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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2001814

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2001814

jeudi 25 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2001814
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantJM. PANFILI AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 avril 2020, et deux mémoires enregistrés le 13 octobre 2021 et le 16 novembre 2021, Mme C B, représentée par Me Panfili, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née le 3 avril 2020 du silence gardé par le président du département de Tarn-et-Garonne sur sa réclamation préalable indemnitaire ;

2°) de condamner le département de Tarn-et-Garonne à lui verser la somme de 60 850,97 euros en réparation du préjudice financier résultant de la privation de l'indemnité d'attente et du maintien de salaire prévus par les dispositions des articles L. 423-31 et L. 423-32 du code de l'action sociale et des familles ;

3°) de mettre à la charge du département de Tarn-et-Garonne la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- le département de Tarn-et-Garonne a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en ne lui versant pas les indemnités d'attente prévues par les articles L. 423-31 et D. 423-25 du code de l'action sociale et des familles, faute qui lui a causé un préjudice financier qu'elle chiffre à 1 241 euros ;

- le département de Tarn-et-Garonne a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en ne lui versant pas ses salaires entre le 1er avril 2017 et le 6 janvier 2020 en méconnaissance de l'article L. 423-32 du code de l'action sociale et des familles, faute qui lui a causé un préjudice financier qu'elle chiffre à 56 772,53 euros ;

- le département de Tarn-et-Garonne a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en ne lui versant pas l'intégralité de l'indemnité compensatrice de préavis en méconnaissance de l'article L. 423-11 du code de l'action sociale et des familles, faute qui lui a causé un préjudice financier qu'elle chiffre à 2 837,44 euros.

Par deux mémoires enregistrés le 10 septembre 2021 et le 29 octobre 2021, le département de Tarn-et-Garonne, représenté par Me Constans, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande indemnitaire préalable sont irrecevables ;

- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 4 novembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 6 décembre 2021.

Un mémoire présenté par le département de Tarn-et-Garonne a été enregistré le 1er décembre 2021 et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Quessette, rapporteur,

- les conclusions de Mme Matteaccioli, rapporteure publique,

- les observations de Me Duarte, substituant Me Constans, représentant le département de Tarn-et-Garonne.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, assistante familiale, a été recrutée par contrat à durée indéterminée par le département de Tarn-et-Garonne le 5 mars 2013. Elle a perçu l'indemnité d'attente prévue par l'article L. 423-31 du code de l'action sociale et des familles du 28 décembre 2016 au 31 mars 2017. Par courrier du 1er mars 2019, elle a sollicité auprès de son employeur la régularisation de ses salaires pour la période postérieure à celle au cours de laquelle elle a bénéficié de cette indemnité au motif qu'aucun enfant ne lui avait été confié. Mme B a été convoquée à un entretien préalable de licenciement le 5 décembre 2019 et licenciée le 6 janvier 2020. Par courrier du 3 février 2020, elle a adressé une demande indemnitaire préalable au département de Tarn-et-Garonne, du silence duquel est née une décision implicite de rejet le 4 avril 2020.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. En premier lieu, selon les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'action sociale et des familles, dans sa rédaction applicable au litige : " Les articles L. 423-3 à L. 423-13, L. 423-15, L. 423-17 à L. 423-22, L. 423-27 à L. 423-33 et L. 423-35 s'appliquent aux assistants maternels et aux assistants familiaux employés par des personnes morales de droit public. () ". Selon les dispositions de l'article L. 423-31 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsque l'employeur n'a plus d'enfant à confier à un assistant familial ayant accueilli des mineurs, celui-ci a droit à une indemnité dont le montant minimal est déterminé par décret en référence au salaire minimum de croissance, sous réserve de l'engagement d'accueillir dans les meilleurs délais les mineurs préalablement présentés par l'employeur, dans la limite d'un nombre maximal convenu avec lui et conformément à son agrément. / Cette disposition n'est applicable qu'aux personnes qui justifient d'une ancienneté de trois mois au moins au service de l'employeur ". Aux termes de l'article D. 423-25 de ce code, dans sa rédaction applicable au litige : " Le montant de l'indemnité d'attente prévue à l'article L. 423-31 ne peut être inférieur, par jour, à 2,8 fois le salaire minimum de croissance. / Lorsqu'un assistant familial accueille un enfant de façon intermittente pendant la période de quatre mois, prévue à l'article L. 423-32, celle-ci est prolongée du nombre de jours d'accueil effectués ". Il ressort par ailleurs des stipulations de l'article III du contrat de travail signé entre Mme B et le département de Tarn-et-Garonne que Mme B s'engage à accueillir à titre permanent le ou les enfants confiés par le service de l'aide sociale à l'enfance. Enfin, l'article X dudit contrat stipule en son D : " une indemnité d'attente est versée à l'assistant familial auquel momentanément aucun enfant n'est confié par le service. La durée de versement ne peut être supérieure à 4 mois consécutifs ".

3. Il résulte de l'instruction que Mme B a perçu une indemnité d'attente du 28 décembre 2016 au 31 mars 2017. Le département de Tarn-et-Garonne a suspendu à cette date leur versement et ne lui a pas alloué cette indemnité pour le mois d'avril 2017, décision qu'il justifie par la demande que Mme B lui a adressé le 27 mars 2017 pour solliciter un dépassement de capacité d'accueil pour un enfant supplémentaire, son agrément ne l'autorisant à accueillir que deux enfants, demande dont il ressort qu'elle accueille deux enfants pour le conseil départemental de la Haute-Garonne. Il ressort également d'un état de service, non contesté, adressé au département par l'association accueil et famille par courriel du 8 mars 2021 que Mme B accueillait des enfants pour le compte de ce département à compter du 27 décembre 2016. Il résulte donc de l'instruction que Mme B n'était plus disponible pour accueillir sans délai des mineurs dans la limite de son agrément et que, par suite, elle n'avait pas droit à l'indemnité d'attente. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le département de Tarn-et-Garonne aurait commis une faute en ne lui versant pas l'indemnité d'attente au-delà du 31 mars 2017.

4. En deuxième lieu, selon les dispositions de l'article L. 423-32 du code de l'action sociale et des familles : " L'employeur qui n'a pas d'enfant à confier à un assistant familial pendant une durée de quatre mois consécutifs est tenu de recommencer à verser la totalité du salaire à l'issue de cette période s'il ne procède pas au licenciement de l'assistant familial fondé sur cette absence d'enfants à lui confier. ". Aux termes de l'article L. 423-10 du code de l'action sociale et des familles de ce code : " L'employeur qui envisage, pour un motif réel et sérieux, de licencier un assistant maternel ou un assistant familial qu'il emploie depuis trois mois au moins convoque celui-ci et le reçoit en entretien dans les conditions prévues aux articles L. 1232-2 à L. 1232-4 du code du travail. Au cours de l'entretien, l'employeur est tenu d'indiquer le ou les motifs de la décision envisagée et de recueillir les explications du salarié. / L'employeur qui décide de licencier un assistant maternel ou un assistant familial relevant de la présente section doit notifier et motiver sa décision dans les conditions prévues à l'article L. 1232-6 du code du travail. La date de présentation de la lettre recommandée fixe le point de départ du préavis éventuellement dû en vertu de l'article L. 773-21. () ".

5. Il résulte de l'instruction, d'une part, et ainsi qu'il vient d'être dit, que Mme B a adressé le 27 mars 2017 une demande à son employeur pour solliciter un dépassement de capacité d'accueil pour un enfant supplémentaire, dans laquelle il apparaît qu'elle accueille déjà deux enfants pour un autre département, et d'autre part, que par un courriel du 27 avril 2017, Mme B a précisé au département de Tarn-et-Garonne qu'elle n'est plus en attente d'enfants que ce dernier pourrait lui confier. Par suite, la requérante n'étant plus en mesure de répondre à ses obligations contractuelles de disponibilité, le département de Tarn-et-Garonne n'a pas inexactement appliqué les dispositions précitées de l'article L. 423-32 du code de l'action sociale et des familles et n'a donc pas commis de faute de nature à engager sa responsabilité en ne lui versant pas ses salaires entre le 1er avril 2017 et le 6 janvier 2020.

6. En troisième et dernier lieu, selon les dispositions de l'article L. 423-10 du code de l'action sociale et des familles, " L'inobservation du préavis donne lieu au versement d'une indemnité compensatrice. ". Aux termes de l'article L. 423-11 de ce code : " En cas de licenciement pour un motif autre qu'une faute grave, l'assistant maternel ou l'assistant familial relevant de la présente section a droit : / 1° A un préavis de quinze jours s'il justifie, au service du même employeur, d'une ancienneté comprise entre trois et six mois ; / 2° A un préavis d'un mois s'il justifie d'une ancienneté comprise entre six mois et deux ans et à un préavis de deux mois s'il justifie d'une ancienneté d'au moins deux ans ". Il ressort des stipulations de l'article XVIII du contrat de travail précité que l'assistante familiale a droit à un délai de préavis de deux mois pour une ancienneté de plus de deux ans.

7. Les dispositions et stipulations précitées impliquent que, lorsque le préavis n'est pas effectué à la demande de l'employeur, l'assistant familial a droit à une indemnité égale au montant de la rémunération qu'il aurait perçue s'il avait travaillé.

8. Il résulte de l'instruction que Mme B, qui a été licenciée le 6 janvier 2020, a produit une attestation d'emploi du département de Tarn-et-Garonne en date du 24 février 2020 indiquant qu'elle a été employée en qualité d'assistante familiale du 4 mars 2013 au 6 mars 2020. La requérante joint également une fiche de paie pour les mois de janvier et février 2020, et un solde de tout compte, non signé, indiquant qu'elle est employée par ledit département jusqu'au 6 mars 2020. Il résulte de ces différentes pièces que Mme B a bien effectué la période de préavis et qu'elle n'est donc en tout état de cause pas fondée à soutenir que le département de Tarn-et-Garonne, qui lui a au demeurant versé une indemnité de préavis, a commis une faute sur ce point.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, que Mme B n'est pas fondée à engager la responsabilité du département de Tarn-et-Garonne. Ses conclusions indemnitaires doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de Tarn-et-Garonne, qui n'est pas la partie perdante à l'instance, la somme que Mme B demande sur leur fondement. Au vu des circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme B la somme demandée par le département de Tarn-et-Garonne au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le département de Tarn-et-Garonne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au département de Tarn-et-Garonne.

Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

M. Bernos, premier conseiller,

M. Quessette, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.

Le rapporteur,

L. QUESSETTE

Le président,

P. GRIMAUD La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de Tarn-et-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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