mardi 7 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-1905447 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SERDAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 23 septembre 2019 et le 5 avril 2022, la société Eiffage Construction Midi Pyrénées, représentée par Me Serdan, demande au tribunal :
1°) à titre principal : d'annuler le titre de recettes n° 2019 00100 00939 0054788 émis par la commune de Toulouse le 19 juillet 2019 ;
2°) à titre subsidiaire : de juger que le montant de la redevance mise à sa charge ne saurait excéder la somme de 69 819,75 euros ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Toulouse une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Eiffage Construction Midi Pyrénées soutient que :
- la requête est recevable ;
- le titre exécutoire attaqué méconnait les dispositions du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales ;
- la créance n'est pas fondée, dès lors que : la suppression de l'exonération de redevance d'occupation du domaine public est dépourvue de base légale ; le conseil municipal de Toulouse ne pouvait supprimer le droit d'exonération dont elle était bénéficiaire ; elle entre dans les cas d'exonération prévus par la délibération du 10 mars 2017 ;
- à titre subsidiaire : le quantum des sommes qui lui sont réclamées est erroné, en tant qu'il ne devrait porter que sur la période allant du 1er janvier au 10 mars 2017 et que seul le tarif mensuel de 4, 55 euros par m² aurait dû être appliqué, s'agissant d'une occupation du domaine public inférieure à six mois.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 avril 2020, la commune de Toulouse conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société Eiffage Construction Midi Pyrénées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune de Toulouse soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que : il n'est pas justifié de la qualité et de l'habilitation régulière du représentant légal de la société requérante ; la requête est tardive ;
- les moyens soulevés par la société Eiffage Construction Midi Pyrénées ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme Héry, présidente-rapporteure,
-les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique,
-les observations de Me Pellegry, représentant la société Eiffage Construction Midi Pyrénées ;
- et les observations de Mme A, pour la commune de Toulouse.
Considérant ce qui suit :
1. Dans le cadre des travaux de construction de la " Toulouse school of economics " sur le site de l'Université Toulouse 1 Capitole, la société Eiffage Construction Midi Pyrénées a été autorisée par la commune de Toulouse à occuper temporairement le domaine public à partir du 20 février 2013, cette autorisation ayant été régulièrement renouvelée jusqu'au 23 décembre 2018. Alors qu'elle avait été jusqu'alors exonérée du paiement d'une redevance d'occupation du domaine public, la commune de Toulouse a informé le 20 juillet 2017 la société Eiffage Construction Midi Pyrénées qu'en application d'une délibération adoptée le 27 juin 2016, l'exonération antérieurement accordée en faveur des travaux à caractère immobilier répondant à un but d'utilité générale, réalisés par ou pour le compte des établissements publics nationaux, départementaux et communaux ou tout organisme remplissant une mission de service public, était supprimée. Par cette même lettre, la commune de Toulouse a indiqué à la société Eiffage Construction Midi Pyrénées que, du fait de l'adoption d'une nouvelle délibération le 10 mars 2017 instaurant de nouveau le principe de cette exonération, seule la période du 27 juin 2016 au 10 mars 2017 ferait l'objet d'une facturation. Par sa requête, la société Eiffage Construction Midi Pyrénées demande à titre principal l'annulation du titre de recettes émis à son encontre le 19 juillet 2019 pour un montant de 210 226,50 euros, au titre de la redevance d'occupation du domaine public pour la période du 23 décembre 2016 au 14 mars 2017. A titre subsidiaire, elle sollicite la décharge partielle de la créance mise à sa charge.
Sur la recevabilité de la requête :
2. Tout d'abord, les mandataires mentionnés à l'article R. 431-2 du code de justice administrative ont qualité, devant les tribunaux administratifs et les cours administratives d'appel, pour représenter les parties et signer en leur nom les requêtes et les mémoires sans avoir à justifier du mandat par lequel ils ont été saisis par leur client. S'il appartient au tribunal de s'assurer que le représentant d'une personne morale justifie de sa qualité pour introduire une requête, une telle vérification n'est toutefois pas normalement nécessaire lorsque la personne morale requérante est dotée, par des dispositions législatives ou réglementaires, de représentants légaux ayant de plein droit qualité pour agir en justice en son nom.
3. Il résulte des dispositions de l'article L. 227-6 du code de commerce que les sociétés par actions simplifiées sont représentées à l'égard des tiers par un président désigné dans les conditions prévues par les statuts et que ce dernier est investi des pouvoirs les plus étendus pour agir en toute circonstance au nom de la société dans la limite de son objet social, dont nécessairement celui d'agir en justice. En vertu de l'article L. 227-7 du même code, lorsqu'une personne morale est nommée président ou dirigeant d'une société par actions simplifiée, les dirigeants de ladite personne sont soumis aux mêmes conditions et obligations que s'ils étaient président ou dirigeant en leur nom propre.
4. Il ressort des pièces du dossier que la requête est signée par Me Serdan, avocat mandaté par la société Eiffage Construction Midi Pyrénées, société par actions simplifiée, et mentionne que cette dernière est représentée par sa présidente, la société Eiffage Construction. Il ressort par ailleurs des indications portées sur l'extrait du registre national du commerce et des sociétés produit par la société requérante que la société Eiffage Construction est la personne morale désignée comme présidente de la société requérante. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Toulouse et tirée de l'absence d'habilitation du représentant légal de cette société pour agir en justice doit être écartée.
5. Ensuite, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que le titre exécutoire attaqué a été émis le 19 juillet 2019. Si la commune de Toulouse soutient que la requête dirigée contre ce titre, enregistrée au greffe du tribunal le 23 septembre 2019, serait tardive, elle ne justifie toutefois pas de la date à laquelle ce titre a été notifié à la société Eiffage Construction Midi Pyrénées. Par suite, la requête ne saurait être considérée comme tardive. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Toulouse et tirée de la tardiveté de la requête doit également être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
7. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ". L'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales dispose : " () 4° Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. L'envoi sous pli simple ou par voie électronique au redevable de cette ampliation à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître à la collectivité territoriale, à l'établissement public local ou au comptable public compétent vaut notification de ladite ampliation. Lorsque le redevable n'a pas effectué le versement qui lui était demandé à la date limite de paiement, le comptable public compétent lui adresse une mise en demeure de payer avant la notification du premier acte d'exécution forcée devant donner lieu à des frais./ En application de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours./ Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation () ".
8. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doit mentionner les nom, prénoms et qualité de l'auteur de cette décision, au sens du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, de même par voie de conséquence que l'ampliation adressée au redevable, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur. Lorsque le bordereau est signé non par l'ordonnateur lui-même mais par une personne ayant reçu de lui une délégation de compétence ou de signature, ce sont, dès lors, les nom, prénom et qualité de cette personne qui doivent être mentionnés sur le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.
9. Il résulte de l'instruction que le titre de perception attaqué mentionne en caractères lisibles le nom, le prénom et la qualité de l'ordonnateur, M. Sacha Briand, vice-président, et n'est revêtu d'aucune signature. L'état récapitulatif des créances pour mises en recouvrement produit en défense est signé électroniquement par M. C E, responsable de service. A supposer que M. E dispose d'une délégation de signature régulière, il résulte de ce qui a été dit précédemment que, dès lors que ce bordereau a été signé par M. C E, le titre de perception attaqué devait mentionner le nom, le prénom et la qualité de ce dernier, et non ceux de M. B. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales doit être accueilli.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, que le titre de recettes du 19 juillet 2019 doit être annulé.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Toulouse la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Eiffage Construction Midi Pyrénées et non compris dans les dépens. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font par ailleurs obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par la commune de Toulouse soit mise à la charge de la société Eiffage Construction Midi Pyrénées, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : Le titre de recettes n° 2019 00100 000939 005478 émis le 19 juillet 2019 par la commune de Toulouse à l'encontre de la société Eiffage Construction Midi Pyrénées est annulé.
Article 2 : La commune de Toulouse versera la somme de 1 500 euros à la société Eiffage Construction Midi Pyrénées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions de la commune de Toulouse présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Eiffage Construction Midi Pyrénées et à la commune de Toulouse.
Copie en sera adressée à la recette des finances de Toulouse Municipale.
Délibéré après l'audience du 14 février 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Héry, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Biscarel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2023.
La présidente-rapporteure,
F. HÉRY
L'assesseure la plus ancienne,
N. SODDU La greffière,
M. D
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026