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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2000946

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2000946

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2000946
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique chambre 1
Avocat requérantSÉRÉE DE ROCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 février 2020, M. A E, représenté par Me Sérée de Roch, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles il a été assujetti dans les rôles de la commune de Pradines (Lot) au titre des années 2013, 2014, 2015, 2016, 2017 et 2018, à raison du bien immobilier dont il est propriétaire indivis, situé côte de la Roussille dans cette commune ;

2°) de prononcer la décharge des majorations pour défaut de paiement liées à ces impositions, sur le fondement de l'article 1849 du code général des impôts ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens.

Il soutient que :

- n'ayant jamais reçu les avis d'imposition au titre des années 2013, 2014, 2015, 2016 et 2017 et n'ayant eu connaissance de celles-ci que le 12 mars 2019, il est recevable à les contester au même titre que l'imposition au titre de l'année 2018 ;

- étant titulaire de l'allocation aux adultes handicapés depuis le 1er décembre 2015, il doit bénéficier de l'exonération de taxe foncière sur les propriétés bâties au titre des années 2016, 2017 et 2018 ;

- ne disposant plus de la jouissance du bien litigieux depuis son divorce de Mme C B, coïndivisaire dudit bien, depuis 2009, il ne peut être assujetti à la taxe foncière sur les propriétés bâties ;

- les bases d'imposition à la taxe foncière sur les propriétés bâties des années 2013 à 2018 sont obsolètes, et de ce fait illégales, notamment en raison de la décision n° 2015-525 QPC du 2 mars 2016 du Conseil constitutionnel.

Par un mémoire en défense, enregistré 20 novembre 2020, le directeur régional des finances publiques de la région Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- contrairement à ce qu'allègue le requérant, celui-ci a bien reçu les avis d'imposition à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre des années 2013 et 2014 à l'adresse personnelle qu'il avait transmise à l'administration fiscale ; en l'absence de réclamations dûment déposées dans les délais requis, sa requête au titre de ces deux années est irrecevable ;

- les autres moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 19 juillet 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 août 2021 à 12 : 00.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 juillet 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ensemble son premier protocole d'application du 20 mars 1952 ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif a désigné M. D, magistrat rapporteur, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Déderen, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E est propriétaire indivis, avec son ex-épouse Mme C B, d'une maison située côte de la Roussille à Pradines (Lot). L'administration fiscale a assujetti cette maison à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre des années 2013 à 2018. Par avis en date du 12 février 2019, l'administration a notifié à M. E une saisie administrative aux fins de recouvrement des dites impositions. Les avis d'imposition correspondants ont été communiqués le 12 mars 2019, à sa demande, à M. E, qui en a eu connaissance à cette date. Par une réclamation du 18 juillet 2019, M. E a contesté le bien-fondé de ces impositions, ainsi que de la taxe d'habitation à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2014. L'administration fiscale a rejeté le 6 septembre 2019 la seule réclamation concernant la taxe d'habitation litigieuse. Par la présente requête, M. E demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles il a été assujetti au titre des années 2013 à 2018.

En ce qui concerne la recevabilité de la requête :

2. Aux termes de l'article R. 196-2 du livre des procédures fiscales : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts directs locaux et aux taxes annexes doivent être présentées à l'administration des impôts au plus tard le 31 décembre de l'année suivant celle, selon le cas : / a) De la mise en recouvrement du rôle ou de la notification d'un avis de mise en recouvrement ; () / c) De la réception par le contribuable d'un nouvel avis d'imposition réparant les erreurs d'expédition que contenait celui adressé précédemment ; / d) Au cours de laquelle le contribuable a eu connaissance certaine de cotisations d'impôts directs établies à tort ou faisant double emploi () ". Il résulte notamment de ces dispositions que lorsqu'il est établi que le contribuable n'a pas reçu l'avis d'imposition du fait d'une erreur de l'administration, le point de départ du délai de réclamation ne court qu'à compter de la date où il a connaissance de l'impôt.

3. Par ailleurs, aux termes de l'article R. 200-1 du livre des procédures fiscales : " Les dispositions du code de justice administrative sont applicables aux affaires portées devant le tribunal administratif () sous réserve des dispositions particulières prévues par le présent livre () ". Et aux termes de l'article R. 190-1 du même code : " Le contribuable qui désire contester tout ou partie d'un impôt qui le concerne doit d'abord adresser une réclamation au service territorial, selon le cas, de la direction générale des finances publiques ou de la direction générale des douanes et droits indirects dont dépend le lieu de l'imposition. "

4. D'une part, il résulte de l'instruction, notamment des fiches de rôle, où M. E est identifié comme premier débiteur légal, et des copies de déclaration de ses revenus au titre des années 2013 et 2014, pièces mentionnant son adresse personnelle au 1er janvier 2013 et au 1er janvier 2014, qu'à ces dates, M. E résidait à Cahors (Lot), Clos Louis-Philippe B 14, chemin d'Artix, adresse à laquelle lui ont été adressés les deux avis d'imposition à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre des mêmes années. Ainsi, M. E est présumé avoir reçu les avis d'imposition en litige dès lors qu'il ne fait état d'aucune circonstance particulière de nature à s'opposer à l'acheminement normal des plis. En conséquence, M. E était tenu de présenter sa réclamation relative à l'imposition litigieuse au titre de 2013 au plus tard le 31 décembre 2014, et celle au titre de l'année 2014 au plus tard le 31 décembre 2015. Il suit de là que les conclusions de la requête, en tant qu'elles sont dirigées contre les cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties au titre des années 2013 et 2014, sont entachées d'irrecevabilité pour défaut de réclamation préalable.

5. D'autre part, il n'est pas contesté par l'administration fiscale que M. E n'a pas reçu les avis d'imposition de la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre des années 2015 à 2017, dont il n'a eu connaissance que le 12 mars 2019, et concernant lesquels il a déposé une réclamation le 18 juillet 2019.

6. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est recevable à contester les cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles il a été assujetti qu'au titre des années 2015 à 2018.

Sur le bien-fondé des impositions :

7. En premier lieu, aux termes de l'article 1400 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Sous réserve des dispositions des articles 1403 et 1404, toute propriété, bâtie ou non bâtie, doit être imposée au nom du propriétaire actuel. () ". Aux termes de l'article 1415 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " La taxe foncière sur les propriétés bâties, la taxe foncière sur les propriétés non bâties et la taxe d'habitation sont établies pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition ". Aux termes de l'article 1390 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Les titulaires de l'allocation de solidarité aux personnes âgées mentionnée à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale ou de l'allocation supplémentaire d'invalidité mentionnée à l'article L. 815-24 du même code sont exonérés de la taxe foncière sur les propriétés bâties dont ils sont passibles à raison de leur habitation principale. / Le bénéfice de cette disposition est subordonné à la condition qu'ils occupent cette habitation : / soit seuls ou avec leur conjoint ; / soit avec des personnes qui sont à leur charge au sens des dispositions applicables en matière d'impôt sur le revenu ; / soit avec d'autres personnes titulaires de la même allocation. " Il est constant que le bénéfice de ces dispositions a été étendu par la doctrine administrative aux titulaires de l'allocation aux adultes handicapés.

8. Il résulte de l'instruction que si le requérant était bien titulaire, à partir du 1er décembre 2015, d'une carte d'invalidité supérieure à 80 % et percevait en conséquence l'allocation aux adultes handicapés, n'occupait plus à cette date l'habitation frappée par les impositions litigieuses, alors même qu'une telle occupation est exigée par les dispositions du I de l'article 1390 du code général des impôts précitées pour se prévaloir de l'exonération prévue par ces mêmes dispositions. En conséquence, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir desdites dispositions pour solliciter l'exonération de taxe foncière sur les propriétés bâties au titre des années 2016 à 2018.

9. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que, par un jugement du 20 novembre 2009, le juge du tribunal de grande instance de Cahors a homologué l'accord intervenu entre M. E et Mme C B, dont il avait divorcé par jugement 3 février 2006 du juge aux affaires familiales du même tribunal, accord qui prévoit notamment que " les parties s'accordent pour partager entre elles par moitié l'actif net de communauté et d'indivision qui résultera du prix de vente de l'immeuble " en litige dans la présente instance, et que " Madame B bénéficie de la jouissance privative de la maison en contrepartie du remboursement depuis la séparation des époux des prêts souscrits auprès de la CRCAM ", le juge ajoutant toutefois que " cet accord (indemnité d'occupation contre paiement des prêts) ne constitue pas un accord sur une jouissance privative de l'immeuble et il ne convient pas d'homologuer cette demande de sa part ". Il suit de là que M. E, même s'il affirme ne plus disposer du bien immobilier en litige, est resté depuis le 20 novembre 2009 propriétaire indivis dudit bien. En conséquence, en application des dispositions du I de l'article 1400 du code général des impôts précitées, c'est à bon droit que l'administration fiscale a établi au nom du requérant les impositions de taxe foncière sur les propriétés bâties au titre des années 2015 à 2018. Il suit de là que le moyen selon lequel le requérant ne saurait être assujetti à ces impositions en raison de l'indisposition du bien en litige doit être écarté.

10. En troisième et dernier lieu, si le requérant soutient que les bases d'imposition à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre des années 2015 à 2018 sont illégales, à raison de leur obsolescence, et reproche à l'administration fiscale de n'avoir mis à jour ni ses bases locatives ni les huit catégories de classement des locaux, en violation du principe constitutionnel de l'égalité des citoyens devant l'impôt et de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ensemble son premier protocole additionnel du 20 mars 1952, il se borne à contester de manière générale le principe d'évaluation de la valeur cadastrale des locaux d'habitation, sans assortir sa requête d'éléments circonstanciés relatifs à l'immeuble litigieux permettant d'apprécier le bien-fondé de son moyen. Il suit de là que le moyen tiré de l'illégalité des bases d'imposition ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander la décharge des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles il a été assujetti au titre des années 2013 à 2018. Il s'ensuit, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité, dans un litige d'assiette, des conclusions en recouvrement présentées sur le fondement de l'article 1849 du code général des impôts, que sa requête doit être rejetée, y compris en ce qui concerne les conclusions tendant à l'application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, le présent litige n'ayant en tout état de cause donné lieu à aucuns dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au directeur régional des finances publiques de la région Occitanie et du département de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.

Le magistrat désigné,

Guillaume D

La greffière,

Muriel BOULAY La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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