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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-1906767

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-1906767

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-1906767
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSCP CORMARY & BROCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un jugement avant-dire droit du 7 juin 2022, le tribunal administratif de Toulouse a ordonné, avant de se prononcer sur la requête de M. F C dirigée contre la décision du 14 août 2019 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande d'octroi d'une pension militaire d'invalidité au titre des infirmités " séquelles de lobectomie inférieure gauche dans le cadre d'une dilatation des bronches " et " séquelles de lésions du ménisque interne du genou droit et du ménisque interne du genou gauche traitées par méniscectomie partielle ", qu'il soit procédé à une expertise.

Par une ordonnance du 25 juillet 2022, la présidente du tribunal administratif de Toulouse a désigné le Dr E comme médecin-expert lequel a déposé, le 21 octobre 2022, un pré-rapport d'expertise et, le 6 novembre 2023, un rapport d'expertise.

Par une ordonnance du 22 avril 2024, la présidente du tribunal administratif de Toulouse a liquidé et taxé les frais d'expertise à la somme totale de 3 024 euros hors taxe.

Par des mémoires enregistrés après expertise les 31 janvier et 6 février 2024, M. F C, représenté par Me Mascaras, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 14 août 2019 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande d'octroi d'une pension militaire d'invalidité au titre des infirmités " séquelles de lobectomie inférieure gauche dans le cadre d'une dilatation des bronches " et " séquelles de lésions du ménisque interne du genou droit et du ménisque interne du genou gauche traitées par méniscectomie partielle " et d'ouvrir ses droits à pension militaire d'invalidité au titre de ces infirmités à compter du 6 mars 2017, date d'enregistrement de sa demande ;

2°) à titre subsidiaire, d'ordonner avant-dire droit une expertise médicale pour déterminer les causes et les conséquences des infections à répétition dont il souffre ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen sérieux et circonstancié de sa situation ;

- ses séquelles de lobectomie inférieure gauche sont imputables au service ; à compter de 1987, date de son entrée à l'école d'application des transmissions, il a respiré des émanations des groupes électrogènes et des moteurs des véhicules qui ont agressé sa muqueuse bronchique ;

- si l'administration a considéré qu'il ne remplissait pas les conditions de la présomption d'imputabilité prévue par l'article L. 121-2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, les affections et blessures dont il souffre couvrent toutefois l'ensemble de sa carrière militaire, y compris les périodes au cours desquelles il a participé à des opérations extérieures qui n'ont pu qu'amplifier et aggraver son état de santé, compte tenu des conditions d'exercice de ses missions ; afin que son état de santé ne l'empêche pas de repartir en mission, il a été suivi par des pneumologues civils entre 1988 et 2020 ;

- il appartenait à la ministre des armées d'examiner sa situation à l'aune de l'article 121-2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre dans sa dernière version modifiée, qui prévoit une présomption d'imputabilité s'agissant de "Toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1, L. 461-2 et L. 461-3 du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le militaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ces tableaux ".

Par des mémoires enregistrés après expertise les 1er février et 15 avril 2024, le ministre des armées conclut au rejet de la requête et demande que le tribunal homologue le rapport d'expertise du 25 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Biscarel,

- les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique,

- et les observations de Me Rey substituant Me Mascaras.

Considérant ce qui suit :

1. M. F C est entré en service dans l'armée de terre le 1er septembre 1984 et a été radié des cadres le 1er juillet 2016. Par une demande, enregistrée le 6 mars 2017, il a sollicité l'octroi d'une pension militaire d'invalidité au titre des infirmités " séquelles de lobectomie inférieure gauche dans le cadre d'une dilatation des bronches " et " séquelles de lésions du ménisque interne du genou droit et du ménisque interne du genou gauche traitées par méniscectomie partielle ", qu'il estime imputables au service et qui ont donné lieu à des interventions chirurgicales réalisées respectivement en 1990, 2001 et 2008. Par une décision du 14 août 2019, la ministre des armées a rejeté sa demande au motif, d'une part, que la preuve de l'imputabilité au service des pneumopathies n'était pas établie et que la présomption d'imputabilité ne pouvait pas s'appliquer en l'espèce, d'autre part, que le taux d'invalidité imputable à ses blessures aux genoux était inférieur au minimum indemnisable de 10 %, l'origine de ces infirmités n'ayant donc pas été recherchée. Par sa requête, M. C a demandé au tribunal, à titre principal, d'annuler la décision du 14 août 2019 et d'ouvrir en conséquence ses droits à pension militaire d'invalidité à compter de la date de sa demande, à titre subsidiaire, d'ordonner, avant dire droit, une expertise médicale.

2. Par un jugement du 7 juin 2022, le tribunal administratif de Toulouse a ordonné, avant-dire droit, une expertise médicale par un médecin-expert, lequel a établi un rapport le 21 octobre 2022, déposé au greffe du tribunal le 6 novembre 2023.

Sur les conclusions à fin d'homologation du rapport d'expertise :

3. En l'absence de tout texte le prévoyant, il n'appartient pas à la juridiction administrative d'homologuer un rapport d'expertise. Ces conclusions ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les droits à pension de M. C :

4. Aux termes de l'article L. 151-2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, qui reprend les dispositions de l'ancien article L. 6 de ce même code : " La pension militaire d'invalidité prévue par le présent code est attribuée sur demande de l'intéressé après examen, à son initiative, par une commission de réforme selon des modalités fixées par décret en Conseil d'Etat. L'entrée en jouissance est fixée à la date du dépôt de la demande () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration doit se placer à la date de la demande de pension pour évaluer les droits de l'intéressé à pension militaire d'invalidité, soit, en l'espèce, à la date du 6 mars 2017.

5. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Ouvrent droit à pension :/ 1° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'événements de guerre ou d'accidents éprouvés par le fait ou à l'occasion du service ;/ 2° Les infirmités résultant de maladies contractées par le fait ou à l'occasion du service ; () ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Lorsque la preuve que l'infirmité ou l'aggravation résulte d'une des causes mentionnées à l'article L. 121-1 ne peut être apportée, ni la preuve contraire, la présomption d'imputabilité au service bénéficie à l'intéressé à condition :/ 1° S'il s'agit de blessure, qu'elle ait été constatée :/ a) Soit avant la date du renvoi du militaire dans ses foyers ;/ b) Soit, s'il a participé à une des opérations extérieures mentionnées à l'article L. 4123-4 du code de la défense, avant la date de son retour sur son lieu d'affectation habituelle ;/ 2° S'il s'agit d'une maladie, qu'elle ait été constatée après le quatre-vingt-dixième jour de service effectif et avant le soixantième jour suivant l'une des dates mentionnées au 1° ()/ La présomption définie au présent article s'applique exclusivement, soit aux services accomplis en temps de guerre, au cours d'une expédition déclarée campagne de guerre ou en opération extérieure, soit au service accompli par les militaires pendant la durée légale du service national, les constatations étant faites dans les délais prévus aux précédents alinéas./ Dans tous les cas, la filiation médicale doit être établie entre la blessure ou la maladie ayant fait l'objet de la constatation et l'infirmité invoquée. ". Aux termes de l'article L. 121-4 de ce code : " Les pensions sont établies d'après le taux d'invalidité résultant de l'application des guides barèmes mentionnés à l'article L. 125-3./ Aucune pension n'est concédée en deçà d'un taux d'invalidité de 10 %. ". L'article L. 121-5 du même code dispose : " La pension est concédée :/ 1° Au titre des infirmités résultant de blessures, si le taux d'invalidité qu'elles entraînent atteint ou dépasse 10 % ;/ 2° Au titre d'infirmités résultant de maladies associées à des infirmités résultant de blessures, si le taux global d'invalidité atteint ou dépasse 30 % ;/ 3° Au titre d'infirmités résultant exclusivement de maladie, si le taux d'invalidité qu'elles entraînent atteint ou dépasse :/ a) 30 % en cas d'infirmité unique ; ". Pour l'application de ces dispositions, une infirmité doit être regardée comme résultant d'une blessure lorsqu'elle trouve son origine dans une lésion soudaine, consécutive à un fait précis de service. Dans le cas contraire, elle doit être regardée comme résultant d'une maladie.

6. Si M. C soutient qu'il existerait un lien direct et certain entre les infections pulmonaires à l'origine de la lobectomie inférieure gauche qu'il a subie le 14 juin 1990 et les circonstances particulières de service qu'il a connues à compter de septembre 1987, date de son entrée à l'école d'application des transmissions, en lien avec les nombreux exercices réalisés sur le terrain au cours desquels il aurait notamment respiré les émanations de groupes électrogènes et de véhicules, le tribunal, dans son jugement avant-dire droit du 7 juin 2022, a déjà jugé que " l'imputabilité au service de l'infirmité considérée a fait l'objet d'appréciations contradictoires, ayant été reconnue par le médecin expert puis par le docteur B, mais contredite par le médecin conseiller technique ".

7. L'expert mandaté par le tribunal, dans son rapport du 21 octobre 2022, relève, sans être sérieusement contredit, d'une part que M. C a connu, sur les vingt premières années de sa vie et malgré un calendrier vaccinal respecté, " dix-sept épisodes infectieux ORL et/ ou respiratoires hauts et bas. () le nombre élevé de ces infections traduit une sensibilité aux infections ce qui signifie une immuno-dépression avec des facteurs mécaniques associés, tels que la scoliose. " et, d'autre part, que la dilation des bronches (DDB) n'a pas été induite par l'exposition aux émanations des groupes électrogènes, mais que ces émanations ont servi de " révélateur de cette DDB " suite à une exposition sur un territoire bronchique se défendant mal contre les agressions extérieures. Enfin, l'expert conclut que " les expositions aux émanations des groupes électrogènes utilisés pendant son service, ont provoqué des infections respiratoires ", mais que ces dernières ont " simplement joué un rôle de révélateur, sans qu'il n'y ait de lien de causalité entre émanation et DDB ". Ainsi, en l'état de l'instruction et en l'absence de pièces médicales nouvelles de nature à remettre en cause cette expertise, les séquelles de lobectomie inférieure gauche ne peuvent être regardées comme imputables au service.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de la décision du 14 août 2019 et l'ouverture de ses droits à pension militaire d'invalidité à compter de la date de sa demande doivent être rejetées.

Sur les dépens :

8. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat () ".

9. Si, par décision du 11 septembre 2020, M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale, il y a expressément renoncé par courrier du 28 septembre 2020.

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre les frais de l'expertise ordonnée par le tribunal le 25 juillet 2022, liquidés et taxés à la somme totale de 3 024 euros hors taxe le 22 avril 2024, à la charge définitive de M. C.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. C, au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 3 024 euros hors taxe, sont mis à la charge définitive de M. C.

Article 3 : Le surplus des conclusions présentées par le ministre des armées est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F C et au ministre des armées.

Copie en sera transmise, pour information, au docteur A E.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

La rapporteure,

B. BISCAREL

La présidente,

B. MOLINA-ANDRÉO La greffière,

M. D

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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