jeudi 22 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-1907180 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | HERRMANN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 17 décembre 2019, le 18 mars 2021 et le 14 juin 2021, la société civile immobilière La Volpaisienne, représentée par Me Conquet, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Sainte-Croix Volvestre à lui verser les sommes de 245 486,40 euros au titre des frais de remise en état de sa propriété, de 1 000 euros au titre de la surconsommation anormale d'eau et de 50 000 euros au titre des troubles de jouissance, préjudices qu'elle estime avoir subis du fait du défaut d'entretien de la digue du Volp ;
2°) d'enjoindre à la commune de Sainte-Croix Volvestre de réaliser les travaux de consolidation de la digue du Volp sous astreinte de 100 euros par jour de retard, dans un délai de six mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ; elle ne s'est pas précédemment désistée de son action ; son mémoire en intervention volontaire dans le cadre de l'instance n°1601807 ne saurait être qualifié de requête indemnitaire préalable et aucune décision de rejet de sa demande n'est intervenue avant celle du 20 octobre 2019 ;
- sa créance n'est pas prescrite dès lors que le dommage a eu lieu en avril 2014, le point de départ de la prescription quadriennale est fixé au 1er janvier 2015 et son terme au 31 décembre 2019 ; en outre, la prescription quadriennale a été interrompue par le recours formé le 18 octobre 2017 devant le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse ;
- la responsabilité de la commune de Sainte-Croix Volvestre est engagée dès lors qu'elle n'a pas entretenu la digue, ouvrage public dont elle était responsable, ce qui a entraîné l'effondrement de la passerelle et de la parcelle lors de la crue du Volp du 4 avril 2014 ;
- la commune sera condamnée à lui verser la somme de 245 486,40 euros au titre des frais de remise en état du site ;
- sa parcelle était devenue inaccessible du fait de l'effondrement de la passerelle, elle subit un préjudice de jouissance évalué à 50 000 euros ;
- elle subit également un préjudice lié à une surconsommation d'eau qui peut être évalué forfaitairement à 1 000 euros ;
- il convient enfin d'enjoindre à la commune de procéder aux travaux de consolidation de la digue.
Par un mémoire enregistré le 15 avril 2021, la commune de Sainte-Croix Volvestre, représentée par Me Herrmann, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société requérante la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, la requête est irrecevable, la société requérante s'étant désistée de son action indemnitaire dans le cadre de l'instance n°1601807 ;
- la requête est tardive dès lors que la société a adressé une première demande indemnitaire préalable, constituée par son mémoire en intervention enregistré le 18 octobre 2017 dans l'instance n°1601807, laquelle a été rejetée par décision expresse de la commune, caractérisée par son mémoire en défense du 27 mai 2019, la présente requête a été introduite au-delà d'un délai de recours de deux mois à compter de cette décision ; il s'ensuit que la décision implicite de rejet opposée au recours de la société du 14 août 2019 présente un caractère purement confirmatif de la décision expresse de rejet du 27 mai 2019 ;
- la requête est introduite au-delà de l'expiration d'un délai raisonnable à compter de l'intervention volontaire de la société dans l'instance 1601807 ;
- la requête est irrecevable dès lors que la société requérante ne justifie d'aucun intérêt légitime, son recours s'inscrivant dans une démarche abusive et dilatoire ;
- la requête est irrecevable dès lors que la société requérante ne précise pas suffisamment le fondement juridique de la responsabilité sur lequel elle entend se placer ;
- les conclusions à fin d'injonction, présentées à titre principal, sont irrecevables ;
- les conclusions indemnitaires se heurtent à la prescription quadriennale en application de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 ;
- à titre subsidiaire, le rapport de l'expert mandaté par l'assureur de la requérante ne permet pas d'affirmer qu'un défaut d'entretien de l'ouvrage public serait à l'origine des dégradations subies par la société requérante ; elles apparaissent au contraire imputables à un défaut d'entretien des rives par la société ainsi que par la présence même de la passerelle, empêchant le bon écoulement des eaux ;
- le rapport d'expertise judiciaire a été établi en méconnaissance du principe du contradictoire ; il apparaît partial et incomplet ;
- les travaux réalisés par la commune ont toujours été conformes aux consignes de la direction départementale des territoires de l'Ariège ;
- la nature limono-sablonneuse des berges du Volp, facteur d'instabilité, ainsi que l'intensité des phénomènes pluvieux des 25 janvier et 4 avril 2014 ayant entraîné ses crues, sont constitutives d'un cas de forme majeure ;
- la société, qui n'apporte aucun justificatif de la réalité des préjudices dont elle demande l'indemnisation, ne démontre pas davantage leur caractère anormal et spécial ; une personne publique ne peut être condamnée à verser une somme qu'elle ne doit pas ; le montant des frais de remise en état est largement surévalué par l'expert dès lors qu'il apparaît cent-trente fois supérieur à la valeur foncière réelle des parcelles ; rien n'indique, en outre, que de tels travaux sont effectivement réalisables, le caractère certain du préjudice correspond fait donc défaut.
Par une ordonnance du 8 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 août 2022.
Trois mémoires en production de pièces et un mémoire, présentés pour la commune de Sainte-Croix Volvestre, ont été enregistrés les 30 et 31 décembre 2021 ainsi que le 22 août 2022 et n'ont pas été communiqués.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Chalbos, rapporteure,
- les conclusions de M. Rives, rapporteur public,
- et les observations de Me Conquet, représentant la SCI La Volpaisienne.
Considérant ce qui suit :
1. La société civile immobilière (SCI) La Volpaisienne est propriétaire d'un ensemble immobilier sur le territoire de la commune de Sainte-Croix Volvestre (Ariège), composé d'une parcelle, sur laquelle se trouve une maison d'habitation, reliée a` une autre parcelle d'agrément par une passerelle enjambant la rivière du Volp. Le 4 avril 2014, à la suite de fortes intempéries ayant provoqué une crue du Volp, la rive gauche de la berge s'est effondrée dans la rivière, entraînant la passerelle métallique. La SCI La Volpaisienne et Mme A, associée de la SCI et locataire de la maison d'habitation, ont saisi le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse, qui, par une ordonnance du 27 avril 2018, a ordonné une expertise en vue de déterminer l'origine des désordres subis par les requérantes et d'évaluer leurs préjudices. L'expert a rendu son rapport le 27 mars 2019. Le 14 août 2019, la SCI La Volpaisienne a adressé à la commune de Sainte-Croix Volvestre une demande indemnitaire préalable, reçue le 20 août suivant. Une décision implicite de rejet est née le 20 octobre 2019. Par la présente requête, la société demande au tribunal, d'une part, de condamner la commune de Sainte-Croix Volvestre à lui verser la somme globale de 296 486,40 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait du défaut d'entretien de la digue du Volp, d'autre part, d'enjoindre à la commune de réaliser les travaux nécessaires à la consolidation de la digue.
Sur les fins de non-recevoir opposées par la commune :
2. En premier lieu, le fait, pour la société requérante, de s'être désistée de son intervention au soutien de la requête de Mme A, présentée devant le tribunal administratif de céans dans le cadre de l'instance n°1601807, ne saurait, eu égard aux termes de son mémoire en désistement ainsi qu'aux motifs du jugement du 4 juillet 2019, être regardé comme une renonciation à son droit d'introduire la présente action indemnitaire, et ce, quand bien même elle aurait présenté la même demande à l'appui de son intervention. Aucune irrecevabilité ne peut donc lui être opposée du fait d'un tel désistement.
3. En deuxième lieu, la commune de Sainte-Croix Volvestre ne peut sérieusement soutenir que le mémoire en intervention présenté par la société requérante dans l'instance n°1601807 devrait être regardé comme une demande indemnitaire préalable au sens de l'article R. 421-1 du code de justice administrative. Elle ne peut davantage soutenir que le mémoire en défense produit le 27 mai 2019 dans le cadre de la même instance constituerait une décision expresse de rejet de la demande de la société La Volpaisienne, un mémoire en défense contestant le bien-fondé de conclusions tendant au versement d'une somme d'argent présentées devant le juge n'ayant pas pour effet de lier le contentieux au sens de l'article R. 421-1 du code de justice administrative. Il s'ensuit que les fins de non-recevoir tirées de la tardiveté de la requête, faute d'avoir été introduite dans le délai de deux mois à compter du 28 mai 2018, ainsi que du caractère confirmatif de la décision implicite de rejet née le 20 octobre 2019 du silence gardé par la commune sur la demande du 14 août 2019 de la société, ne peuvent qu'être écartées.
4. En troisième lieu, si la commune fait valoir que la requête de La Volpaisienne a été introduite au-delà d'un délai raisonnable d'un an à compter de son intervention dans l'instance n°1601807, la prise en compte de la sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause indéfiniment des situations consolidées par l'effet du temps, est assurée, pour les recours tendant à la mise en jeu de la responsabilité d'une personne publique, par les règles de prescription prévues par la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968. La fin de non-recevoir de la commune, qui ne repose sur aucune disposition légale ou réglementaire ni aucun principe, ne peut donc être accueillie.
5. En quatrième lieu, la société requérante, qui est propriétaire de parcelles sinistrées et qui impute son préjudice à l'effondrement de la digue du Volp du fait d'un défaut d'entretien par la commune de Sainte-Croix Volvestre, a un intérêt légitime à demander l'indemnisation des désordres qu'elle subit. Sa requête ne présente donc pas un caractère abusif ou dilatoire, quel que soit le sort devant lui être réservé. La fin de non-recevoir tirée de l'absence d'intérêt légitime pour agir sera donc écartée.
6. En cinquième et dernier lieu, et contrairement à ce que soutient la commune de Sainte-Croix Volvestre, la société requérante, qui soutient subir des dommages résultant de l'effondrement de la digue du Volp du fait du mauvais entretien de cette dernière, ne s'est pas abstenue de préciser le fondement juridique de sa demande.
Sur l'exception de prescription quadriennale :
7. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'État, des départements et des communes, () sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis ".
8. Lorsque la responsabilité d'une personne publique est recherchée au titre d'un dommage causé à un tiers par un ouvrage public, les droits de créance invoqués par ce tiers en vue d'obtenir l'indemnisation de ses préjudices doivent être regardés comme acquis, au sens de ces dispositions, à la date à laquelle la réalité et l'étendue de ces préjudices ont été entièrement révélées, ces préjudices étant connus et pouvant être exactement mesurés. La créance indemnitaire relative à la réparation d'un préjudice présentant un caractère évolutif doit être rattachée à chacune des années au cours desquelles ce préjudice a été subi.
9. D'une part, il résulte de l'instruction que le préjudice résultant de l'effondrement de la passerelle reliant les parcelles de la société requérante était connu dans son existence et son étendue dès la réalisation du sinistre survenu le 4 avril 2014 à la suite de la crue du Volp. Dès lors, pour la computation du délai de prescription, ce chef de préjudice doit être rattaché à l'année 2014. Le délai de prescription de la créance s'attachant à ce chef de préjudice, qui a commencé à courir à compter du 1er janvier 2015, et a été interrompu le 18 octobre 2017 par l'introduction d'une requête en référé expertise devant le tribunal et a recommencé à courir lors de la remise aux parties du rapport d'expertise du 27 mars 2019. La demande indemnitaire de la société, reçue le 20 août 2019 par la commune, a donc été présentée avant l'expiration du délai de prescription.
10. D'autre part, les préjudices tenant à la perte de jouissance de la parcelle devenue inaccessible du fait de l'effondrement de la passerelle ainsi qu'à une surconsommation d'eau étaient, par nature, susceptibles d'évoluer dans le temps. Ces chefs de préjudice doivent être rattachés à chacune des années durant lesquelles ils ont été subis depuis la réalisation du sinistre le 4 avril 2014. Dans ce cas, le délai de prescription de la créance relative à chacune des années depuis l'année 2014 court à compter du 1er janvier de l'année suivante, soit au plus tôt au 1er janvier 2015. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, aucune exception de prescription quadriennale ne peut être opposée à la société.
Sur la responsabilité de la commune de Sainte-Croix Volvestre :
11. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage n'est pas inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel.
12. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise judiciaire, lequel est précis, sérieux et a été établi dans le respect du contradictoire, que la fragilité de la digue, connue depuis 2004 du fait de l'apparition d'un " renard ", a nécessité la mise en demeure de la commune par la mission interservices de l'eau, en vue notamment de créer un batardeau isolant, de combler le renard et de couler un parement amont étanche en béton. Les travaux réalisés par la commune à la suite de cette mise en demeure ont seulement consisté en un enrochement et la pose d'un remblai drainant. Le renard étant réapparu en 2008, la commune a procédé à un colmatage sommaire par la pose de sacs de sable. A la suite d'une première crue du Volp le 25 janvier 2014, du fait d'intempéries, le flux s'est reporté vers la rive gauche et l'appui de la digue à cet endroit a cédé. Une seconde crue du Volp, le 4 avril 2014, a entraîné l'effondrement de la digue. Un tel dysfonctionnement de la digue, qui résulte de l'insuffisance des réparations effectuées par la commune, a été à l'origine de l'effondrement de la passerelle appartenant à la société requérante, ainsi que de l'érosion précipitée de sa parcelle.
13. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que les précipitations de 2014 ayant entraîné les crues du Volp, qui présentent un caractère habituel, auraient revêtu une ampleur exceptionnelle permettant de les regarder comme un cas de force majeure. Il ne résulte pas davantage de l'instruction que les désordres subis par la société requérante seraient imputables à un défaut d'entretien de ses rives, ou par la présence même de la passerelle, laquelle n'a constitué un obstacle pour le bon écoulement des eaux qu'après s'être effondrée dans la rivière, soit postérieurement au sinistre. En outre, la circonstance que, pour des raisons géologiques, les rives du Volp sont instables n'est pas de nature à remettre en cause le lien de causalité affirmé par l'expert entre l'effondrement de la digue et les dommages constatés. Dans ces conditions, la commune de Sainte-Croix Volvestre engage sa responsabilité du fait des dommages accidentels causés à la SCI La Volpaisienne par l'effondrement et, partant, le dysfonctionnement de la digue.
Sur les préjudices :
14. Il résulte de l'instruction que les désordres subis par la société requérante lors de la crue du Volp nécessitent d'importants travaux de remise en état, lesquels consistent, selon le rapport d'expertise judiciaire, en la reconstitution de la topographie à l'initiale en rive gauche avec les protections adaptées, la réparation et la remise en état de la passerelle et la réparation du moine. Si la commune fait valoir que le coût des travaux estimé par l'expert apparaît disproportionné par rapport à la valeur foncière des terrains, elle ne conteste en revanche pas le caractère nécessaire et adéquat des travaux préconisés. La SCI La Volpaisienne est donc en droit de prétendre à une indemnité au titre des frais de remise en état du terrain et de la passerelle d'un montant de 245 486,40 euros, tels qu'évalués par l'expertise judiciaire.
15. En revanche, si la société requérante se prévaut de la perte de valeur de la parcelle devenue inaccessible depuis l'effondrement de la passerelle et qui n'est plus entretenue par des chevaux ayant dû être évacués, elle n'établit pas la réalité de cette perte de valeur dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'elle produisait, avant le sinistre, des revenus locatifs, ou qu'elle était destinée à la vente. Elle n'apporte pas davantage d'éléments permettant d'établir la réalité du préjudice de jouissance de la parcelle dont elle sollicite réparation.
16. Enfin, les consommations anormales d'eau constatées entre le 1er juillet 2016 et le 6 mars 2017 concernent les désordres affectant l'habitation occupée par Mme A. La société La Volpaisienne, qui n'apporte aucun élément tendant à démontrer qu'elle aurait définitivement supporté de telles charges sans les répercuter sur sa locataire, ne justifie pas du caractère réel et personnel d'un tel préjudice.
17. Il résulte de ce qui précède que la SCI La Volpaisienne a droit à une indemnité de 245 486,40 euros en réparation du préjudice subi du fait de la rupture de la digue du Volp.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
18. Lorsque le juge administratif condamne une personne publique responsable de dommages qui trouvent leur origine dans l'exécution de travaux publics ou dans l'existence ou le fonctionnement d'un ouvrage public, il peut, saisi de conclusions en ce sens, s'il constate qu'un dommage perdure à la date à laquelle il statue du fait de la faute que commet, en s'abstenant de prendre les mesures de nature à y mettre fin ou à en pallier les effets, la personne publique, enjoindre à celle-ci de prendre de telles mesures. Pour apprécier si la personne publique commet, par son abstention, une faute, il lui incombe, en prenant en compte l'ensemble des circonstances de fait à la date de sa décision, de vérifier d'abord si la persistance du dommage trouve son origine non dans la seule réalisation de travaux ou la seule existence d'un ouvrage, mais dans l'exécution défectueuse des travaux ou dans un défaut ou un fonctionnement anormal de l'ouvrage et, si tel est le cas, de s'assurer qu'aucun motif d'intérêt général, qui peut tenir au coût manifestement disproportionné des mesures à prendre par rapport au préjudice subi, ou aucun droit de tiers ne justifie l'abstention de la personne publique. En l'absence de toute abstention fautive de la personne publique, le juge ne peut faire droit à une demande d'injonction, mais il peut décider que l'administration aura le choix entre le versement d'une indemnité dont il fixe le montant et la réalisation de mesures dont il définit la nature et les délais d'exécution.
19. Si la SCI La Volpaisienne soutient que l'abstention de la commune de Sainte-Croix Volvestre à effectuer des travaux de consolidation de la digue est constitutive d'une faute ayant pour conséquence de faire perdurer les dommages qu'elle subit, il résulte de l'instruction qu'à la suite d'une étude géotechnique réalisée en août 2015, la commune de Sainte-Croix Volvestre a décidé de faire procéder à la démolition de la digue du Volp, laquelle a été réalisée au cours de l'été 2020, la réception des travaux ayant eu lieu le 3 septembre 2020. Il apparaît ainsi qu'à la date de la présente décision, aucune abstention fautive de la commune ne peut être constatée et que les conclusions de la société requérante tendant à ce qu'il soit enjoint à la commune de Sainte-Croix Volvestre de procéder à des travaux de consolidation de la digue ne peuvent donc, en tout état de cause, qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de la SCI La Volpaisienne, qui n'est pas la partie perdante, et à ce qu'une somme soit mise à sa charge en faveur de la commune de Sainte-Croix Volvestre.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Sainte-Croix Volvestre est condamnée à verser à la SCI La Volpaisienne une indemnité de 245 486,40 euros en réparation du préjudice subi du fait de l'effondrement de la digue située sur le Volp.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Sainte-Croix Volvestre présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière La Volpaisienne et à la commune de Sainte-Croix Volvestre.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Katz, président,
Mme Chalbos, conseillère,
Mme Jorda, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.
La rapporteure,
C. CHALBOS
Le président,
D. KATZLa greffière,
C. CASTRILLO
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ariège, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026