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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-1906897

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-1906897

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-1906897
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCIPIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 octobre 2018 au greffe du tribunal des pensions militaires d'invalidité de Toulouse, transmise par l'effet du décret n° 2018-1291 du 28 décembre 2018 au greffe du tribunal administratif de Toulouse pour y être enregistrée le 4 novembre 2019, et des mémoires enregistrés le 8 juin 2021 et le 22 décembre 2022, M. E A, représenté par Me Cipiere, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 1er juin 2018 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande tendant à la révision de sa pension militaire d'invalidité pour aggravation de l'infirmité " troubles psychiatriques " et de réviser, en conséquence, ses droits à pension en fixant le taux d'invalidité résultant de cette infirmité à 20 % et ce, à compter du 3 juillet 2017, date d'enregistrement de sa demande de révision ;

2°) d'ordonner une expertise et désigner un médecin expert afin de déterminer s'il existe une aggravation de son état de santé s'agissant des affections gastriques et de l'état séquellaire de son genou droit, d'évaluer le taux d'invalidité en résultant et dire que les frais d'expertise seront avancés par le Trésor public en application de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- la décision du 1er juin 2018 est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que l'infirmité " troubles psychiatriques " s'est aggravée ; le taux de cette infirmité doit être fixé à 20 % conformément à l'avis de l'expert ;

- ses affections gastriques et cutanées et ses séquelles d'ostéochondrite du genou droit auraient dû faire l'objet d'un examen dès lors qu'il demandait la révision de sa pension également au titre de ses pathologies ; une nouvelle expertise permettrait de confirmer l'aggravation de son état de santé et la nécessité de réviser sa pension d'invalidité.

Par des mémoires en défense enregistrés le 4 novembre 2019, le 8 décembre 2022 et le 5 janvier 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Le ministre des armées soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er octobre 2019.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la défense ;

- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;

- la loi n° 2018-607 du 13 juillet 2018 ;

- le décret n° 2018-1291 du 28 décembre 2018 portant transfert de compétence entre juridictions de l'ordre administratif pris pour l'application de l'article 51 de la loi n° 2018-607 du 13 juillet 2018 relative à la programmation militaire pour les années 2019 à 2025 et portant diverses dispositions intéressant la défense ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Biscarel,

- et les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E A est entré en service dans l'armée de terre le 3 août 1981 et a été rayé des contrôles le 13 août 1982. Une pension militaire d'invalidité définitive lui a été concédée au titre des infirmités " séquelles d'ostéochondrite du genou droit " et " troubles psychiatriques " respectivement au taux de 25 % et 10 % + 5, à compter du 25 juin 1993, ces infirmités étant imputables à une blessure reçue en service le 10 janvier 1982. Le 3 juillet 2017, M. A a sollicité la révision de ses droits à pension pour aggravation de l'infirmité " troubles psychiatriques ". Par une décision du 1er juin 2018, la ministre des armées a rejeté sa demande au motif qu'aucune aggravation n'a été constatée. Par sa requête, M. A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler cette décision du 1er juin 2018 et d'ordonner une expertise médicale.

Sur les droits de l'intéressé à révision de sa pension :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 151-2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " La pension militaire d'invalidité prévue par le présent code est attribuée sur demande de l'intéressé après examen, à son initiative, par une commission de réforme selon des modalités fixées par décret en Conseil d'Etat. L'entrée en jouissance est fixée à la date du dépôt de la demande / Il en est de même de la date d'entrée en jouissance de la pension révisée pour aggravation ou pour prise en compte d'une infirmité nouvelle. () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration doit se placer à la date de la demande de l'intéressé pour évaluer ses droits à révision de sa pension militaire d'invalidité, et notamment le taux d'invalidité résultant de l'infirmité au titre de laquelle cette révision est sollicitée, soit, en l'espèce, à la date du 3 juillet 2017.

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 154-1 du même code : " Le titulaire d'une pension d'invalidité concédée à titre définitif peut en demander la révision en invoquant l'aggravation d'une ou plusieurs des infirmités en raison desquelles cette pension a été accordée. / Cette demande est recevable sans condition de délai. / La pension ayant fait l'objet de la demande est révisée lorsque le pourcentage d'invalidité résultant de l'infirmité ou de l'ensemble des infirmités est reconnu supérieur de 10 points par rapport au pourcentage antérieur. / Toutefois, l'aggravation ne peut être prise en considération que si le supplément d'invalidité est exclusivement imputable aux blessures et aux maladies constitutives des infirmités pour lesquelles la pension a été accordée. / La pension définitive révisée est concédée à titre définitif. ". Il résulte de ces dispositions que la pension d'invalidité concédée à titre définitif dont la révision est demandée pour aggravation n'est susceptible d'être révisée que lorsque le pourcentage d'invalidité résultant de l'infirmité ou de l'ensemble des infirmités se trouve augmenté d'au moins dix points.

4. Pour refuser la révision de la pension militaire d'invalidité concédée à M. A au titre de l'infirmité " troubles psychiatriques ", le ministre des armées s'est fondé sur l'avis de la commission de réforme du 31 mai 2018 proposant le maintien du taux de 10 % et sur l'avis du médecin en charge des pensions militaires d'invalidité, daté du 7 mars 2018, estimant que " les séquelles décrites sont identiques à la dernière expertise dans leur configuration et leur intensité " et concluant ainsi à l'absence d'aggravation et au maintien du taux d'invalidité de 10%.

5. A l'appui de sa demande de révision de sa pension d'invalidité, M. A se prévaut du rapport d'expertise du 1er février 2018 établi par le Dr B, psychiatre, mentionnant que " d'après les documents consultés notamment l'attestation médicale du docteur D en date du 2 mai 2017 () il existe une aggravation depuis l'expertise réalisée par le docteur F le 25 janvier 2010 avec recrudescence des troubles du sommeil, de l'appétit, des conduites addictionnelles et de l'état dépressif surement sur fond de personnalité sensitive ". En outre, cet expert a retenu une aggravation de l'état de santé du requérant depuis la précédente expertise réalisée en 2010 sur la base de l'attestation du Dr D, et a proposé de retenir un taux de 20 % pour l'infirmité " troubles psychiatriques ".

6. Il résulte toutefois de l'instruction que si l'attestation du 2 mai 2017 du Dr D, psychiatre, à laquelle fait référence l'expert en 2018, mentionne effectivement une aggravation, cette aggravation n'est pas décrite depuis la dernière expertise réalisée en 2010, mais antérieurement à celle-ci. En effet, le Dr D indique que " depuis 1993, son état psychique et en particulier l'état dépressif s'est sensiblement aggravé du fait de la persistance de la douleur, de l'incapacité d'une réinsertion professionnelle mais aussi sociale et de l'aggravation qui suit un sentiment de dévalorisation. Son état psychologique s'est détérioré car plus vulnérable aux atteintes émotionnelles depuis son accident du 10 janvier 1982. Il présente des décompensations rapprochées lors d'évènements difficiles émotionnellement, son état psychique s'est particulièrement détérioré depuis juin 2007, suivi en 2009 d'une tentative de suicide et hospitalisation en juin 2009. Au total, l'état mental et les pathologies psychiatriques se sont aggravées depuis 2007 ". Les éléments contenus dans cette attestation ne sont pas de nature à établir une aggravation à la date de la demande le 3 juillet 2017 et depuis la dernière expertise réalisée en 2010, alors au demeurant qu'une précédente demande de révision pour la même aggravation, présentée en 2009 a été rejetée par décision du 11 mars 2010, confirmée par le tribunal des pensions militaires du 18 juin 2013.

7. En outre, si le Dr D constate, dans cette même attestation du 2 mai 2017, des troubles de " apragmatisme idéomoteur, idées morbides, anxiété exprimée sous forme de conversion somatique avec une perception exaspérée des pathologies dont il est victime, une hyperesthésie sensitive de type Krechmer avec mise en place de rituels de réassurance, insomnie, troubles du comportement avec tendance à l'isolement et aux réactions impulsives ", il résulte de l'instruction, comme le fait valoir l'administration en défense que ces mêmes troubles ont été décrits en des termes strictement identiques par le Dr D dans un certificat médical en date du 8 décembre 1990. Enfin, si le certificat établi par ce médecin le 2 mai 2017 mentionne le traitement médicamenteux de M. A, ce traitement est strictement identique au précédent traitement figurant dans le certificat du 19 juin 2009, hormis le remplacement du somnifère Imovane par un autre somnifère. Ainsi, le traitement médicamenteux du requérant n'a pas évolué entre ces deux dates.

8. Il résulte de ce qui précède que M. A ne présentait pas à la date de sa demande de révision de sa pension le 3 juillet 2017 une aggravation de son infirmité " troubles psychiatriques " dont le taux d'invalidité s'élevait alors à 20 %.

Sur les conclusions à fin d'expertise :

9. D'une part, aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. () ". Il incombe, en principe, au juge de statuer au vu des pièces du dossier, le cas échéant après avoir demandé aux parties les éléments complémentaires qu'il juge nécessaires à son appréciation. Il ne lui revient d'ordonner une expertise que lorsqu'il n'est pas en mesure de se prononcer au vu des pièces et éléments qu'il a recueillis et que l'expertise présente ainsi un caractère utile

10. D'autre part, aux termes de l'article L. 711-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, dans sa version applicable au litige : " Les contestations individuelles auxquelles donne lieu l'application des dispositions du livre Ier et des titres Ier, II et III du livre II sont jugées en premier ressort par le tribunal des pensions et en appel par la cour régionale des pensions ". L'article R. 731-2 du même code dispose : " Sous réserve du cas des recours en révision prévus par l'article L. 154-4, les décisions individuelles prises en application des dispositions du livre premier et des titres I, II et III du livre II du présent code sont susceptibles, dans le délai de six mois à compter de leur notification, de recours devant le tribunal des pensions () ".

11. M. A demande que le tribunal ordonne une expertise afin de déterminer s'il existe une aggravation de son état de santé au titre des affections gastriques et cutanées et des séquelles d'ostéochondrite du genou droit et d'évaluer le taux d'invalidité en résultant. Il résulte toutefois de l'instruction et notamment de sa demande de révision présentée le 3 juillet 2017 que celle-ci ne concernait que son infirmité codifiée 5910 - trouble psychiatrique. En outre, si les certificats médicaux du 2 mai 2017 et du 7 juin 2017, produits à l'appui de sa demande, mentionnent respectivement " la lésion méniscale droite et les affections gastriques et cutanées " et des " problèmes digestifs " il ne peut s'en déduire que la demande de révision présentée par le requérant concernait ces infirmités, alors au demeurant que celles relatives aux affectations gastriques et cutanées ne sont pas pensionnées. Par suite, il n'y a pas lieu d'ordonner une expertise.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A aux fins d'annulation de la décision attaquée du 1er juin 2018 et aux fins d'expertise doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme demandée par M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, à Me Cipiere et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.

La rapporteure,

B. BISCAREL

La présidente,

F. HÉRYLa greffière,

M. C

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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