mercredi 25 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-1903110 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | DIVONA LEX CABINET D'AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 juin 2019 et 30 décembre 2020, l'office public de l'habitat du Lot, représenté par Me Kokolewski, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'enjoindre à la communauté d'agglomération du Grand Cahors et à la commune de Cahors de réaliser les travaux décrits par l'expert dans son rapport du 24 juillet 2018, chiffrés à hauteur de 65 970 euros, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ;
2°) d'enjoindre à la communauté d'agglomération du Grand Cahors et à la commune de Cahors de prendre toutes les mesures nécessaires pour remédier aux désordres résultant du défaut de conception de la voirie de l'avenue Edouard Herriot et de son système de captation des eaux de ruissellement ;
3°) de condamner la communauté d'agglomération du Grand Cahors et la commune de Cahors à lui verser une somme globale de 33 442,96 euros au titre des préjudices qu'il estime avoir subis ;
4°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération du Grand Cahors et de la commune de Cahors les dépens ainsi qu'une somme de 18 961,52 euros au titre des frais d'expertise ;
5°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération du Grand Cahors et de la commune de Cahors le paiement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la responsabilité sans faute de la communauté d'agglomération du Grand Cahors et de la commune de Cahors doit être engagée en raison des dommages causés par un ouvrage public aux tiers ;
- le fait générateur du dommage résulte du défaut de conception du reprofilage de la voirie située avenue Edouard Herriot ainsi que du défaut de positionnement des grilles avaloirs ;
- les inondations ont entraîné des dégradations dans certains logements de l'ensemble " Les terrasses de Cabessut ", principalement au niveau des peintures et des revêtements de sol, ainsi qu'un préjudice locatif, l'un des logements n'ayant pu être loué au cours de la période allant du 1er novembre 2015 au 11 juillet 2019 ;
- les frais de remise en état des logements dégradés doivent être indemnisés à hauteur de 9 661,08 euros ;
- le préjudice locatif doit être évalué à hauteur de 23 781,88 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 décembre 2020 et 5 janvier 2021, la communauté d'agglomération du Grand Cahors et la commune de Cahors, représentées par la SCP Courrech et associés, concluent au rejet de la requête et demandent à ce qu'il soit mis à la charge de l'office public de l'habitat du Lot le paiement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles font valoir que :
- le rapport d'expertise est entaché de nullité, dès lors que l'expert n'a pas consigné certaines de leurs observations orales et que le caractère contradictoire de l'expertise a été méconnu à plusieurs reprises ;
- l'office public de l'habitat du Lot ne démontre l'existence d'aucun préjudice anormal et spécial ;
- il ne rapporte pas la preuve d'un lien de causalité entre les travaux de reprofilage de l'avenue Edouard Herriot et les dommages subis ;
- la victime a commis une faute en exposant sciemment son projet à des ruissellements d'eau en provenance des fonds supérieurs situés sur son terrain ; ils considèrent qu'une part importante du ruissellement de l'eau provient du terrain sur lequel est construit l'immeuble ;
- la configuration des lieux constitue également une cause exonératoire de responsabilité ;
- aucune inondation n'a été constatée depuis 2016, de sorte qu'aucun désordre persistant ne justifie le prononcé d'une injonction ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 6 janvier 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 8 février 2021 à midi.
Une mesure d'instruction a été effectuée le 2 novembre 2022, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, tendant à obtenir une attestation de l'assureur de l'office public de l'habitat du Lot établissant la non-prise en charge des frais de remise en état des logements inondés ou précisant le montant pris en charge par l'assurance.
En réponse à cette mesure d'instruction, l'office public de l'habitat du Lot a produit une pièce complémentaire le 10 novembre 2022 qui a été communiquée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'ordonnance n° 1901087 rendue le 28 juin 2019 par le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse ;
- le code général des impôts ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A ;
- les conclusions de M. Farges, rapporteur public ;
- et les observations de Me Niang, représentant la communauté d'agglomération du Grand Cahors et la commune de Cahors.
Considérant ce qui suit :
1. En exécution d'un marché public conclu le 5 juillet 2007, l'office public de l'habitat du Lot a procédé à la construction d'un ensemble d'immeubles dénommé " Les terrasses de Cabessut ", situé avenue Edouard Herriot à Cahors. Les travaux ont été réceptionnés le 3 mai 2010. Un marché de travaux a ensuite été conclu le 6 août 2012 entre la communauté d'agglomération du Grand Cahors et la société Eiffage, ayant pour objet le reprofilage de l'avenue Edouard Herriot. A la suite d'épisodes de fortes pluies et d'orages survenus entre les années 2013 et 2016, les jardins et les rez-de-chaussée de deux logements ainsi que le parking situé au sous-sol de l'immeuble " Les terrasses de Cabessut " ont subi des inondations. Par une ordonnance n° 1403371 rendue le 10 septembre 2014, le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse a diligenté une expertise et a désigné M. B en qualité d'expert. Le rapport d'expertise a été déposé le 24 juillet 2018. Par deux lettres du 25 février 2019, l'office public de l'habitat du Lot a demandé respectivement à la communauté d'agglomération du Grand Cahors et à la commune de Cahors de réaliser les travaux prescrits par ce rapport et de l'indemniser à hauteur de 45 262,16 euros au titre des préjudices subis. Dans la présente instance, l'office public de l'habitat du Lot demande la condamnation de ces deux collectivités à l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis et à ce qu'il leur soit enjoint de procéder aux travaux nécessaires pour mettre fin aux désordres constatés.
Sur la régularité des opérations d'expertise :
2. Aux termes de l'article R. 621-7 du code de justice administrative : " Les parties sont averties par le ou les experts des jours et heures auxquels il sera procédé à l'expertise ; cet avis leur est adressé quatre jours au moins à l'avance, par lettre recommandée. / Les observations faites par les parties, dans le cours des opérations, sont consignées dans le rapport. "
3. La communauté d'agglomération du Grand Cahors et la commune de Cahors invoquent en défense la nullité du rapport d'expertise en raison de la méconnaissance du principe du contradictoire. S'agissant de l'absence alléguée des observations orales qu'ils auraient formulées à la suite d'une réunion en date du 7 septembre 2017, il ne résulte pas de l'instruction que de telles observations auraient réellement été formulées et, en tout état de cause, le rapport d'expertise contient en annexe plusieurs documents et observations de la communauté d'agglomération du Grand Cahors, dont un courrier du 15 juin 2018 en réponse au rapport d'expertise provisoire. Ensuite, si les défendeurs affirment que l'office public de l'habitat du Lot a, dans le cadre des opérations d'expertise, transmis tardivement cinq devis afférents aux travaux de reprise des descentes pluviales du bâtiment et de l'intérieur des logements, sans qu'ils aient disposé du temps nécessaire pour y répondre, cette circonstance, à la supposer établie, ne les a pas empêchés de contester utilement lesdits devis dans le cadre de la présente instance et, s'ils s'y croyaient fondés, de produire des contre-devis. Enfin, si la communauté d'agglomération du Grand Cahors et la commune de Cahors font valoir que les opérations du géomètre n'ont pas été réalisées de manière contradictoire, il résulte de l'instruction que le plan du géomètre a été annexé au rapport d'expertise et qu'ils pouvaient présenter des observations sur ce point dans le cadre de la présente instance. A supposer même que les opérations d'expertise auraient été conduites dans des conditions irrégulières, ce qui n'est en tout état de cause pas établi, cette circonstance n'est pas de nature à faire obstacle à ce que le rapport d'expertise soit retenu à titre d'élément d'information, dès lors qu'il figure parmi les pièces du dossier et a été soumis, de ce fait, au débat contradictoire entre les parties.
Sur les conclusions indemnitaires :
Sur le régime de responsabilité applicable
4. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage présente un caractère accidentel.
5. L'office public de l'habitat du Lot soutient que les inondations subies par l'immeuble " Les terrasses de Cabessut ", à au moins sept reprises entre 2013 et 2016, sont dues à un défaut de reprofilage de l'avenue Edouard Herriot, à la suite de travaux publics entrepris au cours de l'année 2012 par la communauté d'agglomération du Grand Cahors. Dès lors qu'il s'agit de dommages accidentels, et qu'il est constant que le requérant a la qualité de tiers par rapport à l'ouvrage public constitué par l'avenue Edouard Herriot, le terrain de l'immeuble étant attenant à cette voie publique, le régime de responsabilité applicable est celui de la responsabilité sans faute fondé sur le risque.
Sur les conditions tenant à l'engagement de la responsabilité sans faute fondée sur la rupture d'égalité devant les charges publiques :
6. D'une part, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que le fait générateur du dommage réside dans les infiltrations d'eau survenues dans deux logements de l'immeuble ainsi que dans le parking situé au sous-sol de cet immeuble, à la suite d'épisodes de fortes pluies et d'orages les 18 juin, 27 juillet, 6 août et 4 octobre 2013, le 21 mai 2014, le 13 juin 2015, et au cours des mois de juillet et août 2016.
7. D'autre part, il résulte du rapport d'expertise que si un dossier d'étude réalisé pour la commune de Cahors en 2011 avait identifié un problème de débordements fréquents de la voirie publique située avenue Edouard Herriot en cas de pluies, en raison d'un problème de positionnement des grilles avaloirs, les phénomènes d'inondation d'une partie de l'immeuble " Les terrasses de Cabessut " ont débuté le 18 juin 2013, près de trois ans après la réception des travaux par l'office public de l'habitat du Lot le 3 mai 2010. Il est en outre établi par le rapport d'expertise que ces inondations proviennent de la mise en charge de la voirie et de l'inefficacité de la collecte des eaux de pluie sur la voirie, en raison d'un mauvais positionnement des grilles avaloirs. Le rapport d'expertise relève plus précisément que les inondations sont liées à un défaut de conception et de réalisation des trottoirs de l'avenue, dès lors que si leur profil avait été réalisé avec une légère pente vers les caniveaux, les eaux de ruissellement auraient été captées en amont de la résidence par les grilles avaloirs situées dans l'alignement des caniveaux. Il est par ailleurs relevé que le système de captation des eaux de ruissellement provenant des rues perpendiculaires à l'avenue était situé dans l'alignement des caniveaux de ces rues, et captait donc uniquement les eaux ruisselant dans les caniveaux, mais pas celles ruisselant sur la largeur totale de ces mêmes rues. Le sapiteur auquel l'expert a eu recours constate en outre que le profilage de l'avenue ne permet pas un ruissellement efficace des eaux de pluie vers les avaloirs situés dans les caniveaux, la largeur de cette avenue pentue laissant l'eau se déverser sur l'ensemble de la voirie, trottoirs compris, et que le pourcentage de captation des eaux de ruissellement par les grilles avaloirs est de cinquante pour cent, entraînant ainsi une accumulation d'eau très importante en cas de fortes pluies, au-delà des trottoirs et des marches. Si la communauté d'agglomération du Grand Cahors et la commune de Cahors font valoir que l'avenue Edouard Herriot a été modernisée grâce à une mise en conformité de la voirie à la réglementation relative à l'accessibilité des personnes à mobilité réduite, que ces travaux ont conduit à une augmentation du nombre d'avaloirs présents sur la section de la voie où se situe l'immeuble litigieux, et qu'avant les travaux, l'avenue comportait peu de grilles avaloirs, cette circonstance n'est pas établie, en particulier par le détail des travaux de reprofilage qu'ils produisent, qui ne constitue qu'un détail estimatif et qui n'est pas de nature à remettre en cause l'existence d'un lien de causalité entre les inondations et les travaux de reprofilage entrepris sur l'avenue Edouard Herriot, dès lors en outre qu'ils ne produisent aucun élément relatif au positionnement de ces grilles avaloirs, qui constitue l'origine directe du dommage.
8. Il résulte de ce qui a été dit aux points 6 et 7 que les conditions tenant à l'engagement de la responsabilité sans faute fondée sur la rupture d'égalité devant les charges publiques, en raison d'un dommage permanent lié à l'existence et au fonctionnement d'un ouvrage public, sont réunies.
Sur les causes exonératoires de responsabilité :
9. Dans le cas d'un dommage causé à un immeuble, la fragilité ou la vulnérabilité de celui-ci ne peuvent être prises en compte pour atténuer la responsabilité du maître de l'ouvrage, sauf lorsqu'elles sont elles-mêmes imputables à une faute de la victime. En dehors de cette hypothèse, de tels éléments ne peuvent être retenus que pour évaluer le montant du préjudice indemnisable.
10. S'il résulte de l'instruction que l'immeuble " Les terrasses de Cabessut " est situé en contrebas d'une voie très pentue, cette circonstance n'est pas de nature à atténuer la responsabilité du maître de l'ouvrage, dès lors qu'elle n'est pas imputable à une faute de la victime et qu'en tout état de cause, seuls moins de 5 % de l'immeuble sont situés à une altimétrie inférieure à celle de l'avenue Edouard Herriot. Par ailleurs, il résulte du rapport d'expertise que les documents de conception de cet immeuble n'ont mis en évidence aucune erreur de conception et de réalisation, et que le terrain sur lequel il est construit ne constitue pas un champ d'expansion de crue, en raison de son caractère fortement pentu. S'il résulte du rapport d'expertise établi par l'assureur de l'office public de l'habitat du Lot qu'une part non négligeable de l'eau des inondations provient du terrain sur lequel l'immeuble est construit, cette circonstance n'est toutefois pas de nature à établir une faute de la victime. Dans ces conditions, la communauté d'agglomération du Grand Cahors et la commune de Cahors ne sauraient utilement soutenir que la configuration des lieux ainsi qu'une faute commise par l'office public de l'habitat du Lot constituent des causes exonératoires de responsabilité.
Sur la personne publique responsable :
11. L'office public de l'habitat du Lot met en cause la responsabilité de la communauté d'agglomération du Grand Cahors en sa qualité de maître d'œuvre de la réfection de la voirie publique située avenue Edouard Herriot, et celle de cette même personne publique et de la commune de Cahors en leur qualité de responsables de la conception du réseau hydraulique d'évacuation. Ainsi que cela a été dit au point 7, le défaut de conception et de réalisation du reprofilage de l'avenue Edouard Herriot est à l'origine du dommage subi par l'office public du Lot, et plus précisément le mauvais positionnement des grilles avaloirs, imputable à la communauté d'agglomération du Grand Cahors en sa qualité de maître d'ouvrage. Il ne résulte en revanche pas de l'instruction que la responsabilité de la commune de Cahors puisse être engagée en raison d'un défaut de conception du réseau hydraulique d'évacuation, dès lors que cet éventuel défaut n'est pas à l'origine directe du dommage, et la commune de Cahors doit dès lors être mise hors de cause dans la présente instance.
Sur l'évaluation des frais de remise en état des logements 54 D et 64 D :
12. Le montant du préjudice dont le maître d'ouvrage est fondé à demander l'indemnisation aux constructeurs à raison des désordres affectant l'immeuble qu'ils ont réalisé correspond aux frais qu'il doit engager pour les travaux de réfection. Ces frais comprennent, en règle générale, la taxe sur la valeur ajoutée, élément indissociable du coût des travaux, à moins que le maître d'ouvrage ne relève d'un régime fiscal lui permettant normalement de déduire tout ou partie de cette taxe de celle qu'il a perçue à raison de ses propres opérations.
13. Il résulte du rapport d'expertise que le devis réalisé pour la réfection des sols auprès de l'entreprise Jofre a été validé à hauteur de 6 625,08 euros toutes taxes comprises, et que celui réalisé pour la peinture des murs auprès de l'entreprise Rigal a été validé à hauteur de 3 036 euros toutes taxes comprises. La communauté d'agglomération du Grand Cahors et la commune de Cahors ne sauraient utilement soutenir, à ce titre, que les devis dont fait état le requérant n'ont pu être débattus, pour les raisons qui ont été exposées au point 3. S'ils mettent en avant la circonstance que l'expert a été conduit à écarter deux devis, il n'en demeure pas moins que les devis des entreprises Jofre et Rigal, relatifs aux revêtements des sols et à la peinture, ont été validés par lui. S'ils font valoir également que le devis comporte la mise en place d'une barrière anti remontée d'humidité qui n'existait pas auparavant, ils n'apportent aucun élément de nature à étayer cette allégation et, en tout état de cause, ce dispositif est justifié par les inondations survenues dans les logements concernés. S'agissant du coût de la peinture hydrofuge, l'expert relève que cette peinture devra être remplacée par une peinture traditionnelle, moins onéreuse, et que la différence de prix permettra d'effectuer un traitement fongicide sur les peintures. Par ailleurs, la seule circonstance que les inondations aient entraîné des dégradations dans les logements 54 D et 64 D doit faire regarder le préjudice comme certain et justifie la condamnation au versement d'une indemnité mettant le propriétaire à même d'assumer les frais de travaux de réfection, sans qu'il puisse être exigé de lui qu'il fasse l'avance de ces frais. Enfin, il résulte d'une attestation établie par l'assureur de l'office public de l'habitat du Lot le 9 novembre 2022 qu'aucune prise en charge des frais de remise en état des logements inondés n'a été effectuée.
14. Il résulte de ce qui précède qu'il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à hauteur de 9 661,08 euros, correspondant aux montants des devis cités au point 13 toutes taxes comprises, dès lors que les offices publics de l'habitat sont des établissements publics à caractère industriel et commercial assujettis à la taxe sur la valeur ajoutée concernant leurs opérations de construction et de livraison d'immeuble à soi-même, en application du 7° de l'article 257 du code général des impôts, et que les dépenses qui ne se rapportent pas directement à ces opérations, tels que les travaux de grosses réparations effectués postérieurement à l'achèvement de l'immeuble qui rend exigible l'imposition de la livraison à soi-même, n'ouvrent pas droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée qui les a grevées.
Sur l'évaluation du préjudice locatif :
15. Si l'office public de l'habitat du Lot soutient qu'il a subi un préjudice locatif correspondant à la parte de 23 781,88 euros de loyer entre le 1er novembre 2015, date à laquelle le précédent locataire de l'appartement 54 D a résilié son bail, et le 11 juillet 2019, date à compter de laquelle un nouveau locataire a emménagé dans le logement, l'office requérant ne démontre pas l'impossibilité de remettre le bien immobilier sur le marché locatif durant cette période, alors même qu'il ne se prévaut pas, par ailleurs, de l'impossibilité de louer l'appartement 64 D, pourtant concerné par les mêmes désagréments. Par suite, la demande d'indemnisation de ce chef de préjudice doit être écartée.
16. Il résulte de ce qui précède que la communauté d'agglomération du Grand Cahors doit être condamnée à verser à l'office public de l'habitat du Lot la somme de 9 661,08 euros, dont il conviendra de déduire la provision déjà versée à hauteur de la même somme.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
17. La personne qui subit un préjudice direct et certain du fait du comportement fautif d'une personne publique peut former devant le juge administratif une action en responsabilité tendant à ce que cette personne publique soit condamnée à l'indemniser des conséquences dommageables de ce comportement. Elle peut également, lorsqu'elle établit la persistance du comportement fautif de la personne publique responsable et du préjudice qu'elle lui cause, assortir ses conclusions indemnitaires de conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à la personne publique en cause de mettre fin à ce comportement ou d'en pallier les effets. De telles conclusions à fin d'injonction ne peuvent être présentées qu'en complément de conclusions indemnitaires. De la même façon, le juge administratif ne peut être saisi, dans le cadre d'une action en responsabilité sans faute pour dommages de travaux publics, de conclusions tendant à ce qu'il enjoigne à la personne publique de prendre les mesures de nature à mettre fin au dommage ou à en pallier les effets, qu'en complément de conclusions indemnitaires.
18. Dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que le dommage invoqué par l'office public de l'habitat du Lot perdure à la date du jugement, la dernière inondation ayant été relevée au cours de l'été 2016, et aucun élément de nature à actualiser cet élément ne résultant de l'instruction, il n'y a pas lieu de prononcer une injonction tendant à ce que la communauté d'agglomération du Grand Cahors entreprenne les travaux prescrits par le rapport d'expertise sur l'avenue Edouard Herriot. Par suite, ces conclusions doivent être rejetées.
Sur les dépens :
19. Les frais de l'expertise, taxés et liquidés à hauteur de 18 961,52 euros, sont mis à la charge définitive de la communauté d'agglomération du Grand Cahors.
Sur les frais de l'instance :
20. Il est mis à la charge de la communauté d'agglomération du Grand Cahors, qui est la partie perdante, la somme de 1 500 euros à verser à l'office public de l'habitat du Lot sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la communauté d'agglomération du Grand Cahors et par la commune de Cahors sur le même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La communauté d'agglomération du Grand Cahors est condamnée à verser à l'office public de l'habitat du Lot la somme de 9 661,08 euros, déduction faite de la somme qui a déjà été versée dans le cadre du référé-provision.
Article 2 : La commune de Cahors est mise hors de cause dans le cadre de la présente instance.
Article 3 : Les frais d'expertise, mis à la charge de la communauté d'agglomération du Grand Cahors dans le cadre du référé-provision et taxés et liquidés à hauteur de 18 961,52 euros, sont mis définitivement à sa charge.
Article 4 : Il est mis à la charge de la communauté d'agglomération du Grand Cahors au bénéfice de l'office public de l'habitat du Lot la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à l'office public de l'habitat du Lot, à la communauté d'agglomération du Grand Cahors et à la commune de Cahors.
Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2023.
La rapporteure,
M. PETRI
Le président,
T. SORINLa greffière,
F. LE GUIELLAN
La République mande et ordonne au préfet du Lot, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026