jeudi 17 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2001452 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP GEORGES DAUMAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 mars 2020, Mme H D, M. F J, agissant tant en son nom personnel qu'en sa qualité de représentant légal de sa fille mineure Mme B J, Mme A J, Mme G E, Mme C K, représentés par Me Lienard, demandent au tribunal de condamner le centre hospitalier Comminges-Pyrénées à leur verser respectivement les sommes de 60 000 euros, 70 000 euros, 80 000 euros, 80 000 euros, 30 000 euros et 30 000 euros, en réparation du préjudice subi à la suite du décès de leur fille, compagne, mère et sœur, Hélène I, le 23 mars 2010, qu'ils estiment imputable à des fautes commises lors de son accouchement.
Ils soutiennent que :
- le centre hospitalier engage sa responsabilité pour faute au regard des conditions dans lesquelles s'est déroulé l'accouchement de Mme I ; celui-ci a été programmé lors d'une grève du personnel connue par le centre hospitalier ; alors même que l'accouchement était programmé, le médecin obstétricien-gynécologue n'était pas présent ; les ressources de sang du centre hospitalier étaient insuffisantes pour assurer la transfusion de Mme I rendue nécessaire par ses complications ; les manipulations maladroites de l'équipe pour évacuer le placenta ont contribué à son hémorragie ; le centre hospitalier a également commis une imprudence en n'orientant pas Mme I vers un autre centre à même d'assurer son accouchement dans de bonnes conditions ;
-Mme I, qui a succombé aux arrêts cardiaques causés par son hémorragie, ne présentait aucun antécédent cardiaque ;
-le décès d'Hélène I, imputable exclusivement aux fautes du centre hospitalier, cause aux membres de sa famille un important préjudice d'affection leur ouvrant droit à réparation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2020, le centre hospitalier Comminges-Pyrénées, représenté par Me Daumas, conclut au rejet de la requête et à ce que les entiers dépens soient mis à la charge des requérants.
Il soutient que :
-la requête est tardive ;
-aucune faute susceptible d'engager la responsabilité du centre hospitalier n'a été commise dans la surveillance de la grossesse de Mme I, ainsi que dans sa prise en charge pendant et après l'accouchement.
Par ordonnance du 13 janvier 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 1er mars 2021.
Un mémoire présenté pour les requérants a été enregistré le 24 février 2021 et n'a pas été communiqué.
Mme D, M. J et Mme K ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décisions du 15 octobre 2021.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance du 6 décembre 2011, par laquelle le président du tribunal a taxé les frais de l'expertise précédemment ordonnée en référé.
Vu :
- le code de la santé publique,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Chalbos, rapporteure,
- les conclusions de M. Luc, rapporteur public,
- et les observations de Me Thoumasié, représentant le centre hospitalier de Comminges-Pyrénées.
Considérant ce qui suit :
1. Le 22 mars 2010, Hélène I, née le 1er février 1974, a été admise à la maternité du centre hospitalier Comminges-Pyrénées, en vue de son accouchement programmé dans le cadre d'une seconde grossesse. L'accouchement, qui s'est déroulé normalement, a eu lieu à 21 h 40. Il a toutefois été suivi par une délivrance du placenta tardive et incomplète, accompagnée de saignements de la patiente à partir de 22 h 10, lesquels se sont intensifiés, provoquant, à 22 h 20, l'appel de l'équipe obstétricale et de l'équipe anesthésique par la sage-femme sur place. En dépit du renfort du service de réanimation et du chirurgien, les soins administrés par l'équipe médicale, lesquels ont notamment consisté en des révisions utérines, une transfusion sanguine et une hystérectomie d'hémostase, n'ont pas permis d'endiguer l'hémorragie massive de la patiente, dont il est apparu par la suite qu'elle était liée à une anomalie de l'adhésion placentaire. Le décès d'Hélène I, qui a subi plusieurs arrêts cardiaques pendant que l'équipe médicale tentait de la réanimer, a été déclaré le 23 mars 2010 à 1 h 30. Par une ordonnance du 18 juillet 2011, la présidente du tribunal administratif de Toulouse a ordonné une expertise aux fins de déterminer notamment les causes et les circonstances du décès d'Hélène I et l'existence éventuelle de fautes, omissions ou erreurs dans l'administration des soins ou dans l'organisation du service. L'expert a rendu son rapport le 2 décembre 2011. Par une demande indemnitaire préalable reçue le 20 novembre 2019, la mère, le conjoint, les deux filles et les deux sœurs d'Hélène I ont demandé au centre hospitalier Comminges-Pyrénées de réparer leur préjudice d'affection consécutif au décès de leur proche. Une décision implicite de rejet de leur demande est née le 20 janvier 2020. Par la présente requête, Mme D et autres entendent engager la responsabilité pour faute du centre hospitalier Comminges-Pyrénées, qu'ils estiment responsable du décès de leur fille, compagne, mère et sœur.
Sur la responsabilité :
2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".
3. En premier lieu, les requérants soutiennent que l'établissement a commis une faute en programmant l'accouchement d'Hélène I le 22 mars 2010 alors qu'une grève du personnel médical était annoncée. Toutefois, l'existence, lors de l'hospitalisation la parturiente, d'un mouvement social d'une ampleur susceptible de mettre en péril la bonne marche du service public hospitalier n'est pas révélée par la production d'une seule attestation, dont il ne résulte au demeurant pas de l'instruction qu'elle émanerait d'un membre du personnel médical du centre hospitalier Comminges-Pyrénées et dont l'auteur se borne à indiquer avoir été en grève le 23 mars 2010. Il résulte par ailleurs et en tout état de cause du rapport d'expertise du 2 décembre 2011 que l'accouchement d'Hélène I ainsi que sa prise en charge post-partum ont donné lieu à l'intervention d'une équipe médicale complète.
4. En deuxième lieu, si les requérants soutiennent que le centre hospitalier Comminges-Pyrénées a commis une faute dans l'organisation du service, tenant à l'absence, lors de l'accouchement d'Hélène I, de son gynécologue-obstétricien, les dispositions de l'article D. 6124-44 du code de la santé publique n'imposent la présence sur place en continu du médecin que pour les unités réalisant plus de 1 500 naissances par an. Par suite, en assurant la présence du gynécologue-obstétricien par astreinte, et alors que le médecin avait examiné la parturiente lors de son admission à la maternité le matin et s'est rendu sur place dix minutes après l'appel de la sage-femme en vue d'une prise en charge post-partum, le centre hospitalier Comminges-Pyrénées, dont l'unité obstétrique réalise 600 naissances par an, n'a commis aucune faute susceptible d'engager sa responsabilité.
5. En troisième lieu, les requérants font grief au centre hospitalier Comminges-Pyrénées de ne pas avoir disposé des ressources suffisantes de sang ou de donneurs permettant de mettre en place en urgence une transfusion pour compenser l'hémorragie dont était victime Hélène I. Il résulte toutefois de l'instruction et notamment du rapport d'expertise ordonnée en référé que, contrairement à ce que soutiennent les requérants, Hélène I a pu bénéficier d'une transfusion sanguine, l'intéressée ayant reçu, entre 22 h 45 et 1 h 30, heure de son décès, la transfusion de huit poches de sang. Il ne résulte par ailleurs nullement de l'instruction que le décès d'Hélène I aurait été causé par un manque de produits sanguins de l'hôpital, mais par un choc hypovolémique lié à une hémorragie massive que les importants volumes transfusés et l'acte chirurgical d'hémostase n'ont pas permis d'endiguer. Aucune faute dans l'organisation du service tenant à une insuffisance de produits sanguins ne peut donc être imputée au centre hospitalier Comminges-Pyrénées.
6. En quatrième lieu, les requérants n'apportent aucun élément à l'appui de leur allégation selon laquelle les manipulations maladroites de l'équipe médicale pour évacuer le placenta d'Hélène I auraient été à l'origine de son hémorragie massive. Il ressort au contraire des conclusions de l'expert désigné en référé que les conditions de prise en charge de la parturiente pendant et après son accouchement ont été globalement conformes aux bonnes pratiques médicales. Si l'expert relève quelques imperfections vénielles dans la prise en charge de l'hémorragie post-partum, il estime en revanche que celles-ci n'ont pas joué de rôle significatif dans le décès d'Hélène I, lequel résulte du caractère massif de l'hémorragie provoquée par l'existence d'un placenta increta qui ne pouvait être détecté avant l'accouchement.
7. En cinquième et dernier lieu, si les requérants estiment que le centre hospitalier a commis une faute en ne réorientant pas la parturiente vers un centre hospitalier apte à lui assurer de bonnes conditions d'accouchement, il résulte de l'instruction que la maternité du centre hospitalier, service de niveau 1, était une structure adaptée à l'état de santé d'Hélène I et aux conditions de sa grossesse. L'expert désigné en référé relève d'ailleurs que l'hémorragie de la délivrance serait survenue de la même façon si la parturiente avait accouché dans un autre établissement, et qu'il n'est pas certain que l'évolution de son état de santé aurait été différente. Les requérants ne sont donc pas fondés à soutenir que le centre hospitalier Comminges-Pyrénées aurait dû orienter Hélène I vers un autre établissement pour programmer son accouchement.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants n'invoquent aucune faute dans l'organisation du service ou erreur médicale de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier Comminges-Pyrénées et susceptible d'avoir été à l'origine du décès d'Hélène I survenu le 23 mars 2010. Il s'ensuit que leurs conclusions indemnitaires doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense.
Sur les dépens :
9. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ".
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre les frais d'expertise taxés et liquidés à la somme de 1 200 euros par l'ordonnance susvisée de la présidente du tribunal, à la charge définitive du centre hospitalier Comminges-Pyrénées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D et autres est rejetée.
Article 2 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 1 200 euros sont mis à la charge définitive du centre hospitalier Comminges-Pyrénées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme H D, à M. F J, Mme A J, à Mme G E, à Mme C K et au centre hospitalier Comminges-Pyrénées.
Délibéré après l'audience du 27 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Katz, président,
Mme Chalbos, conseillère,
Mme Jorda, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.
La rapporteure,
C. CHALBOS
Le président,
D. KATZ La greffière,
F. DEGLOS
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
N°200145
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026