lundi 25 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-1906882 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | PETITGIRARD |
Vu la procédure suivante :
En application des dispositions du décret n°2018-1291 du 28 décembre 2018 portant transfert de compétences entre juridictions de l'ordre administratif pris pour l'application de l'article 51 de la loi n°2018-607 du 13 juillet 2018 relative à la programmation militaire pour les années 2019 à 2025 et portant diverses dispositions intéressant la défense, le contentieux des pensions militaires d'invalidité a été transféré au tribunal administratif. La requête de M. D G, transmise par le tribunal des pensions de Toulouse, a été enregistrée au greffe du tribunal administratif de Toulouse le 4 novembre 2019 sous le numéro 1906882.
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 novembre 2019 et le 14 janvier 2020 au greffe du tribunal administratif de Toulouse, M. D G, représenté par Me Petitgirard, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 25 octobre 2018 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande d'octroi d'une pension militaire d'invalidité au titre des infirmités " troubles neurologiques : asthénie, troubles du sommeil à type de désorganisation du sommeil " et " syndrome subjectif des traumatisés crâniens " et d'ouvrir ses droits à pension militaire d'invalidité à compter du 24 août 2016, date d'enregistrement de sa demande ;
2°) d'ordonner, avant dire droit, une expertise médicale.
Il soutient que :
- les lésions invalidantes dont il souffre sont imputables à l'accident de service du 14 décembre 2006 ;
- la ministre des armées, qui a rejeté sa demande M le 25 octobre 2018, avant que les examens complémentaires prescrits lors de l'expertise du 6 juin 2018 par le docteur H, neurologue, n'aient été réalisés, et avant qu'il ne se soit prononcé sur le taux d'invalidité, a entaché sa décision d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ; en outre, les séquelles du traumatisme crânien du 14 décembre 2006 dont il souffre, sont différentes des définitions que l'administration a entendu donner à ces infirmités ;
- en rejetant l'imputabilité au service des infirmités dont il souffre sans attendre les conclusions définitives de l'expertise, et alors même que le certificat médical de fin de service du 22 août 2012 décrit les séquelles résultant du traumatisme crânien qu'il a subi pendant le service le 14 décembre 2006, que son livret médical témoigne de l'absence d'antécédent et que le docteur C, médecin expert désigné en 2011, avait déjà posé le diagnostic d'un syndrome subjectif du traumatisé crânien avec un taux d'invalidité de 20%, la ministre des armées a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation ;
- M lors que le docteur H n'a pas posé de diagnostic précis et ne s'est pas prononcé sur le taux d'invalidité dans l'attente d'examens complémentaires, un complément d'expertise est nécessaire afin de détailler les séquelles dont il souffre et de prendre en compte, notamment, la symptomatologie psychiatrique évoquée par le docteur H ainsi que dans le compte-rendu de l'examen neuropsychologique réalisé le 5 mars 2019 à sa demande.
Par un mémoire en défense, enregistré au greffe du tribunal administratif de Toulouse le 4 novembre 2019, la ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la décision du 28 novembre 2012, devenue définitive faute d'avoir été contestée dans le délai de recours contentieux, fait obstacle à ce que l'intéressé invoque à nouveau, à l'occasion d'une nouvelle demande de pension, l'origine traumatique des mêmes infirmités ;
- les moyens soulevés par M. G ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 25 mai 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 juin 2021.
Un mémoire présenté par la ministre des armées a été enregistré le 9 juin 2021 et n'a pas été communiqué.
M. G a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 février 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la défense ;
- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;
- la loi n°2018-607 du 13 juillet 2018 ;
- le décret n°2018-1291 du 28 décembre 2018 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme K,
- les conclusions de Mme Chalbos, rapporteure publique,
- et les observations de Me Petitgirard, représentant M. G, présent à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D G est entré en service dans l'armée de terre le 7 janvier 1997 au sein du 3e régiment de parachutiste, d'infanterie et de marine, et a été rayé des contrôles le 3 novembre 2012. Le 14 décembre 2006, il a été victime d'un traumatisme crânien avec perte de connaissance survenu dans le cadre du service, lors d'une séance de saut programmée sur la zone de Castres, sa tête ayant " violemment heurté des cailloux " lors de son atterrissage. Par une première demande, enregistrée le 26 avril 2010, il a sollicité l'octroi d'une pension militaire d'invalidité au titre des infirmités " troubles neurologiques : asthénie, troubles mnésiques, dysarthrie, endormissement, céphalées " et " syndrome subjectif des traumatisés crâniens " qu'il estimait imputables à l'accident de service du 14 décembre 2006. Par une décision du 28 novembre 2012, le ministre des armées a rejeté sa demande au motif, d'une part, que le taux d'invalidité résultant de ses troubles neurologiques, évalué à 20 %, était inférieur au minimum indemnisable de 30 % requis pour l'ouverture du droit à pension s'agissant d'une maladie contractée en temps de paix, d'autre part, que l'infirmité alléguée résultant du syndrome subjectif des traumatisés crâniens était inexistante. Le 24 août 2016, M. G a présenté une nouvelle demande de pension au titre des infirmités " aggravation de la dysarthrie " et " apparition de troubles obsessionnels compulsifs à la suite du traumatisme crânien ". Le 19 septembre 2016, M. G a complété sa demande de pension au titre des infirmités " altération de la mémoire ", " dysarthrie de type spastique " et " troubles du sommeil ". Par une décision du 25 octobre 2018, la ministre des armées a rejeté sa demande pour les infirmités " troubles neurologiques : asthénie, troubles du sommeil à type de désorganisation du sommeil " et " syndrome subjectif des traumatisés crâniens ", au motif, d'une part, que le taux d'invalidité résultant de ses troubles neurologiques, évalué à 20 %, était inférieur au minimum indemnisable de 30 % requis pour l'ouverture du droit à pension s'agissant d'une maladie contractée en temps de paix et que cette infirmité, sans relation médicale avec l'accident de service du 14 décembre 2006, n'était pas imputable au service par défaut de preuve et de présomption, d'autre part, au motif que l'infirmité alléguée résultant du syndrome subjectif des traumatisés crâniens était inexistante. Par la présente requête, M. G doit être regardé comme demandant au tribunal, d'une part, d'annuler la décision du 25 octobre 2018 et d'ouvrir en conséquence ses droits à pension militaire d'invalidité à compter de la date de sa demande, d'autre part, d'ordonner, avant dire droit, une expertise médicale.
Sur le cadre juridique applicable :
2. Aux termes de l'article L. 151-2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, qui reprend les dispositions de l'ancien article L. 6 de ce même code : " La pension militaire d'invalidité prévue par le présent code est attribuée sur demande de l'intéressé après examen, à son initiative, par une commission de réforme selon des modalités fixées par décret en Conseil d'Etat. L'entrée en jouissance est fixée à la date du dépôt de la demande () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration doit se placer à la date de la demande de pension pour évaluer les droits de l'intéressé à pension militaire d'invalidité, soit, en l'espèce, à la date du 24 août 2016.
3. Aux termes de l'article L. 2 du code des pensions militaires d'invalidité, dans sa rédaction alors applicable : " Ouvrent droit à pension : / 1° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'événements de guerre ou d'accidents éprouvés par le fait ou à l'occasion du service ; / 2° Les infirmités résultant de maladies contractées par le fait ou à l'occasion du service ; () ". Aux termes de l'article L. 3 de ce même code : " Lorsqu'il n'est pas possible d'administrer ni la preuve que l'infirmité ou l'aggravation résulte d'une des causes prévues à l'article L. 2, ni la preuve contraire, la présomption d'imputabilité au service bénéficie à l'intéressé (). / La présomption définie au présent article s'applique exclusivement aux constatations faites, soit pendant le service accompli au cours de la guerre 1939-1945, soit au cours d'une expédition déclarée campagne de guerre, soit pendant le service accompli par les militaires pendant la durée légale, compte tenu des délais prévus aux précédents alinéas. () ". Il résulte des dispositions combinées des articles L. 2 et L. 3 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre que, lorsque le demandeur d'une pension ne peut pas bénéficier de la présomption légale d'imputabilité au service, il incombe à ce dernier d'apporter la preuve de cette imputabilité par tous moyens de nature à emporter la conviction des juges. Cette preuve ne saurait résulter de la seule circonstance que l'infirmité soit apparue durant le service, ni d'une hypothèse médicale, ni d'une vraisemblance, ni d'une probabilité, aussi forte soit-elle.
4. Aux termes de l'article L. 4 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " Les pensions sont établies d'après le degré d'invalidité : / Sont prises en considération les infirmités entraînant une invalidité égale ou supérieure à 10%. / Il est concédé une pension : / 1° Au titre des infirmités résultant de blessures, si le degré d'invalidité qu'elles entraînent atteint ou dépasse 10 % ; / 2° Au titre d'infirmités résultant de maladies associées à des infirmités résultant de blessures, si le degré total d'invalidité atteint ou dépasse 30 % ; / 3° Au titre d'infirmité résultant exclusivement de maladie, si le degré d'invalidité qu'elles entraînent atteint ou dépasse : / 30 % en cas d'infirmité unique ; / 40 % en cas d'infirmités multiples. () ". Pour l'application de ces dispositions, une infirmité doit être regardée comme résultant d'une blessure lorsqu'elle trouve son origine dans une lésion soudaine, consécutive à un fait précis de service. Dans le cas contraire, elle doit être regardée comme résultant d'une maladie.
5. Enfin, aux termes du sixième alinéa de l'article L. 9 du même code, dans sa rédaction applicable à l'espèce : " Pour l'application du présent article, un décret (), détermine les règles et barèmes pour la classification des infirmités d'après leur gravité. ". L'article L. 10 de ce code précise que " Les degrés de pourcentage d'invalidité figurant aux barèmes prévus par le quatrième alinéa de l'article L. 9 sont : / a) Impératifs, en ce qui concerne les amputations et les exérèses d'organe ; / b) Indicatifs dans les autres cas. / Ils correspondent à l'ensemble des troubles fonctionnels et tiennent compte, quand il y a lieu, de l'atteinte de l'état général. ". En vertu de l'article 26 de ce code, les taux d'invalidité retenus doivent correspondre à la gêne fonctionnelle engendrée dans le temps, pour l'intéressé, par les infirmités constatées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 25 octobre 2018 :
6. Pour rejeter la nouvelle demande de pension militaire d'invalidité formulée par M. G le 24 août 2016 au titre des infirmités " aggravation de la dysarthrie " et " apparition de troubles obsessionnels compulsifs à la suite du traumatisme crânien ", complétée le 19 septembre 2016 au titre des infirmités " altération de la mémoire ", " dysarthrie de type spastique " et " troubles du sommeil ", la ministre des armées a estimé que le taux d'invalidité de l'infirmité " troubles neurologiques : asthénie, troubles du sommeil à type de désorganisation du sommeil " était inférieur au minimum indemnisable de 30 % requis pour l'ouverture du droit à pension s'agissant d'une maladie contractée en temps de paix, et a précisé que cette infirmité était " sans relation médicale avec le fait de service du 14 décembre 2006 " et avait déjà été " qualifiée de maladie non contestée lors de la décision de rejet du 28 novembre 2012 ". La ministre des armées a, en outre, estimé que l'infirmité " syndrome subjectif des traumatisés crâniens " était inexistante.
7. D'une part, la demande de pension militaire d'invalidité formulée en 2016 par M. G à la suite du rejet de sa première demande de pension déposée en 2010, doit être regardée comme une nouvelle demande fondée sur les articles L. 2 et L. 3 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, laquelle devait faire l'objet d'un nouvel examen complet à la date de cette nouvelle demande. A cet égard, il résulte de l'instruction qu'en opposant au requérant le caractère définitif de la qualification de " maladie " résultant de la décision du 28 novembre 2012, l'administration s'est abstenue d'examiner, à l'occasion de cette nouvelle demande, l'éventuelle origine traumatique des infirmités invoquées par l'intéressé. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que la ministre des armées, en prenant la décision attaquée du 25 octobre 2018 portant rejet de cette nouvelle demande, aurait examiné l'ensemble des infirmités alléguées, en particulier en ce qui concerne les troubles de la mémoire, l'aggravation de la dysarthrie et l'apparition de troubles obsessionnels compulsifs.
8. D'autre part, il résulte de l'instruction que le docteur H, médecin neurologue mandaté par l'administration pour réaliser une expertise dans le cadre de la demande de pension militaire d'invalidité déposée par le requérant en 2016, a conclu son rapport d'expertise du 6 juin 2018 par la nécessité de réaliser de nouveaux tests psychométriques, une angio IRM cérébrale ainsi qu'un bilan de sommeil afin de retenir ou au contraire d'écarter des pathologies dont pourraient résulter les infirmités dont souffre l'intéressé, en particulier pour écarter une éventuelle pathologie vasculaire et une éventuelle comitialité, ces examens complémentaires devant être réalisés préalablement à la détermination du taux d'invalidité de M. G. Si le docteur H a ainsi expressément différé la détermination du taux d'invalidité du requérant et a joint à ce premier rapport trois ordonnances en date du 18 juillet 2018 relatives aux examens complémentaires attendus, il résulte de l'instruction que la ministre des armées a rejeté la demande de M. G M le 25 octobre 2018, avant que les examens complémentaires prescrits lors de l'expertise du 6 juin 2018 n'aient été réalisés et avant que le médecin expert n'ait formulé des conclusions définitives et ne se soit prononcé sur le taux d'invalidité. A cet égard, si l'administration fait valoir, en défense, la circonstance que le docteur H aurait décrit des signes stationnaires de troubles du sommeil et en déduit, en se référant à la précédente expertise du docteur C en date du 14 décembre 2011, que le taux de l'infirmité " troubles neurologiques " devait être fixé à 20%, des telles conclusions ne peuvent être tirées du rapport précité du docteur H, lequel ne s'est pas prononcé sur le taux d'invalidité à la date de la nouvelle demande de pension.
9. Dans ces conditions, M. G est fondé à soutenir qu'en prenant la décision attaquée M le 25 octobre 2018, sans procéder à un nouvel examen complet de sa demande et sans attendre les conclusions définitives de l'expert, la ministre des armées a entaché sa décision d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation.
10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés à l'encontre de cette décision, que M. G est fondé à demander l'annulation de la décision du 25 octobre 2018 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande de pension militaire d'invalidité.
Sur les conclusions à fin d'expertise :
11. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. L'expert peut se voir confier une mission de médiation. Il peut également prendre l'initiative, avec l'accord des parties, d'une telle médiation () ". Il incombe, en principe, au juge de statuer au vu des pièces du dossier, le cas échéant après avoir demandé aux parties les éléments complémentaires qu'il juge nécessaires à son appréciation. Il ne lui revient d'ordonner une expertise que lorsqu'il n'est pas en mesure de se prononcer au vu des pièces et éléments qu'il a recueillis et que l'expertise présente ainsi un caractère utile.
12. En l'espèce, si M. G soutient que les lésions invalidantes dont il souffre seraient imputables à l'accident de service du 14 décembre 2006, il sollicite toutefois la réalisation d'une nouvelle expertise, M lors que le docteur H n'a pas posé de diagnostic précis et ne s'est pas prononcé sur le taux d'invalidité dans l'attente d'examens complémentaires. Le requérant fait ainsi valoir qu'un complément d'expertise est nécessaire afin de détailler les séquelles dont il est atteint et de prendre en compte, notamment, la symptomatologie psychiatrique évoquée par le docteur H ainsi que dans le compte rendu de l'examen neuropsychologique réalisé le 5 mars 2019 à la demande de ce dernier.
13. D'une part il résulte de l'instruction que si la commission de réforme des pensions militaires d'invalidité a émis un avis, en date du 14 novembre 2012, reconnaissant l'imputabilité au service de l'infirmité " troubles neurologiques : asthénie, troubles mnésiques, dysarthrie, endormissement, céphalées ", l'avis mentionnant une origine par preuve reçue par le fait du service du 14 décembre 2006, plusieurs avis médicaux versés au dossier font état, quant à eux, d'un syndrome subjectif du traumatisé crânien résultant de l'accident de saut en parachute survenu en 2006. Dans un avis du 20 février 2012, le docteur F du Plessix, médecin chargé des pensions militaires d'invalidité, propose ainsi de reconnaître un " syndrome subjectif du traumatisé crânien : asthénie, troubles amnésiques antérogrades, dysarthrie, endormissement diurnes, céphalée en pic à glace " imputable à la blessure reçue à l'occasion du service le 14 décembre 2006, avec un taux d'invalidité évalué à 20 %. Dans son expertise du 14 décembre 2011, le docteur C, qui retient l'existence " très probable " d'un syndrome subjectif du traumatisé crânien " exceptionnel par sa longueur et son autonomisation ", évalue le taux d'invalidité en résultant à 20 % après avoir expressément écarté tout lien éventuel avec la pratique de la boxe par le requérant. Dans un certificat du 1er décembre 2016, le docteur J, médecin des armées, indique, après avoir rappelé l'accident de saut en parachute survenu le 14 décembre 2006, que M. G présente une " aggravation de ses symptômes : troubles du sommeil (), aggravation de sa dysarthrie de type spastique, trouble de la prosodie et du débit augmentant les altérations de la parole, () altération de la mémoire, difficultés mnésiques et attentionnelles (), apparition de troubles obsessionnels compulsifs ". Dans son rapport d'expertise établi le 6 juin 2018, le docteur H, mentionne " qu'il est tout à fait possible que ce patient fasse des absences non diagnostiquées sur des antécédents de traumatisme crânien même bénin " et évoque par ailleurs des troubles psychologiques d'ordre obsessionnels. Enfin, dans un certificat en date du 24 janvier 2019, postérieur à la décision attaquée mais relatif à un état antérieur, le docteur I, psychiatre, considère que M. G souffre de séquelles sévères de son accident de parachute, à savoir " dysphasie, altération des ressources cognitives, symptômes obsessionnels et compulsifs continus et sévères ".
14. Néanmoins, dans un compte rendu d'expertise médico-légale réalisée le 21 septembre 2010, le docteur A B, médecin militaire, qui relève que " le début des symptômes se situe plus de six mois après l'accident pour les troubles du sommeil et de la mémoire " et que " M. G fait état par ailleurs de troubles de la parole remontant à l'enfance ", indique qu'il n'y aurait pas d'argument formel permettant d'établir un lien d'imputabilité entre l'accident du 14 décembre 2006 et les symptômes présentés. Dans un avis du 11 septembre 2018, le docteur L, médecin en charge des pensions militaires d'invalidité, indique, s'agissant du syndrome subjectif des traumatisés crâniens, que le fait qu'aucun signe n'ait été constaté dans l'instance du 26 avril 2010 implique, compte tenu de l'évolution de ce type de symptôme, de considérer à nouveau cette infirmité comme inexistante. Par ailleurs, dans son avis du 24 septembre 2018, la commission consultative médicale propose un taux de " 20 % inférieur à 30 % " s'agissant des " troubles neurologiques : asthénie du sommeil à type de désorganisation du sommeil " et qualifie d'inexistant le " syndrome subjectif des traumatisés crâniens ".
15. Par suite, si plusieurs médecins ont établi un lien entre l'accident de service survenu en 2006 et les infirmités dont souffre M. G, une incertitude demeure néanmoins sur cette imputabilité compte tenu de l'existence d'avis divergents en lien notamment avec la date d'apparition et la durée des symptômes, ainsi qu'une incertitude sur la nature des séquelles et sur le taux d'invalidité en résultant à la date de la demande enregistrée en 2016. Dans ces conditions, le tribunal n'est pas en mesure de statuer, en l'état, sur les droits à pension du requérant. Il y a lieu d'ordonner, avant dire droit, une mesure d'expertise ayant pour objet de donner tous éléments utiles à l'appréciation, à la date de la demande de M. G, de l'origine de la dysarthrie de type spastique, des troubles du sommeil, des troubles de la mémoire et des troubles obsessionnels compulsifs dont était atteint l'intéressé à la date de sa demande le 24 août 2016, et de fournir toutes indications permettant de déterminer si ces infirmités sont imputables au traumatisme crânien avec perte de connaissance survenu le 14 décembre 2006 au cours de son activité professionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la ministre des armées du 25 octobre 2018 est annulée.
Article 2 : Il sera procédé, par un médecin expert spécialisé en neurologie désigné par le président du tribunal administratif, assisté de tout sapiteur qu'il jugera utile, à une expertise avec mission pour l'expert :
1°) de convoquer les parties ;
2°) de prendre connaissance du dossier médical de M. G et de toute pièce qui lui paraîtra utile pour sa mission ;
3°) d'examiner M. G et de décrire son état de santé en rappelant le cas échéant son état antérieur ;
4°) de rechercher la ou les origine(s) de la dysarthrie de type spastique, des troubles du sommeil, des troubles de la mémoire et des troubles obsessionnels compulsifs, dont était atteint M. G à la date de sa demande le 24 août 2016, et de fournir toutes indications permettant de déterminer si ces infirmités sont imputables au traumatisme crânien avec perte de connaissance survenu le 14 décembre 2006 au cours de son activité professionnelle et, le cas échéant, à un état pathologique préexistant ou à une autre cause ;
5°) en cas de causes multiples à l'existence de tels troubles, de déterminer quelle en a été la cause déterminante, ainsi que, pour chacune de ces causes, de fixer, en pourcentage, la proportion pour laquelle elle a concouru à la constitution de ces troubles ;
6°) de fournir au tribunal tous éléments utiles à la solution du litige.
Article 3 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal en deux exemplaires et en notifiera copie aux parties dans le délai fixé par la présidente du tribunal dans sa décision de désignation.
Article 4 : Tous autres droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D G et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 21 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Gouès, président,
Mme Nègre-Le Guillou, première conseillère,
Mme David-Brochen, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2022.
La rapporteure,
F. K
Le président,
S. GOUÈS
La greffière,
M. E
La République mande et ordonne au ministre des armées, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026