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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-1906781

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-1906781

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-1906781
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP GOGUYER-LALANDE DEGIOANNI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire, respectivement enregistrés les 28 novembre 2019 et 14 avril 2021, sous le n° 1906781, la société Conception Création Bois (CCB), représentée par la société d'avocats Goguyer Lalande et Degioanni, demande au tribunal :

1°) de condamner la société Cogemip à lui verser la somme de 51 121,11 euros HT au titre du règlement de son marché portant sur la restructuration du lycée Saint-Sernin de Toulouse, assortie des intérêts moratoires et de la capitalisation des intérêts ;

2°) de mettre à la charge de la société Cogemip la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est recevable dès lors qu'il n'est pas justifié de la notification effective du décompte général du marché de la société CCB ; l'accusé de réception produit au débat est illisible ;

- les travaux réalisés par la société CCB et portant sur la fourniture et la pose de protection murale sont parfaitement conformes aux stipulations du cahier des clauses techniques particulières, de sorte que la retenue d'un montant de 50 121,11 euros HT pratiquée à ce titre sur son décompte de résiliation n'est pas justifiée ; les stratifiés compacts qui ont été mis en œuvre en pied de paroi, étaient uniquement destinés à assurer une protection murale, pour préserver notamment lesdites parois de traces de pas ; cette prestation est identifiée comme un élément de finition ; les panneaux posés par la société CCB correspondent à ceux décrits par l'article 3.6.6 du cahier des clauses techniques particulières ; cet article ne prévoit pas que les revêtements muraux doivent être de catégorie M2 ; la cloison répond à la catégorie M2 ; conformément au cahier des clauses techniques particulières, la société CCB a comblé le vide entre les panneaux par des matériaux de catégorie M0 ; la maîtrise d'œuvre a imposé au dernier moment des panneaux fournis par la société EGGER en lieu et place de ceux qui étaient prévus initialement ; la protection des parois en placo prévue par le cahier des clauses techniques particulières a pu induire la société CCB en erreur ; la responsabilité de la maîtrise d'œuvre pourrait à ce titre être engagée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juillet 2020, la région Occitanie, représentée par Me Cabanes, conclut :

1°) à titre principal :

- au rejet de la requête ;

- et à ce que le paiement de la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la société CCB au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

2°) à titre subsidiaire :

- à ce que M. C soit condamné à la relever et garantir indemne de toute condamnation prononcée à son encontre ;

- et à ce que le paiement de la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête de la société CCB est irrecevable dès lors qu'elle est dirigée à l'encontre de la société Cogemip, laquelle a la qualité de mandataire du maître de l'ouvrage ; en l'absence de toute faute alléguée qui aurait été commise en dehors du champ du contrat de mandat, aucune demande ne peut être formulée à l'encontre de la société Cogemip ;

- le décompte de liquidation de la société CCB est devenu définitif dès lors que cette dernière n'a pas adressé au maître de l'ouvrage un mémoire en réclamation dans le délai de quarante-cinq jours fixé par les articles 13.4.5 et 50.1.1 du cahier des clauses administratives générales ;

- à titre subsidiaire, aucun des arguments avancés par la société CCB ne permet de remettre en cause le bien-fondé de la retenue à laquelle il a été procédé dans le décompte de liquidation de son marché ; la société requérante n'établit ni même n'allègue que les matériaux de la société EGGER ne permettait pas de respecter les prescriptions du cahier des clauses techniques particulières à l'inverser des matériaux fournis par la société TRESPA ;

- l'article 3.6.6 du cahier des clauses techniques particulières ne fait que décrire de façon fonctionnelle les ouvrages sans les exonérer des règles applicables en matière de sécurité incendie ; l'article 2.17 du même document prévoyait des parois des circulations horizontales de classe M2 ; l'entreprise requérante ne conteste pas réellement l'absence de respect de la catégorie M2 ; la dérogation prévue à l'article 2.17 du cahier des clauses techniques particulières permettant la pose de lambris de catégorie M3 n'est pas applicable en l'espèce ; l'entreprise requérante n'établit pas que le chantier correspondait à l'un des cas limitativement énumérés par l'article AM4 ; il ressort du contrat d'huissier du 23 décembre 2014 que certaines plaques d'isolant se sont trouvées constituées de laine de verre ou de laine de roche ; le complexe mis en œuvre par la société CCB n'a été validé ni par la maîtrise d'œuvre, ni par le contrôleur technique ;

- les stipulations du cahier des clauses techniques particulières étaient dépourvues d'ambiguïté ; en cas de contradiction, il appartenait à la société CCB de la faire remarquer ;

- conformément à une jurisprudence désormais constante, l'entreprise requérante ne peut désormais tenter d'imputer au maître de l'ouvrage les conséquences des fautes qu'elle attribue à d'autres intervenants ;

- dans l'hypothèse où le tribunal considérerait le maître de l'ouvrage responsable vis-à-vis de l'entreprise, M. C devrait être condamné à le relever et garantir indemne de toute condamnation prononcée à son encontre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juillet 2020, la société Cogemip, représentée par Me Cabanes, conclut :

1°) à titre principal :

- au rejet de la requête ;

- et à ce que le paiement de la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la société CCB au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

2°) à titre subsidiaire :

- à ce que M. C soit condamné à la relever et garantir indemne de toute condamnation prononcée à son encontre ;

- et à ce que le paiement de la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête de la société CCB est irrecevable dès lors qu'elle est dirigée à l'encontre de la société Cogemip, laquelle a la qualité de mandataire du maître de l'ouvrage ; en l'absence de toute faute alléguée qui aurait été commise en dehors du champ du contrat de mandat, aucune demande ne peut être formulée à l'encontre de la société Cogemip ;

- le décompte de liquidation de la société CCB est devenu définitif dès lors que cette dernière n'a pas adressé au maître de l'ouvrage un mémoire en réclamation dans le délai de quarante-cinq jours fixé par les articles 13.4.5 et 50.1.1 du cahier des clauses administratives générales ;

- à titre subsidiaire, aucun des arguments avancés par la société CCB ne permet de remettre en cause le bien-fondé de la retenue à laquelle il a été procédé dans le décompte de liquidation de son marché ; la société requérante n'établit ni même n'allègue que les matériaux de la société EGGER ne permettait pas de respecter les prescriptions du cahier des clauses techniques particulières à l'inverser des matériaux fournis par la société TRESPA ;

- l'article 3.6.6 du cahier des clauses techniques particulières ne fait que décrire de façon fonctionnelle les ouvrages sans les exonérer des règles applicables en matière de sécurité incendie ; l'article 2.17 du même document prévoyait des parois des circulations horizontales de classe M2 ; l'entreprise requérante ne conteste pas réellement l'absence de respect de la catégorie M2 ; la dérogation prévue à l'article 2.17 du cahier des clauses techniques particulières permettant la pose de lambris de catégorie M3 n'est pas applicable en l'espèce ; l'entreprise requérante n'établit pas que le chantier correspondait à l'un des cas limitativement énumérés par l'article AM4 ; il ressort du contrat d'huissier du 23 décembre 2014 que certaines plaques d'isolant se sont trouvées constituées de laine de verre ou de laine de roche ; le complexe mis en œuvre par la société CCB n'a été validé ni par la maîtrise d'œuvre, ni par le contrôleur technique ;

- les stipulations du cahier des clauses techniques particulières étaient dépourvues d'ambigüité ; en cas de contradiction, il appartenait à la société CCB de la faire remarquer ;

- conformément à une jurisprudence désormais constante, l'entreprise requérante ne peut désormais tenter d'imputer au maître de l'ouvrage les conséquences des fautes qu'elle attribue à d'autres intervenants ;

- dans l'hypothèse où le tribunal considérerait le maître de l'ouvrage responsable vis-à-vis de l'entreprise, M. C devrait être condamné à le relever et garantir indemne de toute condamnation prononcée à son encontre.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 février et 3 mars 2021, M. A C, représenté par la société d'avocats Dupuy Avocats et Associés, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) au rejet des conclusions reconventionnelles présentées par la région Occitanie et la société Cogemip ;

3°) à ce que le paiement de la somme de 5 000 euros soit mis solidairement à la charge de la société CCB, de la société Cogemip et de la région Occitanie au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive dès lors que le décompte général du marché en litige n'a pas été contesté dans le délai de quarante-cinq jours prévu par l'article 50.1.1 du cahier des clauses administratives générales ;

- les difficultés rencontrées par la société CCB ne sont aucunement liées par l'identité du fournisseur ; la société requérante a installé des produits non ignifugés qui ne sont pas conformes aux exigences du cahier des clauses techniques particulières du marché ;

- l'article 2.1.7 du cahier des clauses techniques particulières prévoyait que les revêtements muraux devaient être de catégorie M2 dans les dégagements protégés, sans aucune dérogation possible ; les règles relatives à la solidité et à la sécurité incendie s'appliquaient cumulativement ; il n'existe aucune contradiction dans les stipulations du cahier des clauses techniques particulières ; la société CCB n'a pas soulevé au préalable cette prétendue contradiction comme le lui imposait l'article 1.3 du cahier des clauses techniques particulières ;

- la maîtrise d'œuvre n'a pas imposé les matériaux à la société CCB et a mis en demeure cette dernière de remplacer les matériaux litigieux.

Par un mémoire en défense commun, enregistré le 28 mai 2021, la région Occitanie et la société Cogemip, représentées par Me Cabanes, concluent au rejet de la requête.

Elles font valoir que :

- dans son courrier du 12 juillet 2019, la société CCB vise expressément son décompte général, ce qui tend à prouver que cette dernière l'avait bien reçu ; il ressort de l'avis postal que la société CCB a reçu le décompte général de son marché le 10 mai 2016.

II. Par une requête, enregistrée le 4 novembre 2020, sous le n° 2005591, la société Conception Création Bois (CCB), représentée par la société d'avocats Goguyer Lalande et Degioanni Pontacq, demande au tribunal :

1°) de condamner la région Occitanie et la société Cogemip à lui verser la somme de 61 788,65 euros HT, assortie de le TVA, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de la résiliation unilatérale de son marché portant sur la restructuration du lycée Saint-Sernin de Toulouse ;

2°) de mettre à la charge de la région Occitanie et de la société Cogemip la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la résiliation de son marché est intervenue dans des conditions irrégulières dès lors qu'elle n'a pas été mis en demeure par le maître d'ouvrage préalablement à la résiliation de son marché, comme l'exige pourtant l'article 46.3.2 du cahier des clauses administratives générales applicable aux marchés publics de travaux ; les courriers envoyés par la maîtrise d'œuvre ne peuvent être regardés comme des mises en demeure ; le courriel du 17 décembre 2014 qui lui a été envoyé par la personne responsable du marché le mettait en demeure de reprendre ses prestations dès le lendemain, sans préciser les conséquences de l'absence d'exécution et sans l'inviter à formuler des observations ; le délai d'un seul jour laissé à la société CCB était insuffisant ; la mise en demeure du 18 décembre 2014 n'est assortie d'aucun délai ; la société CCB n'a pas commis de faute en ne donnant pas suites à une mise en demeure irrégulière ; les principes du droit de la défense ont ainsi été méconnus ;

- la résiliation de son marché était injustifiée dès lors que les prestations qu'elle a réalisées sont parfaitement conformes aux pièces contractuelles ; les stratifiés compacts qui ont été mis en œuvre en pied de paroi, étaient uniquement destinés à assurer une protection murale, pour préserver notamment lesdites parois des traces de pas ; cette prestation est identifiée comme un élément de finition et comme étant une fourniture et pose de protection murale ; l'article 3.6.6 du cahier des clauses techniques particulières n'exige pas que cette protection réponde à la norme M2 ; l'article 2.17 du même cahier n'a pas vocation à s'appliquer à de simples protection de parois ; la cloison répond bien en revanche à la catégorie M2 ; la société CCB a posé des panneaux M3 et a comblé le vide par des matériaux de catégorie M0, conformément aux exigences du cahier des clauses techniques particulières ;

- la faute reprochée n'était pas d'une gravité suffisante pour justifier la résiliation de son marché ; aucun reproche n'avait été formulé jusqu'alors sur les prestations de la société CCB alors que plus des deux tiers des travaux avaient déjà été réalisés et ne soulevaient aucune contestation ; la résiliation est disproportionnée ; la proportion des travaux litigieux est minime au regard de l'ensemble des travaux ; ils ne représentent que 18 % du montant total du marché ;

- le maître de l'ouvrage a commis une faute contractuelle en prononçant la résiliation de son marché de manière injustifiée, sur la base d'un cahier des clauses techniques particulières ambigu et sans respecter la procédure de résiliation ; la résiliation de son marché a privé la société CCB de la marge bénéficiaire qu'elle aurait dû réaliser, du paiement des sommes dues, du préjudice financier résultant du retard dans le décompte de liquidation et a fait peser sur l'intéressée les conséquences onéreuses du marché de substitution ; l'indemnité dû à ce titre représente la somme de 53 241,11 euros HT ;

- les pénalités de retard qui lui ont été infligées pour un montant de 8 547,54 euros HT sont injustifiées dès lors que les prestations ont été exécutées dans le délai contractuel ; la circonstance qu'un défaut de conformité ait été relevé n'est pas de nature à caractériser un retard d'exécution, dès lors que la société CCB disposait d'un délai de quinze jours pour remédier à ce défaut ; les pénalités de retard ne peuvent se cumuler avec les mesures coercitives prévues à l'article 46 du cahier des clauses administratives générales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2021, la région Occitanie et la société Cogemip, représentées par Me Cabanes, concluent :

1°) à titre principal :

- au rejet de la requête ;

- et à ce que le paiement de la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la société CCB au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

2°) à titre subsidiaire :

- à ce que M. C soit condamné à la relever et garantir indemne de toute condamnation prononcée à son encontre ;

- et à ce que le paiement de la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles font valoir que :

- la requête de la société CCB est irrecevable en tant qu'elle est dirigée à l'encontre de la société Cogemip, laquelle a la qualité de mandataire du maître de l'ouvrage ; en l'absence de toute faute alléguée qui aurait été commis en dehors du champ du contrat de mandat, aucune demande ne peut être formulée à l'encontre de la société Cogemip ;

- le décompte de liquidation de la société CCB est devenu définitif dès lors que cette dernière n'a pas adressée au maître de l'ouvrage un mémoire en réclamation dans le délai de quarante-cinq jours fixé par les articles 13.4.5 et 50.1.1 du cahier des clauses administratives générales ; l'indemnisation des conséquences d'une résiliation doit figurer dans le décompte du marché ; l'objet du recours de la société CCB consiste à contester les termes du décompte ;

- la résiliation du marché ayant été prononcée par un ordre de service du 24 février 2015, l'action indemnitaire de la société requérante est en toute hypothèse prescrite depuis le 31 décembre 2019 ;

- à titre subsidiaire, la société CCB a été formellement mise en demeure par un ordre de service n° 5 du 18 décembre 2014 de reprendre dans les meilleurs délais ses malfaçons ; il était clairement annoncé qu'à défaut les prestations seraient exécutées aux frais et risques du titulaire par une entreprise tierce ; l'entreprise a refusé à plusieurs reprises de s'exécuter et en particulier le 22 décembre 2014, date à laquelle un constat d'huissier a été dressé ; par un ordre de service du 29 janvier 2015, une nouvelle mise en demeure a été adressée à l'entreprise, par le maître de l'ouvrage, d'avoir à intervenir sous quinze jours, sous peine encore une fois d'exécution aux frais et risques des prestations en cause ; toutes les formalités préalables ont été respectées par le maître d'ouvrage ; compte tenu des nombreux échanges entre les parties, l'entreprise était évidemment clairement informée des défaillances qui lui étaient reprochées ; le cahier des clauses administratives générales applicable n'impose pas de mentionner dans la mise en demeure le délai minimal qui serait imparti au titulaire pour s'exécuter ; de la même façon, la mention expresse d'une résiliation aux frais et risques dans un courrier de mise en demeure préalable n'est pas une condition de sa régularité formelle ; l'entreprise a été informée dès le 2 octobre 2014 d'un avis suspendu du contrôleur technique concernant la résistance au feu des matériaux installés ;

- les stipulations des articles 3.6.6 et 2.17 du cahier des clauses techniques particulières ne sont pas ambiguës ; l'entreprise ne conteste pas réellement l'absence de respect de la catégorie M2 ; la dérogation visée à l'article 2.17 de ce cahier n'est pas applicable en l'espèce ; il ressort du constat d'huissier dressé le 23 décembre 2014 que selon les niveaux certaines plaques d'isolant se sont trouvées constituées de laine de verre, tandis que d'autres étaient constituées de laine de roche ; le complexe mis en œuvre par la société CCB n'a été validé ni pas la maîtrise d'œuvre ni par le contrôleur technique ; la reprise des prestations de la société CCB consistait à déposer les ossatures bois spécifiques au produit mis en œuvre non conforme ainsi que les panneaux de laine de verre dont la mise en œuvre n'était pas conforme ;

- les clauses du cahier des clauses techniques particulières étaient claires et la société CCB ne peut en tout état de cause imputer au maître d'ouvrage une mauvaise rédaction de ce cahier ; il appartenait à la société CCB de signaler les éventuelles incohérences des documents contractuels en vertu de l'article 1.3 du cahier des clauses techniques particulières ;

- les manquements de la société CCB sont d'une gravité particulière puisqu'ils portent sur une problématique de résistance au feu des matériaux dans le cadre d'une opération de restructuration d'un lycée ; les diverses mises en demeure adressées sont restées infructueuses ;

- aucune indemnisation n'est due à l'entreprise s'agissant de prestations non réalisées ; la société CCB ne précise nullement quelle serait sa marge bénéficiaire ni ne produit le moindre document permettant de l'établir ; elle n'établit pas davantage la réalité d'un préjudice financier résultant du retard dans le décompte de liquidation ; la demande indemnitaire présentée correspond en réalité au passif de son décompte de liquidation ; le retard imputable à la société CCB a pu être parfaitement sanctionné par l'application des pénalités contractuelles, à raison de soixante-dix-sept jours de retard, étant précisé que le délai d'exécution contractuel avait été prolongé au 28 novembre 2014 ; par ailleurs, deux absences aux réunions de chantier des 3 et 10 septembre 2014 ont donné lieu à l'application de pénalités pour 500 euros, en vertu de l'article 4-3 du cahier des clauses administratives particulières ;

- à titre infiniment subsidiaire, dans l'hypothèse où le tribunal entrerait en voie de condamnation contre la région Occitanie, M. C devrait lui-même être condamné à relever et garantir la région.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code des marchés publics ;

- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Coutier, rapporteur public,

- et les observations de Me Couette, représentant la région Occitanie et la société Arec Occitanie, cette dernière venant aux droits de la société Cogemip, et de Me Arnaud, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Par acte d'engagement du 24 juillet 2013, la région Occitanie, sur maîtrise d'ouvrage déléguée à la société Cogemip, a confié à la société Conception Création Bois (CCB) le lot n° 4 " Menuiseries Bois Intérieur/Extérieur - Signalétique " d'un marché de travaux portant sur la restructuration du bâtiment 19 du lycée Saint-Sernin de Toulouse, pour un montant global et forfaitaire de 209 027 euros HT. La maîtrise d'œuvre de ce projet de restructuration a été confiée à un groupement composé entre autres de M. C, mandataire. En cours d'exécution du chantier, un désaccord est survenu entre les parties s'agissant de la résistance au feu des protections murales fournies et installées par la société CCB, lesquelles ont fait l'objet, les 2 octobre et 10 décembre 2014, d'un avis suspendu et d'un avis défavorable de la part du bureau de contrôle Apave. L'entreprise CCB ayant refusé de reprendre ces prestations en dépit des mises en demeure qui lui ont été adressées les 18 décembre 2014 et 29 janvier 2015, le maître de l'ouvrage, par ordre de service n° 8 du 24 février 2015, a prononcé la résiliation du marché de l'intéressée à ses frais et risques. La société CCB a contesté le décompte de liquidation de son marché en adressant au représentant du maître de l'ouvrage des mémoires en réclamation les 15 juillet 2019 et 26 août 2020. Par la requête susvisée, enregistrée sous le n° 1906781, la société CCB sollicite en règlement de son marché la somme de 51 121,11 euros HT correspondant au paiement des prestations litigieuses précitées et au coût induit par le marché de substitution. Par la requête susvisée, enregistrée sous le n° 2005591, la société CCB sollicite la condamnation de la région Occitanie et la société Cogemip à lui verser la somme totale de 61 788,65 euros HT en réparation des conséquences financières de la résiliation de son marché, y compris la restitution des pénalités de retard.

Sur la jonction :

2. Les requêtes enregistrées sous les n° 1906781 et 2005591 présentées par la société CCB présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la région Occitanie et la société Cogemip :

3. Aux termes de l'article 13 du cahier des clauses administratives générales (CCAG) applicable aux marchés publics de travaux, dans sa version approuvée par l'arrêté susvisé du 8 septembre 2009 : " () 13. 4. Décompte général -Solde : / 13. 4. 1. Le maître d'œuvre établit le projet de décompte général (). / 13. 4. 2. Le projet de décompte général est signé par le représentant du pouvoir adjudicateur et devient alors le décompte général. / Le représentant du pouvoir adjudicateur notifie au titulaire le décompte général avant la plus tardive des deux dates ci-après : / -quarante jours après la date de remise au maître d'œuvre du projet de décompte final par le titulaire ; / - douze jours après la publication de l'index de référence permettant la révision du solde. () / 13. 4. 4. Dans un délai de quarante-cinq jours compté à partir de la notification du décompte général, le titulaire renvoie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, le décompte général revêtu de sa signature, sans ou avec réserves, ou fait connaître les motifs pour lesquels il refuse de le signer. / Si la signature du décompte général est donnée sans réserve par le titulaire, il devient le décompte général et définitif du marché. / Ce décompte lie définitivement les parties, sauf en ce qui concerne le montant des intérêts moratoires afférents au solde ". L'article 50 du même cahier stipule que : " Le représentant du pouvoir adjudicateur et le titulaire s'efforceront de régler à l'amiable tout différend éventuel relatif à l'interprétation des stipulations du marché ou à l'exécution des prestations objet du marché. / 50.1. Mémoire en réclamation : / 50.1.1. Si un différend survient entre le titulaire et le maître d'œuvre, sous la forme de réserves faites à un ordre de service ou sous toute autre forme, ou entre le titulaire et le représentant du pouvoir adjudicateur, le titulaire rédige un mémoire en réclamation. / Dans son mémoire en réclamation, le titulaire expose les motifs de son différend, indique, le cas échéant, les montants de ses réclamations et fournit les justifications nécessaires correspondant à ces montants. Il transmet son mémoire au représentant du pouvoir adjudicateur et en adresse copie au maître d'œuvre. / Si la réclamation porte sur le décompte général du marché, ce mémoire est transmis dans le délai de quarante-cinq jours à compter de la notification du décompte général. / Le mémoire reprend, sous peine de forclusion, les réclamations formulées antérieurement à la notification du décompte général et qui n'ont pas fait l'objet d'un règlement définitif. / 50.1.2. Après avis du maître d'œuvre, le représentant du pouvoir adjudicateur notifie au titulaire sa décision motivée dans un délai de quarante-cinq jours à compter de la date de réception du mémoire en réclamation. / 50.1.3. L'absence de notification d'une décision dans ce délai équivaut à un rejet de la demande du titulaire. "

4. Enfin, aux termes de l'article 47 du CCAG-Travaux de 2009 : " 47.2. Décompte de liquidation : / 47.2.1. En cas de résiliation du marché, une liquidation des comptes est effectuée. Le décompte de liquidation du marché, qui se substitue au décompte général prévu à l'article 13.4.2, est arrêté par décision du représentant du pouvoir adjudicateur et notifié au titulaire. () / 47.2.2. Le décompte de liquidation comprend :.a) Au débit du titulaire : - le montant des sommes versées à titre d'avance et d'acompte ;- la valeur, fixée par le marché et ses avenants éventuels, des moyens confiés au titulaire que celui-ci ne peut restituer ainsi que la valeur de reprise des moyens que le pouvoir adjudicateur cède à l'amiable au titulaire ;- le montant des pénalités ;- le cas échéant, le supplément des dépenses résultant de la passation d'un marché aux frais et risques du titulaire dans les conditions fixées à l'article 48.b) Au crédit du titulaire : - la valeur contractuelle des travaux exécutés, y compris, s'il y a lieu, les intérêts moratoires ;- le montant des rachats ou locations résultant de l'application de l'article 47.1.3 ; - le cas échéant, le montant des indemnités résultant de l'application des articles 46.2 et 46.4 ".

5. Il résulte des stipulations précitées du cahier des clauses administratives générales du marché que les sommes correspondant aux éventuels préjudices subis par le cocontractant du fait d'une faute commise par la personne responsable du marché en cas de résiliation figure au nombre des dépenses que doit comprendre le décompte de résiliation. Selon ces mêmes stipulations, l'entrepreneur dispose d'un délai de quarante-cinq jours à compter de la date à laquelle il a reçu notification du décompte général pour faire parvenir au représentant du pouvoir adjudicateur un mémoire en réclamation. Si, avant l'expiration de ce délai, le représentant du pouvoir adjudicateur n'a pas reçu le mémoire contestant le décompte général, celui-ci devient définitif et ne peut plus être contesté.

6. La région Occitanie et la société Cogemip font valoir que l'ordre de service n° 10 portant notification du décompte de liquidation du marché litigieux aurait été réceptionné par la société CCB le 10 mai 2016. Cette dernière, qui a adressé au représentant du pouvoir adjudicateur deux mémoires en réclamation contre ce décompte les 15 juillet 2019 et 26 août 2020, estime que la preuve de la notification effective du décompte de liquidation au 10 mai 2016 ne serait pas rapportée, en raison du caractère illisible de l'accusé de réception. Toutefois, l'accusé de réception de l'ordre de service n° 10 indique qu'il a été distribué le 10 mai 2016 et comporte également la référence " 32 861 " figurant non seulement sur l'ordre de service de notification du décompte, mais également sur les autres avis postaux qui ont été adressés préalablement à la société CCB dans le cadre du marché en litige. Enfin, la signature du destinataire apposée sur cet accusé de réception correspond à celle qui figure sur les différents avis postaux de notification des autres ordres de service qui ont été antérieurement réceptionnés par la société CCB. Dans ces conditions, il résulte de l'instruction que la société requérante a reçu notification du décompte de liquidation de son marché le 10 mai 2016. En application des stipulations précitées des articles 13.4.4 et 50.1.1 du CCAG-Travaux, il lui appartenait de faire parvenir son mémoire en réclamation dans un délai de quarante-cinq jours, soit au plus tard jusqu'au 24 juin 2016. Les mémoires en réclamation transmis par la société CCB les 15 juillet 2019 et 26 août 2020 étaient donc tardifs et sont intervenus alors que le décompte de liquidation de son marché était déjà devenu définitif. La fin de non-recevoir opposée en ce sens par la région Occitanie et la société Cogemip doit dès lors être accueillie.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la seconde fin de non-recevoir opposée en défense, que les requêtes de la société CCB doivent être rejetées pour irrecevabilité contractuelle.

Sur les appels en garantie :

8. Aucune condamnation n'étant prononcée par le présent jugement à l'encontre de la région Occitanie et de la société Cogemip, leurs conclusions d'appel en garantie dirigées contre M. C sont sans objet et doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la région Occitanie et de la société Cogemip, qui ne sont pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société CCB demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société CCB une somme de 1 500 euros au titre des frais de procédure exposés par la région Occitanie et la société Cogemip.

10. Il y a également lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société CCB une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes nos 1906781 et 2005591 de la société CCB sont rejetées.

Article 2 : La société CCB versera à la région Occitanie et à la société Cogemip une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La société CCB versera à M. C une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Conception Création Bois, à la région Occitanie, à la société Arec Occitanie venant aux droits de la société Cogemip et à M. A C.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

Mme Jordan-Selva, première conseillère,

M. Leymarie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

Le rapporteur,

A. B

Le président,

T. SORINLa greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

Nos 1906781, 2005591

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