mardi 9 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2001662 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique chambre 6 |
| Avocat requérant | SCP BOUYSSOU ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 30 mars 2020, les 2 novembre et 6 décembre 2022, M. D E, représenté par Me Lucas, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 février 2020 par lequel le maire de Millau l'a exclu à titre temporaire de ses fonctions pour une durée de trois jours ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Millau la somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure au regard de l'article 4 du décret du 18 septembre 1989 en ce qu'il n'a pas été informé des faits qui lui étaient reprochés ;
- il n'a pas méconnu son devoir d'obéissance faute d'avoir reçu l'ordre d'intégrer Mme A aux équipes de chantiers et il a justifié du travail effectué par cet agent ;
- la sanction est disproportionnée.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 octobre et 29 novembre 2022, la commune de Millau, représentée par Me Lecarpentier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. E au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 18 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 18 avril suivant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;
- le décret n°89-677 du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux ;
- le code de justice administrative.
En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné Mme Poupineau, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés audit article.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Poupineau,
- les conclusions de M. Leymarie, rapporteur public,
- et les observations de Me Bonnel, représentant la commune de Millau.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, agent titulaire, technicien principal de deuxième classe, exerce les fonctions de chef du service des interventions des espaces publics au sein de la commune de Millau. Par un arrêté du 4 février 2020, le maire de Millau a pris à son encontre une sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de trois jours. Par la présente requête, M. E demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté contesté vise les textes applicables et indique les faits reprochés à M. E, à savoir que son courriel du 23 septembre 2019 manifeste un refus d'exécuter les consignes qui lui avaient été données quant à la nouvelle organisation de son service destinée à faire évoluer les missions confiées à un agent. Le même arrêté relève que ce courriel du requérant a été adressé également à sa subordonnée alors qu'il s'agissait d'un échange avec sa hiérarchie. Il relève enfin que M. E n'a pas fourni une restitution claire et précise du travail réalisé par cet agent travaillant dans son service. Enfin, il ne peut être utilement soutenu que l'arrêté ne fait pas référence à l'attitude du requérant lors de son entretien du 24 janvier 2020 dès lors que ces faits ne font pas l'objet de la sanction disciplinaire infligée selon l'arrêté contesté. Dans ces conditions, l'arrêté comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, et le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du décret du 18 septembre 1989 susvisé : " L'autorité investie du pouvoir disciplinaire informe par écrit l'intéressé de la procédure disciplinaire engagée contre lui, lui précise les faits qui lui sont reprochés et lui indique qu'il a le droit d'obtenir la communication intégrale de son dossier individuel au siège de l'autorité territoriale et la possibilité de se faire assister par un ou plusieurs conseils de son choix. / L'intéressé doit disposer d'un délai suffisant pour prendre connaissance de ce dossier et organiser sa défense. Les pièces du dossier et les documents annexés doivent être numérotés. ".
4. M. E a été informé, par un courrier du 5 décembre 2019, notifié le 13 décembre suivant, de la procédure disciplinaire engagée à son encontre. Ce courrier, qui comprenait un exposé synthétique des faits reprochés, l'informait de ses droits, notamment à obtenir la communication de son dossier, et le conviait à un entretien préalable le 24 janvier 2020. Le requérant soutient n'avoir obtenu que la communication d'une note du directeur des services techniques du 4 octobre 2019 figurant dans son dossier disciplinaire de sorte qu'il n'était pas informé des faits qui lui étaient reprochés. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'outre cette note du 4 octobre 2019, qui était détaillée, le dossier disciplinaire dont M. E a pris connaissance le 24 janvier 2020, comportait les courriels échangés avec le directeur des services techniques entre le 23 et 24 septembre 2019. Par cette consultation, M. E a pu prendre connaissance de l'ensemble des faits qui lui étaient reprochés et préparer utilement sa défense, alors qu'un entretien individuel a été organisé lui permettant de présenter ses observations à cette fin. Par ailleurs, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à l'autorité investie du pouvoir disciplinaire de dresser un rapport disciplinaire lorsque, comme en l'espèce, la sanction prononcée relève du premier groupe de l'échelle des sanctions et n'a ainsi pas à faire l'objet d'une saisine préalable du conseil de discipline. Enfin, l'attitude de M. E lors de l'entretien individuel du 24 janvier 2020 n'ayant pas fondé la sanction contestée, il ne peut utilement soutenir qu'il n'a pas disposé d'un délai suffisant pour présenter des observations sur ce point. Par suite, le vice de procédure invoqué doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 28 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée, alors en vigueur : " Tout fonctionnaire, quel que soit son rang dans la hiérarchie, est responsable de l'exécution des tâches qui lui sont confiées. Il doit se conformer aux instructions de son supérieur hiérarchique, sauf dans le cas où l'ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public. / Il n'est dégagé d'aucune des responsabilités qui lui incombent par la responsabilité propre de ses subordonnés. " Aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / Premier groupe : / l'avertissement ; / le blâme ; / l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours () ".
6. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'occasion d'une réunion du 10 septembre 2019 impliquant M. B, directeur des services techniques, M. E, chef du service des interventions des espaces publics, et Mme A, agent au sein du service dirigé par M. E, M. B a indiqué souhaiter qu'une modification de la fiche de poste de Mme A soit réalisée afin de l'intégrer aux équipes de chantier. A cette fin, il a été demandé à M. E de participer à cette réorganisation du service et à la modification de la fiche de poste de Mme A. M. E a répondu sur ce point au directeur des services techniques, par un courriel daté du 23 septembre 2019, adressé en copie à Mme A, qu'il signifiait sa " désapprobation " quant au " changement du profil de poste " de l'intéressée, au motif que la mission poursuivie par cette agente, à savoir un inventaire du patrimoine des espaces verts de la ville, n'était pas terminée, et qu'en conséquence, il " ne cautionne pas la modification de son profil et ne participera à son écriture ". En réponse, M. B, par un courriel du 24 septembre 2019, a rappelé que des discussions quant à cette évolution de poste s'étaient déjà tenues, notamment lors de la réunion du 10 septembre précédent, et a demandé à M. E de lui remettre d'ici trois heures " un rapport circonstancié " quant au travail effectué par Mme A depuis le premier janvier 2018 ainsi qu'une date de fin de mission. M. E a fait état, en réponse, de manière synthétique, des missions effectuées par cette agente avec un exemple de fiche de relevé de terrain rédigée par Mme A, puis a indiqué qu'aucune date de fin de mission ne pouvait être donnée, ce travail étant, selon ses propres termes, sans fin.
7. D'une part, M. E ne conteste pas ne pas avoir déféré à la demande de modification de la fiche de poste de Mme A et ne peut utilement sur ce point faire état des raisons justifiant selon lui son refus, alors d'ailleurs que son refus n'était assorti d'aucune argumentation propre dans son courriel du 23 septembre 2019. De même, il ne peut utilement soutenir ne pas avoir reçu d'ordre formel de changement d'affectation de Mme A dès lors que les faits reprochés concernent seulement son refus de participer à la modification de la fiche de poste de cette agente. D'autre part, au regard de son contenu, le courriel de M. E, dans lequel il se borne à faire état, de manière synthétique, des missions effectuées par Mme A, ne peut être regardé comme " un rapport circonstancié ". S'il se plaint à cet égard du peu de temps dont il a disposé, il ressort des pièces du dossier qu'il a été exempté d'une réunion afin de lui permettre de rédiger le rapport demandé. Par ailleurs, le requérant ne peut utilement faire valoir que le travail effectué par Mme A aurait été présenté au chef de service lors d'une réunion du 6 décembre 2019, cette circonstance étant sans lien avec la demande qui lui avait été formulée le 24 septembre 2019 et qui était justifiée notamment par la réunion prochaine du comité technique prévue le 26 septembre suivant. Dans ces conditions, les faits reprochés à M. E sont établis tant dans leur matérialité que dans leur caractère fautif tenant principalement à un refus d'obéissance.
8. Enfin, compte tenu notamment des fonctions de chef de service occupées par le requérant, le prononcé d'une sanction d'exclusion temporaire de trois jours, qui relève du premier groupe de l'échelle des sanctions, n'apparaît pas disproportionné au regard de la gravité des faits reprochés à l'intéressé, décrits aux points précédents.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. E à fin d'annulation de l'arrêté du 4 février 2020 doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Millau, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. E au titre des frais exposés par lui. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Millau sur le fondement de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Millau au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et à la commune de Millau.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.
La magistrate désignée,
V. POUPINEAU
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne à la préfète de l'Aveyron en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026