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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-1906214

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-1906214

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-1906214
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBLAZY SOPHIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 octobre 2019 et 21 septembre 2021, M. D A, Mme B C et l'association " Protection et information pour la qualité de vie du Muretain-Enviemur ", représentés par Me Schlegel, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 1er juillet 2019 portant autorisation d'exploiter des installations de tri, transit, regroupement et de traitement de déchets dangereux et non dangereux par la société Chimirec-Socodeli à Muret ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros à verser son conseil au titre des dispositions de L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable, dès lors qu'elle a été introduite dans le délai de quatre mois suivant la signature de l'arrêté attaqué ;

- ils ont intérêt leur donnant qualité pour agir ;

- la procédure d'enquête publique est irrégulière, dès lors que le dossier d'enquête publique est incomplet et insincère s'agissant des pollutions historiques sur le site et les alentours, et que celle-ci a été menée en violation de l'article L. 123-10 du code de l'urbanisme ;

- une nouvelle enquête publique aurait dû être organisée suite à la production d'une tierce expertise ;

- l'étude d'impact est insuffisante ;

- le projet d'installation de cette exploitation est incompatible avec le plan local d'urbanisme de la commune de Muret ;

- le projet d'installation de cette exploitation est incompatible avec le plan régional de prévention et de gestion des déchets de la région Occitanie ;

- l'arrêté attaqué méconnait l'article L. 511-1 du code de l'environnement, dès lors que cette installation présente des risques importants et émet des substances polluantes, notamment des composés organiques volatiles (COV).

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2020, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable, faute d'intérêt donnant qualité pour agir aux requérants ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense enregistrés les 23 avril 2020 et 15 novembre 2021, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, la société Chimirec-Socodeli, représentée par Me Blazy conclut dans le dernier état de ses écritures, à titre principal, au rejet de la requête pour irrecevabilité, à titre subsidiaire, à son rejet au fond, à titre infiniment subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à statuer sur la requête en application des dispositions de l'article L. 181-18 du code de l'environnement pendant le temps nécessaire à l'instruction de la demande d'autorisation modificative et à ce qu'il soit enjoint à l'Etat, en cas d'annulation totale ou partielle, de lui délivrer une autorisation provisoire d'exploiter jusqu'à ce qu'il soit statué sur la nouvelle demande d'autorisation, et en toute hypothèse à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable, faute d'intérêt donnant qualité pour agir aux requérants ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par lettre datée du 19 novembre 2019, Me Schlegel a indiqué qu'en application des dispositions de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, l'association " Protection et information pour la qualité de vie du Muretain-Enviemur " a été désignée comme étant le représentant unique des trois signataires de la requête n° 1906214.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2010/75/UE du Parlement européen et du Conseil du 24 novembre 2010 relative aux émissions industrielles (prévention et réduction intégrées de la pollution) ;

- l'ordonnance n° 2017 - 80 du 26 janvier 2017 ;

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Soddu, rapporteure ;

- les conclusions de Mme Nègre- Le Guillou, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Schlegel, représentant M. D A, Mme B C et l'association " Protection et information pour la qualité de vie du Muretain-Enviemur " et celles de Me Blazy, représentant la société Chimirec-Socodeli.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée Chimirec-Socodeli a acquis en 2016, un site industriel anciennement exploité pour le négoce de produits chimiques, situé boulevard du Grand Castaing, dans la zone d'activité économique du " Sans Souci " de la commune de Muret. Elle a déclaré en septembre 2016, une activité de collecte, tri et regroupement de déchets non dangereux. Le 10 mai 2017, la société a déposé un dossier de demande d'autorisation d'exploitation d'une plateforme de tri, transit, regroupement et traitement de déchets industriels dangereux et non dangereux au titre d'une installation classée pour la protection de l'environnement auprès de la préfecture de la Haute-Garonne, sur ce site. Le projet a donné lieu à deux enquêtes publiques, respectivement du 16 octobre 2017 au 16 novembre 2017 et du 23 avril au 28 mai 2018. La mission régionale environnementale d'Occitanie (MRAE) a rendu un avis favorable assorti de deux réserves et d'une recommandation, le 6 mars 2018. Le conseil de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques (CODERST) a rendu un avis favorable le 18 octobre 2018. Par un arrêté du 1er juillet 2019, le préfet de la Haute-Garonne a fait droit à la demande de la société Chimirec-Socodeli et l'a autorisée à exploiter des installations de tri, transit, regroupement et de traitement de déchets dangereux et non dangereux sur la commune de Muret. Par la présente requête, M. D A, Mme B C, et l'association " Protection et information pour la qualité de vie du Muretain-Enviemur ", demandent au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les caractéristiques du projet en litige :

2. Il résulte de l'instruction que le projet en litige porte sur l'installation d'une plateforme de tri, transit, regroupement et traitement de déchets dangereux et non dangereux, tels que huiles, solvants, batteries usagées, liquides de refroidissement, emballages vides souillés ou des déchets dangereux issus des déchetteries, conditionnés ou en vrac, provenant des entreprises, artisans ou déchetteries du département de la Haute-Garonne ou de départements voisins. La liste des déchets admis sur le site figure en annexe 3 de l'autorisation environnementale. Les opérations de traitement concernent la séparation de phase (décantation d'huiles usagées) et de déchiquetage d'emballages vides souillés. Le site, localisé sur la zone d'activité économique (ZAE) du Sans-Souci, boulevard du Grand Castaing sur la commune de Muret, a été dédié à un usage industriel depuis le début des années 1970, et a été exploité, jusqu'en 2016, par trois sociétés pour la fabrication et le négoce de produits chimiques. Le site s'étend sur une superficie de 12 617 m2 dont 12 310 m2 sont classés en installation classée pour la protection de l'environnement (ICPE). Elle relève d'un régime d'autorisation au titre de quatre rubriques différentes de la nomenclature pour les ICPE :

RubriquesCaractéristiques et quantité maximales autorisées2718.1

Installation de transit, regroupement ou tri de déchets dangereux, à l'exclusion des installations visées aux rubriques 2710, 2711, 2712, 2719, 2792 et 2793.

1. La quantité de déchets dangereux susceptible d'être présente dans l'installation étant supérieure ou égale à 1 t, ou la quantité de substances dangereuses ou de mélanges dangereux, mentionnées à l'article R. 511-10 du code de l'environnement, susceptible d'être présente dans l'installation étant supérieure aux seuils A des rubriques d'emploi ou de stockage de ces substances ou mélanges.Capacité maximale d'entreposage :

- 586,2 tonnes jusqu'au 30/05/2021

- 890,5 tonnes au-delà

Déchets vrac :

- 438 tonnes jusqu'au 30/05/2021

- 532 tonnes au-delà

- 52, 2 tonnes jusqu'au 30/05/2021

- 358, 5 tonnes au-delà

2790

Installation de traitement de déchets dangereux ou de déchets contenant des substances dangereuses ou préparations dangereuses mentionnées à l'article R. 511-10 du code de l'environnement, à l'exclusion des installations visées aux rubriques 2711, 2720, 2760, 2770,

2792 et 2793.Capacité maximale de traitement :

-déchiquetage d'emballage souillés : 3,5 t/j

-décantation d'huiles usées :18 t/j3510

Elimination ou valorisation des déchets dangereux, avec une capacité de plus de 10 tonnes par jour.Capacité maximale :

-mélange ou reconditionnement : 50 t/j

- déchiquetage d'emballage souillés : 3,5 t/j3550

Stockage temporaire de déchets dangereux ne relevant pas de la rubrique 3540, dans l'attente d'une des activités énumérées aux rubriques 3510, 3520, 3540 ou 3560 avec une capacité totale supérieure à 50 tonnes, à l'exclusion du stockage temporaire sur le site où les déchets sont produits, dans l'attente de la collecte.Capacité maximale d'entreposage de déchets dangereux :

- 590,2 tonnes jusqu'au 30/05/2021

- 894,5 tonnes au-delà

Déchets vrac :

- 438 tonnes jusqu'au 30/05/2021

- 532 tonnes au-delà

Déchets conditionnés :

- 152, 2 tonnes jusqu'au 30/05/2021

- 358, 5 tonnes au-delà

DEEE : 4 tonnes

3. L'autorisation environnementale vaut également déclaration au titre de certaines substances et équipements présents sur le site, au titre de deux rubriques de la nomenclature pour les ICPE :

RubriquesCaractéristiques et quantité maximales autorisées2714.Installation de transit, regroupement, tri ou préparation en vue de réutilisation de déchets non dangereux de papiers/cartons, plastiques, caoutchouc, textiles, bois à l'exclusion des activités visées aux rubriques 2710, 2711 et 2719.

Le volume susceptible d'être présent dans l'installation étant :

2. Supérieur ou égal à 100 m³ et inférieur à 1000 m³.Capacité maximale d'entreposage : 105 m³.2795.Installations de lavage de fûts, conteneurs et citernes de transport de matières alimentaires, de substances ou mélanges dangereux mentionnés à l'article R. 511-10, ou de déchets dangereux.

La quantité d'eau mise en œuvre étant :

2) Inférieure à 20 m³/j.Quantité d'eau mise en œuvre pour le lavage des fûts : 1 m³/j.

En ce qui concerne le cadre du litige :

4. Aux termes de l'article L. 181-1 du code de l'environnement : " L'autorisation environnementale, dont le régime est organisé par les dispositions du présent livre ainsi que par les autres dispositions législatives dans les conditions fixées par le présent titre, est applicable aux activités, installations, ouvrages et travaux suivants, lorsqu'ils ne présentent pas un caractère temporaire : / 2° Installations classées pour la protection de l'environnement mentionnées à l'article L. 512-1.() ". Aux termes de l'article 15 de l'ordonnance du 26 janvier 2017 relative à l'autorisation environnementale, dans sa rédaction applicable jusqu'au 12 août 2018 : " Les dispositions de la présente ordonnance entrent en vigueur le 1er mars 2017, sous réserve des dispositions suivantes : / 1° Les autorisations délivrées au titre () du chapitre II du titre Ier du livre V du code de l'environnement dans leur rédaction antérieure à la présente ordonnance, ou au titre de l'ordonnance n° 2014-355 du 20 mars 2014 (), avant le 1er mars 2017, () sont considérées comme des autorisations environnementales relevant du chapitre unique du titre VIII du livre Ier de ce code, avec les autorisations, enregistrements, déclarations, absences d'opposition, approbations et agréments énumérés par le I de l'article L. 181-2 du même code que les projets ainsi autorisés ont le cas échéant nécessité ; les dispositions de ce chapitre leur sont dès lors applicables, notamment lorsque ces autorisations sont contrôlées, modifiées, abrogées, retirées, renouvelées, transférées, contestées ou lorsque le projet autorisé est définitivement arrêté et nécessite une remise en état ; / 2° Les demandes d'autorisation au titre () du chapitre II du titre Ier du livre V du code de l'environnement, ou de l'ordonnance n° 2014-355 du 20 mars 2014 () régulièrement déposées avant le 1er mars 2017 sont instruites et délivrées selon les dispositions législatives et réglementaires dans leur rédaction antérieure à l'entrée en vigueur de la présente ordonnance ; après leur délivrance, le régime prévu par le 1° leur est applicable () ".

5. Il résulte des dispositions citées au point 4 que le législateur a entendu organiser une transition entre le régime de l'autorisation d'exploiter une installation classée pour la protection de l'environnement, le régime de l'autorisation unique prévu par l'ordonnance du 20 mars 2014 précitée et celui de l'autorisation environnementale institué par l'ordonnance du 26 janvier 2017, en prévoyant que les demandes d'autorisation au titre de la police des installations classées pour la protection de l'environnement régulièrement déposées avant le 1er mars 2017 sont instruites et délivrées selon les dispositions législatives et réglementaires antérieures à l'entrée en vigueur de cette ordonnance, et qu'après la délivrance de ces autorisations, ces dernières sont considérées comme des autorisations environnementales auxquelles les dispositions du chapitre unique du titre VIII du livre Ier du code de l'environnement sont applicables, notamment lorsque ces autorisations sont modifiées ou contestées.

6. Aux termes de l'article 15 de l'ordonnance précitée : " () 5° Lorsqu'une demande d'autorisation de projet d'activités, installations, ouvrages et travaux prévus par l'article L. 181-1 du code de l'environnement est formée entre le 1er mars et le 30 juin 2017, le pétitionnaire peut opter pour qu'elle soit déposée, instruite et délivrée : / a) Soit en application des dispositions du chapitre IV du titre Ier du livre II ou du chapitre II du titre Ier du livre V de ce code, et, le cas échéant des dispositions particulières aux autorisations, enregistrements, déclarations, absences d'opposition, approbations et agréments énumérés à l'article L. 181-2 du même code qui lui sont nécessaires, dans leur rédaction antérieure à la présente ordonnance ; le régime prévu par le 1° leur est ensuite applicable ;/ b) Soit en application des dispositions du chapitre unique du titre VIII du livre Ier de ce code issu de la présente ordonnance () ".

7. Aux termes de l'article L. 512-1 du code de l'environnement : " Sont soumises à autorisation les installations qui présentent de graves dangers ou inconvénients pour les intérêts mentionnés à l'article L. 511-1. L'autorisation, dénommée autorisation environnementale, est délivrée dans les conditions prévues au chapitre unique du titre VIII du livre Ier. ". Aux termes de l'article L. 511-1 du même code : " Sont soumis aux dispositions du présent titre les usines, ateliers, dépôts, chantiers et, d'une manière générale, les installations exploitées ou détenues par toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui peuvent présenter des dangers ou des inconvénients soit pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques, soit pour l'agriculture, soit pour la protection de la nature, de l'environnement et des paysages, () ".

8. En application du 5° de l'article 15 de l'ordonnance du 26 janvier 2017 précité, la société Chimirec-Socodeli pouvait opter, sa demande ayant été formée le 10 mai 2017, pour que celle-ci soit instruite et délivrée soit suivant la procédure d'autorisation environnementale, soit suivant les procédures d'autorisations distinctes requises par le projet conformément aux dispositions en vigueur jusqu'au 1er mars 2017.

9. Il résulte de l'instruction que la demande d'autorisation de la société Chimirec Socodeli a été déposée dans le cadre de la règlementation antérieure à l'entrée en vigueur de l'ordonnance du 26 janvier 2017 relative à l'autorisation environnementale, et a été instruite et délivrée sur le fondement des articles L. 512-1 et L. 511-1 du code de l'environnement.

En ce qui concerne l'office du juge :

10. Aux termes de l'article L. 514-6 du même code : " I. - Les décisions prises en application des articles L. 512-7-3 à L. 512-7-5, L. 512-8, L. 512-12, L. 512-13, L. 512-20, L. 513-1, L. 514-4, du I de l'article L. 515-13 et de l'article L. 516-1 sont soumises à un contentieux de pleine juridiction. () ".

11. Si, en l'espèce, ainsi qu'il a été dit au point 9, l'instruction du dossier et la délivrance de l'autorisation ont été conduits en application de la législation antérieure à l'ordonnance de 2017, il appartient au tribunal, en tant que juge du plein contentieux, d'apprécier le respect des règles de procédure régissant la demande d'autorisation au regard des circonstances de fait et de droit en vigueur à la date de délivrance de l'autorisation et celui des règles de fond régissant l'installation au regard des circonstances de fait et de droit en vigueur à la date à laquelle il se prononce, sous réserve du respect des règles d'urbanisme qui s'apprécie au regard des circonstances de fait et de droit applicables à la date de l'autorisation. Par ailleurs, lorsqu'il prononce l'annulation, totale ou partielle, d'une autorisation environnementale, le juge de pleine juridiction des autorisations environnementales a toujours la faculté, au titre de son office, d'autoriser lui-même, à titre provisoire, et le cas échéant sous réserve de prescriptions complémentaires qu'il fixe lui-même et pour un délai qu'il détermine, la poursuite de l'exploitation, des activités ou des travaux en cause dans l'attente de la délivrance d'une nouvelle autorisation par l'autorité administrative. Les dispositions de l'article L. 181-18 n'ont ni pour objet ni pour effet de lui retirer ce pouvoir. Dans tous les cas, que ce soit pour suspendre l'exécution de l'autorisation attaquée ou pour délivrer une autorisation provisoire, il appartient au juge de prendre en compte, pour déterminer l'opportunité de telles mesures, l'ensemble des éléments de l'espèce, notamment la nature et la portée de l'illégalité en cause, les considérations d'ordre économique et social ou tout autre motif d'intérêt général pouvant justifier la poursuite de l'exploitation, des activités ou des travaux et l'atteinte éventuellement causée par ceux-ci aux intérêts mentionnés aux articles L. 181-3 et L. 181-4 du code l'environnement ou à d'autres intérêts publics et privés.

En ce qui concerne la procédure d'enquête publique :

12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 181-10 du code de l'environnement : " I. - L'enquête publique est réalisée conformément aux dispositions du chapitre III du titre II du présent livre, () ". Aux termes de l'article L.123-1 du même code : " L'enquête publique a pour objet d'assurer l'information et la participation du public ainsi que la prise en compte des intérêts des tiers lors de l'élaboration des décisions susceptibles d'affecter l'environnement mentionnées à l'article L. 123-2. () ". Enfin, aux termes de l'article L. 123-10 du même code : " I. Quinze jours au moins avant l'ouverture de l'enquête et durant celle-ci, l'autorité compétente pour ouvrir et organiser l'enquête informe le public. L'information du public est assurée par voie dématérialisée et par voie d'affichage sur le ou les lieux concernés par l'enquête, ainsi que, selon l'importance et la nature du projet, plan ou programme, par voie de publication locale. / () / L'avis indique en outre l'existence d'un rapport sur les incidences environnementales, d'une étude d'impact ou, à défaut, d'un dossier comprenant les informations environnementales se rapportant à l'objet de l'enquête, et l'adresse du site internet ainsi que du ou des lieux où ces documents peuvent être consultés s'ils diffèrent de l'adresse et des lieux où le dossier peut être consulté. Il fait état, lorsqu'ils ont été émis, de l'existence de l'avis de l'autorité environnementale mentionné au V de l'article L. 122-1 () du présent code () ainsi que du lieu ou des lieux où ils peuvent être consultés et de l'adresse des sites internet où ils peuvent être consultés si elle diffère de celle mentionnée ci-dessus. () ".

13. S'il appartient à l'autorité administrative de procéder à la publicité de l'ouverture de l'enquête publique dans les conditions fixées par les dispositions citées ci-dessus, la méconnaissance de ces dispositions n'est de nature à vicier la procédure et donc à entraîner l'illégalité de la décision prise à l'issue de l'enquête publique que si elle n'a pas permis une bonne information de l'ensemble des personnes intéressées par l'opération ou si elle a été de nature à exercer une influence sur les résultats de l'enquête et, par suite, sur la décision de l'autorité administrative.

14. D'une part, les requérants soutiennent que le dossier d'enquête publique était incomplet et insincère s'agissant de la pollution historique du site et de ses alentours, notamment compte tenu de l'absence de communication du rapport intégral établi par la société TAUW en juin 2010 sur la pollution mise en évidence sur le site alors qu'il était exploité par la société Univar, et que cette omission constitue un manquement à l'obligation d'information du public, en méconnaissance de l'article L.123-1 du code de l'environnement, précité. Il résulte de l'instruction que le dossier d'enquête publique, au titre duquel figure l'étude d'impact du projet, aborde dans le chapitre B de cette étude, l'état initial de l'environnement et de la qualité des sols. A ce titre, l'étude d'impact du projet fait référence à des extraits des études réalisées antérieurement, notamment, le fait que le site a fait l'objet d'une caractérisation environnementale du sous-sol en 1997 par la société WOODWARD CLYDE Internationale (WCI), et d'une campagne d'investigation par le cabinet TAUW, en 2010, pour le compte de la société UNIVAR, dernier exploitant du site. L'étude d'impact précise à ce titre que les investigations réalisées par la société WCI, ont relevé " la présence d'une contamination des eaux souterraines par du trichlorométhane (chloroforme - TCM), du dichloroéthane (TCA), du trichloréthylène (TCE) et des composés organiques volatiles (COV) totaux, et les résultats de gaz du sol ont relevé des anomalies modérées en TCA (400 µg/m3) et COV totaux (1000 µg/m3) ". Les investigations menées par le cabinet TAUW ont relevé que des hydrocarbures aromatiques polycyclides (HAP) ont été ponctuellement détectés à des teneurs inférieures au bruit de fond considéré et n'ont donc pas été considérées comme anomaliques, que pour les composés aromatiques benzène, toluène, éthylbenzène et xylènes (BTEX) toutes les concentrations mesurées étaient inférieures à la limite de quantification du laboratoire, pour les composés organiques halogénés volatils (COHV) que la majorité des concentrations mesurées était inférieure à la limite de quantification du laboratoire, excepté pour un sondage. Par ailleurs, il ressort de l'instruction que l'autorité environnementale dans son avis du 7 mars 2018 a considéré, que l'étude d'impact apparaissait globalement proportionnée aux enjeux environnementaux et suffisamment développée pour permettre à l'ensemble des parties prenantes d'apprécier la qualité du projet au regard de l'environnement du site d'implantation du projet, que les investigations mettaient en évidence la présence d'une contamination des eaux souterraines et des sols aux COHV et au COV totaux, que la gestion de cette pollution historique de la nappe est à dissocier du projet, tout en relevant cependant que l'étude est peu détaillée sur ce sujet et que notamment le contour de la pollution et les concentrations maximales n'y sont pas présentés, et recommandant que cette étude d'impact soit complétée par une présentation plus complète de la pollution existante des eaux souterraines et que toutefois, ces informations utiles à une information complète du public, ne sont pas susceptibles de remettre en cause la compatibilité du site avec un futur usage industriel du site. Dès lors, si les requérants soutiennent que le rapport du TAUW n'était pas joint à l'étude d'impact et que cette absence a eu pour effet d'occulter des informations importantes sur la pollution préexistante du site et de vicier l'information du public, toutefois, l'absence de mise à disposition au public de l'entier rapport n'est pas de nature à vicier la procédure, dès lors que des observations sur ce point ont été répertoriées dans la cadre de l'enquête publique notamment par le commissaire enquêteur, que les requérants, qui produisent à l'instance le rapport concerné, ne précisent pas quelles données par rapport à l'extrait du rapport a eu pour impact de nuire à l'information du public, que ce projet, soumis à la directive 2010/75/UE du Parlement européen et du Conseil du 24 novembre 2010 relative aux émissions industrielles (prévention et réduction intégrées de la pollution), fera l'objet d'un suivi annuel par les services d'inspection des installations classées pour l'environnement de la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement, dont la mission est de prévenir les risques. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L.123-1 du code de l'environnement doit être écarté.

15. D'autre part, s'il appartient à l'autorité administrative de procéder à l'ouverture de l'enquête publique et à la publicité de celle-ci dans les conditions fixées par les dispositions du code de l'environnement, la méconnaissance de ces dispositions n'est toutefois de nature à vicier la procédure et donc à entraîner l'illégalité de la décision prise à l'issue de l'enquête publique que si elle n'a pas permis une bonne information de l'ensemble des personnes intéressées par l'opération ou si elle a été de nature à exercer une influence sur les résultats de l'enquête et, par suite, sur la décision de l'autorité administrative

16. Il résulte de l'instruction que si l'avis d'enquête publique, publié à l'occasion de l'enquête publique décidée par l'arrêté du 26 mars 2018, ne mentionne pas explicitement l'existence d'une évaluation environnementale, l'arrêté du 26 mars 2018 mentionne bien l'existence d'une étude d'impact. En outre et en tout état de cause, l'absence de mention de l'étude d'impact dans l'arrêté d'ouverture de l'enquête publique ou l'avis au public ne justifie pas, à elle seule, l'annulation de l'arrêté attaqué. Enfin, il résulte de l'instruction et notamment du rapport du commissaire enquêteur que le dossier d'enquête comportait bien l'étude d'impact, que le dossier a pu être consulté par le public, que cette consultation a donné lieu à 164 observations écrites et que ces observations ont porté, notamment, sur le contenu de l'étude d'impact. Dans ces conditions, et contrairement à ce que soutiennent les requérants, cette absence de précision n'a pas eu pour effet d'induire le public en erreur sur les caractéristiques du projet, son importance et ses incidences environnementales, dès lors que l'avis d'enquête publique fait mention de l'avis de l'autorité environnementale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L.123-10 du code de l'environnement doit être écarté.

17. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 123-9 du code de l'environnement : " I. - L'autorité compétente pour ouvrir et organiser l'enquête précise par arrêté les informations mentionnées à l'article L. 123-10, quinze jours au moins avant l'ouverture de l'enquête et après concertation avec le commissaire enquêteur ou le président de la commission d'enquête. Cet arrêté précise notamment : 1° Concernant l'objet de l'enquête, les caractéristiques principales du projet, plan ou programme ainsi que l'identité de la ou des personnes responsables du projet, plan ou programme ou de l'autorité auprès de laquelle des informations peuvent être demandées ; 2° En cas de pluralité de lieux d'enquête, le siège de l'enquête, où toute correspondance postale relative à l'enquête peut être adressée au commissaire enquêteur ou au président de la commission d'enquête ; 3° L'adresse du site internet comportant un registre dématérialisé sécurisé auxquelles le public peut transmettre ses observations et propositions pendant la durée de l'enquête. En l'absence de registre dématérialisé, l'arrêté indique l'adresse électronique à laquelle le public peut transmettre ses observations et propositions ; 4° Les lieux, jours et heures où le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête, représentée par un ou plusieurs de ses membres, se tiendra à la disposition du public pour recevoir ses observations ; 5° Le cas échéant, la date et le lieu des réunions d'information et d'échange envisagées ; 6° La durée, le ou les lieux, ainsi que le ou les sites internet où à l'issue de l'enquête, le public pourra consulter le rapport et les conclusions du commissaire enquêteur ou de la commission d'enquête ; 7° L'information selon laquelle, le cas échéant, le dossier d'enquête publique est transmis à un autre Etat, membre de l'Union européenne ou partie à la convention sur l'évaluation de l'impact sur l'environnement dans un contexte transfrontière, signée à Espoo le 25 février 1991, sur le territoire duquel le projet est susceptible d'avoir des incidences notables ; 8° L'arrêté d'ouverture de l'enquête précise, s'il y a lieu, les coordonnées de chaque maître d'ouvrage ou de la personne publique responsable des différents éléments du ou des projets, plans ou programmes soumis à enquête. II. - Un dossier d'enquête publique est disponible en support papier au minimum au siège de l'enquête publique. Ce dossier est également disponible depuis le site internet mentionné au II de l'article R. 123-11. ".

18. Si les requérants soutiennent que l'avis d'enquête publique et l'arrêté d'ouverture de l'enquête publique ne précisent pas les éléments mentionnés à l'article R. 123-9 du code de l'environnement, précité, ils n'assortissent pas leur moyen des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. Par cette suite, ce moyen doit être écarté.

19. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 181-13 du code de l'environnement : " Lorsque le projet présente des dangers ou inconvénients d'une importance particulière, l'autorité administrative compétente peut, tant lors de l'instruction d'une demande d'autorisation environnementale que postérieurement à sa délivrance, demander une tierce expertise afin de procéder à l'analyse d'éléments du dossier nécessitant des vérifications particulières. Cette tierce expertise est effectuée par un organisme extérieur choisi en accord avec l'administration par le pétitionnaire et aux frais de celui-ci. ". Aux termes de l'article L. 123-14 du même code : " I. - Pendant l'enquête publique, si la personne responsable du projet, plan ou programme visé au I de l'article L. 123-2 estime nécessaire d'apporter à celui-ci, à l'étude d'impact ou au rapport sur les incidences environnementales afférent, des modifications substantielles, l'autorité compétente pour ouvrir et organiser l'enquête peut, après avoir entendu le commissaire enquêteur ou le président de la commission d'enquête, suspendre l'enquête pendant une durée maximale de six mois. Cette possibilité de suspension ne peut être utilisée qu'une seule fois. / II. - Au vu des conclusions du commissaire enquêteur ou de la commission d'enquête, la personne responsable du projet, plan ou programme visé au I de l'article L. 123-2 peut, si elle estime souhaitable d'apporter à celui-ci des changements qui en modifient l'économie générale, demander à l'autorité organisatrice d'ouvrir une enquête complémentaire portant sur les avantages et inconvénients de ces modifications pour le projet et pour l'environnement. () ".

20. Il résulte de l'instruction que suite au dépôt par la société Chimirec-Socodeli le 10 mai 2017 d'un dossier de demande d'autorisation pour exploiter une installation de tri, transit, regroupement et traitement de déchets industriels dangereux et non dangereux sur la commune de Muret, une première enquête publique s'est déroulée du 16 octobre au 16 novembre 2017. Une deuxième enquête publique s'est déroulée du 23 avril au 28 mai 2018, au terme de laquelle, le commissaire enquêteur dans son rapport de conclusions daté de juin 2018 a émis deux réserves, portant pour l'une d'elle, sur la nécessité de réaliser une étude critique de l'étude de dangers. Dès lors, afin de lever tout doute possible quant à la validité de l'étude produite, le Préfet de la Haute-Garonne, par un courrier du 25 juillet 2018, à demander à la société Chimirec-Socodeli de réaliser une tierce expertise de l'étude de dangers, laquelle a été rendue le 13 septembre 2018, soit postérieurement à la clôture de l'enquête publique, le 28 mai 2018 et n'a pas été communiquée au public.

21. D'une part, les requérants soutiennent que la procédure d'enquête publique est irrégulière, dès lors que la tierce expertise n'a pas été publique et qu'une nouvelle enquête publique aurait dû être lancée. Toutefois, il ne ressort pas des dispositions de l'article L. 181-13 du code de l'environnement, précitées, que cette communication soit imposée lorsqu'elle est produite postérieurement à la clôture de l'enquête publique. De plus, les conclusions de la tierce expertise relèvent que le contenu de l'étude de dangers réalisée et l'ensemble de la démarche méthodologique mise en œuvre dans l'étude de dangers " répond aux bonnes pratiques et sont adaptées à la nature des activités qui seront exercées ", que l'incendie généralisé dans le bâtiments A n'appelle pas de commentaires, que les trois scénarios complémentaires identifiés, à savoir la pressurisation des cuves de stockage des huiles et l'incendie d'une cuve de GNR dans le bâtiment B, ainsi que l'explosion de la presse à fûts suite à l'étude de dangers, relatifs à l'hypothèse d'incendies généralisé des bâtiments A et B, sont pertinents et préconisent des mesures complémentaires, notamment par l'installation de cuves métalliques équipés d'events correctement dimensionnées au cas feu, l'utilisation d'une presse à fût présentant un degré de protection contre les explosions adapté en acier. Dans ces conditions, la tierce expertise, qui n'identifient pas des insuffisances ou erreurs dans l'étude des dangers et dans l'étude d'impact, n'est pas de nature à modifier substantiellement ou à remettre en cause l'économie générale du projet. Par suite, ce moyen doit être écarté.

22. D'autre part, les requérants soutiennent que le commissaire enquêteur aurait dû faire droit à leur demande de prolongation de l'enquête publique. Il résulte de l'instruction, que le commissaire enquêteur, dans son rapport de juin 2018, n'a pas donné suite à la demande de prolongation de l'enquête publique dès lors qu'il s'agissait de la deuxième enquête publique en l'espace de cinq mois concernant le même projet, selon le même dossier, et sa durée a été portée intentionnellement à 36 jours, que l'ouverture de la deuxième enquête publique a été annoncée le 16 février 2018 (soit deux mois avant) aux associations environnementales et aux riverains présents à la réunion d'information et d'échanges et que durant et entre les deux enquêtes, le dossier est toujours resté à disposition de quiconque, consultable en ligne sur le site de la préfecture ou en mairies (soit sept mois de rang). Dans ces conditions, et alors que les requérants ne justifient pas de l'utilité et de la nécessité de prolonger l'enquête publique, eu égard, notamment, aux débats, échanges et observations répertoriés durant les deux phases d'enquête publique, la procédure d'enquête publique n'est pas entachée d'irrégularité. Par suite, ce moyen doit être écarté.

23. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 123-15 du code de l'environnement : " () / L'autorité compétente pour prendre la décision peut organiser, en présence du maître d'ouvrage, une réunion publique afin de répondre aux éventuelles réserves, recommandations ou conclusions défavorables du commissaire enquêteur ou de la commission d'enquête. Elle est organisée dans un délai de deux mois après la clôture de l'enquête. Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête sont informés de la tenue d'une telle réunion. ".

24. Les requérants soutiennent que le commissaire enquêteur aurait dû organiser une réunion d'information et d'échanges avec le public. Il résulte de l'instruction, qu'une réunion d'information et d'échanges avait déjà été réalisée le 16 février 2018, qu'une séance d'information a été proposée aux élus et aux habitants des neufs communes situées dans un rayon de trois kilomètres du projet, que le commissaire enquêteur dans son rapport de juin 2018, n'a pas donné suite à la demande de réunion d'information et d'échanges avec le public, considérant que celle-ci ne se justifiait pas, dès lors qu'une réunion d'information et d'échanges avait déjà été réalisée, que l'analyse de la teneur des soixante-neuf observations déposées à cet instant sur le registre ou sur le site internet montrait qu'aucune thématique nouvelle n'était abordée, que les questions posées avaient leur réponse dans le dossier, hormis deux points marginaux (ancien fossé et conduite de gaz de 67 bars à environ 100 mètres), que le contexte de tension de cette enquête le faisait douter de l'utilité d'une seconde réunion et que les propos foncièrement antagonistes de certains portaient à penser qu'ils recherchaient à faire valoir un point de vue prédéterminé et figé, plutôt que de rechercher un réel dialogue. Dans ces conditions, et alors que les requérants ne justifient pas de l'utilité et de la nécessité de la tenue d'une nouvelle réunion d'information, eu égard, notamment, aux réunions, informations, échanges et observations répertoriés qui se sont tenues durant l'enquête publique, la procédure d'enquête publique n'est pas entachée d'irrégularité. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne l'étude d'impact :

25. Aux termes de l'article R. 122-5 du code de l'environnement, dans sa rédaction applicable au litige : " () II. - En application du 2° du II de l'article L. 122-3, l'étude d'impact comporte les éléments suivants, en fonction des caractéristiques spécifiques du projet et du type d'incidences sur l'environnement qu'il est susceptible de produire : () 2° Une description du projet, y compris en particulier : - une estimation des types et des quantités de résidus et d'émissions attendus, tels que la pollution de l'eau, de l'air, du sol et du sous-sol, le bruit, la vibration, la lumière, la chaleur, la radiation, et des types et des quantités de déchets produits durant les phases de construction et de fonctionnement. () / 4° Une description des facteurs mentionnés au III de l'article L. 122-1 susceptibles d'être affectés de manière notable par le projet : la population, la santé humaine, la biodiversité, les terres, le sol, l'eau, l'air, le climat, les biens matériels, le patrimoine culturel, y compris les aspects architecturaux et archéologiques, et le paysage ; / 5° Une description des incidences notables que le projet est susceptible d'avoir sur l'environnement résultant, entre autres : () b) De l'utilisation des ressources naturelles, en particulier les terres, le sol, l'eau et la biodiversité, en tenant compte, dans la mesure du possible, de la disponibilité durable de ces ressources ; c) De l'émission de polluants, du bruit, de la vibration, de la lumière, la chaleur et la radiation, de la création de nuisances et de l'élimination et la valorisation des déchets ; d) Des risques pour la santé humaine, pour le patrimoine culturel ou pour l'environnement ; e) Du cumul des incidences avec d'autres projets existants ou approuvés, en tenant compte le cas échéant des problèmes environnementaux relatifs à l'utilisation des ressources naturelles et des zones revêtant une importance particulière pour l'environnement susceptibles d'être touchées. Ces projets sont ceux qui, lors du dépôt de l'étude d'impact : - ont fait l'objet d'une étude d'incidence environnementale au titre de l'article R. 181-14 et d'une enquête publique ; - ont fait l'objet d'une évaluation environnementale au titre du présent code et pour lesquels un avis de l'autorité environnementale a été rendu public.() / 7° Une description des solutions de substitution raisonnables qui ont été examinées par le maître d'ouvrage, en fonction du projet proposé et de ses caractéristiques spécifiques, et une indication des principales raisons du choix effectué, notamment une comparaison des incidences sur l'environnement et la santé humaine () ".

26. Les inexactitudes, omissions ou insuffisances d'une étude d'impact ne sont susceptibles de vicier la procédure, et donc d'entraîner l'illégalité de la décision prise au vu de cette étude, que si elles ont pu avoir pour effet de nuire à l'information complète de la population ou si elles ont été de nature à exercer une influence sur la décision de l'autorité administrative.

27. En premier lieu, les requérants soutiennent que l'étude d'impact comporte des insuffisances dans l'analyse de l'état initial de l'environnement du site du fait de l'absence de prise en compte, de l'existence de la pollution historique des eaux souterraines, des ouvrages de captage à moins de 500 mètres du site, des impacts prévisibles d'une migration éventuelle de cette pollution historique en cas de pollution accidentelle, du cumul potentiel de la pollution accidentelle liée à l'exploitation du site avec la pollution existante. D'une part, il est constant que l'obligation de remise en état de la pollution historique du site relève de la responsabilité du dernier exploitant, dans le cadre de la cession de son activité. D'autre part, et contrairement à ce que soutiennent les requérants, l'étude d'impact du projet met en évidence la présence d'une contamination des eaux souterraines et des sols aux COHV et au COV totaux, et décrit au point IX l'état initial des eaux souterraines, notamment le contexte hydrogéologique général et local en recensant les quarante ouvrages situés dans un périmètre d' un kilomètre et de leurs usages, au titre desquels figure un seul ouvrage pour un usage agricole et domestique, en aval hydraulique du site, étant entendu qu'aucun de ces ouvrages n'est recensé pour la distribution ou la production d'eau potable. Enfin, il résulte de l'instruction, qu'aucun usage des eaux souterraines n'est, et ne sera fait, dans le cadre de l'exploitation de l'établissement, que l'autorité environnementale dans son avis du 7 mars 2018 a considéré que les mesures prévues par l'exploitant vis à vis du risque de pollution accidentelle des eaux et du sol par les eaux d'extinction et les déversements accidentels de déchets sont adaptés et proportionnés aux enjeux, que de plus, l'exploitant actuel poursuivra, au compte de l'exploitant précédent, le suivi de la qualité des eaux souterraines jusqu'à ce que les concentrations mesurées au niveau des piézomètres soient stables et à des niveaux acceptables. Par ailleurs, le fonctionnement de l'installation n'emporte aucun rejet d'affluents, que le stockage des déchets est prévu sur des zones étanches, et que le dispositif de traitement de l'ensemble des rejets en eau sur le site sera maîtrisé grâce à un réseau interne de collecte des eaux de ruissellement équipé d'un séparateur d'hydrocarbures avant rejet au réseau et d'une vanne de sectionnement manuelle en amont de la connexion au réseau communal, et que grâce à la collecte et au stockage dans des contenants adaptés et à la collecte et au stockage dans des contenants adaptés des eaux de lavage et de laboratoire, lesquelles seront ensuite traitées à l'extérieur du site. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que la société Chimirec-Socodeli s'est engagée à ce que le suivi de la qualité des eaux souterraines sur le site se poursuive jusqu'à ce que les concentrations mesurées au niveau des piézomètres soient stables et à des niveaux acceptables. Au demeurant, l'arrêté du 1er juillet 2019 prescrit à l'exposante une surveillance des eaux souterraines à partir d'un réseau de piézomètres (point 8.2.1). Il résulte des éléments qui précèdent que l'exposante a bien pris en compte, dans l'étude de l'impact de son projet, l'existence de la pollution historique des eaux souterraines et a analysé, en tenant compte de cette situation, les effets éventuels de l'installation projetée sur le milieu aquatique souterrain. Il résulte des éléments qui précèdent que l'exposante a bien pris en compte, dans l'étude de l'impact de son projet, l'existence de la pollution historiques des eaux souterraines et a analysé, en tenant compte de cette situation, les effets éventuels de l'installation projetée sur le milieu aquatique souterrain. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la procédure est à ce titre entachée d'irrégularité.

28. En deuxième lieu, les requérants soutiennent que l'étude d'impact est insuffisante, du fait de l'absence de prise en compte de la situation des lieux, et de l'ensemble des établissements recevant du public situé dans l'environnement proche du site. Toutefois, et contrairement à ce que soutiennent les requérants, il résulte de l'instruction et notamment de l'étude d'impact, que celle-ci a identifié les habitations, les établissements recevant du public (ERP), et notamment le restaurant " O Panda ", ainsi que les ERP susceptibles d'accueillir du public sensible. Par ailleurs, si les requérants soutiennent que les établissements le " laser game ", le " kid park " et le bowling, situés sur la commune de Roques, n'ont pas été pris en compte dans le cadre de l'étude d'impact, il résulte cependant de l'instruction que ces enseignes, dont l'ouverture est intervenue en mars 2017, soit postérieurement à la clôture de la première étude d'impact, sont situées dans l'établissement le DIX 31, qui figure dans l'étude d'impact. Si l'affectation de ce bâtiment n'était pas précisée dans l'étude d'impact, cette seule circonstance n'est pas de nature à remettre en cause la légalité de l'étude d'impact. Enfin il résulte de l'instruction, que la société Chimirec-Socodeli a complété son étude d'impact s'agissant, du centre d'accueil des demandeurs d'asile, créé dans les anciens locaux de l'hôtel formule 1. Par suite, ce moyen doit être écarté.

29. En troisième lieu, les requérants soutiennent que l'étude d'impact ne mentionne pas l'existence d'un secteur dédié à l'habitation, prévu par le schéma de cohérence territorial de la grande agglomération toulousaine. Toutefois, il résulte de l'instruction que cette zone n'avait pas à être prise en compte dans le cadre de ce projet, dès lors qu'elle est identifiée dans le PLU de Roques-sur-Garonne comme zone à urbaniser à plus long terme mais non urbanisable en l'état actuel des choses. Dans ces conditions, cet élément n'est pas susceptible d'avoir une incidence sur la légalité de l'étude d'impact. Par suite, ce moyen doit être écarté.

30. En quatrième et dernier lieu, les requérants soutiennent que le mémoire en réponse au procès-verbal de synthèse des observations du public, qui apporte selon eux des précisions techniques importantes aurait dû être communiqué au public. Toutefois, il ne résulte pas des dispositions législatives et réglementaires que ce document soit au nombre de ceux devant faire l'objet d'une communication, étant entendu au demeurant que les requérants n'établissent pas que cette omission aurait eu pour effet de remettre en cause l'économie générale du projet. Par suite, ce moyen doit être écarté.

31. Il résulte de ce qui précède que les requérants n'établissent pas que l'étude d'impact a été prise au terme d'une procédure irrégulière.

En ce qui concerne la conformité du projet avec le plan local d'urbanisme de la commune de Muret :

32. Aux termes de l'article L. 152-1 du code de l'urbanisme : " L'exécution par toute personne publique ou privée de tous travaux, constructions, aménagements, plantations, affouillements ou exhaussements des sols, et ouverture d'installations classées appartenant aux catégories déterminées dans le plan sont conformes au règlement et à ses documents graphiques. Ces travaux ou opérations sont, en outre, compatibles, lorsqu'elles existent, avec les orientations d'aménagement et de programmation. ". Aux termes de l'article L. 514-6 du code de l'environnement : " I. - Les décisions prises en application des articles L. 512-7-3 à L. 512-7-5, L. 512-8, L. 512-12, L. 512-13, L. 512-20, L. 513-1, L. 514-4, du I de l'article L. 515-13 et de l'article L. 516-1 sont soumises à un contentieux de pleine juridiction. Par exception, la compatibilité d'une installation classée avec les dispositions d'un schéma de cohérence territoriale, d'un plan local d'urbanisme, d'un plan d'occupation des sols ou d'une carte communale est appréciée à la date de l'autorisation, de l'enregistrement ou de la déclaration. () ".

33. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au juge du plein contentieux des installations classées de se prononcer sur la légalité de l'autorisation d'exploiter au regard des règles d'urbanisme légalement applicables à la date de sa délivrance.

34. En vertu de l'article L. 152-1 du code de l'urbanisme, le règlement et les documents graphiques du plan local d'urbanisme sont opposables à l'ouverture des installations classées appartenant aux catégories déterminées dans le plan.

35. L'article UF2 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Muret intitulé " Occupations et utilisations du sol soumises à conditions particulières " dispose au point 2 que " Les installations classées pour la protection de l'environnement ne sont autorisées qu'à la condition qu'elles soient compatibles avec le milieu environnant et nécessaires à la vie du quartier et de la cité ".

36. Les requérants soutiennent que le projet d'exploitation en litige ne pouvait légalement être autorisé en vertu de l'article UF2 du règlement du PLU de la commune de Muret, dès lors que le type de déchets stockés sur le site dans le cadre du projet de réaménagement n'était ni compatible avec le milieu environnant, ni nécessaire à la vie du quartier et de la cité.

37. D'une part, alors que la seule présence de déchets dangereux ne saurait exclure par principe toute compatibilité du site avec son milieu environnant au sens des dispositions de l'article UF2-2 précité du règlement du plan local d'urbanisme, il résulte de l'instruction que la zone d'activité " Sans Souci " est une zone à dominante d'activités artisanales et industrielles, dans laquelle sont déjà implantées des installations classées pour la protection de l'environnement et une installation Seveso de basse intensité. L'étude d'impact du dossier environnemental indique, notamment, que le site ne présente aucune contrainte s'opposant à une telle exploitation s'agissant du milieu naturel, mais également que les activités en cause ne seront ni nuisibles pour la faune et la flore répertoriées sur le site, ni aggravantes de la pollution existante. Surtout, il ressort de l'avis de l'autorité environnementale du 11 septembre 2017 portant sur la demande d'autorisation d'exploitation présentée par la SAS Chimirec-Socodeli que si des nuisances pour les riverains et des risques pour la sécurité et la santé des personnes ont été identifiés, les mesures prévues pour compenser ces nuisances ou les réduire à un niveau acceptable ont été jugées suffisantes par l'autorité administrative. Le commissaire-enquêteur a considéré également qu'il était préférable qu'un tel site se situe sur une zone d'activités dimensionnée et équipée pour accueillir les installations classées, la zone industrielle du Sans-Souci lui apparaissant adéquate pour ce type de projets. Il a donné un avis favorable au projet d'exploitation assorti de deux recommandations, étant précisé que la première invitait l'exploitant à réaliser un bilan environnemental sur sa seule activité de broyage et à y renoncer en cas de bilan défavorable. D'autre part, il résulte de l'instruction notamment des conclusions du commissaire-enquêteur de juin 2018 que le projet de plateforme de tri, transit, regroupement et traitement de déchets industriels dangereux et non dangereux de la société Chimirec Socodeli est de nature à répondre à une demande locale, dans le cadre d'une " économie circulaire ", une partie des clients de cette société étant des producteurs de déchets dangereux installés en Haute-Garonne, lesquels envoient ces déchets dangereux pour traitement dans le site de la société à Carcassonne. Ainsi, et alors même que le site se situe à proximité immédiate d'un restaurant, de deux hôtels, d'une entreprise qui accueille de nombreux salariés, et du 3ème régiment du matériel, il ne résulte pas de l'instruction que l'activité de la société Chimirec Socodeli serait incompatible avec le milieu environnant et ne serait pas nécessaire à la vie du quartier et de la cité. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction qu'ils entraîneraient des nuisances incompatibles avec le voisinage ou l'activité agricole. Par suite, l'arrêté attaqué ne méconnait pas les dispositions de l'article UF2-2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune.

En ce qui concerne l'incompatibilité du projet avec le plan régional de prévention des déchets :

38. Aux termes du I de l'article L. 541-15 du code de l'environnement : " Les décisions prises par les personnes morales de droit public et leurs concessionnaires dans le domaine de la prévention et de la gestion des déchets et, notamment, les décisions prises en application du chapitre unique du titre VIII du livre Ier, du titre Ier du présent livre et les délibérations d'approbation des plans et des programmes prévus à la présente sous-section sont compatibles : / 1° Avec les plans prévus aux articles L. 541-11, L. 541-11-1 et L. 541-13 ; () ". Aux termes de l'article L. 541-13 du même code : " I.- Chaque région est couverte par un plan régional de prévention et de gestion des déchets. II.- Pour atteindre les objectifs mentionnés à l'article L. 541-1, le plan comprend : 1° Un état des lieux de la prévention et de la gestion des déchets selon leur origine, leur nature, leur composition et les modalités de leur transport ; 2° Une prospective à termes de six ans et de douze ans de l'évolution tendancielle des quantités de déchets à traiter ; 3° Des objectifs en matière de prévention, de recyclage et de valorisation des déchets, déclinant les objectifs nationaux de manière adaptée aux particularités territoriales ainsi que les priorités à retenir pour atteindre ces objectifs ; 4° Une planification de la prévention et de la gestion des déchets à termes de six ans et de douze ans, comportant notamment la mention des installations qu'il apparaît nécessaire de créer ou d'adapter afin d'atteindre les objectifs fixés au 3° du présent II, dans le respect de la limite mentionnée au IV ; 5° Un plan régional d'action en faveur de l'économie circulaire. () ". Enfin, aux termes de l'article L. 541-1 du même code : " I. - La politique nationale de prévention et de gestion des déchets est un levier essentiel de la transition vers une économie circulaire. () ".

39. Il résulte de l'article L. 541-15 du code de l'environnement que les autorisations environnementales prises dans le domaine de la prévention et de la gestion des déchets sont soumises à une obligation de compatibilité avec le plan régional de prévention et de gestion des déchets. Pour apprécier cette compatibilité, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire pertinent pour prendre en compte les prescriptions du plan régional de prévention et de gestion des déchets, si l'autorisation environnementale délivrée ne contrarie pas les objectifs et les orientations d'aménagement et de développement fixés par le plan, compte tenu du degré de précision des orientations adoptées, sans rechercher l'adéquation de l'autorisation à chaque orientation ou objectif particulier.

40. Les requérant soutiennent que l'arrêté attaqué est incompatible avec les estimations et les objectifs du plan régional de prévention et de gestion des déchets (PRPGD) et que les installations de même nature et non saturées sont en cours d'exploitation à quelques kilomètres de Toulouse. Toutefois, l'installation en litige dont l'objet est le tri, le transit, le regroupement et le traitement de déchets dangereux et non dangereux, ne constitue pas une unité de traitement de déchets dangereux, mais intègre cette activité dans sa mission globale de tri, de transit, de regroupement et de traitement de déchets dangereux et non dangereux. D'une part, il résulte de l'instruction que l'installation du site en litige est conforme au plan régional de prévention et de gestion des déchets, dont le point 3.2 du chapitre 6 intitulé " Planification des installations de gestion des déchets dangereux ", après avoir fait un état des lieux des capacités de stockage sur le territoire régional, en dénombrant une trentaine de plateformes de tri, transit et regroupement de déchets dangereux, considère que ces installations jouent un rôle essentiel dans la gestion des déchets dangereux, notamment que par le maillage du territoire qui en résulte, elles favorisent la massification des déchets dangereux et permettent une optimisation de leur transport, de leur traitement et de leur valorisation, contribuant ainsi à une bonne gestion quotidienne des déchets dangereux en Occitanie. Dès lors, la saturation alléguée n'est pas établie. D'autre part, l'autorisation en litige ne remet pas en cause les objectifs de réduction des déchets dangereux, ni les estimations tendancielles de planification de la prévention des déchets à termes de six ans et dix ans prévues dans le plan régional de prévention et de gestion des déchets, lesquels prévoit que le gisement de déchets dangereux collecté et traité en Occitanie devrait augmenter de + 6% entre 2015 et 2025 (+10% entre 2015 et 2031). Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté attaqué méconnait le plan régional de prévention et de gestion des déchets (PRPGD) de la région Occitanie.

En ce qui concerne la méconnaissance des intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 du code de l'environnement :

41. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'environnement : " Sont soumis aux dispositions du présent titre les usines, ateliers, dépôts, chantiers et, d'une manière générale, les installations exploitées ou détenues par toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui peuvent présenter des dangers ou des inconvénients soit pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques, soit pour l'agriculture, soit pour la protection de la nature, de l'environnement et des paysages, soit pour l'utilisation économe des sols naturels, agricoles ou forestiers, soit pour l'utilisation rationnelle de l'énergie, soit pour la conservation des sites et des monuments ainsi que des éléments du patrimoine archéologique. () ".

42. Dans l'exercice de ses pouvoirs de police administrative en matière d'installations classées pour la protection de l'environnement, il appartient à l'autorité administrative d'assortir l'autorisation d'exploiter des prescriptions de nature à assurer la protection des intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 du code de l'environnement, en tenant compte des conditions d'exploitation précisées par le pétitionnaire dans son dossier de demande, celles-ci comprenant notamment les engagements qu'il prend afin d'éviter, réduire et compenser les dangers ou inconvénients de son exploitation pour ces intérêts.

S'agissant des risques causés par l'installation :

43. Les requérants soutiennent qu'eu égard aux risques engendrés par le fonctionnement des installations de tri, transit, regroupement et de traitement de déchets dangereux et non dangereux attaquées, en particulier, en cas d'accident, celles-ci porteraient une atteinte excessive aux intérêts protégés par l'article L. 511-1 du code de l'environnement, précité, et que les mesures mises en place par l'arrêté sont incertaines afin de préserver ces mêmes intérêts. Toutefois, compte tenu de la nature de l'installation en cause et de sa caractérisation en ICPE, il appartient à l'autorité administrative de s'assurer que l'ensemble des dangers du projet ont été analysés et que des mesures de suivi sont mises en place afin de surveiller le fonctionnement de l'installation en cause. Il résulte de l'instruction que les dangers et inconvénients existants ou potentiels liés à l'activité du site ont été analysés et que des mesures complémentaires et de suivi ont été imposés à l'exploitant au regard des avis unanimement favorables rendus par les différents services. Par suite, cette branche du moyen doit être écarté.

S'agissant des risques de pollution :

44. Les requérants soutiennent que les émissions de composés organiques volatiles (COV) représentent un danger, que le système de captation des COV est inadapté et insuffisant, que les dispositifs de captage ne sont pas décrits et sont incompatibles avec les meilleures techniques disponibles (MTD) 14-d du Best Available Techniques Référence Waste Treatment (BREF WT) 2018 et que les bâtiments D et E seront à l'air libre. Toutefois, et alors que les requérants ne démontrent pas que les prescriptions arrêtées par le préfet de la Haute- Garonne dans l'arrêté du 1er juillet 2019 seraient insuffisantes à prévenir les dangers et inconvénients liés au fonctionnement de l'installation, il résulte de l'instruction que le quotient de danger est inférieur à 1, y compris en additionnant les quotients de danger de chaque substance, et que les bâtiments D et E qui seront destinés respectivement au stockage des déchets inflammables et au broyage d'emballage et matériaux souillés, seront fermés sur trois côtés, étant entendu qu'il n'est techniquement pas envisageable de les fermer entièrement, ce que reconnait d'ailleurs la MTD qui indique non seulement que " l'utilisation de bâtiments fermés ou d'équipements capotés peut être limitée par des considérations de sécurité telles que le risque d'explosion ou d'appauvrissement en oxygène " mais aussi que " cette technique peut aussi être difficile à mettre en place en raison du volume des déchets ", la mise en place d'un système de captation visant précisément à compenser cette impossibilité d'utiliser des bâtiments entièrement fermés. Par suite, cette branche du moyen doit être écarté.

45. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense par le préfet de Haute-Garonne et la société Chimirec-Socodeli, que les requérants ne sont pas fondés à contester l'arrêté du 1er juillet 2019 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a autorisé l'exploitation des installations de tri, transit, regroupement et de traitement de déchets dangereux et non dangereux sur la commune de Muret.

Sur les frais liés au litige :

46. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou à défaut la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

47. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse une somme aux requérants au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants une somme au titre des frais exposés par la société Chimirec-Socodeli et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. D A, de Mme B C et de l'association " Protection et information pour la qualité de vie du Muretain-Enviemur ", est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la société Chimirec-Socodeli présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association " Protection et information pour la qualité de vie du Muretain-Enviemur ", au préfet de la Haute-Garonne et à la société Chimirec-Socodeli.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.

La rapporteure,

N. SODDU

La présidente,

B. MOLINA-ANDRÉO La greffière,

S. BALTIMORE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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