mardi 13 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-1906883 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | PETITGIRARD |
Vu la procédure suivante :
Par un jugement du 20 juillet 2021, le tribunal administratif de Toulouse a ordonné, avant de se prononcer sur la requête de M. D A dirigée contre l'arrêté de la ministre des armées du 2 novembre 2015 en tant qu'il lui refuse la révision de sa pension militaire d'invalidité au titre de l'infirmité nouvelle " gonarthrose droite avec gonalgies d'effort ", qu'il soit notamment procédé, par un expert désigné par la présidente du tribunal, à une expertise visant à décrire son état de santé et, en particulier, les séquelles du genou droit dont il restait atteint à la date du 31 juillet 2016, et à évaluer le taux d'invalidité afférent à ces séquelles à la même date.
Par une ordonnance du 25 mai 2022, la présidente du tribunal a désigné le Dr B comme médecin-expert, lequel a déposé son rapport le 24 août 2022.
Par une ordonnance du 29 août 2022, la présidente du tribunal a liquidé et taxé les frais d'expertise à la somme totale de 1 200 euros toutes taxes comprises.
Par des mémoires enregistrés après expertise les 6 février 2023 et 6 avril 2023, M. A, représenté par Me Petigirard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler la décision du 24 octobre 2018 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande de révision de sa pension militaire d'invalidité au titre de l'infirmité nouvelle " gonarthrose droite avec gonalgies d'effort " et de réviser ses droits à pension en fixant pour cette infirmité nouvelle un taux d'invalidité de 10 % à compter du 31 juillet 2016, date de sa demande.
M. A soutient que :
- son infirmité " gonarthrose droite avec gonalgies d'effort " est imputable au service, dans la mesure où elle ne résulte pas d'une maladie mais d'un traumatisme du genou droit subi lors d'une séance d'entraînement le 10 mai 2016 à Djibouti, et est ainsi constitutive d'une blessure au sens de l'article L. 2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ; dès lors, seul un taux d'invalidité de 10 % est requis pour l'ouverture de ses droits à pension au titre de cette infirmité ;
- le taux d'invalidité résultant de cette infirmité doit être fixé à 10 % sans qu'aucun état antérieur ne puisse être retenu pour réduire le taux imputable au service indemnisable.
Par des mémoires enregistrés après expertise le 16 mars 2023 et le 27 avril 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Le ministre des armées soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- l'infirmité " gonarthrose droite avec gonalgies d'effort " doit être qualifiée de maladie au taux de 10 %, au jour de la demande ;
- les autres moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une décision du 27 février 2020, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Soddu ;
- les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Ouadria, substituant Me Petitgirard, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, militaire engagé dans l'armée de terre depuis le 1er septembre 1983, s'est vu ouvrir par un arrêté ministériel du 2 novembre 2015, ses droits à pension militaire d'invalidité, concédée à titre définitif au taux d'invalidité de 10 %, au titre de l'infirmité " séquelles de rupture du ligament croisé du genou gauche " suite à une blessure subie au Gabon le 13 octobre 2006. Par une demande du 31 juillet 2016, il a sollicité la révision de sa pension militaire d'invalidité pour une infirmité nouvelle résultant d'un traumatisme du genou droit qu'il impute à une blessure survenue le 10 mai 2016 à Djibouti. Par une décision du 24 octobre 2018, la ministre des armées a rejeté sa demande au motif que l'infirmité " gonarthrose droite avec gonalgies d'effort " était inférieure aux taux d'invalidité de 10 % qui constitue le minimum indemnisable. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette décision et de réviser, en conséquence, ses droits à pension à compter de la date de sa demande. Par un jugement avant dire droit du 20 juillet 2020, le tribunal a ordonné une expertise médicale. L'expert désigné par le tribunal a rendu son rapport le 24 août 2022.
Sur la révision de la pension militaire d'invalidité :
2. Tout d'abord, aux termes de l'article L. 151-2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre qui reprend l'ancien article L. 6 de ce même code : " La pension militaire d'invalidité prévue par le présent code est attribuée sur demande de l'intéressé après examen, à son initiative, par une commission de réforme selon des modalités fixées par décret en Conseil d'Etat. L'entrée en jouissance est fixée à la date du dépôt de la demande. () ".
3. Il résulte de ces dispositions que l'administration doit se placer à la date de la demande de pension de l'intéressé pour évaluer ses droits à pension militaire d'invalidité, et notamment le taux d'invalidité résultant de l'infirmité en cause, soit en l'espèce, pour l'infirmité " gonarthrose droite avec gonalgies d'effort ", au 31 juillet 2016.
4. Ensuite, aux termes de l'article L. 2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, en vigueur à la date de la demande : " Ouvrent droit à pension : 1° Les infirmités résultant de blessures reçues par la suite d'événements de guerre ou d'accidents éprouvés par le fait ou à l'occasion du service ; 2° Les infirmités résultant de maladies contractées par le fait ou à l'occasion du service ; () ". Aux termes de l'article L. 3 du même code : " Lorsqu'il n'est pas possible d'administrer ni la preuve que l'infirmité ou l'aggravation résulte d'une des causes prévues à l'article L. 2, ni la preuve contraire, la présomption d'imputabilité bénéficie à l'intéressé (). / La présomption définie au présent article s'applique exclusivement aux constatations faites, soit pendant le service accompli au cours de la guerre 1939-1945, soit au cours d'une expédition déclarée campagne de guerre, soit pendant le service accompli par les militaires pendant la durée légale, compte tenu des délais prévus aux précédents alinéas. ()".
5. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, pour leur application, une infirmité doit être regardée comme résultant d'une blessure lorsqu'elle trouve son origine dans une lésion soudaine, consécutive à un fait précis de service et que, lorsque le demandeur d'une pension ne peut pas bénéficier de la présomption légale d'imputabilité au service, il incombe à ce dernier d'apporter la preuve de cette imputabilité par tous moyens de nature à emporter la conviction des juges.
6. Enfin, aux termes de l'article L. 4 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Les pensions sont établies d'après le degré d'invalidité. Sont prises en considération les infirmités entraînant une invalidité égale ou supérieure à 10%. / Il est concédé une pension : 1° Au titre des infirmités résultant de blessures, si le degré d'invalidité qu'elles entraînent atteint ou dépasse 10% ; 2° Au titre d'infirmités résultant de maladies associées à des infirmités résultant de blessures, si le degré total d'invalidité atteint ou dépasse 30 % ; 3° Au titre d'infirmité résultant exclusivement de maladie, si le degré d'invalidité qu'elles entraînent atteint ou dépasse : 30 % en cas d'infirmité unique ;40 % en cas d'infirmités multiples. () ". Aux termes du sixième alinéa de l'article L. 9 de ce code : " () / Pour l'application du présent article, un décret (), détermine les règles et barèmes pour la classification des infirmités d'après leur gravité. ". L'article L. 10 du même code précise : " Les degrés de pourcentage d'invalidité figurant aux barèmes prévus par le quatrième alinéa de l'article L. 9 sont : / a) Impératifs, en ce qui concerne les amputations et les exérèses d'organe ; / b) Indicatifs dans les autres cas. / Ils correspondent à l'ensemble des troubles fonctionnels et tiennent compte, quand il y a lieu, de l'atteinte de l'état général. ". Aux termes de l'article L. 26 dudit code : " Toute décision administrative ou judiciaire relative à l'évaluation de l'invalidité doit être motivée par des raisons médicales et comporter, avec le diagnostic de l'infirmité, une description complète faisant ressortir la gêne fonctionnelle et, s'il y a lieu, l'atteinte de l'état général qui justifient le pourcentage attribué. ".
7. Lorsqu'il est saisi d'un litige en matière de pension militaire d'invalidité, il appartient au juge administratif, en sa qualité de juge de plein contentieux, de se prononcer sur les droits de l'intéressé en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, et aussi, le cas échéant, d'apprécier, s'il est saisi de moyens en ce sens ou au vu de moyens d'ordre public, la régularité de la décision en litige.
8. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise ordonnée par le tribunal, que le 31 juillet 2016, date de sa demande, M. A présentait une atteinte dégénérative du genou droit, précoce et inhabituelle pour son âge. Cette atteinte dégénérative est la conséquence selon l'expert d'une hypersollicitation mécanique des genoux du fait de nombreux sauts en parachute réalisés avec charges. L'expert relève que la lésion méniscale aiguë survenue lors d'un footing en service le 10 mai 2016 n'est qu'une manifestation aiguë de cette atteinte dégénérative globale du genou droit et que l'existence d'un genu varum est un élément favorisant n'exposant pas de façon inéluctable à une arthrose du genou. Il conclut à l'imputation au service de cette infirmité avec un taux d'invalidité de 10 % au 31 juillet 2016. Ainsi, l'infirmité " gonarthrose droite avec gonalgies d'effort " n'est pas liée à un accident de service et ne trouve pas son origine dans une lésion soudaine consécutive à un fait précis de service, les phénomènes dégénératifs étaient déjà notés lors de la première constatation médicale du 13 mars 2012, comme le relève le rapport d'expertise. Par suite, l'infirmité de " gonarthrose droite avec gonalgies d'effort " constitue une maladie imputable au service et non pas une blessure. Eu égard au caractère modéré de la symptomatologie de M. A et en accord avec les mentions indicatives du guide-barème des pensions militaires d'invalidité, il convient de retenir à la date du 31 juillet 2016, ainsi qu'y a procédé l'administration, un taux d'invalidité de 10 % pour cette maladie. Ce taux, au demeurant non contesté par le requérant, étant inférieur au taux indemnisable minimum de 30 % requis par les dispositions précitées de l'article L. 4 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, M. A ne peut prétendre à la révision de sa pension militaire d'invalidité au titre de cette infirmité.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions visées ci-dessus de M. A sont rejetées.
Sur les dépens de l'instance :
10. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat./ Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties./ L'Etat peut être condamné aux dépens. ". Aux termes de l'article 24 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Les dépenses qui incomberaient au bénéficiaire de l'aide juridictionnelle s'il n'avait pas cette aide sont à la charge de l'Etat. () ". Aux termes de l'article 40 de cette même loi : " L'aide juridictionnelle concerne tous les frais afférents aux instances, procédures ou actes pour lesquels elle a été accordée, à l'exception des droits de plaidoirie. Le bénéficiaire de l'aide est dispensé du paiement, de l'avance ou de la consignation de ces frais. Les frais occasionnés par les mesures d'instruction sont avancés par l'Etat. "
11. En application de ces dispositions, il y a lieu de mettre les frais de l'expertise ordonnée par le tribunal administratif le 25 mai 2022, liquidés et taxés à la somme totale de 1 200 euros par ordonnance de la présidente du tribunal le 29 août 2022, à la charge définitive de l'Etat (ministère des armées).
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 1 200 euros, sont mis à la charge définitive de l'Etat (ministère des armées).
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Petitgirard et au ministre des armées.
Une copie en sera adressée pour information au Dr B, expert désigné par le tribunal.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Héry, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Biscarel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.
La rapporteure,
N. SODDU
La présidente,
F. HERY La greffière,
M. C
La République mande et ordonne au ministre des armées, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026