jeudi 23 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2000573 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP BOUYSSOU ET ASSOCIES |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête n° 2000573 et des mémoires, enregistrés les 31 janvier 2020, 15 septembre 2021, 8 juin 2022 et 25 août 2022, Mme C F et M. E B, représentés par Me Courrech, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler la délibération du 17 décembre 2019 n° 2019-12-17 du conseil municipal de Saint-Nauphary, ensemble la décision du 28 février 2019 et la décision implicite née le 25 avril 2019 par lesquelles le maire de Saint-Nauphary a refusé de faire cesser des nuisances sonores liées à l'utilisation du complexe sportif de la commune ;
2°) d'enjoindre à la commune de Saint-Nauphary de réduire ces nuisances afin qu'elles n'excèdent pas les seuils réglementaires par la mise en place d'une solution adaptée consistant en l'édification d'un mur anti-bruit ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Nauphary le paiement de la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la requête est recevable ;
- la décision du 28 février 2019 est insuffisamment motivée ;
- la délibération du 17 décembre 2019 est irrégulière en l'absence d'une convocation régulière des conseillers municipaux;
- les nuisances sonores qu'ils subissent sont caractérisées ;
- le maire de Saint-Nauphary est dans l'obligation de réglementer le bruit du voisinage en application de l'arrêté du préfet de Tarn-et-Garonne du 21 juin 2004 ;
- le maire et le conseil municipal de Saint-Nauphary ont méconnu les dispositions combinées des articles R. 1336-5 et suivants du code de la santé publique et L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales en refusant de prendre des mesures pour diminuer les nuisances sonores qu'ils subissent en raison de la proximité du terrain de football.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 mars 2021, 21 septembre 2021, 5 juillet 2022 et 31 août 2022, la commune de Saint-Nauphary, prise en la personne de son maire et représentée par Me Sire, conclut au rejet de la requête, à titre principal comme irrecevable et à titre subsidiaire comme non fondée, et à ce que la somme de 3 500 euros soit mise à la charge de M. et Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la décision du 28 février 2019 ne fait pas grief aux requérants ;
- les autres moyens soulevés par M. et Mme B ne sont pas fondés.
II. Par une requête n° 2205023 et des mémoires, enregistrés les 25 août 2022, 29 septembre 2022, 4 mai 2023, 11 juin 2023 et 11 juillet 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, Mme C F et M. E B, représentés par Me Courrech, demandent au tribunal :
1°) de condamner la commune de Saint-Nauphary à leur verser la somme de 152 938,97 euros en réparation des préjudices subis, assortie des intérêts au taux légal à compter de leur demande indemnitaire ;
2°) d'enjoindre à la commune de réaliser des travaux nécessaires pour réduire les nuisances par la mise en place d'une solution adaptée ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Nauphary le paiement de la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leurs conclusions sont recevables ;
- la responsabilité sans faute de la commune est engagée car ils ont subi un préjudice anormal et spécial du fait du fonctionnement de l'ouvrage public que constitue le terrain de football, qui excède les sujétions que les riverains d'un tel ouvrage sont normalement appelés à supporter ;
- la responsabilité pour faute de la commune est engagée en raison de son inaction fautive pour faire cesser ces nuisances sonores ;
- leurs préjudices s'élèvent à 152 938,97 euros, à raison de 9 938,97 euros pour les dépenses exposées, de 18 000 euros pour les troubles dans leurs conditions d'existence et de 125 000 euros pour la dépréciation de la valeur de leur bien immobilier ;
- la réalisation d'un aménagement de type écran acoustique diminuerait substantiellement les nuisances sonores subies.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 30 mars, 12 juin et 11 juillet 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la commune de Saint-Nauphary, prise en la personne de son maire et représentée par Me Sire, conclut au rejet de la requête, à titre principal comme irrecevable et à titre subsidiaire comme non fondée, et à ce que la somme de 3 500 euros soit mise à la charge de M. et Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les conclusions à fin d'injonction sont irrecevables ;
- sa responsabilité ne saurait être engagée, ni sans faute, ni pour faute ;
- le montant de la réparation des préjudices allégués n'est pas justifié.
Vu :
- les autres pièces des dossiers ;
- l'ordonnance n° 2000629 du juge des référés du tribunal en date du 16 juin 2020 ;
- l'ordonnance n° 2000629 du 30 mai 2022 par laquelle le juge des référés du tribunal a taxé et liquidé les frais de l'expertise.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la santé publique ;
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Hecht,
- les conclusions de M. Déderen, rapporteur public,
- et les observations de Me Calmette, représentant M. et Mme B, et D, représentant la commune de Saint-Nauphary.
Considérant ce qui suit :
1. Entre 2016 et 2017, la commune de Saint-Nauphary a procédé à la construction d'un complexe sportif sur une parcelle lui appartenant. Par un courrier du 20 décembre 2018, M. et Mme B, propriétaire d'un terrain situé 1051 route d'Albi, en limite de ce complexe sportif, ont demandé à la commune de prendre toute mesure pour remédier aux nuisances visuelles et sonores qu'ils estimaient subir du fait du terrain de football attenant. Par un courrier du 25 février 2019, qui a fait l'objet d'une réponse du maire de Saint-Nauphary le 28 février 2019, M. et Mme B ont de nouveau demandé au maire de faire cesser ces nuisances. Par la suite, ils ont fait réaliser un rapport d'expertise acoustique à leurs frais, rendu le 22 mai 2019. Par une délibération du 1er juillet 2019, la commune de Saint-Nauphary a désigné un bureau d'étude acoustique et a mandaté le cabinet Delhom acoustique, qui a rendu son rapport le 21 novembre 2019. Par une délibération du 17 décembre 2019, la commune de Saint-Nauphary a rejeté la proposition de diminution des nuisances sonores émise par ce rapport. Par une requête du 31 janvier 2020, M. et Mme B ont sollicité sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative une mesure d'expertise relative aux nuisances sonores qu'ils subiraient, au contradictoire de la commune exposante. Par une ordonnance n°2000629 du 16 juin 2020, le juge des référés du tribunal a désigné M. A comme expert pour identifier, notamment, les désordres dont se plaignent M. et Mme B, leurs causes et les travaux de remédiation. D'une part, par la requête susvisé n° 2000573, M. et Mme B demandent l'annulation de la délibération du 17 décembre 2019, ensemble la décision du 28 février 2019 et la décision implicite de rejet par lesquelles le maire de Saint-Nauphary a refusé de faire droit à leur demande de faire cesser des nuisances. D'autre part, par un courrier du 15 juin 2022, M. et Mme B ont formé une demande indemnitaire préalable auprès de la commune, en réparation des préjudices subis du fait de ces nuisances. Cette demande a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Par la requête susvisée n° 2205023, ils demandent de condamner la commune à leur verser la somme de 152 938,97 euros en réparation de ces préjudices, et de lui enjoindre à réaliser les travaux nécessaires pour mettre fin aux nuisances précitées.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées n° 2000573 et n° 2205023 de M. et Mme B présentent à juger des questions connexes. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la recevabilité des conclusions dirigées contre la décision du maire de Saint-Nauphary du 28 février 2019 :
3. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 25 février 2019, reçu le 27 février 2019, M. et Mme B ont demandé au maire de Saint-Nauphary de faire cesser les nuisances sonores liées au terrain de football attenant à leur propriété. Toutefois, il résulte des termes mêmes du courrier du maire en réponse, en date du 28 février 2019, qui mentionne les mesures déjà prises et indique avoir " confié le dossier à un conseil " en ce qui concerne ce problème acoustique, qu'il ne saurait être regardé comme une décision de refus de prendre des mesures en ce sens. Par suite, la commune est fondée à soutenir que ce courrier ne fait pas grief aux requérants, et que les conclusions dirigées contre la décision de refus que contiendrait ce courrier sont irrecevables.
En ce qui concerne le défaut de convocation régulière des conseillers municipaux de Saint-Nauphary :
4. Aux termes de l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " Toute convocation est faite par le maire. Elle indique les questions portées à l'ordre du jour. Elle est mentionnée au registre des délibérations, affichée ou publiée. Elle est adressée par écrit, au domicile des conseillers municipaux ou, s'ils en font la demande, envoyée à une autre adresse ou transmise de manière dématérialisée. " Et selon l'article L. 2121-11 du même code : " Dans les communes de moins de 3 500 habitants, la convocation est adressée trois jours francs au moins avant celui de la réunion. "
5. Il ressort des pièces du dossier que, d'une part, la convocation du conseil municipal du 17 décembre 2019 a bien été affichée et que, d'autre part, l'ensemble des conseillers municipaux ont bien reçu la convocation du maire pour cette séance, le 11 décembre 2019, soit six jours avant la séance. Par suite, le moyen tiré de la convocation irrégulière des conseillers municipaux de Saint-Nauphary pour la séance du 17 décembre 2019 manque en fait.
En ce qui concerne le refus de prendre des mesures de police administrative :
6. D'une part, aux termes de l'article L. 2122-24 du code général des collectivités territoriales dans sa rédaction alors en vigueur : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de l'exercice des pouvoirs de police, dans les conditions prévues aux articles L. 2212-1 et suivants. " Selon l'article L. 2212-1 du même code : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de la police municipale, de la police rurale et de l'exécution des actes de l'Etat qui y sont relatifs. " Et selon son article L. 2212-2 : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : () / 2° Le soin de réprimer les atteintes à la tranquillité publique telles que les rixes et disputes accompagnées d'ameutement dans les rues, le tumulte excité dans les lieux d'assemblée publique, les attroupements, les bruits, les troubles de voisinage, les rassemblements nocturnes qui troublent le repos des habitants et tous actes de nature à compromettre la tranquillité publique ; () ".
7. D'autre part, aux termes de l'article R. 1336-4 du code de la santé publique : " Les dispositions des articles R. 1336-5 à R. 1336-11 s'appliquent à tous les bruits de voisinage à l'exception de ceux qui proviennent des infrastructures de transport et des véhicules qui y circulent, des aéronefs, des activités et installations particulières de la défense nationale, des installations nucléaires de base, des installations classées pour la protection de l'environnement ainsi que des ouvrages des réseaux publics et privés de transport et de distribution de l'énergie électrique soumis à la réglementation prévue à l'article 19 de la loi du 15 juin 1906 sur les distributions d'énergie. () ". Selon l'article R. 1336-5 du même code : " Aucun bruit particulier ne doit, par sa durée, sa répétition ou son intensité, porter atteinte à la tranquillité du voisinage ou à la santé de l'homme, dans un lieu public ou privé, qu'une personne en soit elle-même à l'origine ou que ce soit par l'intermédiaire d'une personne, d'une chose dont elle a la garde ou d'un animal placé sous sa responsabilité. " Aux termes de son article R. 1336-6 : " Lorsque le bruit mentionné à l'article R. 1336-5 a pour origine une activité professionnelle autre que l'une de celles mentionnées à l'article R. 1336-10 ou une activité sportive, culturelle ou de loisir, organisée de façon habituelle ou soumise à autorisation, l'atteinte à la tranquillité du voisinage ou à la santé de l'homme est caractérisée si l'émergence globale de ce bruit perçu par autrui, telle que définie à l'article R. 1336-7, est supérieure aux valeurs limites fixées au même article. / () Toutefois, l'émergence globale et, le cas échéant, l'émergence spectrale ne sont recherchées que lorsque le niveau de bruit ambiant mesuré, comportant le bruit particulier, est supérieur à 25 décibels pondérés A si la mesure est effectuée à l'intérieur des pièces principales d'un logement d'habitation, fenêtres ouvertes ou fermées, ou à 30 décibels pondérés A dans les autres cas. " Selon son article R. 1336-7 : " L'émergence globale dans un lieu donné est définie par la différence entre le niveau de bruit ambiant, comportant le bruit particulier en cause, et le niveau du bruit résiduel constitué par l'ensemble des bruits habituels, extérieurs et intérieurs, correspondant à l'occupation normale des locaux et au fonctionnement habituel des équipements, en l'absence du bruit particulier en cause. / Les valeurs limites de l'émergence sont de 5 décibels pondérés A en période diurne (de 7 heures à 22 heures) et de 3 décibels pondérés A en période nocturne (de 22 heures à 7 heures), valeurs auxquelles s'ajoute un terme correctif en décibels pondérés A, fonction de la durée cumulée d'apparition du bruit particulier : / 1° Six pour une durée inférieure ou égale à 1 minute, la durée de mesure du niveau de bruit ambiant étant étendue à 10 secondes lorsque la durée cumulée d'apparition du bruit particulier est inférieure à 10 secondes ; / 2° Cinq pour une durée supérieure à 1 minute et inférieure ou égale à 5 minutes ; / 3° Quatre pour une durée supérieure à 5 minutes et inférieure ou égale à 20 minutes ; / 4° Trois pour une durée supérieure à 20 minutes et inférieure ou égale à 2 heures ; / 5° Deux pour une durée supérieure à 2 heures et inférieure ou égale à 4 heures ; / 6° Un pour une durée supérieure à 4 heures et inférieure ou égale à 8 heures ; / 7° Zéro pour une durée supérieure à 8 heures. " Et selon son article R. 1336-11 : " Lorsqu'elle a constaté l'inobservation des dispositions prévues aux articles R. 1336-6 à R. 1336-10, l'autorité administrative compétente peut prendre une ou plusieurs des mesures prévues à l'article L. 171-8 du code de l'environnement. "
8. En premier lieu, il résulte des dispositions susmentionnées, en particulier de l'article L. 2122-24 du code général des collectivités territoriales, que c'est le maire qui est chargé de l'exercice des pouvoirs de police dans le ressort de sa commune, et non le conseil municipal. Par suite, le conseil municipal de Saint-Nauphary n'a pas méconnu les dispositions susmentionnées du code général des collectivités territoriales dans sa délibération du 17 décembre 2019. En outre, cette délibération, qui refuse le financement d'un mur anti-bruit entre le complexe sportif et l'habitation de M. et Mme B ne saurait par elle-même méconnaître les dispositions susmentionnées du code de la santé publique, dès lors qu'elle n'empêche aucunement le conseil municipal de prendre d'autres mesures acoustiques ni, a fortiori, le maire de prendre des mesures de police, le cas échéant et en toute hypothèse. Par suite, si la responsabilité de la commune de Saint-Nauphary pour carence fautive pourrait être recherchée, en tant qu'elle est propriétaire et gestionnaire du complexe sportif à l'origine des bruits à l'origine du litige, en revanche, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions susmentionnées du code général des collectivités territoriales et du code de la santé publique par la délibération du 17 décembre 2019 ne peut qu'être écarté.
9. En second lieu, s'agissant du même moyen dirigé contre la décision implicite née le 27 avril 2019 par laquelle le maire de Saint-Nauphary a refusé de prendre des mesures de police administrative pour faire cesser des nuisances sonores, il ressort premièrement des pièces du dossier, en particulier du rapport de l'expert M. A, mandaté par l'ordonnance susvisée du 16 juin 2020, que les trois mesures acoustiques ont relevé : d'abord, le mercredi 10 mars 2021, à 14 heures, une émergence de 9,0 dB(A) sur la terrasse et 13,5 dB(A) dans la chambre, au-delà du plafond de 7 dB(A) autorisé ; ensuite, le jeudi 1er juillet 2021, à 22 heures, un niveau sonore conforme à la réglementation ; enfin, le samedi 15 janvier 2022, à 19 heures 30, une émergence de 13,0 dB(A) sur la terrasse et de 15,5 dB(A) dans la chambre dont la fenêtre était ouverte, au-delà du plafond de 8 dB(A) autorisé, mais un niveau sonore global inférieur à 25dB(A), c'est-à-dire conforme à la réglementation, dans la chambre dont la fenêtre était fermée. Ainsi, les mesures du 10 mars 2021 et deux des trois mesures du 15 janvier 2022 révèlent une non-conformité du niveau sonore en provenance du complexe sportif au regard des dispositions susmentionnées du code de la santé publique, laquelle est susceptible d'entraîner une gêne sonore pour M. et Mme B ; en revanche, les mesures du 1er juillet 2021 révèlent la conformité du niveau sonore émis depuis le complexe sportif, malgré la tenue d'un entraînement de football à ce moment ; en outre, l'une des mesures du 15 janvier 2022 indique une conformité du niveau sonore dans la chambre dont la fenêtre était fermée, circonstance qui peut être prise en compte sans préjudice des dispositions de l'article R. 1336-6 susmentionné qui précise que les mesures sont effectuées " fenêtres ouvertes ou fermées ". Deuxièmement, il ressort des pièces du dossier que les entraînements et les matchs de football sont organisés au plus trois jours par semaine ainsi que les week-ends, sur des plages horaires réduites, et en tout état de cause jamais au-delà de 22 heures. Troisièmement, les matchs de football ne sont organisés que de septembre à mai, hormis en cas de reports exceptionnels tels ceux occasionnés par l'épidémie de covid-19. Quatrièmement, contrairement à ce qu'allèguent les requérants, il ressort des pièces du dossier, en particulier du rapport de l'expert M. A, que les nuisances sonores sont dues à l'utilisation des terrains de football, à l'exclusion de toute autre activité organisée sur le complexe sportif. Cinquièmement, il est constant que le maire de Saint-Nauphary a, d'une part, par un arrêté n° 2019-02-05 du 25 février 2019, interdit la circulation des engins à moteur (2 roues) sur le site du stade municipal afin de réduire les nuisances sonores et, d'autre part, réglé les projecteurs de ce stade afin de réduire les nuisances visuelles pour M. et Mme B. Sixièmement, il ressort des pièces du dossier, en particulier du rapport de l'expert M. A, que la seule mesure de police administrative propre à réduire significativement les nuisances sonores serait l'interdiction de l'usage des terrains de football plusieurs jours par semaine et, en tout état de cause, après 18 heures, ce qui empêcherait la plupart des usagers d'y avoir accès et priverait donc cet équipement de sa finalité. Enfin, si les requérants allèguent subir des nuisances visuelles et versent à ce titre au dossier des photographies montrant des joueurs de football sur le complexe sportif en litige, ni cette seule circonstance, ni aucune autre pièce du dossier, ne saurait caractériser des nuisances visuelles.
10. Il résulte de ce qui précède que les nuisances sonores provoquées par l'utilisation du complexe sportif de Saint-Nauphary et subies par M. et Mme B, de manière non systématique, sur des périodes réduites et hors de la période estivale, ne les privent pas de la jouissance effective de leur propriété, et ne sont dès lors pas constitutives d'un trouble tel que le maire de Saint-Nauphary était tenu, dans les circonstances de l'espèce, de faire usage des pouvoirs de police qu'il détient, en sus des mesures qu'il avait déjà prises, et alors même qu'aucune mesure de police administrative n'est propre à concilier un usage normal de cet ouvrage et la tranquillité des requérants. Par suite, M. et Mme B ne sont pas fondés à soutenir que le refus du maire de Saint-Nauphary d'utiliser ses pouvoirs de police, constitué par la décision implicite née le 27 avril 2019, aurait méconnu les dispositions susmentionnées du code général des collectivités territoriales et du code de la santé publique et serait par suite entaché d'illégalité.
11. En outre, il ressort des termes de l'arrêté n° 04-1076 de la préfète de Tarn-et-Garonne en date du 21 juin 2004, en particulier de son article 21 qui prévoit que : " l'émergence, telle que définie dans les dispositions de l'article R. 1336-9 du code de la santé publique () ", qu'il renvoie, en ce qui concerne les nuisances sonores, aux dispositions du code de la santé publique, dont il fait une stricte application, sans ajouter de dispositions réglementaires supplémentaires. Par suite, il résulte de ce qui précède que M. et Mme B ne sont pas non plus fondés à soutenir que les décisions susvisées du maire de Saint-Nauphary auraient méconnu cet arrêté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. et Mme B tendant à l'annulation de la décision implicite de refus née le 27 avril 2019, et à l'annulation de la délibération n° 2019-12-17 du conseil municipal de Saint-Nauphary du 17 décembre 2019 doivent être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité pour faute :
13. Il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été exposé ci-dessus, notamment aux points 9 et 10, que les nuisances sonores et visuelles liées à l'utilisation du complexe sportif de Saint-Nauphary et subies par M. et Mme B, de manière non systématique, sur des périodes réduites et hors de la période estivale, ne les privent pas de la jouissance effective de leur propriété, et ne sont dès lors pas constitutives d'un trouble tel que le maire de Saint-Nauphary était tenu, dans les circonstances de l'espèce, de faire usage des pouvoirs de police qu'il détient, en sus des mesures qu'il avait déjà prises, et alors même qu'aucune mesure de police administrative propre à concilier un usage normal de cet ouvrage et la tranquillité des requérants. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à rechercher la responsabilité pour faute de la commune du fait d'une carence fautive.
En ce qui concerne la responsabilité sans faute :
14. Le maître d'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage présente un caractère accidentel. Ne sont pas susceptibles d'ouvrir droit à indemnité les préjudices qui n'excèdent pas les sujétions susceptibles d'être normalement imposées, dans l'intérêt général, aux riverains des ouvrages publics.
15. Il est constant que les nuisances sonores et visuelles alléguées découlent de l'utilisation normale du complexe sportif. Par suite, il s'agit d'un dommage permanent.
16. Il résulte de l'instruction que les terrains de football en litige, dont la commune est propriétaire et gestionnaire, constituent des équipements publics qui bénéficient à de nombreux utilisateurs, de tout âge, résidents de la commune ou non, qu'ils sont ainsi le support de politiques publiques sportives, sanitaires et sociales et que, par suite, leur utilisation relève de l'intérêt général local, a fortiori dans une commune qui comptait 1 843 habitants en 2017 comme cela ressort des données de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) versées à l'instruction. Toutefois, il en résulte également que ce complexe sportif, dont l'installation est postérieure à celle des requérants, est à l'origine de nuisances sonores pour ces derniers, et eux seuls, dont l'ampleur et la répétition, exposées au point 9, caractérisent un préjudice anormal et spécial, qui excède les sujétions susceptibles d'être normalement imposées, dans l'intérêt général, aux riverains des ouvrages publics.
17. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à demander l'engagement de la responsabilité sans faute de la commune de Saint-Nauphary.
En ce qui concerne les préjudices :
18. En premier lieu, M. et Mme B justifient avoir engagé respectivement 384,09 euros pour le constat d'huissier du 27 février 2019, 1 623 euros pour la première expertise acoustique réalisée le 28 mai 2019 et 750 euros pour la facture du 23 mars 2022 relative à la seconde étude phonique. Par suite, ils sont fondés à demander l'indemnisation de la somme de 2 757,09 euros, sans préjudice du règlement des dépens de l'instance traité au point 30 du présent jugement.
19. En deuxième lieu, les requérants soutiennent avoir subi un préjudice du fait des troubles dans leurs conditions d'existence causés par les nuisances en litige. S'ils ne justifient pas du lien entre ces nuisances et le traitement antidépresseur de Mme F, non plus qu'avec le changement de lieu de travail de M. B, en revanche il résulte de l'instruction que ces nuisances, par leur volume et leur caractère répété, sont à l'origine d'un trouble dans leurs conditions d'existence entre la fin de l'année 2018, date à laquelle ils ont fait part de ces nuisances au maire de la commune de ces nuisances générées par le complexe édifié en 2017, postérieurement à leur installation, et le mois de mai 2023, date à laquelle ils ont vendu leur bien. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à 7 500 euros.
20. En troisième lieu, les requérants soutiennent qu'ils ont subi un préjudice financier de 125 000 euros en raison de la dépréciation du prix de leur maison. S'ils se prévalent d'une évaluation de la société Orpi, toutefois cette dernière, qui précise au demeurant que " cette estimation, non contractuelle, est un avis de valeur qui ne peut se substituer à une expertise immobilière ", évalue d'abord leur bien immobilier à 463 500 euros, dans une fourchette allant de 403 200 à 523 700 euros, avant d'indiquer finalement une fourchette comprise entre 500 000 et 550 000 euros, en estimant que les nuisances sonores diminueraient de 25 % son prix, sans que cette évaluation ne soit étayée. En outre, il résulte de l'instruction que les requérants ont vendu leur bien immobilier le 5 mai 2023 pour un montant de 487 500 euros, auquel se rajoute 24 000 euros pour les biens meubles, soit un montant similaire à ceux de l'estimation de la société Orpi. Dans ces conditions, le préjudice financier allégué n'est pas établi.
21. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont fondés à demander à être indemnisés de la somme de 10 257,09 euros en réparation des préjudices subis.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
22. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 12, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation présentées dans la requête n° 2000573. Il en résulte que les conclusions à fin d'injonction présentées dans cette même requête doivent être rejetées, par voie de conséquence.
23. En second lieu, lorsque le juge administratif condamne une personne publique responsable de dommages qui trouvent leur origine dans l'exécution de travaux publics ou dans l'existence ou le fonctionnement d'un ouvrage public, il peut, saisi de conclusions en ce sens, s'il constate qu'un dommage perdure à la date à laquelle il statue du fait de la faute que commet, en s'abstenant de prendre les mesures de nature à y mettre fin ou à en pallier les effets, la personne publique, enjoindre à celle-ci de prendre de telles mesures. Pour apprécier si la personne publique commet, par son abstention, une faute, il lui incombe, en prenant en compte l'ensemble des circonstances de fait à la date de sa décision, de vérifier d'abord si la persistance du dommage trouve son origine non dans la seule réalisation de travaux ou la seule existence d'un ouvrage, mais dans l'exécution défectueuse des travaux ou dans un défaut ou un fonctionnement anormal de l'ouvrage et, si tel est le cas, de s'assurer qu'aucun motif d'intérêt général, qui peut tenir au coût manifestement disproportionné des mesures à prendre par rapport au préjudice subi, ou aucun droit de tiers ne justifie l'abstention de la personne publique. En l'absence de toute abstention fautive de la personne publique, le juge ne peut faire droit à une demande d'injonction, mais il peut décider que l'administration aura le choix entre le versement d'une indemnité dont il fixe le montant et la réalisation de mesures dont il définit la nature et les délais d'exécution.
24. Pour la mise en œuvre des pouvoirs décrits ci-dessus, il appartient au juge, saisi de conclusions tendant à ce que la responsabilité de la personne publique soit engagée, de se prononcer sur les modalités de la réparation du dommage, au nombre desquelles figure le prononcé d'injonctions, dans les conditions définies au point précédent, alors même que le requérant demanderait l'annulation du refus de la personne publique de mettre fin au dommage, assortie de conclusions aux fins d'injonction à prendre de telles mesures. Dans ce cas, il doit regarder ce refus de la personne publique comme ayant pour seul effet de lier le contentieux.
25. D'une part, ainsi qu'il a été exposé au point 13, les requérants ne sont pas fondés à rechercher la responsabilité pour faute de la commune.
26. D'autre part, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport de l'expert, M. A, que la seule mesure de police administrative propre à réduire significativement les nuisances sonores serait l'interdiction de l'usage des terrains de football plusieurs jours par semaine et en tout état de cause après 18 heures, ce qui empêcherait la plupart des usagers d'y avoir accès et priverait donc cet équipement de sa finalité, ainsi qu'il a été rappelé au point 9, tandis que l'édification d'un "mur anti-bruit" ou d'un dispositif d'insonorisation similaire, demandée par les requérants, aurait peu d'incidences sur les nuisances sonores constatées, pour un coût estimé à au moins 150 000 euros, soit 10 % du budget initial du complexe sportif, et qu'il convient de rapporter à la population de la commune, qui ne dépasse pas 1 850 habitants. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu d'enjoindre à la commune de réaliser cette mesure, non plus qu'aucune autre.
27. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'injonction présentées dans les deux requêtes susvisées, qui sont recevables pour les motifs exposés au point 23, doivent être rejetées.
Sur les intérêts :
28. M. et Mme B ont droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 10 257,09 euros fixée au point 21, à compter du 18 juin 2022, date de réception de leur demande indemnitaire préalable.
Sur les dépens :
29. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ".
30. Il y a lieu de mettre les frais d'honoraires et d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 7 181,88 euros par l'ordonnance susvisée du 30 mai 2022, à la charge définitive de la commune de Saint-Nauphary, partie perdante au principal dans la présente instance.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
31. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Saint-Nauphary une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces mêmes dispositions font obstacle à ce que les requérants, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, verse à la commune la somme réclamée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Saint-Nauphary est condamnée à verser à M. et Mme B la somme de 10 257,09 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 18 juin 2022.
Article 2 : Les dépens de l'instance, taxés et liquidés à la somme de 7 181,88 euros par l'ordonnance susvisée du 30 mai 2022, sont mis à la charge définitive de la commune de Saint-Nauphary.
Article 3 : La commune de Saint-Nauphary versera à M. et Mme B une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C F, à M. E B et au maire de la commune de Saint-Nauphary.
Délibéré après l'audience du 2 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Carotenuto, présidente,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.
Le rapporteur,
S. HECHT
La présidente,
S. CAROTENUTOLa greffière,
S. SORABELLA
La République mande et ordonne au préfet de Tarn-et-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
2, 2205023
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026