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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-1906769

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-1906769

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-1906769
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantPETITGIRARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un jugement avant-dire droit du 11 octobre 2022, le tribunal administratif de Toulouse a ordonné avant de se prononcer sur la requête de M. C B dirigée contre la décision de la ministre des armées du 20 mai 2019 rejetant sa demande de révision de ses droits à pension pour " aggravation invalidante des membres inférieurs et du rachis, liée à l'accident du genou droit de 1979 traité orthopédiquement en 2001 ", qu'il soit notamment procédé, par un expert désigné par la présidente du tribunal, à une expertise visant à examiner M. B, à évaluer le taux d'invalidité afférent aux séquelles d'entorses récidivantes du genou droit à la date du 2 juin 2017 et à déterminer si la coxarthrose gauche est une infirmité nouvelle en relation avec l'infirmité pensionnée du genou droit et, dans l'affirmative à préciser le pourcentage de responsabilité de l'infirmité déjà pensionnée dans l'apparition de la coxarthrose gauche.

Par une ordonnance du 25 octobre 2022, la présidente du tribunal a désigné le Dr D comme médecin-expert, lequel a déposé son rapport le 15 mars 2023.

Par une ordonnance du 11 avril 2023, la présidente du tribunal a liquidé et taxé les frais d'expertise à la somme totale de 1 200 euros toutes taxes comprises.

Par un mémoire enregistré après expertise le 12 mai 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le taux de 20% retenu pour l'infirmité " séquelles d'entorses récidivantes du genou droit " n'ouvre pas de droit à la révision des droits à pension de M. B dès lors que cette infirmité est déjà pensionnée au taux de 20% ;

- s'agissant de l'infirmité nouvelle " coxarthrose gauche. Prothèse de hanche gauche ", le ministre des armées ne peut pas homologuer l'avis de l'expert judiciaire dès lors que, dans son avis du 27 avril 2023, le bureau des expertises médicales relève que jusqu'à sa radiation des contrôles, le 15 novembre 2021, M. B ne présentait pas d'inaptitude physique particulière ; physiologiquement lorsque l'atteinte du genou droit a un retentissement sur la hanche gauche, le genou gauche est obligatoirement impacté ; la sous-utilisation du genou droit n'est pas prouvée ; l'expert n'apporte aucune preuve de l'existence d'un retentissement sur la hanche gauche ; l'expert ne démontre pas que l'atteinte de la hanche gauche est liée de manière certaine, directe et déterminante à l'atteinte du genou droit ; l'infirmité de la hanche gauche est une maladie dégénérative sans lien avec l'infirmité pensionnée du genou droit.

Un mémoire enregistré après expertise le 17 juillet 2023 pour M. C B et n'a pas été communiqué.

Par une décision du 11 janvier 2023, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Biscarel,

- les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique,

- et les observations de Me Petitgirard, représentant M. B, présent à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B est entré en service dans l'armée de terre le 1er octobre 1974. Une pension temporaire d'invalidité lui a été concédée au taux de 10 % sur la période courant du 12 novembre 1990 au 11 novembre 1993, au titre de l'infirmité " séquelles d'entorses récidivantes du genou droit " imputable à une blessure reçue à l'occasion du service le 10 février 1979 lors d'une séance de sport, suivie de plusieurs récidives. Sa pension temporaire d'invalidité a été convertie en pension définitive à compter du 12 novembre 1993 avec maintien d'un taux d'invalidité de 10 %. M. B a formulé une première demande d'aggravation le 30 octobre 2000. Par un arrêté du 15 juillet 2002, une pension militaire d'invalidité lui a été concédée pour cette infirmité à titre définitif au taux aggravé de 20 %. Par une demande enregistrée le 2 juin 2017, M. B a sollicité une nouvelle révision de ses droits à pension pour " aggravation invalidante des membres inférieurs et du rachis, liée à l'accident du genou droit de 1979 traité orthopédiquement en 2001 ". Par une décision du 20 mai 2019, la ministre des armées, d'une part, a rejeté sa demande de révision de sa pension militaire d'invalidité pour aggravation de l'infirmité " séquelles d'entorses récidivantes du genou droit () ", d'autre part, a rejeté sa demande d'ouverture de droits à pension militaire d'invalidité au titre de l'infirmité " coxarthrose de la hanche gauche " en tant qu'infirmité nouvelle en relation avec l'infirmité déjà pensionnée, et enfin, a rejeté sa demande s'agissant de l'infirmité " Lombalgie basse " en raison d'un taux d'invalidité inférieur au minimum indemnisable de 10 % requis pour l'ouverture du droit à pension. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision et de réviser, en conséquence, ses droits à pension à compter de la date de sa demande. Par un jugement avant-dire droit du 11 octobre 2022, le tribunal a ordonné une expertise médicale. L'expert désigné par le tribunal a rendu son rapport le 15 mars 2023.

Sur les droits de M. B à révision de sa pension :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 151-2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " La pension militaire d'invalidité () est attribuée sur demande de l'intéressé après examen, à son initiative, par une commission de réforme (). L'entrée en jouissance est fixée à la date du dépôt de la demande. / Il en est de même de la date d'entrée en jouissance de la pension révisée pour aggravation ou pour prise en compte d'une infirmité nouvelle. () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration doit se placer à la date de la demande de l'intéressé pour évaluer ses droits à révision de sa pension militaire d'invalidité, et notamment le taux d'invalidité résultant de l'infirmité au titre de laquelle cette révision est sollicitée, soit, en l'espèce, à la date du 2 juin 2017.

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 154-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre dispose que " Le titulaire d'une pension d'invalidité concédée à titre définitif peut en demander la révision en invoquant l'aggravation d'une ou plusieurs des infirmités en raison desquelles cette pension a été accordée. Cette demande est recevable sans condition de délai. La pension () est révisée lorsque le pourcentage d'invalidité résultant de l'infirmité ou de l'ensemble des infirmités est reconnu supérieur de 10 points par rapport au pourcentage antérieur () ". Il résulte donc de ces dispositions que la pension d'invalidité concédée à titre définitif dont la révision est demandée pour aggravation n'est susceptible d'être révisée que lorsque le pourcentage d'invalidité résultant de l'infirmité ou de l'ensemble des infirmités se trouve augmenté d'au moins dix points.

En ce qui concerne l'aggravation de l'infirmité " séquelles d'entorses récidivantes du genou droit " :

4. Il résulte tout d'abord de l'instruction et notamment de l'expertise médicale administrative du 8 novembre 2001, que l'expert a constaté lors de l'examen de M. B une importante gonarthrose fémoro-tibiale et fémoro-patellaire, à savoir une gonarthrose affectant deux des trois compartiments du genou et a proposé à cet égard un taux d'invalidité de 20%. Pour attribuer à M. B une pension au taux de 20% pour aggravation il a été retenu des " séquelles d'entorses récidivantes du genou droit, ostéotomie de valgisation, cicatrices opératoires, très discrète laxité latérale. Radio : importante gonarthrose fémoro-tibiale et fémoro-patellaire, agrafes et vis en rapport avec l'ostéotomie. ". Ensuite, il résulte de l'expertise médicale du 13 mars 2023 ordonnée par le tribunal administratif que " à la date du 2 juin 2017 (date de sa demande de révision de ses droits à pension), il existait une gonarthrose tri-compartimentale très évoluée ainsi que l'indique le contrôle radiographique du 16 mai 2017 : " Arthrose tri-compartimental sévère prédominant en fémoro-tibial interne avec épanchement sous quadricipital ", à savoir une usure des cartilages affectant à cette date les trois compartiments de l'articulation du genou. En raison de cette atteinte dégénérative sévère avec retentissement fonctionnel, l'expert a alors proposé de maintenir, à la date du 2 juin 2017, le taux de 20% d'invalidité proposé par le Dr E le 8 novembre 2001 et confirmé par la suite par le Dr G le 3 avril 2002. L'expert judiciaire a également relevé que le genou droit restait " toujours douloureux, limité notamment en flexion, instable du fait des atteintes ligamentaires séquellaires. A cette limitation fonctionnelle s'associent les contraintes liées à la mise en place de la prothèse elle-même ", et a conclu que " le taux de 20% précédemment attribué doit être maintenu ".

5. Il résulte toutefois de l'instruction, que si M. B présentait en novembre 2001 une gonarthrose qualifiée d'" importante " celle-ci était qualifiée d'évoluée lors de l'examen radiographique du 16 mai 2017 révélant un " pincement quasi-complet du compartiment fémoro-tibial interne avec épanchement sous-quadricipital " et de " très évoluée " par l'expert judiciaire à la date de la demande de la révision de sa pension. Il s'en déduit que cette gonarthrose qualifiée d'importante, puis d'évoluée et de très évoluée, s'est aggravée et présentait à la date de la demande de révision de sa pension, un stade " évolué " et symptomatique. Or, l'expert, en retenant que M. B a bénéficié d'un remplacement prothétique du genou droit en septembre 2018 dont les suites ont été favorables et en proposant le maintien du taux de 20 %, ne s'est pas placé à la date de la demande de la révision de la pension, soit le 2 juin 2017. Dans ces conditions, eu égard à l'aggravation de l'infirmité du genou droit et au regard du guide barème annexé au code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre et des infirmités découlant de l'ensemble de ces troubles fonctionnels, le taux d'invalidité correspondant à cette infirmité peut être évalué à un taux de 30 %. Dès lors, M. B est fondé à soutenir qu'il remplit les conditions posées par les dispositions précitées de l'article L. 154-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre et, par suite, à demander l'annulation partielle de la décision du 20 mai 2019 et la révision de sa pension au taux de 30 % à compter du 2 juin 2017, date de sa demande de révision.

En ce qui concerne la coxarthrose gauche :

6. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise ordonnée par le tribunal, que le 2 juin 2017, date de sa demande, M. B présentait une coxarthrose gauche. D'une part, l'expert relève que " l'imputabilité du développement de cette atteinte dégénérative de la hanche gauche avec l'atteinte du genou droit est confirmée " et il retient le " caractère unilatéral de la coxarthrose gauche et une imputabilité partielle de l'atteinte dégénérative de la hanche gauche avec l'atteinte du genou droit de l'ordre de 50% ". Alors que les parties ne contestent pas le taux global d'infirmité rapporté à la hanche gauche de 15% retenue par la décision en litige, l'expert considère que le taux imputable à la gonarthrose droite est de 10% et que le taux imputable à l'atteinte dégénérative liée à l'âge est de 5%. La double circonstance que M. B n'a pas présenté d'inaptitude physique particulière avant sa radiation des contrôles et l'absence d'atteinte du genou gauche n'est pas de nature à remettre en cause l'appréciation de l'expert. Dans ces conditions, l'infirmité de coxarthrose dont le taux global est fixé à 15% est imputable au service à hauteur de 10% dès lors qu'elle présente un lien certain, direct et déterminant avec l'infirmité pensionnée du genou droit. Par suite, M. B est également fondé à demander à ce titre l'annulation partielle de la décision du 20 mai 2019 et le bénéfice de la révision de sa pension militaire d'invalidité

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner un complément d'expertise, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 20 mai 2019 en tant qu'elle rejette la demande de révision du taux d'invalidité de l'infirmité " séquelles d'entorses récidivantes du genou droit " et la demande d'ouverture de ses droits à pension au titre de l'infirmité " coxarthrose de la hanche gauche " en tant qu'infirmité nouvelle en relation avec l'infirmité pensionnée. Il y a lieu en conséquence de juger que les droits à pension de M. B doivent être fixés à 30% pour l'infirmité " séquelles récidivantes d'entorses du genou droit " et au taux global de 15% dont 10% imputable au service et 5% résultant d'une atteinte dégénérative liée à l'âge au titre de l'infirmité " coxarthrose de la hanche gauche " en tant qu'infirmité nouvelle en lien certain, direct et déterminant avec l'infirmité pensionnée à compter du 2 juin 2017.

Sur les frais liés au litige :

8. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat () ".

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre les frais de l'expertise ordonnée par le tribunal le 11 octobre 2022, liquidés et taxés à la somme totale de 1 200 euros TTC le 11 avril 2023, à la charge définitive de l'Etat.

10. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Petitgirard, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Petitgirard de la somme de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 20 mai 2019 de la ministre des armées rejetant la demande de révision des droits à pension de M. B est annulée en tant qu'elle rejette la demande de révision du taux d'invalidité de l'infirmité " séquelles d'entorses récidivantes du genou droit " et la demande d'ouverture de ses droits à pension au titre de l'infirmité " coxarthrose de la hanche gauche " en tant qu'infirmité nouvelle en relation avec l'infirmité pensionnée.

Article 2 : Les droits à pension militaire d'invalidité de M. B au titre de l'infirmité " séquelles d'entorses récidivantes du genou droit " sont ouverts au taux d'invalidité de 30% à compter du 2 juin 2017.

Article 3 : Les droits à pension militaire d'invalidité de M. B au titre de l'infirmité " coxarthrose de la hanche gauche sont ouverts au taux de 15 % à la date du 2 juin 2017, dont 10 % imputable au service et 5 % résultant d'une atteinte dégénérative liée à l'âge.

Article 4 : Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 1 200 euros TTC, sont mis à la charge définitive de l'Etat.

Article 5 : L'Etat versera à Me Petitgirard la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme allouée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Petitigirard et au ministre des armées.

Copie en sera adressée au Dr A D.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023

La rapporteure,

B. BISCAREL

La présidente,

B. MOLINA-ANDRÉO La greffière,

M. F

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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