaux de branchement d'eau potable situé sur la voie. Sa demande indemnitaire préalable adressée le 19 décembre 2018 au syndicat des eaux du Couserans ayant été implicitement rejetée, elle demande au tribunal de condamner la communauté de communes Couserans Pyrénées, reprenant les droits et obligation du syndicat des eaux du Couserans, sur le fondement de la responsabilité pour défaut d'entretien normal de l'ouvrage situé sur la voie publique, à l'indemniser des préjudices occasionnés par sa chute.

2. Il appartient à l'usager d'un ouvrage public qui demande réparation d'un préjudice qu'il estime imputable à cet ouvrage de rapporter la preuve de l'existence d'un lien de causalité entre le préjudice invoqué et l'ouvrage. Le maître de l'ouvrage ne peut être exonéré de l'obligation d'indemniser la victime qu'en rapportant, à son tour, la preuve soit que l'ouvrage était en état d'entretien normal, soit que le dommage est imputable à une faute de la victime ou à un cas de force majeure.

3. Il résulte de l'instruction, et il n'est d'ailleurs pas contesté par Mme A, que cette dernière a chuté sur l'emprise d'un chantier occasionné par des travaux de branchement d'eau potable réalisés par le syndicat des eaux du Couserans sur l'avenue Renée Plaisant à Saint-Girons. Il résulte également de l'instruction que la voie publique avait été interdite à la circulation publique sur la zone des travaux dont s'agit et que cette interdiction avait été matérialisée par des barrières et de la rubalise blanche et rouge. En outre, il résulte de trois attestations produites par des agents du syndicat des eaux du Couserans en charge du chantier lors de l'accident que malgré les avertissements adressés à la requérante par l'un d'eux de ne pas traverser le chantier, Mme A a pénétré sur la zone de chantier. Si la requérante conteste la présence d'une quelconque signalisation et soutient qu'elle a dû emprunter un passage sur l'emprise du chantier en raison de l'absence d'une passerelle sur une tranchée l'empêchant de se rendre sur le trottoir qui était destiné aux piétons, les deux attestations qu'elle produit sont peu circonstanciées et ne permettent pas de regarder ses allégations comme établies. Dans ces conditions, l'imprudence de la victime est constitutive d'une faute de nature à exonérer entièrement le syndicat des eaux du Couserans de sa responsabilité.

4. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par Mme A, de même que celles présentées par la caisse primaire d'assurance maladie du Tarn, en ce comprises ses conclusions relatives à l'indemnité forfaitaire de gestion, doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-revoir opposées en défense.

5. Les frais de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 950 euros, sont mis à la charge définitive de Mme A.

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté de communes Couserans Pyrénées, qui n'est pas la partie condamnée au paiement des dépens de la présente instance, les sommes demandées au titre de cet article par Mme A et la caisse primaire d'assurance maladie du Tarn. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de cette caisse une somme à verser à la communauté de communes Couserans Pyrénées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée

Article 2 : Les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie du Tarn sont rejetées.

Article 3 : Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 950 euros, sont mis à la charge définitive de Mme A.

Article 4 : Les conclusions de la communauté de communes Couserans Pyrénées présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la caisse primaire d'assurance maladie du Tarn et à la communauté de communes Couserans Pyrénées.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

Mme Benéteau, première conseillère,

M. Leymarie, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

L'assesseure la plus ancienne,

A. BENETEAU

Le président-rapporteur,

D. KATZ La greffière,

C. CASTRILLO

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ariège, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

Le greffier en chef,

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