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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2001486

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2001486

mardi 21 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2001486
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique chambre 1
Avocat requérantSCP CAMILLE ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 mars 2020, l'organisme de gestion de l'école catholique (OGEC) Saint Joseph, association régie par la loi du 1er juillet 1901, représenté par son président, ayant pour avocat Me Gasquet, demande au tribunal :

1°) la décharge de la cotisation de taxe d'habitation à laquelle il a été assujettie au titre de l'année 2019 dans les rôles de la commune de Villefranche-de-Lauragais (Haute-Garonne), mise en recouvrement le 31 octobre 2019 ;

2°) la mise à la charge de l'Etat d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

- le rôle correspondant à la taxe d'habitation litigieuse est entaché d'irrégularité, faute pour l'administration fiscale de justifier qu'il comporte, conformément aux prescriptions de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012, la mention des bases de la liquidation des cotisations de taxe d'habitation, et en particulier la valeur locative unitaire du local de référence, l'identification dudit local et le détail des surfaces brutes et pondérées retenues ;

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :

- contrairement à ce qu'a estimé l'administration fiscale, l'ensemble des locaux qu'il occupe est exonéré de taxe d'habitation sur le fondement des dispositions du II de l'article 1407 du code général des impôts et sa doctrine administrative exprimée aux paragraphes n° 100 et 110 du BOI-IF-TH-10-40-10 du 12 septembre 2012, celle-ci étant opposable à l'administration sur le fondement des dispositions du second alinéa de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, dès lors qu'il comprend des locaux auxquels ont quotidiennement accès les élèves, des locaux librement accessibles aux élèves et abritant du matériel indispensable à l'instruction des élèves ; une dissociation entre les locaux ne peut se faire dès lors qu'ils contribuent tous à la réalisation de la mission d'enseignement ;

- l'administration fiscale n'a pas extourné des bases les locaux affectés à l'instruction des élèves alors même que, dans le cadre de réclamations contentieuses du même objet, elle a indiqué qu'elle ne souhaitait taxer que les surfaces affectées au logement ou à l'instruction des élèves et a, dans tous ces dossiers, extourné de la base taxable la surface des locaux affectés au logement et à l'instruction des élèves et procédé à des dégrèvements partiels ; elle se devait, a minima, d'extourner des surfaces taxables les superficies qui correspondent à des locaux affectés à l'instruction des élèves.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 décembre 2020, le directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne doit être regardé comme concluant :

1°) au non-lieu à statuer, à concurrence du dégrèvement prononcé en cours d'instance ;

2°) au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que :

En ce qui concerne l'étendue du litige :

- compte tenu du dégrèvement prononcé en cours d'instance, il ne s'élève plus qu'à la somme de 264 euros en droits ;

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

- l'imposition contestée a été établie dans le cadre d'un rôle général conformément aux déclarations souscrites ; le rôle comporte toutes les mentions exigées par la loi en vigueur permettant de mettre en recouvrement l'imposition litigieuse ;

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :

- l'OGEC Saint Joseph avait été assujetti à la taxe d'habitation au titre de l'année 2019 pour l'ensemble des locaux qu'il occupe ; un dégrèvement de la taxe relative aux locaux d'enseignement a été prononcé à la suite des déclarations déposées le 3 octobre 2019 indiquant, d'une part, la superficie des locaux affectés à l'enseignement et, d'autre part, les locaux occupés par l'administration ;

- l'exonération prévue au 3° du II de l'article 1407 du code général des impôts ne vise expressément que les locaux affectés au logement des élèves tels que les dortoirs, réfectoire et installations sanitaires dans les écoles et pensionnats ;

- l'extension de cette exonération aux locaux affectés exclusivement à l'instruction des élèves ne vise que les locaux où les élèves peuvent circuler librement (salles de classe, salles d'études, laboratoires, gymnases, ) ;

- après dégrèvement prononcé, l'administration fiscale n'a soumis à la taxe d'habitation que les locaux non destinés à l'instruction des élèves conformément aux déclarations déposées.

Par une ordonnance du 11 octobre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 2 novembre 2021 à 12 h 00.

Une pièce a été demandée au directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne par une lettre du 10 janvier 2023 afin de compléter l'instruction, sur le fondement de l'article R. 613-1-1 du code de la justice administrative. Cette pièce a été enregistrée le 24 janvier 2023 et a été communiquée.

Vu :

- la décision de dégrèvement en date du 4 décembre 2020 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. B A pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les conclusions de M. Luc, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. L'OGEC Saint-Joseph est un établissement privé d'enseignement sous contrat d'association avec l'Etat constitué sous la forme d'une association sans but lucratif régie par la loi du 1er juillet 1901. L'OGEC Saint-Joseph a été assujetti à la taxe d'habitation au titre de l'année 2019 en raison des locaux qu'il occupe au 42 rue d'Alger à Villefranche-de-Lauragais (Haute-Garonne), pour un montant de 2 166 euros. Par réclamation du 18 décembre 2019, il en a demandé la décharge. Par décision du 13 février 2020, l'administration a rejeté sa demande. Par la présente requête, il demande au tribunal de prononcer la décharge de la cotisation de taxe d'habitation à laquelle il a été assujettie au titre de l'année 2019 dans les rôles de la commune de Villefranche-de-Lauragais.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte de l'instruction que, le 4 décembre 2020, soit postérieurement à l'introduction de sa requête, l'OGEC Saint-Joseph a obtenu un dégrèvement partiel de taxe d'habitation d'un montant de 1 902 euros en droits. Ses conclusions en décharge sont donc devenues, à concurrence d'un tel montant, sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

3. Aux termes de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales : " Constituent des titres exécutoires les (), rôles, () que l'Etat, les collectivités territoriales ou les établissements publics dotés d'un comptable public délivrent pour le recouvrement des recettes de toute nature qu'ils sont habilités à recevoir. ". Selon l'article 1658 du code général des impôts, les impôts directs et les taxes assimilées sont recouvrés en vertu soit de rôles rendus exécutoires, soit d'avis de mise en recouvrement. Ces rôles doivent comporter l'identification du contribuable, ainsi que le total par nature d'impôt et par année des sommes à acquitter. Ils ne sont en revanche pas soumis à l'obligation d'indiquer les bases de la liquidation imposée par les dispositions de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique qui ne portent que sur les créances non fiscales.

4. L'OGEC Saint-Joseph fait valoir que le rôle correspondant à l'imposition litigieuse est entaché d'irrégularité, faute pour l'administration fiscale de justifier qu'il comporte, conformément aux dispositions de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012, la mention des bases d'imposition et en particulier de la valeur locative unitaire du local de référence, l'identification de ce local et du détail des surfaces brutes et pondérées retenues. Toutefois, d'une part, lorsque l'administration entend procéder au recouvrement d'une créance fiscale en vertu d'un rôle homologué, conformément aux dispositions de l'article 1658 du code général des impôts, ce rôle doit comporter l'identification du contribuable, ainsi que le total par nature d'impôt et par année des sommes à acquitter. Ainsi, les bases de liquidation n'ont pas à être mentionnées sur le rôle. D'autre part, il résulte de l'instruction que l'extrait de rôle produit par l'administration concernant la taxe d'habitation en litige afférente à l'année 2019 mentionne l'identité du contribuable, le total dû en matière de taxe d'habitation ainsi que l'année concernée. Ainsi, le moyen tiré de l'irrégularité du rôle doit être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :

5. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a assujetti l'OGEC Saint-Joseph à la taxe d'habitation au titre de l'année 2019 à raison des locaux qu'il occupe au 42 rue d'Alger à Villefranche-de-Lauragais, assise sur la surface totale de ces locaux. Après l'examen des plans des locaux dont elle avait demandé la communication à l'organisme et postérieurement à l'introduction de la requête, l'administration a distingué, d'une part, les surfaces exonérées de la taxe d'habitation, à savoir celles affectées au logement et à l'instruction des élèves, et, d'autre part, les surfaces devant être prises en compte pour le calcul de la taxe, à savoir celles qui, selon elle, ne sont pas affectées à l'instruction des élèves, puis elle a extourné de la base taxable la surface des locaux affectés au logement et à l'instruction des élèves. L'administration a procédé, en conséquence, au dégrèvement partiel de la cotisation de taxe d'habitation à laquelle l'OGEC Saint-Joseph avait été assujetti au titre de l'année 2019, d'un montant de 1 902 euros, laissant ainsi à sa charge la somme de 264 euros.

6. L'OGEC Saint-Joseph soutient que l'ensemble des locaux qu'il occupe bénéficient de l'exonération prévue par les dispositions du 3° du II de l'article 1407 du code général des impôts ou la doctrine administrative référencée aux paragraphes n° 100 et 110 du BOI-IF-TH-10-40-10 du 12 septembre 2012 dès lors que les classes, les sanitaires, les annexes, les circulations sont des locaux auxquels ont accès quotidiennement les élèves et qu'en outre, les locaux affectés au service des professeurs et des personnels d'éducation, ainsi que ceux affectés à l'administration de l'établissement, sont également accessibles aux élèves et abritent des matériels ou outils indispensables destinés à l'instruction des élèves et présentent un caractère indissociable.

S'agissant de la charge de la preuve :

7. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l'assujettissement à l'impôt ou, le cas échéant, s'il remplit les conditions légales d'une exonération.

S'agissant de l'application de la loi fiscale :

8. Aux termes de l'article 1407 du code général des impôts : " I. - La taxe d'habitation est due : / 1° Pour tous les locaux meublés affectés à l'habitation ; / 2° Pour les locaux meublés conformément à leur destination et occupés à titre privatif par les sociétés, associations et organismes privés et qui ne sont pas retenus pour l'établissement de la cotisation foncière des entreprises ; / (). / II. - Ne sont pas imposables à la taxe : / () ; /3° Les locaux destinés au logement des élèves dans les écoles et pensionnats ; / (). ". Aux termes de l'article 1408 du même code : " I. - La taxe est établie au nom des personnes qui ont, à quelque titre que ce soit, la disposition ou la jouissance des locaux imposables. / (). ". Aux termes de l'article 1409 du même code : " La taxe d'habitation est calculée d'après la valeur locative des habitations et de leurs dépendances, (). ". Aux termes de l'article 1415 du même code : " La taxe foncière sur les propriétés bâties, la taxe foncière sur les propriétés non bâties et la taxe d'habitation sont établies pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition. ".

9. En premier lieu, si l'OGEC Saint-Joseph fait valoir que les locaux affectés à l'administration de l'établissement, au service des professeurs et des personnels d'éducation doivent être exonérés de taxe d'habitation en application des dispositions précitées du 3° de l'article 1407 du code général des impôts, d'une part, ils ne présentent, aucun lien avec le logement des élèves, d'autre part, il ne résulte pas de l'instruction que ces locaux seraient librement accessibles au public et aux élèves, ou ouverts à leur circulation sans aucune restriction.

10. En second lieu, il résulte de l'instruction que postérieurement à l'introduction de la requête, l'administration a exclu de la base d'imposition des cotisations de taxe d'habitation les locaux et annexes liées à l'enseignement, à savoir les salles de classe, le couloir qui y mène, le dortoir, les sanitaires et le préau.

11. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration fiscale a maintenu les locaux en cause dans la base imposable à la taxe d'habitation en application des dispositions précitées des articles 1407, 1408, 1409 et 1415 du code général des impôts.

S'agissant de l'interprétation administrative de la loi fiscale :

12. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable à l'année d'imposition en litige : " (). / Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. Sont également opposables à l'administration, dans les mêmes conditions, les instructions ou circulaires publiées relatives au recouvrement de l'impôt et aux pénalités fiscales. ". Il résulte de ces dispositions que lorsque le contribuable invoque le bénéfice de l'interprétation de la loi fiscale que l'administration a fait connaître par des instructions et circulaires publiées, aucune imposition, même primitive, qui serait contraire à cette interprétation ne peut être établie.

13. Aux termes de l'instruction référencée BOI-IF-TH-10-40-10 du 12 septembre 2012 : " (). / 100. L'exonération prévue par l'article 1407 II 3° du CGI ne vise expressément que les locaux affectés au logement des élèves, tels que dortoirs, réfectoires et installations sanitaires, dans les écoles et pensionnats. / (). / 110. Il y a lieu, toutefois, d'admettre que les locaux affectés à l'instruction des élèves (salles de classe, études, etc.) peuvent être exclus des bases de la taxe d'habitation. / () ".

14. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 10, il résulte de l'instruction que les annexes liées aux locaux d'enseignements, à savoir les salles de classe, le couloir qui y mène, le dortoir, les sanitaires et le préau, ont été exclues de la base imposable à la taxe d'habitation.

15. En second lieu, s'agissant des locaux affectés à l'administration de l'établissement, au service des professeurs et des personnels d'éducation, et des dégagements retenus par l'administration fiscale dans la base imposable, ceux-ci ne sont pas destinés à l'instruction des élèves et ils ne peuvent, en outre, être regardés comme constituant une dépendance des locaux affectés à leur instruction qui en serait indissociable. Dans ces conditions, ils n'entrent pas dans le champ de l'exonération prévue par la doctrine administrative invoquée.

16. Il s'ensuit que l'administration fiscale a pu, sans méconnaître la doctrine administrative invoquée, maintenir les locaux correspondants dans la base imposable à la taxe d'habitation.

17. Il résulte de tout ce qui précède que l'OGEC Saint-Joseph n'est pas fondé à demander la décharge du surplus de la cotisation primitive de taxe d'habitation à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2019 restant en litige.

Sur les frais liés au litige :

18. L'Etat devant être regardé, dans la présente instance, comme la partie perdante pour l'essentiel, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en mettant à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par l'OGEC Saint-Joseph et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions en décharge à concurrence de 1 902 euros en droits.

Article 2 : L'Etat versera à l'OGEC Saint-Joseph la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de l'OGEC Saint-Joseph est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'organisme de gestion de l'école catholique (OGEC) Saint-Joseph et au directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2023.

Le magistrat désigné,

J-C. A

La greffière,

M-E. LATIF

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

No 2001486

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