mardi 14 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2001697 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | LAPUELLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 mars 2020, Mme A C, représentée par la SELAS Cabinet Lapuelle, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite née le 4 février 2020 rejetant sa demande indemnitaire du 29 novembre 2019 ;
2°) de condamner l'État à lui verser la somme de 10 391,90 euros en réparation de ses préjudices, cette somme étant majorée des intérêts de droit à compter du 4 décembre 2019, date de réception de la demande d'indemnisation et avec capitalisation des intérêts échus à compter du 4 décembre 2020 ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme C soutient que :
- elle a subi au cours de l'année 2019, des actes vexatoires et de dénigrement et a fait l'objet de propos calomnieux constitutifs de faits de harcèlement moral ;
- l'administration a manqué à son obligation de protection et de préservation de la santé des agents ;
- ces faits ont eu pour conséquence de dégrader son état de santé ;
- le déroulé de sa carrière subit un ralentissement préjudiciable quant à son évolution, en particulier pour accéder à un poste avec autant de responsabilité que celui qu'elle occupait au sein du tribunal d'instance de Tulle ;
- elle a subi un préjudice moral en lien avec les faits de harcèlement moral ;
- elle a subi un préjudice financier lié au fait qu'elle ne perçoit plus la nouvelle bonification indiciaire dans ses nouvelles fonctions et qu'elle a dû mandater un avocat au stade de la réclamation indemnitaire préalable ;
- elle a subi un préjudice résultant de l'atteinte à sa réputation professionnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er mars 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Le garde des sceaux, ministre de la justice soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code du travail ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret n° 82-453 du 28 mai 1982 ;
- l'arrêté du 30 octobre 2006 modifié fixant les conditions d'attribution de la nouvelle bonification indiciaire aux greffiers en chef des services judiciaires ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Biscarel, rapporteure,
- les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique,
- et les observations de Me Foucard, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme Karaoui, greffière principale des services judiciaires, a été détachée à compter du 1er janvier 2018 sur un emploi de greffier fonctionnel au sein du tribunal d'instance de Tulle. Le 29 novembre 2019, elle a présenté une demande indemnitaire préalable tendant d'une part, à la réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis à raison de faits de harcèlement moral ou, a minima et à titre subsidiaire, de la carence de l'administration au regard de son obligation de prévention des risques psychosociaux. Une décision implicite de rejet est née le 4 février 2020. Par sa requête, Mme C demande au tribunal de condamner l'État à la réparation de ses préjudices et d'annuler la décision de rejet de sa réclamation préalable du 29 novembre 2019.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de l'État :
S'agissant du harcèlement moral :
2. Aux termes de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, désormais codifié aux articles L. 133-2 et L. 133-3 du code général de la fonction publique, : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ". Aux termes de l'article L. 133-3 du même code : " Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'appréciation de la valeur professionnelle, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un agent public en raison du fait que celui-ci : / 1° A subi ou refusé de subir les faits de harcèlement sexuel mentionnés à l'article L. 133-1, y compris, dans le cas mentionné au 1° de cet article, si les propos ou comportements n'ont pas été répétés, ou les agissements de harcèlement moral mentionnés à l'article L. 133-2 ; / 2° A formulé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces faits ou agissements ; / 3° Ou bien parce qu'il a témoigné de tels faits ou agissements ou qu'il les a relatés. Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé ou enjoint de procéder à ces faits ou agissements. ".
3. D'une part, pour l'application de ces dispositions, il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
4. D'autre part, pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime doit alors être intégralement réparé.
5. Mme C soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de la part de la juge chargée du service du tribunal d'instance, sur la période allant de janvier 2019 au 24 juin 2019, date de sa délégation au greffe du conseil des prud'hommes de Tulle, consistant en un comportement de dévalorisation professionnelle, des propos vexatoires et diffamatoires qui ont conduit à une dégradation de ses conditions de travail et à une altération de son état de santé.
6. Tout d'abord, Mme C soutient avoir fait l'objet d'une dévaluation de sa manière de servir par la juge chargée du service du tribunal à l'occasion notamment de son entretien d'évaluation qui s'est déroulé le 4 mars 2019. Il résulte de l'instruction d'une part, que les critiques professionnelles émises par son évaluatrice concernant les objectifs partiellement atteints, faisant état de difficultés organisationnelles, de difficultés d'anticipation aux changements et de priorisation et de l'absence d'information quantitative sur deux des objectifs assignés, et d'autre part, l'appréciation littérale contenue dans le compte-rendu de l'entretien, ne sont pas de nature à établir que le contenu de cet entretien ait excédé les limites normales de l'exercice du pouvoir hiérarchique. En outre, la requérante ne peut utilement se prévaloir de ses précédentes évaluations professionnelles au titre des années 2015 à 2017 pour justifier de l'existence d'une dévaluation de sa manière de servir, dès lors qu'elle occupait des fonctions de greffière, différentes de celles ayant donné lieu à l'évaluation en cause, dans une autre juridiction. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction que la juge chargée du service du tribunal d'instance, en formulant des observations sur sa manière de servir, aurait excédé les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.
7. Ensuite, s'agissant des accès de colères, des propos vexatoires et diffamatoires dont Mme C aurait fait l'objet, il résulte de l'instruction qu'à l'initiative de la juge chargée du service du tribunal, deux réunions se sont tenues les 5 et 7 mars 2019, hors de la présence de la requérante. Il est établi par le témoignage circonstancié d'un des agents du greffe ayant assisté à la réunion du 7 mars 2019, que la juge chargée du service du tribunal a indiqué aux agents présents qu'elle ne souhaitait pas qu'ils se laissent " entrainer dans un conflit qui n'est pas le leur ", s'est dite " préoccupée par [son] état de santé et d'une " éventuelle fausse tentative de suicide " et leur a indiqué que Mme C avait, par le passé, engagé des " procédures et porté des accusations graves contre des personnes " avec qui elle avait travaillé comme pouvait en témoigner, selon elle, son dossier administratif très volumineux. Pour regrettables que soient ces propos, et même si leur absence de tact a pu heurter la sensibilité de la requérante, la tenue de ces deux réunions entrait toutefois dans le cadre des prérogatives de la juge chargée du service du tribunal d'instance de Tulle.
8. Enfin, si la dégradation des relations professionnelles entre la juge chargée du service du tribunal et Mme C a conduit cette dernière à porter une observation le 6 mars 2019 dans le registre de santé et de sécurité et à déposer une plainte auprès de la présidente du tribunal d'instance et du substitut du procureur le 29 avril 2019, si Mme C a été placée en congé de maladie du 12 au 29 mars 2019, du 30 mars au 12 avril 2019, du 29 avril 2019 au 3 mai 2019 et du 22 au 30 juin 2019, ce dernier arrêt étant motivé par " une fatigue importante liée aux conditions de travail ", et si le médecin de prévention a préconisé le 4 juin 2019 une mutation de Mme C, l'ensemble de ces circonstances, s'il peut être regardé comme révélant des difficultés liées aux conditions de travail, ne permet toutefois pas de faire présumer l'existence d'agissements répétés constitutifs de harcèlement moral. Par ailleurs, la requérante ne produit à l'appui de sa requête aucun élément de nature à établir la réalité des atteintes et agissements dont elle se prévaut, en particulier des propos injurieux et accès de colère dont elle aurait fait l'objet de la part de la juge chargée du service du tribunal.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les éléments avancés par Mme C, pris isolément ou dans leur ensemble, ne permettent pas de présumer l'existence d'un harcèlement moral. Par suite, en l'absence de faute de nature à engager la responsabilité de l'État, les conclusions indemnitaires de Mme C doivent être rejetées.
S'agissant de la responsabilité de l'administration au titre de son obligation de prévention et de protection de la santé et de la sécurité :
10. Aux termes de l'article 23 de la loi du 13 juillet 1983, désormais codifié à l'article L.136-1 du code général de la fonction publique : " Des conditions d'hygiène et de sécurité de nature à préserver leur santé et leur intégrité physique sont assurées aux fonctionnaires durant leur travail. ". Aux termes de l'article L. 4121-1 du code du travail, applicable aux administrations de l'Etat en vertu de l'article 3 du décret du 28 mai 1982 relatif à l'hygiène et à la sécurité au travail ainsi qu'à la prévention médicale dans la fonction publique : " L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs () ". Il résulte de ces dispositions que les autorités administratives ont l'obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de leurs agents. Il leur appartient à ce titre, sauf à commettre une faute de service, d'assurer la bonne exécution des dispositions législatives et réglementaires qui ont cet objet.
11. Mme C soutient que son employeur a manqué à son obligation de sécurité et de protection de la santé en l'exposant à une situation génératrice de risques psycho-sociaux qui s'est traduite par un conflit personnel violent avec la juge chargée du service du tribunal.
12. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'après le dépôt de la fiche d'observation au registre de santé et de sécurité le 6 mars 2019 par Mme C, la présidente du tribunal d'instance de Tulle a sollicité l'intervention du médecin de prévention qui a reçu les six agents de greffe le 4 avril suivant en présence de la requérante. Le médecin de prévention a, par la suite, établi un certificat, le 4 juin 2019, préconisant une mutation de Mme C, eu égard à ses conditions de travail et son état de santé, dans les plus brefs délais. Suite aux préconisations du médecin de prévention du 4 juin 2019 recommandant la mutation de la requérante eu égard à ses conditions de travail et à son état de santé, Mme C a été déléguée par décision du 14 juin 2019 au greffe du conseil des prud'hommes de Tulle à compter du 24 juin 2019. Ainsi, l'administration a mis en œuvre les mesures visant à faire cesser une situation potentiellement génératrice de risques psychosociaux.
13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à soutenir que son employeur a méconnu son obligation de prévention et de protection de la santé et de la sécurité de ses agents prévue par les dispositions précitées. Dès lors, en l'absence de faute de nature à engager la responsabilité de l'État, les conclusions indemnitaires présentées par Mme C doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de rejet de sa demande indemnitaire du 29 novembre 2019 :
14. La décision implicite de rejet de la demande indemnitaire préalable du 29 novembre 2019, reçue le 4 décembre 2019, a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de Mme C qui, en formulant les conclusions analysées ci-dessus, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressée à percevoir la somme qu'elle réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a ainsi lié le contentieux est sans incidence sur la solution du litige et il n'y a lieu pour le juge ni d'examiner de tels moyens, ni de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de telles décisions. Dès lors, les conclusions visées ci-dessus doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme C, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Héry, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Biscarel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023.
La rapporteure,
B. BISCAREL
La présidente,
F. HÉRY La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026