mardi 21 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2001443 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP CAMILLE ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête n° 2001443 et un mémoire, enregistrés les 16 mars 2020 et 23 avril 2021, M. A E B, représenté par Me Gasquet, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des pénalités y afférentes auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015 et 2016, mises en recouvrement le 30 avril 2019 et qui restent en litige après l'acceptation partielle de réclamation du 10 février 2020 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'est pas imposable en France faute de disposer d'un établissement stable sur le territoire ;
- en l'absence de caractère occulte de son activité, les rectifications proposées par le service au titre de l'année 2014 sont prescrites ;
- la procédure d'imposition est également irrégulière, au regard des dispositions des articles L. 68 et L. 73 § 1° du livre des procédures fiscales, pour les années 2014, 2015 et 2016 dans la mesure où l'administration ne lui a pas adressé, préalablement à l'envoi de la proposition de rectification, une mise en demeure de déposer ses déclarations catégorielles de bénéfices industriels et commerciaux.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 novembre 2020, le directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 24 septembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 11 octobre 2021 à 12 h 00.
Un mémoire enregistré le 2 février 2023 et produit par le directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne n'a pas été communiqué.
II. Par une requête n° 2102355, enregistrée le 23 avril 2021, l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée B Entreprise SLU, représentée par Me Gasquet, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des amendes prévues à l'article 1729 D du code général des impôts qui lui ont été réclamés pour la période du 13 décembre 2013 au 31 octobre 2017 par un avis de mise en recouvrement du 30 juin 2020 et qui restent en litige à l'issue de la décision d'acceptation partielle de réclamation du 24 mars 2021 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la société de droit espagnol B Entreprise ne dispose pas d'établissement stable en France et n'est donc pas assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée ;
- en application de l'article 283 du code général des impôts, la taxe sur la valeur ajoutée est due par le preneur des prestations qui lui ont été sous-traitées ;
- la franchise de base prévue à l'article 293 B du code général des impôts aurait dû être appliquée par le service, dès lors que le service a acté de ce que la société n'exerçait aucune activité occulte ;
- le service ne justifie pas avoir dégrevé les impositions ayant fait l'objet de l'avis de mise en recouvrement adressé à M. B, son gérant ;
- l'administration n'a pas informé M. B de son intention de l'imposer après avoir prononcé un dégrèvement partiel ;
- faute pour le service de démontrer l'existence en France d'un établissement stable, les amendes prononcées doivent être déchargées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 décembre 2021, le directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut :
1°) au non-lieu à statuer, à concurrence de 4 537 euros en droits et 572 en pénalités, sur les conclusions en décharge de la société requérante ;
2°) au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il soutient que :
- les rappels de taxe sur la valeur ajoutée afférents à l'année 2017 ont fait l'objet d'un dégrèvement en cours d'instance ;
- le surplus des moyens de la requête n'est pas fondé.
Par une ordonnance du 31 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 14 septembre 2022 à 12 h 00.
Un mémoire produit par la société B Entreprise SLU a été enregistré le 27 janvier 2023, mais n'a pas été communiqué.
Vu :
- la décision de dégrèvement du 10 décembre 2021 au titre de la requête n° 2102355 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée ;
- la convention fiscale franco-espagnole du 10 octobre 1995 ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- la loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de M. Luc, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SLU B Entreprise, inscrite au registre des entreprises en Espagne depuis le 13 décembre 2013, a pour activité la pose de plâtre et de faux plafonds. M. A E B en est le gérant et l'associé unique. Il dirige également une entreprise individuelle en France, la SARL Montagne Plaquiste, qui exerce la même activité. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité en matière de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 13 décembre 2013 au 31 décembre 2016, prolongée jusqu'au 31 octobre 2017 en matière de taxe sur la valeur ajoutée. Par une proposition de rectification du 19 novembre 2018, l'administration a notifié à la société requérante des rappels de taxe sur la valeur ajoutée pour la période vérifiée ainsi que les amendes prévues à l'article 1729 D du code général des impôts. Par une seconde proposition de rectification du même jour, l'administration a notifié à M. B des impositions supplémentaires en matière d'impôt sur le revenu, au titre des années vérifiées. Les rappels de taxe sur la valeur ajoutée et les amendes ont été mis en recouvrement par un avis du 15 avril 2019 et les impositions supplémentaires en matière d'impôt sur le revenu ont été mises en recouvrement le 30 avril 2019. Par deux réclamations préalables en date du 28 mai 2019, les requérants ont contesté ces rectifications. Elles ont fait l'objet d'une acceptation partielle par deux décisions du 10 février 2020. L'avis de mise en recouvrement du 15 avril 2019, adressé à tort à M. B, a été retiré pour être notifié à la société B Entreprise SLU le 30 juin 2020. Le nouvel avis de mis en recouvrement en date du 30 juin 2020 a fait l'objet d'une réclamation le 15 juillet 2020, partiellement acceptée par une décision en date du 24 mars 2021. Par les présentes requêtes, M. B et la société B Entreprise SLU demandent au tribunal de prononcer la décharge des impositions restées à leur charge.
2. Les requêtes nos 2001443 et 2102355, présentées par M. A E B et la société B Entreprise SLU, présentent à juger des questions similaires. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l'étendue du litige en ce qui concerne la société B Entreprise SLU :
3. Par une décision du 10 décembre 2021, postérieure à l'introduction de la requête n° 2102355, la société B Entreprise SLU a été dégrevée des sommes de 4 537 euros en droits et 572 euros en pénalités, correspondant aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée afférents à l'année 2017. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin de décharge correspondantes, au titre de ladite requête.
Sur le principe de l'assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée de la société B Entreprise SLU :
4. Si une convention bilatérale conclue en vue d'éviter les doubles impositions peut, en vertu de l'article 55 de la Constitution, conduire à écarter, sur tel ou tel point, l'application de la loi fiscale nationale, elle ne peut pas, par elle-même, directement servir de base légale à une décision relative à l'imposition. Il incombe au juge de l'impôt, lorsqu'il est saisi d'une contestation relative à une telle convention, de statuer d'abord au regard de la loi fiscale nationale pour rechercher si, à ce titre, l'imposition contestée a été valablement établie et, dans l'affirmative, sur le fondement de quelle qualification. Il lui appartient ensuite, le cas échéant, en rapprochant cette qualification des stipulations de la convention, de déterminer en fonction des moyens invoqués devant lui ou même, s'agissant de déterminer le champ d'application de la loi, d'office si cette convention fait ou non obstacle à l'application de la loi fiscale.
5. Aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel () ". L'article 259 du même code prévoit que : " Le lieu des prestations de services est situé en France : / 1° Lorsque le preneur est un assujetti agissant en tant que tel et qu'il a en France : / a) Le siège de son activité économique, sauf lorsqu'il dispose d'un établissement stable non situé en France auquel les services sont fournis / b) un établissement stable auquel les services sont fournis () ". L'article 283 du même code prévoit que : " 1. La taxe sur la valeur ajoutée doit être acquittée par les personnes qui réalisent les opérations imposables () ".
6. D'une part, il résulte de ces dispositions, issues de la transposition en droit interne des articles 44, 192 bis, 193, 194 et 196 de la directive du 28 novembre 2006 dans leur version en vigueur à compter du 1er janvier 2010, éclairées notamment par l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne GST Sarviz AG Germania du 23 avril 2015 (C-111/14, points 20 à 25), ainsi que de l'article 53 du règlement n° 282/2011 du Conseil du 15 mars 2011 portant mesures d'exécution de la même directive, que lorsque le lieu des prestations de services se trouve en France parce qu'elles sont fournies à des assujettis remplissant les conditions définies à l'article 259 du code général des impôts, le redevable de la taxe sur la valeur ajoutée afférente est le prestataire qui les fournit s'il est lui-même établi en France. Doit être regardé comme tel le prestataire qui a en France un établissement stable depuis lequel les prestations sont fournies et qui présente un degré suffisant de permanence et une structure apte, du point de vue de l'équipement humain et technique, à rendre possibles, de manière autonome, les prestations de services considérées. Par ailleurs, ces dispositions ne sont pas discordantes des stipulations de la convention signée entre la République française et le Royaume d'Espagne en vue d'éviter les doubles impositions et de prévenir l'évasion et la fraude fiscale en matière d'impôt sur le revenu et sur la fortune, ainsi que de celles de la convention multilatérale pour la mise en œuvre des mesures relatives aux conventions fiscales pour prévenir l'érosion de la base d'imposition et le transfert des bénéfices.
7. D'autre part, la société requérante fait valoir qu'elle ne dispose en France d'aucun établissement stable. Toutefois, il résulte de l'instruction que, d'une part, le gérant de la société requérante a indiqué au service, dans le cadre du débat oral et contradictoire, que la société requérante ne possédait aucun bureau et n'avait exercé aucune activité de pose de plaques de plâtre et de faux plafonds en Espagne. D'autre part, il a également indiqué au service, dans un courrier du 13 avril 2018, que l'ensemble des prestations rendues au titre de la période vérifiée avait été effectué pour le compte de clients français, sur des chantiers situés en France, avec des factures rédigées en français mentionnant un numéro de téléphone fixe français correspondant à la ligne de téléphone fixe du domicile français de M. B et que les décisions concernant cette activité étaient prises au domicile de son gérant et unique associé, en France. Enfin, à la suite d'un échange direct de renseignements auprès des autorités espagnoles le 16 février 2018, l'examen des comptes de la société requérante a permis à l'administration de constater que les sommes encaissées dans le cadre des activités sur le territoire français correspondaient aux chiffres d'affaires déclarés aux autorités fiscales espagnoles au titre des années 2014, 2015 et 2016. Dans ces conditions, en déduisant de ces constations de fait que la société B Entreprise SLU disposait en France d'un établissement stable, l'administration a démontré tant le degré de permanence caractérisant l'établissement stable que la présence d'une structure apte du point de vue de l'équipement humain et technique caractérisant ce type d'établissement. Par suite, elle n'a pas méconnu le sens et la portée des dispositions du code général des impôts, auxquelles les stipulations de la convention bilatérale franco-espagnole ne font pas obstacle, en estimant que la société B Entreprise SLU disposait d'un établissement stable en France.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
En ce qui concerne M. B :
8. Aux termes de l'article L. 73 du livre des procédures fiscales : " Peuvent être évalués d'office : / 1° Le bénéfice imposable des contribuables qui perçoivent des revenus provenant d'entreprises industrielles, commerciales ou artisanales, () lorsque la déclaration annuelle prévue à l'article 53 A du code général des impôts n'a pas été déposée dans le délai légal ; / () / Les dispositions de l'article L. 68 sont applicables dans les cas d'évaluation d'office prévus aux 1° et 2° ". Aux termes de l'article L. 68 du même livre : " La procédure de taxation d'office prévue aux 2° et 5° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure. / Toutefois, il n'y a pas lieu de procéder à cette mise en demeure : / () / 3° Si le contribuable s'est livré à une activité occulte, au sens du deuxième alinéa de l'article L. 169 ; / () ". Enfin, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 169 de ce livre : " () L'activité occulte est réputée exercée lorsque le contribuable ou la personne morale mentionnée à la première phrase du présent alinéa n'a pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire et soit n'a pas fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, soit s'est livré à une activité illicite ".
9. En vertu des dispositions précitées de l'article L. 68 du livre des procédures fiscales, l'administration peut évaluer d'office les bénéfices d'un contribuable sans lui adresser préalablement une mise en demeure de régulariser sa situation, notamment lorsqu'il ne s'est pas fait connaître d'un centre de formalités des entreprises ou du greffe du tribunal de commerce ou s'il s'est livré à une activité illicite. L'administration doit être réputée apporter la preuve, qui lui incombe, de l'exercice d'une activité occulte si le contribuable n'est pas lui-même en mesure d'établir qu'il a commis une erreur justifiant qu'il ne se soit acquitté d'aucune de ses obligations déclaratives.
10. D'une part, s'il est constant que la société B Entreprise SLU n'a pas fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce et n'a pas déposé de déclarations en matière de bénéfices professionnels ou de taxe sur la valeur ajoutée auprès de l'administration fiscale française, il résulte toutefois de l'instruction que l'administration a constaté, au cours des opérations de vérification, ayant donné lieu notamment à une demande d'assistance administrative internationale en application de l'article 27 de la convention fiscale conclue le 10 octobre 1995 entre la France et l'Espagne, que la société avait satisfait à l'ensemble de ses obligations fiscales en Espagne pour la période vérifiée, en déclarant son activité de pose de plaque de plâtre et de faux plafonds et en souscrivant les déclarations de résultats correspondantes et que le montant des chiffres d'affaires déclarés par la société au titre de cette période en Espagne correspondait avec les chiffres d'affaires reconstitués en France sur la base des encaissements bancaires sur son compte ouvert en Espagne.
11. D'autre part, l'administration fiscale n'établit ni même n'allègue que les chiffres d'affaires et les bases d'imposition ainsi déclarés présentaient un écart significatif avec les chiffres d'affaires reconstitués en France et les résultats imposables en France déterminés par le service pour l'ensemble des années concernées, de sorte que la différence de niveau d'imposition entre la France et l'Espagne ne permet pas de considérer que la société aurait commis, en ne s'acquittant pas de ses obligations déclaratives en France, une erreur de nature à faire retenir la présomption d'activité occulte prévue par les dispositions de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales.
12. Dans ces conditions, l'activité de la société B Entreprise SLU ne pouvant être regardée comme présentant un caractère occulte, l'administration fiscale ne pouvait régulièrement, en application des dispositions du 3° de l'article L. 68 du livre des procédures fiscales, recourir à la procédure d'évaluation d'office des bénéfices industriels et commerciaux de M. B sans l'avoir préalablement mis en demeure de régulariser sa situation sans un délai de trente jours. Faute d'avoir satisfait à cette formalité, l'administration a entaché la procédure d'imposition d'une irrégularité de nature à entraîner la décharge des impositions supplémentaires litigieuses.
13. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. B est fondé à demander la décharge, en droits, majorations et intérêts de retard, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à sa charge au titre des années 2015 et 2016.
En ce qui concerne la société B Entreprise SLU :
14. Si la société requérante conteste la régularité de la procédure d'imposition au motif que l'administration fiscale ne l'aurait pas informée de la persistance de son intention de l'assujettir aux rappels de taxe litigieux, à la suite de l'annulation de l'avis de mise en recouvrement émis à tort au nom de M. B le 15 avril 2019, toutefois l'administration n'était pas tenue de satisfaire à cette formalité dès lors qu'elle n'a pas rétabli cette imposition à l'encontre de M. B mais a établi à l'encontre de la société une imposition sur les mêmes bases. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant. En tout état de cause, il résulte des pièces produites par l'administration que M. B a été informé de l'annulation de l'avis de mise en recouvrement en cause par courrier en date du 3 juillet 2020, accompagné d'une décision du 21 octobre 2020 prononçant le dégrèvement correspondant.
Sur le bien-fondé du surplus des rappels de taxe sur la valeur ajoutée :
15. En premier lieu, aux termes du 2 nonies de l'article 283 du code général des impôts : " Pour les travaux de construction, y compris ceux de réparation, de nettoyage, d'entretien, de transformation et de démolition effectués en relation avec un bien immobilier par une entreprise sous-traitante, au sens de l'article 1er de la loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975 relative à la sous-traitance, pour le compte d'un preneur assujetti, la taxe est acquittée par le preneur. " L'article 1er de la loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975 dispose que : " Au sens de la présente loi, la sous-traitance est l'opération par laquelle un entrepreneur confie par un sous-traité, et sous sa responsabilité, à une autre personne appelée sous-traitant l'exécution de tout ou partie du contrat d'entreprise ou d'une partie du marché public conclu avec le maître de l'ouvrage. " L'article 3 de la même loi ajoute que : " L'entrepreneur qui entend exécuter un contrat ou un marché en recourant à un ou plusieurs sous-traitants doit, au moment de la conclusion et pendant toute la durée du contrat ou du marché, faire accepter chaque sous-traitant et agréer les conditions de paiement de chaque contrat de sous-traitance par le maître de l'ouvrage ; l'entrepreneur principal est tenu de communiquer le ou les contrats de sous-traitance au maître de l'ouvrage lorsque celui-ci en fait la demande () ".
16. La société requérante soutient que les travaux qu'elle a réalisés en France l'étaient en sous-traitance au profit de donneurs d'ordres français, les sociétés Montagne Plaquiste et Plafonds d'Oc, et que dans ces conditions la taxe sur la valeur ajoutée était due par elles. Toutefois, alors au demeurant que l'administration n'a jamais affirmé dans la proposition de rectification du 19 novembre 2018 que les travaux réalisés en France par la requérante l'étaient en sous-traitance, il résulte de l'instruction qu'à l'occasion de la vérification de comptabilité diligentée par l'administration puis de la mise en œuvre du droit de communication, la société B Entreprise SLU n'a pas été en mesure d'apporter d'autres éléments qu'un contrat de sous-traitance daté du 4 mai 2015 et non signé par les deux parties co-contractantes. En outre, comme l'a relevé l'administration, les factures en cause ne comportaient pas la mention " auto-liquidation de la taxe sur la valeur ajoutée, article 282, 2 nonies du code général des impôts " ou une autre indication du recours à un système d'auto-facturation. Il s'ensuit que la société B Entreprise SLU était bien redevable, en application des dispositions précitées, de la taxe sur la valeur ajoutée.
17. En second lieu, aux termes de l'article 293 B du code général des impôts, dans sa rédaction applicable aux rappels de taxe contestés : " I. - 1. Pour leurs livraisons de biens et leurs prestations de services, les assujettis établis en France, à l'exclusion des redevables qui exercent une activité occulte au sens du deuxième alinéa de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, bénéficient d'une franchise qui les dispense du paiement de la taxe sur la valeur ajoutée lorsqu'ils n'ont pas réalisé au cours de l'année civile précédente un chiffre d'affaires supérieur à : /()/ 2° () un chiffre d'affaires afférent à des prestations de services, hors ventes à consommer sur place et prestations d'hébergement, supérieur à : a) 32 900 euros l'année civile précédente ; / b) () 34 900 euros l'année civile précédente, lorsque la pénultième année il n'a pas excédé le montant mentionné au a. / II. - 1. Le I cesse de s'appliquer : / () / b) Ou à ceux dont le chiffre d'affaires de l'année en cours afférent à des prestations de services, hors ventes à consommer sur place et prestations d'hébergement, dépasse le montant mentionné au b du 2° du I ".
18. Il résulte de l'instruction qu'en l'absence de déclaration par la société requérante d'un chiffre d'affaire taxable l'exercice clos le 31 décembre 2015, l'administration a reconstitué le chiffre d'affaire de la société pour un montant de 38 777 euros, soit un montant supérieur au seuil de 32 900 euros défini par l'article 293 B du code général des impôts. Par suite, alors au demeurant que la société requérante ne conteste pas le quantum du chiffre d'affaire reconstitué, la société B Entreprise n'est pas fondée à soutenir qu'elle aurait dû bénéficier de l'exonération de taxe sur la valeur ajoutée prévue par les dispositions précitées pour l'année 2016.
Sur les amendes fiscales de l'article 1729 D du code général des impôts :
19. Aux termes de l'article 1729 D du code général des impôts alors applicable : " Le défaut de présentation de la comptabilité selon les modalités prévues au I de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales entraîne l'application d'une amende égale à 5 000 euros ou, en cas de rectification et si le montant est plus élevé, d'une majoration de 10 % des droits mis à la charge du contribuable. "
20. En l'espèce, la société requérante demande la décharge des amendes fiscales prononcées à son encontre, au titre de l'année 2015, pour défaut de présentation de la comptabilité au seul motif qu'elle ne disposerait pas en France d'un établissement stable. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit aux points 6 et 7 du présent jugement que l'intéressée possède bien un tel établissement sur le territoire français. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à demander pour ce seul motif la décharge des amendes litigieuses.
Sur les frais liés au litige :
21. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais que M. B a exposés au titre de la requête n° 2001443, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, l'Etat n'étant pas la partie perdante pour l'essentiel au titre de la requête n° 2102355, il n'y a pas lieu de mettre à sa charge la somme demandée par la société B Entreprise SLU sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête n° 2102355 de la société B Entreprise SLU à fin de décharge des sommes de 4 537 euros en droits et 572 euros en pénalités, correspondant aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée afférents à l'année 2017.
Article 2 : Il est accordé à M. B la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, en droits et pénalités, auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015 et 2016.
Article 3 : Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au titre de la requête n° 2001443.
Article 4 : Le surplus des requêtes nos 2001443 et 2102355 est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à l'EURL B Entreprise SLU, à M. D B et au directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Truilhé, président,
M. Déderen, premier conseiller,
M. Zabka, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2023.
Le rapporteur,
N. C
Le président,
J-C. TRUILHÉ La greffière,
M-E. LATIF
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Nos 2001443, 2102355
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026